Association Défense des Consommateurs de Propane

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Comment j’ai réussi à racheter ma citerne Antargaz pour zéro euro …

Un alsacien a réussi l’exploit de forcer Antargaz à lui vendre sa citerne enterrée pour O euro, prouvant que la meilleure manière de négocier avec les propaniers , pour autant qu’on  dispose d’une solution de recours pour remplir sa citerne, est de ne jamais rien accepter de leur part.

Les choses se sont passées de la manière suivante :

Mr G.  achète un pavillon rural dans un village du Haut Rhin en 2009. Manque de chance, la citerne enterrée est une Antargaz, un des pires propaniers français.

Dans un premier temps Mr G. refuse de recevoir le commercial Antargaz , qui lui expédie par courrier en Novembre 2009 une proposition de contrat pour 6 ans avec dépôt de garantie pour la citerne,  prix du gaz  garanti de 1000 € TTC pendant un an puis une remise commerciale ridicule de 200 € HT par tonne pendant la durée du contrat. Pour couronner le tout, des frais d’enlèvement de réservoir de 770 € TTC.

Mr G. rit jaune en lisant la proposition et refuse de signer le contrat en prenant conscience des nombreuses clauses abusives du contrat. Par retour de courrier, il exige en Janvier 2010  le retrait de toutes les clauses abusives et illicites avant de pouvoir signer un contrat avec Antargaz, et en profite pour demander la cession de la citerne pour 1 € symbolique, avec un contrat d’entretien de la citerne pour 1 an.

En Juin 2010, Antargaz se réveille et prend acte que Mr G. n’a nullement intention de signer la première proposition. Antargaz propose  alors à Mr G un contrat de location de citerne pour 1 an pour la somme de 120 € HT (soit  284 € HT moins  remise de 160 € ) avec contrat d’approvisionnement en gaz pour la même durée de un an.  « Sans réponse de votre part » avertit Antargaz « nous serons dans l’obligation de procéder au retrait de notre matériel » . Etant donné la durée très courte, le prix garanti pendant un an a disparu de la proposition de contrat, mais la remise commerciale reste la même.

Le client réïtère son souhait de ne signer qu’un contrat débarrassé de toutes les clauses abusives.

En Octobre 2010, rien n’ a bougé. Le propanier déclare vouloir organiser le retrait du réservoir et envoie une fiche de reprise à Mr G. pour pouvoir informer le  transporteur de citerne. Antargaz prévient  » Sans retour de la fiche citerne sous 15 jours, nous procéderons au retrait de notre matériel »

En Janvier 2011, Mr G. sort de son mutisme et , après avoir rappelé à Antargaz que les deux propositions reçues sont inacceptables, leur demande  une troisième fois « un nouveau contrat avec vente du réservoir et sans clauses abusives pour le consommateur ».

Deux ans plus tard, Décembre 2012,  la situation n’a pas évolué. Antargaz se réveille et envoie une lettre  à Mr G., qui n’est toujours pas client d’Antargaz. « Nous faisons suite à la visite de notre prestataire à votre domicile ( en réalité aucun prestataire n’était passé…!) Depuis Septembre 2009 vous avez refusé le retrait de notre matériel et afin d’éviter tout dégât lors de la reprise, nous vous proposons de vous céder notre réservoir. Nous vous prions de bien vouloir trouver ci-joint acte de cession en 3 exemplaires……. »  Antargaz propose une vente du réservoir pour O euro !

3 mois plus tard, le  29 mars 2013,  Mr G n’ayant toujours pas donné suite, Antargaz  fait marche arrière et adresse une mise en demeure à Mr G .  » Votre ancien propriétaire nous a confirmé par téléphone  qu’aucune  modification d’environnement n’avait été faite depuis la mise en place de notre citerne. Vous avez refusé tout contrat de notre part. De ce fait nous sommes en droit de procéder à la reprise de notre matériel……… »

Du coup Mr G se réveille alors  et répond dans la foulée qu’il a déjà envoyé les documents d’acceptation du rachat de citerne par courrier postal non recommandé et qu’il les expédie à nouveau et  immédiatement  en courrier recommandé.

Antargaz accepte de valider la transaction malgré son courrier précédent.

