Association Défense des Consommateurs de Propane

Accueil » 2013 » janvier

Monthly Archives: janvier 2013

Séolis, acteur public de l’énergie et distributeur de propane vrac

Séolis est une SAEML (société anonyme d’économie mixte locale) dont la mission est de distribuer de l’énergie dans les Deux Sèvres. Son créateur, le Syndicat Intercommunal d’Electricité des Deux Sèvres (SIEDS) est né en 1923 (http://www.seolis.net/Histoire) à l’époque où la puissance publique jugeait nécessaire de développer le réseau électrique dans les territoires ruraux jugés non rentables par les sociétés privées (rappel : EDF n’est devenu ce qu’elle est qu’en 1946 par nationalisation d’un ensemble d’entreprises privées). Le capital de Séolis est détenu à 85 % par les communes des Deux Sèvres.
Séolis a commencé la distribution de propane vrac en 2006, deux ans avant d’adopter son nom de marque actuel. Son activité propane vrac se répartit entre la distribution en réseaux collectifs (30 %) pour des aménageurs, des ZI ou ZA et des collectivités, et la distribution dans les citernes individuelles (70 % de l’activité propane) principalement auprès de collectivités (gymnases, écoles, mairie) et depuis 2011 auprès de particuliers exclusivement dans les Deux Sèvres.

N’ayant pas réalisé d’investissements en propre dans le propane en citerne individuelle, Séolis est entièrement tributaire de 3 grands propaniers nationaux avec lesquels elle a passé des accords d’approvisionnement. Ne disposant pas de son propre parc de citernes qu’elle loue à ces propaniers, elle ne peut évidemment pas vendre de citernes. C’est là que se situent, de notre point de vue, les limites du « modèle » Séolis : le client ne choisit pas la marque de sa citerne, c’est SEOLIS qui l’impose à la manière dont le maitre d’œuvre impose à son client la marque des matériaux utilisés. Il en découle l’impossibilité pour le client de racheter sa citerne au terme du contrat initial, ce rachat n’étant pas prévu au contrat entre SEOLIS et son client.

Bien qu’il dispose d’une citerne exclusive, le client n’est jamais en contact avec l’approvisionneur de sa citerne : Séolis, qui propose ses propres contrats d’approvisionnement, s’occupe de l’ensemble de la relation commerciale avec le client depuis la signature du contrat avec Séolis jusqu’à la prise de commande. Le particulier signe un contrat de 3, 5 ou 7 ans pour une citerne aérienne ou enterrée. Les prix sont modérés et identiques pour tous, quelle que soit la marque de la citerne : actuellement 1310 €HT en réapprovisionnement automatique et 1339 € HT en livraison à la commande pour une quantité annuelle comprise entre 0,6 et 1,5 tonne par an . Les tarifs changent une fois par an en fonction des propositions des propaniers. Séolis dispose aussi d’un tarif pour le propane en réseau : le propane est vendu au KWh au prix actuel de 0,0791 € HT / KWh plus location de compteur (abonnement annuel) de 66 € HT. Comme tous les outsiders, SEOLIS revendique une plus grande compréhension des besoins des clients et une plus grande flexibilité dans l’adaptation des règles contractuelles aux cas particuliers, ce que lui permet son statut d’entreprise d’économie mixte.
Séolis est une alternative sérieuse pour les consommateurs de propane des Deux Sèvres confrontés au choix délicat d’un changement de fournisseur, et qui ne souhaitent pas renégocier le prix de leur propane à chaque nouvelle commande, comme il est malheureusement nécessaire  de le faire avec les grands propaniers.

logo seolis

Publicités

Gaspillage de gaz pillés par les pétroliers

Article  paru dans Le Monde.fr du 29.01.2013  par Angela Bolis Titre Original  » Le gaspillage des gaz brûlés par les compagnies pétrolières »

En décembre, la NASA diffusait des images de la Terre plongée dans la nuit et constellée de points lumineux – traces des foyers de population parsemés sur la planète. Parmi tous ces îlots de lumière toutefois, l’un n’a pas manqué d’attirer l’attention aux Etats-Unis. Une large tache diffuse, située tout au nord, au milieu d’une zone sombre au centre du pays, que l’on peut voir aussi dans cette image du site Earth Observatory de la NASA, ou entourée dans cet article du média américain NPR. Pourtant, point de métropole ici. Simplement du gaz qui brûle.

