Association Défense des Consommateurs de Propane

Accueil » 2017 » septembre

Archives Mensuelles: septembre 2017

Le premier ministre d’Antigua et Barbuda à Rubis – Vitogaz : « Tirez vous de mon île si vous n’êtes pas content ! »  

 

Voilà le genre d’histoires que j’adore lire sur le Net.

En 2013 Rubis – Vitogaz annonçait par un communiqué céder ses activités GPL en Allemagne, le marché le plus compétitif en Europe. Le groupe français motivait sa décision par le fait que ce marché était caractérisé « par l’absence de perspective d’acquisitions ».  Une remarque pour le moins saugrenue lorsqu’on sait  que l’Allemagne compte à elle seule autant de sociétés de distribution de GPL que  tous les pays d’Europe réunis.  Ce que  Vitogaz voulait dire en réalité, c’est qu’ils n’avaient  trouvé  aucune  vache allemande  digne d’être rachetée et traite à leur manière.  Le communiqué ajoutait que Rubis  voulait  se recentrer sur l’Espagne et le Portugal, deux pays qui, à l’inverse,  comptent le plus faible nombre de distributeurs de GPL en Europe.  Pour ceux qui n’auraient pas compris,  Rubis  terminait son communiqué en ajoutant   : cette décision «  illustre clairement la ligne stratégique de Rubis ». Une ligne stratégique  consistant donc  à délaisser ou à fuir les marchés les plus concurrentiels, afin de  prendre une  position de leader  sur les marchés où l’absence de concurrence permet  de s’enrichir tranquillement sur le dos des populations locales.

En réalité  la curée sur les anciennes colonies insulaires, particulièrement « protégées »  de la concurrence  par la petite taille de leur marché intérieur,  ne date pas d’hier. En avril 2011 la multinationale américaine Chevron, propriétaire de  TEXACO, avait revendu à Vitogaz toutes ses activités de carburant voiture et avion dans les Barbades   ainsi que dans l’arc caribéen oriental ( Antigua et Barbuda, Grenade, Dominique, St Lucie, St Vincent et les Grenadines, Guyana, St Kitts et Trinidad et Tobago) . Les actifs en question comprenaient un réseau de 75 stations-service, des intérêts dans des installations aéroportuaires (pipeline, stockage..), 5 unités de remplissage de GPL, 7 terminaux maritimes  et quelques autres opérations de trading et de shipping.

Cinq ans après son arrivée en fanfare dans les Caraïbes anglophones, les masques tombent.  Vitogaz découvre  qu’il  est plus difficile d’imposer sa loi d’airain dans les colonies anglophones libérées de la tutelle  britannique,  que dans les anciennes colonies françaises devenues  «Départements d’Outre Mer»,  dont le sort économique, comme chacun sait,  continue d’être fixé par des arrangements concoctés depuis la métropole.

Cinq ans, c’est aussi le temps qu’il faut en moyenne aux clients de Vitogaz pour se rendre compte qu’ils ont été roulés dans la farine.  Ainsi  la presse locale  des  Iles Caïmans s’est fait l’écho en 2016 de l’activisme d’un groupe de consommateurs entendant  peser sur les décisions du  gouvernement (et sur le résultat des élections de 2017)  pour modérer les « marges colossales » sur le prix du carburant vendu par Rubis. Des manifestations ont eu lieu sur l’île principale pour dénoncer l’écart entre les prix de marché et les prix pratiqués dans les stations-service du groupe Rubis.

Sur le territoire d’Antigua et Barbuda, c’est l’exécutif en personne qui s’est chargé de rappeler Vitogaz à l’ordre, en montrant la porte de sortie au groupe français.

