Association Défense des Consommateurs de Propane

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Citernes propane: oui à l’économie de partage, non à l’économie de l’usage

Question : en préconisant,  comme le fait l’ADECOPRO,  l’achat ou le rachat  des citernes par les consommateurs  plutôt que son l’usage dans le cadre d’une mise à disposition par les propaniers,  n’avez-vous pas le sentiment d’aller à contre-courant du mouvement actuel en faveur de la dé-possession et du partage des biens d’équipement, préconisés par les écologistes et autres défenseurs de l’économie numérique,  dans un souci louable de réduire l’impact écologique de nos sociétés ?

Réponse de l’ADECOPRO :

Tout d’abord, il convient de faire la différence entre économie de l’usage et  économie de partage.

Le partage des outils ou des biens  entre particuliers, qu’il soit spontané, ou par l’intermédiaire de plateformes sur internet me parait  une très bonne idée. De même  les citernes collectives de propane (dans des hameaux, résidences privées, copropriétés, villages….) sont effectivement le meilleur moyen de réduire l’impact écologique global de la distribution de propane vrac en évitant de déplacer des camions de livraison à répétition ( un camion de livraison de GPL consomme 20 litres de gasoil au 100 km) ou en ne fabriquant qu’une seule citerne (fut-elle de plus grande taille), tout en faisant baisser considérablement  le prix d’achat du propane. N’importe quel   groupement de particuliers qui s’organiserait pour partager une citerne collective de 20 tonnes dans un hameau au fin fond de la Creuse pourrait obtenir demain  du propane spot à 500 € TTC  la tonne (même prix d’achat que le Groupement en Janvier 2016),  en passant commande directement en Belgique ou aux Pays-Bas (marché ARA). Bien sûr,  il  faudra tenir compte des investissements nécessaires pour acheter la citerne et relier les différentes maisons entre elles. Mais le coût de création d’un réseau  reste in fine peu élevé  tant que le réseau ne traverse que des terrains privés.  En groupant 10 maisons d’un même hameau autour d’une citerne unique de 20 tonnes, l’investissement serait à peine supérieur pour les habitants à l’achat de  10 citernes individuelles,  et le prix du propane sur le marché de gros serait  divisé par trois par rapport au prix sur le marché de détail  !

Le propane moins cher que le gaz naturel ou le fuel, qui peut paraître une vue de l’esprit  à ceux qui n’ont pas suffisamment creusé  la question,  c’est donc possible dès aujourd’hui. Pour autant, bien sûr,  que la citerne devienne un bien  commun aux différents utilisateurs. Et non à un propanier.  De tels projets en commun de citerne libre de propane  sont parfaitement réalisables. Les propaniers le savent bien qui  s’entendent  pour  tuer dans l’œuf  des projets collectifs alternatifs refusant l’exclusivité de remplissage,  en offrant aux rares velléitaires des conditions d’achat du gaz  tellement intéressantes les premières années que les plus déterminés finissent par baisser les bras. Rares sont les gestionnaires de projets qui réalisent ce que signifie le fait de se lier pour 30 ans ou 40 ans  à un même propanier.  D’une manière plus générale,  la façon  dont les propaniers encouragent l’installation de citernes individuelles dans les pavillons sans se poser la question  de possibles projets en réseau,  (sauf, évidement  si ces réseaux prévoient  une exclusivité de remplissage à leur profit !),  interdit d’optimiser la distribution du propane vrac en France au plan économique comme au plan écologique. Contrairement à ce qu’ils prétendent dans leur lobbying auprès des pouvoirs publics,  les stratégies commerciales des propaniers constituent bel et bien  un obstacle pour une rationalisation de la distribution des énergies carbonées hors réseau.

Venons en à la seconde question  :  l’intérêt   de développer  les principes d’une  «économie de l’usage»,  rebaptisée quelques fois « économie de fonctionnalité ». De cette économie de l’usage,  nous avons le meilleur contre-exemple possible  sous les yeux. Qu’est ce qu’une citerne  de gaz qui n’est ni achetée, ni louée  par le consommateur ( c’est le cas de 80 % des citernes en France ) et dont le coût réel de mise à disposition n’est pas connu de l’utilisateur ? Ce n’est qu’une  citerne en « prêt à usage » ?  D’après le code civil, le prêt à usage (ou commodat)  est un contrat par lequel l’une des parties livre une chose à l’autre pour s’en servir, à la charge par le preneur de la rendre après s’en être servi.  On voit à quelles dissimulations et à quelles dérives le système de prêt à usage de citerne de gaz nous a mené depuis 40 ans sur le secteur du GPL. Et pourtant la littérature économique, jamais en retard d’une mode dès lors qu’il s’agit de faire vendre,  ne tarit plus d’éloges pour cette nouvelle économie : «  l’économie de fonctionnalité consiste à remplacer la notion de vente du bien par celle de la vente de l’usage du bien, ce qui entraîne le découplage de la valeur ajoutée et de la consommation d’énergie et de matières premières. C’est Michelin qui facture les kilomètres parcourus par les camions équipés de ses pneus au lieu de les vendre, c’est Xerox ou Lexmark qui facture les photocopies à l’unité, au lieu de vendre ou de louer les machines, c’est JC Decaux qui loue des Vélib’ au lieu de vendre des vélos. » Et ce sont les propaniers qui vous vendent du gaz au lieu de vous vendre la citerne. Et la conclusion est immanquablement : « le paradoxe de l’économie de fonctionnalité est de permettre à la fois l’abaissement des prix  et l’accroissement des marges ». Pour l’accroissement des marges des producteurs devenus fournisseurs de service, on n’a aucun doute sur la question !  Mais au vu de la manière dont les propaniers utilisent  le prêt à usage des citernes pour gêner l’irruption de toute concurrence indésirable (notamment par des contrats d’entretien  obligatoires  de longue durée),  ou pour  bâtir des stratégies commerciales oligopolistiques  , les citoyens ont  intérêt à y regarder à deux fois avant de se laisser déposséder de leurs biens par une économie de l’usage organisée au profit des multinationales.  Cette nouvelle économie ne serait-elle pas plus prosaïquement une mesure d’accompagnement du processus actuel de paupérisation des populations ?

Les consommateurs de propane, quant à eux, ont tout intérêt à ne plus être de simples « usagers » de leur citerne  et à en redevenir propriétaires, s’ils veulent éviter d’ « accroître »  encore plus les  « marges » des propaniers. Même si cela leur coûte  un peu plus cher au départ.

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Un commentaire

  1. Tremouille dit :

    bonjour,
    Comment se fait il que les mêmes opérateurs approvisionnent des clients en marques de distributeurs Carrefour, Auchan, Casino, Système U et Leclerc et ces Hyper et super vendent la bouteille gratuite! Ils inventent la nouvelle écologie, la bouteille de gaz jetable!
    Bravo l’exemple!

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