Les torchères du DAKOTA sont dans le rond rouge

Les torchères du DAKOTA sont dans le rond rouge . Crédit photo : NASA

Dans cet Etat du Dakota du Nord, « les compagnies pétrolières, situées au cœur du boom du gaz de schiste aux Etats-Unis, brûlent assez de gaz pour alimenter tous les foyers de Chicago et Washington », fait remarquer le Financial Times. Selon le quotidien économique, le volume de gaz brûlé a augmenté de 50 % l’année dernière dans cet Etat, où l’exploitation du gaz de schiste et du pétrole a pris, depuis peu, des allures de « ruée vers l’or noir » (selon les termes du Figaro et d’Atlantico).

Au Texas, autre région pionnière dans l’exploitation du gaz de schiste, les permis de « torchage » – cette pratique qui consiste à brûler dans des torchères le gaz issu de l’extraction du pétrole – ont été multipliés par six entre 2010 et 2012, d’après le Financial Times. Selon la banque mondiale enfin, le volume de gaz brûlé ainsi aux Etats-Unis a triplé en cinq ans, hissant le pays au cinquième rang des Etats les plus « torcheurs » de la planète, derrière la Russie, le Nigeria, l’Iran et l’Irak.

PLUS RENTABLE DE LE BRÛLER

Si le gaz naturel part ainsi en fumée, c’est que, du fait de son bas prix, il revient moins cher de le brûler que de construire les infrastructures nécessaires à son acheminement et à sa commercialisation. Malgré ce que cette pratique implique en termes de pollution atmosphérique ou encore d’émissions de gaz à effet de serre : dans le Dakota du Nord, elle augmenterait de 20 % les émissions issues de l’exploitation de pétrole et de gaz de schiste, toujours selon le Financial Times.

Selon le Global Gas Flaring Reduction – qui regroupe les principales compagnies pétrolières et une vingtaine de pays en vue de réduire le « torchage » –, les émissions de CO2 provoquées par la combustion du gaz totalisent ainsi près de 1,5 % des émissions mondiales totales. Ces dernières années, entre 130 et 150 milliards de mètres cubes de gaz naturel ont été brûlés par an. Soit le tiers de la consommation de gaz de l’Union européenne, et près du quart de celle des Etats-Unis.

Lire : Le grand gâchis du ‘torchage’ des pétroliers (édition Abonnés)

UN GASPILLAGE COÛTEUX

Le torchage constitue aussi un vaste gaspillage d’une énergie fossile non renouvelable. Une donnée que l’on peut mettre en parallèle avec un rapport publié en janvier par le World Future Council, et repéré par un article du Guardian intitulé « Quand arrêterons-nous de gâcher les énergies fossiles en les brûlant ? »

Ce rapport (PDF) tente de chiffrer le coût de ce gaspillage des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon), dont on sera tributaire dans le futur non seulement pour nos besoins énergétiques, mais aussi pour de nombreuses applications industrielles – produits chimiques, engrais, médicaments, plastique, énumère le Guardian.

Résultat : les pertes causées par la consommation actuelle des énergies fossiles – et qui ne seront donc plus disponibles à l’avenir – s’élèveraient de 3 200 à 3 400 milliards de dollars par an, estime le World Future Council. Un coût qui n’apparaît pas, souligne-t-il, dans les chiffres avancés pour comparer la rentabilité de ces énergies fossiles avec les énergies renouvelables, généralement jugées moins compétitives.

Angela Bolis

Maison rasée par une explosion de propane : 6 enfants décédés et aucune responsabilité clairement établie

On ne saura jamais ce qui est réellement arrivé

On ne saura probablement jamais ce qui est réellement arrivé ce soir là

Avec ce second récit de l’anéantissement d’une famille américaine, je n’ai  nullement l’intention de transformer ce site en un Paris Match pour amateurs d’émotions fortes  : je ne publie cette histoire que pour ce qu’elle nous apprend de la manière dont les responsabilités peuvent être  mises en jeu après un accident survenant du fait d’une cause non déterminée.