Apparemment Rubis aurait cherché fin 2016 à rétablir ou préserver son niveau de marge historique sur les ventes de carburant de détail. Une augmentation des prix à la pompe étant impossible vu son niveau déjà passablement élevé, Vitogaz avait prévu de refaire sa marge sur le dos des pompistes.  Manque de bol, à Antigua,  les propriétaires de stations ne sont pas des investisseurs étrangers avec lesquels on arrive  à s’entendre sur le dos des populations locales, mais  des antillais couleur locale.  Lesquels n’ont pas tardé à aller gémir auprès du premier ministre, un certain Gaston Browne, un homme qui ne mâche pas ses mots,  et  visiblement  peu enclin à baisser son froc devant  les multinationales.  A défaut de pouvoir protéger ses administrés contre les aléas climatiques ( Antigua vient d’être très sérieusement touchée par  le passage de l’ouragan Irma), Gaston  Browne aura su prévenir une catastrophe annoncée du nom de Rubis.

C’est à ce moment-là que le directeur général de Vitogaz Caraïbes (200 agents), un  ingénieur  colombien  passé chez Vitogaz après avoir dirigé les opérations  de Chevron en Amérique Latine, a cru malin de faire semblant de vouloir replier ses gaules à Antigua, en exerçant un chantage au non-renouvellement des contrats entre Rubis et les stations-service locales.

Ce genre de chantage n’a pas plu du tout au premier ministre et sa réaction  ne se fit guère attendre. Le gouvernement d’Antigua et Barbuda répondit  qu’il ne voyait aucun problème à la décision du  groupe pétrolier français de quitter l’île, suite aux  démarches entreprises pour l’empêcher de  monopoliser la distribution  de carburant dans le pays. S’exprimant sur la télévision d’état ABS, Browne déclara que son administration ne ferait rien pour s’opposer à une  décision de retrait de Rubis.

Antigua

francis_blanche_dans_le_film_lestonto-OM677300-11115_20110321_8728_167

Gaston Browne & Francis White, version anglaise des Tontons flingueurs

«  Lorsque vous avez des investisseurs, des investisseurs étrangers, qui poursuivent leur logique de profit au détriment de notre peuple, alors il est temps pour eux de partir » a déclaré le premier ministre.

«  Chaque fois qu’un vide se crée, il y a toujours quelqu’un pour le remplir. Leur politique ne peut pas être uniquement une histoire de profits. C’est pas comme s’ils disaient qu’ils ne font pas du tout de profit. Ils disent qu’ils ne font pas ASSEZ de profit. »

« Nous leur avons littéralement dit nos quatre vérités. Quand il s’agit de défendre les intérêts des habitants de ce pays, nous ne cédons rien »

Browne a ajouté que le groupe français avait déjà tenté d’augmenter  sa marge par le passé.

« La réalité est que nous avons eu un certain nombre d’exploitants de stations-service dans le pays ces dernières décennies,  et cela a permis aux exploitants et à leur famille de vivre correctement.  Nous ne permettrons pas  à une société étrangère de bouleverser la vie de ces familles pour des motifs de profit illégitime »

«  Nous le leur avons très clairement  signifié. Et nous reconnaissons qu’au cœur du débat se trouve le fait qu’ils ont tenté de forcer le gouvernement à augmenter leurs marges et à répercuter cette augmentation dans une  hausse du prix du carburant. »

La semaine précédente, le ministre des Télécommunications Melford Nicholas a dit que le cabinet était préoccupé par cette affaire « la distribution au détail des produits pétroliers a été réservée depuis très longtemps aux entreprises locales » et la réduction des marges prises par les distributeurs pourrait « générer une situation de monopole dans la distribution des produits pétroliers » par asphyxie progressive des opérateurs locaux.