Pour finir Mr G.  reçoit l’acte de cession contresigné par Antargaz pour la somme de 0 euro.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir l’acte de cession de Mr G, à encadrer et à accrocher dans votre salon, car vous n’en verrez pas  de si tôt un pareil.

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Le prix du gaz naturel payé par les consommateurs en France très nettement au dessus des prix allemands et anglais

L’Autorité de la concurrence a rendu au gouvernement le 18 Avril 2013,  un avis concernant le projet de décret relatif aux tarifs réglementés de vente de gaz naturel, modifiant le décret n° 2009-1603 du 18 décembre 2009 afin de mettre en œuvre les nouvelles modalités de fixation des tarifs réglementés de vente du gaz naturel souhaitées par le gouvernement.

Ce projet de décret apporte plusieurs modifications au dispositif actuel de fixation des tarifs réglementés. Parmi ces modifications, il est prévu de systématiser chaque année la conduite d’audits par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) concernant les coûts d’approvisionnement et les coûts hors approvisionnement supportés par les fournisseurs historiques. L’Autorité est favorable à cet audit annuel et à ce que la CRE puisse proposer des modifications de la formule tarifaire en fonction de cet audit.

Le projet de décret prévoit également que les arrêtés fixant les tarifs appliqués par GDF Suez ne soient plus pris chaque trimestre mais une fois par an, en permettant une évolution plus fréquente des tarifs – au maximum, une fois par mois – en fonction de l’évolution des coûts d’approvisionnement de GDF Suez. Si l’Autorité est favorable à cette disposition du projet de décret, qui permettrait d’assurer une meilleure couverture des coûts d’approvisionnement de l’opérateur historique, elle s’interroge, de façon plus large, sur la pertinence du maintien, en France, de tarifs réglementés de fourniture de gaz naturel.

Les dysfonctionnements actuels du marché de détail du gaz naturel 

Dans son avis, l’Autorité relève plusieurs explications à l’échec de l’ouverture à la concurrence du marché de la fourniture de gaz naturel (hors grands clients industriels), en soulignant notamment les éléments suivants :

• Une information défaillante des consommateurs, particuliers et professionnels

Beaucoup de consommateurs de gaz croient que les tarifs réglementés les protègent des hausses de prix, alors que des offres de marchés moins chères sont disponibles sur le marché. De plus, l’écho médiatique accompagnant chaque mouvement des tarifs réglementés du gaz renforce dans l’esprit de nombreux consommateurs l’idée qu’il n’y aurait qu’un seul prix du gaz en France, celui des tarifs réglementés proposés par le fournisseur historique1. Au 30 septembre 2012, 90% des consommateurs résidentiels de gaz sont fournis au tarif réglementé.

En outre, plus de la moitié des consommateurs résidentiels ne savent pas qu’ils peuvent choisir leur fournisseur de gaz naturel et 68 % d’entre eux ignorent qu’EDF et GDF Suez sont deux entreprises différentes et concurrentes2, ce qui est à même de favoriser le recrutement de nouveaux clients gaz par EDF lors des « mises en service » de l’électricité dans un logement ou un local professionnel (à l’occasion d’un déménagement). En outre, l’idée-fausse selon laquelle le fait de quitter le tarif réglementé du gaz (pour un consommateur résidentiel) serait « irréversible » a la vie dure, alors que ce n’est pourtant plus le cas depuis 2010.

Paradoxalement, le fournisseur alternatif de gaz qui connaît la plus forte croissance – EDF – est également celui qui propose des offres de gaz plus onéreuses que les tarifs réglementés.

Le mauvais niveau d’information des consommateurs les empêche ainsi de bénéficier des offres proposées par les fournisseurs alternatifs qui sont, pour certaines, beaucoup plus compétitives que les tarifs réglementés (jusqu’à -15% sur certains segments).

• Des fournisseurs alternatifs de gaz dissuadés d’entrer sur le marché

Le dispositif mis en place en 2009 et qui avait pour objectif de fixer les tarifs réglementés de manière transparente à partir d’une formule tarifaire qui devait refléter les coûts n’a pas été mis en œuvre par les pouvoirs publics : les montants des tarifs ont été gelés ou leur hausse limitée, et ce à plusieurs reprises. Ces gels et limitations de hausses des tarifs ont donné lieu à un important contentieux devant le Conseil d’Etat au cours des dernières années. Le Conseil d’Etat a annulé plusieurs arrêtés tarifaires et a enjoint aux ministres en charge de l’énergie et de l’économie de prendre de nouveaux arrêtés tarifaires qui soient conformes aux formules tarifaires des fournisseurs tout en organisant le rattrapage des gels et limitations du montant des tarifs passés sur les futurs tarifs.