Le 3 Septembre 2005, à 11h30 du soir, une explosion a rasé la maison de Lorrie Kuchar dans le bourg de Caledonia sur la commune d’Owosso dans le Michigan. A l’intérieur de la maison : 7 enfants de 2 à 14 ans, et deux jeunes adultes qui étaient dans la cuisine et gardaient les enfants.

Les 6 enfants décédés appartenaient tous à la famille Bryant qui vit en Virginie et  était venue avec leur mère visiter leur tante , Lorrie Kuchar, dans le Michigan.

Tués dans l’explosion :  Rebekah Bryant, 19 ans , Joseph, 10 ans , Nehemiah, 9 ans , Martina, 7 ans , David, 4 ans , and Isaac Jackson, 2 ans.

Deux autres enfants , Jonathan Caleb, 14, and Sarah, 6, ont été blessés dans l’explosion . Un ami de la famille Joseph Moore Kuchar, qui se trouvait sur les lieux au moment de l’explosion, souffre d’une surdité unilatérale complète et d’une blessure au foie.

La maman Joyce Bryant et sa soeur Lorrie Kuchar avaient laissé les enfants dans la maison de Kuchar ce soir là pour aller visiter une autre soeur qui habitait pas loin de là. C’est pendant leur absence que la maison a  explosé.

Une enquête de la police d’Etat du Michigan a révélé qu’une fuite de propane a causé l’explosion. Cependant l’enquête n’a pas pu déterminer où la fuite a eu lieu . En 1989 le propanier américain Ferrellgas a installé le propane dans la maison des Kuchar. Depuis cette date « le propanier avait la propriété exclusive de l’installation » . Ferrellgas était notamment responsable des  tests  et de  la maintenance de l’installation.  L’installation dont le propanier américain est responsable  inclut  le réservoir de propane, le régulateur de pression de premier et second niveau, ainsi que la tuyauterie en cuivre située  entre les régulateurs et la chaudière   (ndlr : aux USA, contrairement à la France,  la loi est telle que le propanier est  responsable de la tuyauterie de gaz jusqu’à la chaudière)

Un article publié 4 mois après l’explosion explique  » la valve du chauffe eau installé quelques jours avant l’explosion n’était pas celle qui avait fait l’objet d’un rappel. La vanne avait retenu l’attention des enquêteurs après que le modèle R-110 de la firme Robert Shaw Controls avait été rappelée en Septembre , quelques semaines après l’explosion survenue pendant la semaine du Labor Day. Après avoir analysé les objets parmi les décombres, les autorités ont indiqué que la valve installée sur le chauffe eau était un modèle différent , une R-220. Ils n’ont cependant écarté aucune piste, ni le chauffe eau ni aucune autre piste. « 

Un article publié un an plus tard, soit mi 2006, indiquait  » les enquêteurs poursuivent leur analyse des débris de l’explosion de Caledonia, après avoir abandonné la piste d’une valve de chauffe eau dont on a cru à un moment qu’elle avait fait l’objet d’un rappel par le fabricant. Il s’est avéré que la valve en question était un modèle différent de celle rappelée. Les experts de la société d’enquête privée EFI Global, spécialisée dans les incendies et qui vient récemment d’ouvrir un bureau dans le village, sont à pied d’oeuvre pour étudier à nouveau les débris après l’enquête officielle »

Un article publié un an plus tard en 2007,  indique que les parents des six enfants de Virginie ont porté plainte contre Ferrellgas Inc, au motif qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas avec la tuyauterie en cuivre qui amenait le gaz dans la maison. Bien que les enquêteurs officiels n’aient pas annoncé la cause officielle de l’explosion, le dossier de  plainte avance l’hypothèse que la tuyauterie en cuivre était trop fine, et que les tests n’ont pas été effectués pour s’assurer que la tuyauterie ne fuyait pas. Il est relevé dans la plainte   que le fournisseur de propane aurait dû tester les fuites éventuelles de gaz lorsque la famille a été en rupture de propane en mars 2005. ( ndlr : aux USA, contrairement à la France, la réglementation rend obligatoire la détection de fuites sur la canalisation de gaz  lorsque celle-ci s’est trouvée hors pression de gaz suite à une rupture d’approvisionnement. Le but de ce « leak test » – impopulaire parmi les consommateurs américains du fait que les propaniers obligent les consommateurs à payer le test –  est d’éprouver l’étancheïté des  joints gaz, dont le coefficient de dilatation varie en fonction de la pression de gaz à l’intérieur du tuyau. Ainsi une dépression totale du gaz suite à une rupture d’approvisionnement est susceptible de déformer les joints et de provoquer un défaut d’étancheïté. Ceci n’est pas prévu dans la réglementation française).