La société Rubis reste cependant droit dans ses bottes. Le directeur général de Rubis Caraïbes a argumenté que les marges ont été gelées à Antigua et Barbuda pendant les 27 dernières années et que cela pénalisait la profitabilité de la société.  Le lecteur notera  en passant que bien que Vitogaz ne soit présent que dans ces deux îles que depuis 5 ans,  Rubis n’est pas gêné de faire référence aux  marges engrangées par son prédécesseur, Chevron, sur les 22 années précédentes.  Ils sont pas mignons ces groupes pétroliers qui ne veulent donner  aucune information aux gouvernements  ou aux citoyens sur leurs coûts réels d’approvisionnement et de stockage, mais qui n’hésitent pas à se refiler  entre eux des informations confidentielles dont ils ne devraient pas avoir connaissance ?  Il est vrai que la consanguinité entre multinationales a toujours été un problème dans ces petites îles……

Et le CEO de pleurnicher auprès du journal Antigua Observer «  Une entreprise  ne peut pas survivre avec des marges gelées indéfiniment,  tandis que les coûts opérationnels augmentent chaque année »  avant d’ajouter,  catégorique, que les marges sur la revente de carburant n’ont pas suivi les taux d’inflation, ni les marges relevées dans les pays voisins des Caraïbes orientales.

« Tout ce que nous demandons au gouvernement et que nous avons demandé pendant des années, c’est que les marges soient alignées avec l’inflation de ces 27 dernières années , et avec la marge brute moyenne dans les Caraïbes orientales». Bin voyons !  Pourquoi  il ne demande pas un alignement des marges depuis le crash boursier de 1929 ?

Je n’ai pas trouvé d’informations relatives à la suite ou la fin de cette histoire. Il paraîtrait qu’un exploitant de station-service a depuis sommé Rubis de renégocier un contrat pour l’année 2017. J’espère pour lui que sa ou ses stations-service sont encore debout  à l’heure actuelle.

Source : Jamaica Observer et Caribbean360.com

Boosté par les marchés asiatiques, le cours du propane remonte en Europe. Remplissez vos citernes.

Le prix du cargo de propane en Europe du Nord ( NWE propane cargo ) a atteint récemment son niveau le plus élevé depuis trois ans et demi , en comparaison du prix des cargaisons de naphta.

Le propane CIF NWE chargé sur gros porteurs a été estimé à $536 la tonne le 26 septembre, en hausse de $14 par rapport à vendredi , alors que dans le même temps son équivalent en naphta s’établissait à $528.50 lundi dernier, une hausse de $12,75 par rapport à vendredi, soit un spread de $7,5 entre les deux, un niveau jamais vu depuis 3 ans et demi selon les données Platts.

Les prix du propane et du butane ont atteint des records pluri-annuels au cours de ce  troisième trimestre, du fait de l’absence de possibilité d’arbitrage avec le marché américain, et des opérations de maintenance de raffinerie en Europe du nord limitant la production locale.

 » Les prix sont actuellement élevés car le propane n’arrête pas d’augmenter en Asie. Les prix ont augmenté aux Etats-Unis, les prix flambent en Asie, l’Europe suit lentement  le mouvement avec un certain retard, malgré le fait que la demande spot ne soit pas considérable » selon un acteur du marché.  » Pour le moment il n’y a pas besoin de faire venir des gros porteurs des Etats Unis puisque la production européenne locale suffit à couvrir la demande des utilisateurs »

Le prix du propane CFR rendu au Japon a grimpé de $23 en un jour à $563/ tonne jeudi dernier, le niveau le plus élevé des 34 derniers mois. Cette augmentation faisait suite à des interruptions de livraison en provenance du Texas du fait de l’ouragan Harvey, et d’une offre limitée sur le marché spot au Moyen Orient liée à l’augmentation de la demande des acheteurs indiens et chinois.

Source : Platts 26 Septembre 2017

Le propanier tente de tripler  le loyer de la citerne et tombe sur un os

Les anglais disent « se cogner sur un mur en briques » ( to run into a brick wall).  Les français parlent de  « tomber sur un os », pour dire « rencontrer un problème imprévu ». L’expression française a, parait-il, été inventée dans les cantines militaires pendant la première guerre : il y avait les soldats chanceux, ceux qui recevaient un os avec de la  viande  autour, et les malchanceux, ceux  qui tombaient sur un os sans viande. Avant de se prendre une balle au front.