Cette incertitude et ces contentieux ont entraîné une véritable défiance des fournisseurs alternatifs. Ces derniers ont ainsi été dissuadés d’investir de manière massive pour promouvoir leurs offres, notamment à l’égard des consommateurs résidentiels. Pour investir sur le marché, les fournisseurs alternatifs auraient eu besoin de visibilité et de stabilité réglementaire

Les tarifs réglementés constituent le principal facteur de dysfonctionnement du marché de la fourniture de gaz

L’Autorité relève que ces tarifs ne protègent pas le pouvoir d’achat des consommateurs ni la compétitivité des entreprises et, simultanément, ils dissuadent les fournisseurs alternatifs de pénétrer le marché, alors même que ces fournisseurs pourraient stimuler la concurrence en promouvant des offres de marché moins chères que les tarifs réglementés.

A cet égard, la situation de nos voisins européens, décrite dans l’avis, est éclairante. Le prix du gaz français (payé par les consommateurs résidentiels) est, de façon constante depuis 2009, très nettement au-dessus de celui de la moyenne européenne, et au-dessus de ceux de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, où n’existent plus les tarifs réglementés du gaz.

Vers une suppression des tarifs réglementés du gaz

A la lumière de l’analyse concurrentielle qu’elle a menée, l’Autorité de la concurrence recommande au gouvernement d’établir une feuille de route visant à supprimer, par étapes, l’ensemble des tarifs réglementés du gaz, en commençant par ceux applicables aux très grands clients industriels, puis ceux applicables aux PME-PMI et enfin ceux applicables aux petits consommateurs (résidentiels et professionnels). Cette suppression des tarifs réglementés du gaz pourrait s’échelonner au cours des prochaines années. A court terme, il semble également indispensable que chaque tarif couvre les coûts supportés par l’opérateur historique.

(1) GDF Suez sur 95% du territoire raccordé au réseau de distribution de gaz naturel ou l’Entreprise locale de distribution de la zone géographique concernée sur le reste du territoire (ex : Gaz de Strasbourg, GEG…).
(2)Source : 6ème baromètre annuel Energie-Info sur l’ouverture des marchés du gaz et de l’électricité, enquête réalisée en septembre 2012.

Pollution au propane, au méthane et à l’éthane dans les nappes d’eau et les sources à proximité des forages de gaz de schiste

Pour signaler un  problème inattendu à votre interlocuteur, ne dites plus : « y a de l’eau dans le gaz ». Dites désormais  » Y a du gaz dans l’eau »

Une nouvelle étude américaine  révèle une contamination des puits d’eau potable à proximité de sites de forage de gaz de schiste aux Etats-Unis, ce qui pourrait relancer le débat sur l’impact environnemental de cette technique d’extraction très controversée. Des chercheurs de l’Université Duke, en Caroline du Nord, ont analysé des échantillons d’eau provenant de 141 puits privés alimentant des maisons réparties dans le bassin de gaz de schiste particulièrement riche de Marcellus, dans le nord-est de la Pennsylvanie et le sud de l’Etat de New York.

Les concentrations en méthane étaient en moyenne six fois supérieures, et celles en éthane 23 fois plus grandes dans l’eau potable des maisons se trouvant à moins d’un kilomètre des sites de forage que dans celles situées au-delà de cette distance. Les teneurs en méthane dépassaient largement dans la plupart de ces puits les 10 milligrammes par litre d’eau –niveau considéré comme le maximum acceptable par les autorités sanitaires américaines. Du propane a aussi été détecté dans dix échantillons d’eau de ces puits provenant tous d’habitations se trouvant à moins d’un kilomètre des sites d’extraction.