Le dossier déposé par le plaignant prétend qu’un raccord non étanche a permis au gaz « de migrer à travers la conduite extérieure puis à travers cette même conduite de rentrer dans le sous sol de la maison , où il a été allumé et a explosé »

La plainte vise à faire payer Ferrellgas plus de 675 000 USD en dommages.

Dans son dossier en réponse, Ferrellgas a nié avoir  installé les composants souterrains du système de distribution du gaz propane dans cette maison. Elle avance que des négligences ont été commises par Lorrie Kuchar, l’occupante des lieux,  ainsi que par son compagnon. Le défendeur avance en outre qu’un chauffe eau a été installé quelques jours avant l’explosion.

La plainte a été déposée le 29 janvier 2007 devant la Cour du Michigan. Dans une déposition complémentaire du 16 Avril 2007, les plaignants prétendent que Ferrellgas « a refusé ou n’a pas réussi à éliminer les conditions dangereuses  tout en ayant connaissance que des conséquences potentiellement dramatiques de ses actions ou de son inaction ».

La défense a demandé un procès devant un jury.

Mise à jour du 23/09/2015 :  Renaissance d’une famille…….

http://www.roanoke.com/news/life-renewed-in-family-after-six-of-their-children-were/article_eec3704d-e281-5432-bc6f-7d5df91a4c29.html

http://www.wdbj7.com/news/local/family-spreads-hope-10-years-after-home-explosion/35383576

Les raffineries se cachent pour mourir

Alors que le sort des ouvriers de Petit Couronne est toujours dans la balance, un très bon article paru dans « M, le  Magazine du Monde » du 14/12/2012 sur la fin de vie de la raffinerie Petroplus de Reichstett, naguère utilisée par Gaz Liberté pour son approvisionnement. Article signé par  Pierre Jaxel-Truer sous le titre original  » L’autre Petroplus » / Photos Roberto Frankenberg.

L’article original peut être lu ici :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/12/14/l-autre-petroplus_1805734_3234.html

Ils racontent tous la même histoire. Ce qui leur manque le plus, depuis l’arrêt du site, c’est le bruit. Ce fracas métallique, ce souffle monstrueux des machines, qui leur vrillait les tympans. Aujourd’hui, lorsqu’ils se perdent, nostalgiques, dans le dédale des installations, dans l’entrelacs des tuyaux, ils ne sont dérangés que par le gazouillis des oiseaux. Ils croisent, sans plus s’en étonner, des lièvres, des biches, des sangliers, qui ont pris leurs quartiers dans les installations, faisant fi de la persistante odeur d’hydrocarbure. Ce vacarme permanent, ils croyaient le détester. Mais il était devenu leur musique, leur ritournelle.

Lorsqu’ils contemplent les machines à l’arrêt depuis avril 2011, les derniers salariés de la raffinerie Petroplus de Reichstett (Bas-Rhin), qui veillent sur sa dépouille en attendant son démantèlement, y voient une petite mort. « Ce qui m’a fait le plus mal, c’est le jour où la cheminée a cessé de fumer. Ça voulait dire qu’il n’y avait plus rien, plus d’énergie. C’est un anéantissement », raconte Raymond Kolmer, qui vient chaque jour depuis plus de trente ans. Cette mort, c’est un peu la leur. Et celle d’une industrie. Deux autres raffineries, celle de Petroplus à Petit-Couronne (Seine-Maritime) et celle de Lyondellbasell à Berre-l’Etang (Bouches-du-Rhône), se battent pour leur survie. Placée en liquidation judiciaire, Petit-Couronne a jusqu’au 5 février 2013 pour trouver un repreneur.