Dans cette histoire, l’ « os » en question est  bel et bien entouré de viande ou plutôt de chair.   Car notre « os » est un  écologiste  canadien du genre pas commode.  Un de ces militants de la cause climatique  à qui on ne la fait pas.  Surtout pas une compagnie de gaz.

Donc lorsque  Bill Eggertson a reçu sa facture de location de citerne, il a d’abord cru à une erreur de facturation.  Mais après avoir appelé plusieurs fois Superior Propane, un des  leaders  de la distribution du propane au Canada, il a dû se rendre à l’évidence : il n’y avait pas d’erreur sur la note. Le propanier était bien en train d’essayer de l’enfler. Son loyer annuel qui était auparavant de 70 $ pour la location et l’entretien de la citerne ( il s’agit de dollars canadien donc équivalent à 48 €)  venait de passer à 224 $. Et quelle était la raison de ce traitement de faveur  ? Son propanier venait dans le ranger sans le prévenir dans la catégorie des  «  petits consommateurs » (  le mécanisme de cette arnaque a été déjà divulgué sur ce site, dans l’article consacré aux propaniers polonais indépendants )

Que le propanier décide de remonter le loyer de sa citerne pour compenser la faible consommation de propane de Bill était une décision absurde. En effet si Bill Eggertson est un tout petit consommateur de propane, ce n’est pas du tout par hasard, mais plutôt par choix délibéré : sa maison , près du village de Richmond, pas loin de la capitale Ottawa, est chauffée (et rafraîchie) par géothermie, et son électricité est fournie par des panneaux solaires et une éolienne.  C’est un militant convaincu, qui admet volontiers qu’il dépasse certaines  fois les bornes,  et reconnait mener la vie dure à son épouse pour tout ce qui concerne les questions d’environnement.

«  Je suis un des canadiens les plus efficients en matière énergétique » se vante  Eggertson aux journalistes de  CBC  venus recueillir son témoignage, avant d’ajouter  «  Je crois que vous pouvez dire que je suis pas  fan de l’industrie pétrolière. Me faire entendre dire que j’ai le privilège de payer plus pour libérer plus de carbone dans l’atmosphère m’a mis hors de moi. Je crois bien qu’ils m’ont insulté…. »

Eggertson qui n’avait pas été prévenu de l’augmentation des frais de location, a expliqué aux journalistes qu’il avait gardé la citerne de gaz récupérée avec la maison, uniquement pour faire plaisir à sa femme qui préfère cuisiner au gaz. Le couple utilise  200 litres de propane par an ( 100 kg ). Ils utilisent aussi un  insert au propane pour chauffer la maison, mais c’est uniquement lorsque le réseau électrique tombe en rade.

Après avoir trouvé un nouveau propanier qui acceptait de s’aligner sur l’ancien loyer de la citerne, Eggertson a appelé Superior Propane pour annuler son contrat.  Son contrat  mentionnait de  « modestes frais » pour faire enlever la citerne.  Mais au lieu de cela  le propanier lui demanda la somme incroyable de 300 $ (soit 206 € – eh oui,  chers lecteurs  français, 206 € pour enlever une citerne est considéré comme une grosse arnaque au Canada…..alors relisez bien vos contrats). Après négociation,  il obtint que les frais  d’enlèvement soient ramenés à 150 $.

Mais ce qui irrite particulièrement Eggertson, c’est la suspicion que certains fournisseurs améliorent leur marge sur le combustible, marge régulée selon lui par l’Ontario Energy Board (*), grâce aux frais annexes  qu’ils font payer aux consommateurs pour la livraison, l’installation,  la location et l’enlèvement des cuves.