« Difficiles à réfuter »

« Les résultats sur le méthane, l’éthane et le propane ainsi que de nouvelles indications de traces d’isotopes d’hydrocarbone et d’hélium nous conduisent à penser que les forages de gaz de schiste ont affecté les sources d’eau potable des habitations » les plus proches, souligne Robert Jackson, professeur de sciences environnementales à l’Université Duke et principal auteur de ces travaux parus dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) datés du 24 au 28 juin 2013. Les données sur la contamination de ces puits avec de l’éthane et du propane « sont nouvelles et difficiles à réfuter », insiste-t-il. « Il n’y a aucune source biologique d’éthane et de propane dans la région et le bassin de gaz de schiste de Marcellus est riche en ces deux gaz… », note le chercheur.

Ces scientifiques ont examiné tous les facteurs qui pourraient expliquer cette contamination, dont la topographie et les caractéristiques géologiques. « Nos recherches montrent que la distance des sites de forage, aussi bien que les variations dans la géologie locale et régionale, sont des facteurs majeurs pour déterminer le risque possible de contamination des eaux souterraines qui devraient être pris en compte avant de forer », résume Avner Vengosh, professeur de géochimie et de qualité de l’eau, co-auteur de ces travaux.

Pas de contamination chimique

Des études précédentes menées également par des chercheurs de l’Université Duke avaient déjà révélé des indications de contamination au méthane de l’eau de puits situés près des sites de forage dans le nord-est de la Pennsylvanie. Une troisième étude, effectuée par des scientifiques de l’Institut américain de géophysique (USGC), n’a en revanche trouvé aucun indice de contamination des sources d’eau potable provoquée par la production de gaz de schiste en Arkansas. Aucune de toutes ces recherches n’a, de plus, été en mesure de détecter de contamination par les fluides –un mélange d’eau et de produits chimiques– qui sont injectés à de fortes pressions pour fracturer les roches et libérer les gaz de schiste.

Les gaz et le pétrole de schiste connaissent un véritable boom en Amérique du Nord qui bouscule la donne énergétique dans le monde en donnant accès à d’importantes réserves d’hydrocarbures bon marché aux pays occidentaux jusqu’alors inexploitées. L’Amérique du Nord dispose d’un siècle d’approvisionnement en gaz tandis que pour le monde ces réserves sont estimées à 250 ans. La France ne permet pas l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire en raison des inquiétudes environnementales. Mais de nombreux industriels poussent dans ce sens pour réduire la dépendance énergétique du pays.

Les scientifiques américains avancent deux explications à ces contaminations. La première: le tubage en acier des forages, destinés à protéger les couches géologiques traversées de toute pollution, sont défectueux. La seconde: le cuvelage en ciment situé entre les tubes en acier et la roche, sont poreux.

Les foreurs français, regroupés dans l’association GEP-APTF, qui plaident pour l’exploitation des gaz de schiste dans l’Hexagone, ne nient pas l’existence de tels problèmes. Mais ils affirment qu’un forage réalisé dans les règles de l’art, dûment surveillé, ne présente pas de risque de fuite. Dans les faits, aux États-Unis, les règles de l’art ne sont pas appliquées partout. Des dizaines de petites compagnies forent à tout va. Rien qu’en Pennsylvanie, 54.347 puits de gaz naturel étaient en production en 2011, selon le ministère de l’Énergie auxquels il faut ajouter 184.000 puits abandonnés à l’état inconnu. Les auteurs de l’étude des Pnas indiquent que les services de l’environnement de l’État de Pennsylvanie ont dénoncé 90 cas de tubage ou cuvelage non conformes en 2010 et 119 l’année suivante.

( source : Les Echos : titre originel : Gaz de schiste : l’exploitation contaminerait bien l’eau potable

et Le Figaro: titre originel : Du gaz de schiste dans les puits d’eau potable )

Propane de schiste US: un chargeur maritime texan en situation de monopole empêche une baisse des prix durable du propane en Europe.

Cet article vous explique, entre autres choses, pourquoi le consommateur français et européen n’a pas encore  pu bénéficier de la baisse prononcée du prix du propane sur le marché US.

Si vous ne savez pas quoi faire de vos économies, je vous conseille de créer une société qui transporte  le gaz ou le pétrole dans des oléoducs, ou qui remplit les  gros méthaniers et les gros propaniers dans les ports. On appelle aux USA  ces sociétés des « midstream companies ». Non pas parce qu’elles nagent entre deux eaux,   mais parce qu’elles se situent à mi chemin entre l’exploration et la distribution  d’énergie : ce sont des logisticiens des énergies. Leur activité consiste à faciliter le déplacement des énergies des zones d’extraction ou de production vers les zones de consommation. C’est le cas de Enterprise Products Partners, une société très peu connue en Europe,  mais bien connue dans le monde du gaz et du pétrole aux USA.