L’histoire de Petroplus Reichstett, c’est un chapitre de la chronique ordinaire de la désindustrialisation. Il y a, ça et là, quelques éruptions, face caméra, et beaucoup de disparitions discrètes. Silencieuses. Avec un peu de fureur, beaucoup de résignation. « Tout cela, on l’a construit. Maintenant, on le déconstruit. Mais bon, il n’y a plus de locomotives à vapeur non plus », philosophe Daniel Maechling, au milieu des installations figées. Cet homme de 57 ans a été embauché ici en 1977, juste après la fin de ses études. Il a hésité, dit-il, « entre devenir moniteur de voile et travailler dans le pétrole« . Il a choisi le pétrole, pour le meilleur – quelques années d’insouciance bien payées, dans une industrie « noble » de techniciens qualifiés – et pour le pire – une longue, très longue bataille pour préserver le site et, pour finir, la défaite.

Aujourd'hui il ne reste que les herbes folles et la rouille qui grignotent les machines.

En cette matinée de fin novembre, Daniel Maechling nous sert de guide. Une vieille habitude. C’est lui qui, naguère préposé aux journées portes ouvertes, a faitinstaller les panneaux pédagogiques disséminés sur le site. Il expliquait alors avec fierté le processus qui permet de passer du pétrole brut, venu de la Méditerranée par pipeline, à l’essence ou au gazole. Aujourd’hui, il contemple le désastre, ces herbes folles et la rouille qui grignotent les machines. Il conjecture sur la pertinence des investissements faits par les derniers propriétaires. Etait-ce les bons ? Et si, et si… La maladie des regrets.

Au fond, cette raffinerie, c’était la leur. Ils ont vu valser les propriétaires (Total, Shell, Petroplus), quand eux restaient fidèles au poste. Devant l’ancien laboratoire de contrôle, à l’abandon, Daniel Maechling trouve enfin motif à se satisfaire« Les appareils de mesure ont été offerts à un IUT de chimie. » Cela, au moins, ne sera pas perdu. Comme les autres, il fait mine d’avoir digéré. Mais, constatent ses amis, il continue de déglutir. « Tous ceux qui sont encore ici, tout l’argent de tous les plans sociaux ne pourront rien pour eux. Ils n’arrivent pas à tourner la page », confie Jean-Luc Bildstein, délégué syndical de la CFDT. Alors que les ouvriers de la raffinerie de Petit-Couronne ont su médiatiser leur lutte, en profitant de l’élection présidentielle pour faire défiler les candidats à l’Elysée, le combat de ceux de Reichstett n’a jamais franchi la ligne bleue des Vosges. Seul François Chérèque, alors patron de la CFDT, et Nicolas Dupont-Aignan, le candidat souverainiste à la présidentielle, ont fait le déplacement.

La faute à pas de chance ? « Notre grève, lors de l’annonce de la fermeture, est tombée pendant la grève nationale des raffineries pour les retraites. Et notre grosse manifestation, on l’a faite le jour du tsunami au Japon… Il n’y a pas eu une minute au journal télévisé », raconte Jean-Luc Bildstein. L’ombre d’une fermeture pèse depuis les années 1980 sur le site, créé en 1963. L’agonie a été si lente, maintes fois annoncée, qu’elle n’a choqué personne. C’est ainsi. Lorsque Shell a vendu à Petroplus, en 2008, les salariés ont voulu croire à ce pur « raffineur », inventeur d’un modèle économique qui n’existait pas, face aux consortiums pétroliers. Mais le mirage n’a pas duré.

VERRE À MOITIÉ VIDE

Plus de deux ans ont passé, depuis l’annonce de la fermeture, le 21 octobre 2010. Les salariés se sont éparpillés en départs successifs. Selon la direction, le chèque moyen des indemnités s’est élevé à 100 000 euros. Pas de quoi faire pleurer dans les chaumières. Damien Merck, 30 ans, qui n’a pas touché tant, s’avoue « un peu aigri » et peste contre la presse régionale, qui a publié ce chiffre.« Tout ça, c’est des conneries, c’est pas si rose. » A côté de lui, Julien Loisy, 33 ans, voit aussi le verre à moitié vide : « C’était un bon job. Correctement payé. Intéressant. On était bien. »Les deux hommes font partie de la quarantaine de salariés toujours sur le site, sur les 255 que comptait la raffinerie. Une curieuse et cruelle situation. Ils veillent, dans une ambiance mortifère, sur la raffinerie exsangue dont ils étaient le cœur battant. En attendant qu’une solution finisse par être trouvée, pour l’avenir du site. Ils se savent condamnés à partir, mais ne savent pas vraiment quand. Un mois, six mois, un an ? Ils comptent les jours.