Le président de Superior Propane, un certain Greg McCamus a répondu à CBC qu’Eggertson aurait dû être prévenu de l’augmentation des frais de location de la citerne, et a ajouté que les nouvelles obligations réglementaires ont induit des hausses de coûts significatives  pour les fournisseurs. Il n’a pas voulu dire combien de petits clients de Superior Propane  sont actuellement confrontés à de telles augmentations de loyer.

CBC a aussi interrogé John Lawford, directeur exécutif d’une ONG canadienne à Ottawa , le Public Interest Advocacy Centre ( Centre pour la Défense de l’Intérêt Public ) . Celui-ci a dit que les fournisseurs de propane comprennent parfaitement l’économie comportementale du marché. Ils savent que la plupart des clients finissent par avaler de telles augmentations , même lorsqu’elles sont significatives.

Parenthèse  : l’ « économie comportementale » est un concept peu répandu dans les médias français, même si parfaitement connu des économistes. Théorisée aux Etats Unis par des économistes « dissidents », elle vise  à décrire et à expliquer pourquoi, dans certaines situations, les êtres humains adoptent un comportement qui peut sembler paradoxal ou contraire à la rationalité des acteurs économiques qui est au fondement des théories néo-libérales.  Fin de la arenthèse.

John Lawford explique aux journalistes «  Tous les problèmes associés avec le fait de changer  de fournisseur contribuent à rendre les clients passifs et ils restent au final avec leur fournisseur actuel. Cette décision de ne rien faire, de ne pas bouger,  est largement anticipée et finalement  mise à profit par les propaniers… »

Eggertson dit qu’il ne regrette pas d’avoir raconté son histoire aux journalistes.

« Ils ont juste choisi la mauvaise maison et le mauvais bonhomme pour leur combine…  »

Source : CBC News 14 Septembre 2017

(*) Contact pris par mail   auprès de l’OEB, cet organisme ne régule pas le prix du propane. Je me disais bien…

EPILOGUE : Ce qui est arrivé à Bill Eggertson est malheureusement le lot commun à tous les clients des propaniers à travers le monde,  en vertu d’un défaut majeur des économies capitalistes, lesquelles rétribuent  les consommateurs au comportement le moins civique  (en les incitant au gaspillage) et pénalisent les consommateurs au comportement responsable. C’est ce genre de réflexion qui avait conduit le gouvernement précédent à étudier la question d’un  tarif croissant de l’énergie, et d’un bonus tarifaire pour les consommateurs s’efforçant de réduire leur consommation d’énergie carbonée. On se rappellera que  le Conseil constitutionnel avait  déclaré la manoeuvre non conforme à la Constitution ( ce qui devrait  nous inciter à réfléchir à la nécessité de changer cette Constitution, à commencer par ceux qui la défendent….).

En attendant il n’est pas interdit de réfléchir à des modèles d’entreprises dont le fonctionnement et la mission sociale épouseraient  une  éthique compatible avec la survie à long terme de l’espèce humaine. Ce  que le capitalisme est bien entendu incapable de promouvoir sous sa forme actuelle. La réflexion sur ces thèmes a commencé depuis longtemps dans les milieux universitaires et s’est brusquement accélérée avec la crise financière de 2008. Deux axes de réflexion se dégagent : définir un modèle de gestion décroissant pour entreprise décroissante (pour comprendre comment fonctionnerait une entreprise décroissante, il suffit d’imaginer l’inverse du fonctionnement actuel des propaniers) ; et une réforme en profondeur du droit des sociétés qui renverrait la RSE « Responsabilité Sociale des Entreprises » à ce qu’elle a toujours été : un  attrape-nigaud pour syndicalistes et socialistes sur le retour.