Un des fondateurs de Enterprise Products Partners s’appelle Dan Duncan. Quand il est mort en 2010, il était l’homme le plus riche de Houston et la troisième fortune du Texas avec 9 milliards de dollars de patrimoine.  9 millions auraient largement pu faire son bonheur. Mais 9 milliards c’est beaucoup plus chic : au lieu d’avoir 88 cravates, on peut en avoir 88 000.  Son ranch de 20 km2 de superficie au Texas, lui servait de propriété de chasse. Outre qu’il possédait quelques dizaines de milliers de kilomètres de canalisations de gaz, quelques puits de stockage souterrains, quelques craqueurs et  autres plateformes de forage, Duncan  était  membre émérite du  Safari Club International, ayant reçu 407 trophées  de chasse pour avoir eu le courage d’abattre  lions,  éléphants , léopards, rhinocéros, et  ours polaires, depuis un  hélicoptère ou depuis  son 4×4 climatisé (source : wikipedia). Bref si J.R. Ewing  a vraiment existé, il s’appelait probablement  Dan Duncan dans la vraie vie.

La société Entreprise Product Partners qu’il a contribué à fonder, lui survivra probablement  longtemps encore. EPP est propriétaire de la plus grosse installation d’exportation de GPL aux USA. Et la société engrange actuellement chaque jour des profits gigantesques du fait que le prix du propane inclut toujours les frais de chargement et de transport,  et qu’elle est le seul chargeur de propane à faible taux d’éthane des USA.

La Côte du Golfe des USA offre les prix les plus bas dans le monde pour le propane depuis Novembre 2011.  Le cours du 31 Mai 2013 était de  $ 472.80 la tonne , soit $ 263 la tonne de moins que le prix annoncé du contrat Saudi Arabia pour Juin.  Avec des différences de prix pareilles, les exportations de propane du Texas s’écoulent aussi rapidement que les bateaux peuvent le charger sur la Cote du Golfe, contribuant à augmenter d’autant les profits d’une entreprise en situation de monopole.

Enterprise a récemment augmenté sa capacité de chargement sur le Canal à Bateaux de Houston ( le Houston Ship Channel, un gigantesque port    tout en longueur qui s’étale de la mer jusqu’à  proximité de la métropole). Sa capacité est passée à  336 00 barils/jour. En Juin et Juillet  la société  a prévu d’améliorer sa performance de manière à pouvoir traiter deux à trois bateaux  VLGC ( Very Large Gas Carriers ) par mois.

Alors que les normes en vigueur sur le marché domestique américain permettent jusqu’à 5 % de taux d’éthane dans le propane, les marchés européens et asiatiques exigent généralement un taux de 2 % maximum. De ce fait le propane américain destiné à l’exportation est dés-éthanisé avant d’être chargé sur les gros porteurs à destination des marchés internationaux.

Vue aérienne du Houston Ship Channel

Vue aérienne d’une petite partie du Houston Ship Channel

Les différences de prix entre les USA et les marchés internationaux attirent les acheteurs du monde entier : les japonais, les brésiliens, les européens signent des contrats à long terme à tire larigo pour ramasser une partie du pactole au départ du Houston Ship Channel. Les acheteurs signant des contrats à long terme avec Enterprise payent une prime de chargement au dessus du Mont Belvieu, le prix de référence du propane dans cette partie du globe.  Ces primes de chargement se négocient entre les parties entre 13 et 20 cents par gallon, selon les sources. A ce prix là Enterprise empoche entre 3 et 4,6 millions de dollars uniquement en commission de chargement,  par cargo type VLGC de capacité de 44 000 tonnes. Mais les revenus peuvent être beaucoup plus importants et peuvent croître de manière exponentielle pour des chargements  spot  (ie hors contrat long terme).