Une raffinerie n’est pas une épicerie. On ne met pas la clé sous la porte en un tournemain. L’affaire s’éternise, car le coût du démontage des installations et de la dépollution du site est estimé aux alentours de 25 millions d’euros. Une lourde ardoise que la collectivité ne veut pas payer. Au départ, il était prévu que Petroplus finance ces opérations. Las, la société a fait faillite début 2012. Pour parer au plus pressé, le site de Reichstett a été placé, en janvier, en redressement judiciaire. Le temps de trouver d’éventuels repreneurs, pour une vente à la découpe.

Deux sociétés, Brownfields, spécialiste de la reconversion des friches industrielles, et Rubis, pour créer un dépôt de carburant, seraient sur les rangs. A charge pour elles de dépolluer les sols. Mais rien n’est fait. La chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg, qui devait rendre sa décision le 17 septembre, a repoussé le couperet au 17 décembre, pour permettreaux candidats de finaliser leurs projets. Parmi cette quarantaine de salariés, on trouve une vingtaine de pompiers, aux « trois-huit ». Un impératif de sécurité. Du pétrole brut et de l’essence stagnent encore dans les cuves. Restent aussi une direction resserrée, des opérateurs chargés de l’expédition des carburants et les derniers membres de la cellule de démantèlement constituée lors de la fermeture.

Claude Philipponneau, le directeur, explique l’enjeu post mortem : « On veut finir proprement, en proposant une solution pour l’avenir du site. » En attendant, il fautfinancer les derniers salaires et le plan social. La survie de la petite troupe est organisée avec les moyens du bord. Tout ce qui peut être bradé l’est : les restes de pétrole brut, le métal des trois immenses réservoirs et des sphères de stockage des gaz qui ont été débitées… « L’administrateur judiciaire me dit : « Philipponneau, vous êtes devenu ferrailleur ! »», s’amuse le directeur. Pas franchement un rêve d’ingénieur des mines en fin de carrière.

201212151.0.1079032978PETROPLUS_07

Dans les couloirs vides, où chaque pas résonne, l’effervescence des premiers jours, après l’annonce de la fermeture, semble bien loin. Mais les esprits sont encore marqués. « Ma plus grande peur, c’était que l’on finisse comme les « Conti » [les ouvriers de Continental, à Clairoix, dans l’Oise, qui avaient mis à sac la sous-préfecture de Compiègne]. On disait aux gars : si vous mettez le feu, comment voulez-vous retrouver un emploi ? Ils sont intelligents, ils ont compris », raconte le syndicaliste Jean-Luc Bildstein. Palettes et briquets ont donc été rangés avant l’incendie. « Chez Continental, on a regardé : le taux de reclassement, c’était aux alentours de 40 %. Chez nous, c’est près de 90 % », se félicite Claude Philipponneau.

A la surprise des syndicats et de la direction, ce sont les techniciens spécialisés qui se sont le plus aisément replacés. Ils sont partis sur les sites de Total, à Grandpuits (Seine-et-Marne) ou à Feyzin (Rhône). « Certains sont mêmes allés outre-mer, en Nouvelle-Calédonie, dans l’extraction du nickel », note Claude Philipponneau. Pour les autres, qui se sont insérés dans le dense réseau des PME alsaciennes, les salaires ont souvent brutalement chuté : moins 20 %, 30 %, 40 %, 50 %… « La réalité, dehors, c’est le smic », s’effraie Julien Loisy.Une fermeture, c’est beaucoup de drames intimes. Des peurs. Le directeur se rappelle ce jour où une lettre anonyme dactylographiée est arrivée sur son bureau. L’auteur annonçait son suicide, « à cause de [lui]« « On a mis en place une cellule d’urgence, on a appelé la dizaine de cas que l’on jugeait sensibles, un par un. Heureusement, il ne s’est rien passé. » Un graphologue est venu tenter d’identifier l’auteur. Sans succès. Le courrier aurait été écrit de la main gauche. Un plan social, cela peut aussi être un jeu de piste.