La question susceptible de remettre en cause les fondements (il)légaux du capitalisme est précisément celle-ci : une entreprise peut-elle appartenir uniquement à ses actionnaires (théorie dite du monisme actionnarial) dès lors qu’elle doit des comptes à tout un écosystème qui lui permet de vivre (théorie dite du pluralisme partenarial) ? La réponse est dans la question.   On pourra lire sur ce  sujet « L’entreprise, formes de la propriété et responsabilités sociales » par le Père Baudoin Roger, Lethielleux (2012), collection des conférences du Collège des Bernardins. Je me permets de recommander ce livre aux dirigeants de Vitogaz puisque Rubis jouit, de manière surprenante,  de la qualité de mécène de cette institution….

Impact des cartels sur les populations pauvres : le cartel coréen du GPL à l’honneur dans un rapport des Nations Unies

 

Les cartels du GPL à travers le monde  mériteraient  beaucoup plus d’attention qu’un simple paragraphe dans un rapport de la Commission des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (UNCTAD) sobrement intitulé  « The impact of cartels on the poor » (*). Un journaliste d’investigation pourrait facilement leur consacrer un gros ouvrage  destiné à expliquer comment  les entreprises les plus riches de la planète s’arrangent  pour faire les poches  les populations les plus pauvres.

Pour ma part, n’ayant pas le temps de traduire tout ce qui me tombe sous la main, je n’ai publié  jusqu’à présent qu’une partie des informations glanées ci et là  en matière de scandales liés à la distribution du GPL dans le monde.  Je n’ai pas encore abordé par exemple   la situation du GPL en Amérique du Sud qui, si l’on en croit une certaine presse sud américaine,  semble marquée par les stratégies expansionnistes impulsées par le cartel mexicain. Je n’ai pas non plus abordé  la situation explosive,  au sens propre comme au sens figuré, de l’Inde (et de ses voisins  Népal,  Pakistan…), où le prix du GPL est surveillé comme le lait sur le feu par les dirigeants politiques du fait de son importance dans l’économie domestique. Et je n’ai pas non plus raconté la guerre ouverte  entre le cartel kenyan du GPL et les remplisseurs illégaux de bouteilles de gaz volées,  sur fond de corruption et d’inaction de la police.

Partout dans le monde, un même constat : les prix et les pratiques  abusives des distributeurs de GPL  encouragent  la corruption parmi les dirigeants et suscitent colère, indignation, détournement, trafic  et violence parmi les populations abusées.   Figurez- vous que je viens de découvrir  qu’en 2016 des manifestations ont eu lieu dans les rues aux îles Caïmans contre les hausses de prix du GPL imposées par……. notre multinationale 100% française  Rubis –Vitogaz,  tristement célèbre dans l’hexagone pour ses arnaques au prix du propane ciblant particulièrement les personnes les plus démunies.  N’est- il pas ironique de voir que sur ce minuscule  territoire d’outre-mer appartenant à la Couronne d’Angleterre,  45 000 caïmanais donnent des leçons de résistance aux consommateurs français ? On y reviendra dans un prochain article.

Que dit donc ce rapport des Nations Unis au sujet de l’impact des cartels sur les populations les plus pauvres ? Voici la traduction partielle de l’ «Executive summary »  de ce rapport.

« Les cartels ont un effet délétère sur les consommateurs mais les pauvres  souffrent de manière disproportionnée des effets de collusion dans le commerce et les achats publics. Les prix élevés, particulièrement dans les biens et services essentiels, forcent les pauvres à consommer moins ou à ne plus consommer ces biens et services. De plus, lorsque ce sont des petits entrepreneurs, les pauvres peuvent se voir interdire l’accès à certains marchés, ou être sujets à des stratégies  d’exploitation de la part des cartels. Ce rapport liste un certain nombre de  cartels dans  des secteurs d’activité qui sont particulièrement susceptibles d’affecter les pauvres.  Il identifie les points communs à ces cartels et les défis rencontrés par les jeunes agences nationales de la concurrence (ndlr : dans les pays récemment industrialisés)  à les détecter et à les  poursuivre. Ils représentent  les défis les plus difficiles rencontrés par ces agences dans un secteur où la mise en application des lois existantes est pourtant le plus souhaitable…. »  « Les secteurs économiques affectés par les cartels  les plus susceptibles de nuire aux foyers les plus pauvres sont ceux qui fournissent les biens essentiels comme l’alimentation, la médecine, les combustibles et les carburants, ainsi que  les transports ».