La plupart des cargos chargés par Enterprise sont  à terme mais quelques slots sont alloués chaque mois à des chargements spots, selon les déclarations de la société. De plus un détenteur de slot à terme peut vendre son temps de chargement à un tiers. Les chargement spots peuvent se négocier sur la base de primes de chargement allant jusqu’à 90 % du prix du gaz Mont Belvieu.  En faisant payer des primes de chargement proches du différentiel de prix entre le propane du Texas et les prix des marchés mondiaux,  Enterprise accapare à son profit le différentiel de prix sans avoir à faire naviguer le moindre bateau.

 » L’année dernière , quand l’arbitrage  (ndlr : la différence de cours pour un même produit  entre deux marchés cloisonnés. Un arbitrage est un « arb » dans le langage des traders ) avec l’Europe était de $500 dollars par tonne, Enterprise a vendu des slots de chargement avec une commission  de  chargement de 80 cents/gallon » raconte un trader en GPL de la Gulf Coast. En Septembre 2012, le PLATTS  américain USGC ( pour US Gulf Cost) était à $473 la tonne, alors que le même propane livré dans les ports européens  était à  $1017 la tonne.

 » Ils se font des couilles en or ( traduction libre !) mais ils ont un certain mérite » commente ce trader  » Ils ont parié sur l’export et leur pari s’est révélé excellent »

La méthode de pricing d’Enterprise est une méthode de calcul à rebours basée sur les prix de marché les plus élevés ( netback to higher priced markets, en anglais dans le texte) . Par exemple  un bateau de propane rendu sur le marché Europe du Nord-Ouest  est estimé actuellement (31 Mai 2013)  par PLATTS à $ 688 la tonne, le frêt seul est de $70 la tonne, donc  le prix à rebours pour l’Europe est de 688-70 = $ 618 la tonne. La différence entre $ 618 et le cours du Mont Belvieu est le montant maximal qu’Enterprise peut imposer comme commission de chargement à ses clients. Idem pour le Japon, où le netback du Japon est actuellement le plus intéressant puisqu’il se situe à $667 la tonne. Mieux vaut donc pour Enterprise vendre un slot de chargement spot à  un cargo asiatique.

Un port qui arrive jusqu’au coeur de la ville

UN DEBUT DE CONCURRENCE

Enterprise empoche  les bénéfices du fait qu’il est le premier opérateur américain sur un marché en plein boum, le marché d’exportation du GPL. Mais sa capacité à faire payer très cher ses clients va aller en s’amenuisant dans les prochains mois. Son concurrent Targa Resources est en train d’agrandir ses installations d’exportation du Houston Ship Channel pour lui permettre aussi de charger du propane à 2% d’éthane sur les VLGCs. La première tranche de travaux est prévue de se terminer au 3eme trimestre 2013, ce qui lui permettra de charger 1 million de barils mois de propane aux normes internationales. De plus, Targa a prévu d’agrandir encore ses installations en 2014 et 2015 , pour amener sa capacité totale de chargement à 6.75 millions de barils mois.

« Je pense que les commissions prélevées par Enterprise vont diminuer lorsque les installations des concurrents seront  opérationnelles » déclare un trader. Ces possibilités supplémentaires devraient rendre du pouvoir de négociation aux affrêteurs.

Sunoco et Shell sont aussi sur les rangs. Les deux compagnies ont annoncé début Mai que Shell serait le principal bénéficiaire du projet Mariner South de Sunoco, une canalisation capable de transporter  200 000 barils/ jours de GPL depuis les  reservoirs  aériens et souterrains de Mont Belvieu vers le site Nederland, Texas.  Le projet export de Mariner South représentera 6 millions de barils/ mois de capacité de chargement sur les cargos.

Itochu et Vitol ont annoncé en février leurs plans de développer des installations pour l’exportation à partir de Beaumont, Texas. La capacité d’exportation de ces installations n’a pas été dévoilée mais incluerait une capacité de dé-éthanisation  de 100 000 barils jour.

Au total, si toutes les installations export annoncés sont construites, la capacité de chargement de GPL depuis le Golfe du Texas sera de 500 000 barils jour, selon la firme de consultants En*Vantage. Soit 1 cargo par jour. A ce rythme les Etats Unis  concurrenceront les pays du Golfe Persique en volume d’exportation, un exploit quand on pense qu’en 2007, les Etats Unis importaient 60 000 barils jour.

Source : Platts – 31 Mai 2013

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