Amusant comme ce rapport de l’UNCTAD  récapitule  en une seule phrase  les «combats»  qui ont été successivement  les miens :  pour une alimentation saine et sans pesticides;   contre les mensonges d’une médecine embourgeoisée et ( pour cette raison même)   vautrée dans les conflits d’intérêt avec les industriels de la santé;  et contre le cartel du GPL. Je dois avoir ce travers de ne m’intéresser qu’à ce que l’avidité corrompt avec le moins d’égard pour l’être humain.

Ce que nous dit le rapport de l’UNCTAD, c’est que les lois contre les cartels existent bien partout  mais les moyens pour les appliquer font partout  défaut.  Dans ces conditions la belle prose des économistes sur les soi-disant mérites de l’économie de marché,  n’est qu’un vulgaire travestissement d’une réalité économique jamais démasquée.  Suit une liste interminable de procès intentés par les agences nationales de lutte contre les cartels  : Brésil, cartel de récidivistes dans les gaz industriels et médicaux et cartel de l’essence ; Chili, cartel de la viande de poulet ( encore un coup de « Los Pollos Hermanos » ! ) ; Indonésie , cartel de l’huile de palme pour la cuisson ; Pérou, cartel de l’oxygène médical ; République de Corée : cartel du Gpl, cartel du sucre ; Russie : cartel de l’eau de javel ; Afrique du Sud : cartel du pain et de la farine…..N’en jetez plus !

Au sujet du cartel du GPL en Corée du Sud, déjà signalé dans l’article du site de l’ADECOPRO intitulé  « Des cartels à gogo… »,  on peut lire cette information intéressante dans le rapport de l’UNCTAD :

«  La Commission de la Concurrence de la République de Corée (Korea Fair Trade Commission ou KFTC)  a pu observer que les prix du GPL sur le marché domestique sont restés à un niveau très élevé après janvier 2008 quand les prix internationaux se sont stabilisés.  Elle a commencé son enquête en avril 2008.  Il a été mis en évidence le fait que les prix élevés du GPL étaient dû à des manipulations de prix  de la part des fournisseurs de GPL. La Commission a imposé une amende record de 600 millions de dollars à 7 fournisseurs de GPL pour avoir fixé les prix de gros du GPL  entre 2003 et 2008.  Dans son communiqué de presse, la Commission a insisté  sur le fait que le GPL est une nécessité quotidienne pour les taxi, les conducteurs handicapés et les familles dans les régions pauvres où le gaz naturel n’est pas accessible …..  Suite à la décision du KFTC, une association de chauffeurs de taxi et une association d’aide aux personnes handicapées, a  déposé une plainte contre les membres du cartel.  La plainte a été déposée au nom de plus de 30 000 chauffeurs de taxi   et personnes  handicapées, ce qui en fait l’une des plaintes pour dommages civils les plus importantes. »

Le rapport ne dit pas ce que cette plainte est devenue…….

Bah, on comprend mieux la timidité de l’Autorité française de la Concurrence à traîner les rapaces français du GPL devant les tribunaux. Des fois que les consommateurs en profiteraient pour en remettre une couche devant les tribunaux.

(*) Note by the UNCTAD Secretariat, 24 July 2013 ( en ligne sur Internet)

PS  Could our dear Korean readers explain in their comments  why « disabled drivers » are   pointed out and  concerned by the wrongdoings of the Korean LPG cartel ? I can’t figure it out.

PS 2   En écho à ce papier, un article très récent paru dans la presse indienne à propos de l’action de la Competition Commission of India (12 /09/2017 ) : Competition law interventions can acts as tools of social inclusion

%d blogueurs aiment cette page :