« SANS REGRET »

Combien de couples la raffinerie abritait-elle, au risque de laisser un foyer sans revenus ? « Il y avait un couple marié, deux couples officiels, et des choses qui se font et se défont, pendant des événements qui rapprochent… », raconte Claude Philipponneau. Dans l’ensemble, pourtant, la raffinerie s’est éteinte sans trop de heurts. « Certains vous diront que ça a tangué, mais ce sont des Alsaciens… C’est à peine si un gars s’est assis sur le capot de la voiture du PDG, le jour de l’annonce de la fermeture. Chez moi, tout le monde lui aurait craché dessus », assure le responsable des services généraux, Bernard Rouanet, originaire de Marseille. Il s’est converti au charme de la cogestion à la mode rhénane, où direction et syndicats évitent l’escalade. « Je suis épaté par le flegme, la patience, la tolérance des gens d’ici. Ça permet de tourner la page et de continuer àavancer. »201212151.0.1079032923PETROPLUS_03

Chapeautés par une direction resserrée, des pompiers surveillent les lieux. –

 

Il a, dit-il, « trouvé tout cela élégant et digne ». Il ne sait pas ce qu’il fera dans quelques mois. Mais il veut rester en Alsace.Pour les derniers veilleurs de la raffinerie, chaque jour est aussi une lutte contre l’ennui. « On a toujours rêvé d’un boulot où on ne ferait rien, mais en fait, c’est chiant aussi », constate Rémy Maechling. Lui, pourtant, ne broie pas du noir. Il fignole son projet, auquel il pensait depuis belle lurette. « Un copain est en train de finir un four à tartes flambées pour moi dans le Dakota », explique-t-il. Il va ouvrir là-bas, avec sa femme, un restaurant. Son rêve américain. Une Harley-Davidson l’attend sur place.« Plus ça va, plus c’est dur. Chaque départ se voit », constate Véronique Hubrecht, employée à la paye, qui n’a pas d' »ailleurs » où se projeter. Elle se rappelle, nostalgique, le film que l’on montrait aux visiteurs. « Un écrin vert pour l’or noir, c’était le slogan. »La raffinerie est entourée de 650 hectares de forêts, où les patrons, naguère, allaient chasser. C’était le bon temps. Celui où le comité d’entreprise avait investi pour acheter une part dans le golf de La Wantzenau, cossu village voisin. « C’est un gigantesque gâchis, matériel et humain », regrette Bernard Rouanet.

La responsable des ressources humaines, Christiane Acker, s’affiche, elle, « sans regret »« Pourquoi des gens investiraient-ils dans des raffineries obsolètes ? » Elle espère « égoïstement » que cette « expérience très riche valorisera [son] CV ». Mais le volontarisme a tout de même ses limites. « Je redoute le moment où je passerai sur l’autoroute A4, à côté, et que je ne verrai plus d’éclairage, que les tours seront tombées. Ce sera Ground Zero« , confesse-t-elle. Naguère, avec ses lumières, la raffinerie était surnommée le « sapin de Noël ».

Raymond Kolmer, lui, ne veut pas manquer ce jour du « plasticage » des cheminées. « Je ne sais pas quand ça arrivera, si je travaillerai, mais je prendrai une demi-journée pour assister à la scène. » Il se souvient encore du grincement lugubre des mâchoires des pinces, lors du démantèlement des gros bacs de pétrole : « On savait que si on voulait être payés, il fallait faire de la ferraille, pour faire du pognon. Mais quand le métal épais de 3 cm du bac s’est mis à vibrer, c’est clair, il y avait un pincement au coeur. »Jean-Luc Bildstein, il y a quelques semaines, a décidé de s’en allerTourner en rond lui devenait insupportable. Il a souvent repensé à toutes ses années de lutte, s’est demandé s’ils n’auraient pas dû abandonner plus tôt. Mais il ne veut pas « refaire l’histoire »« On était dans une démarche de survie. Il fallait continuer », explique-t-il. Il souhaite aux « copains » de Petit-Couronne, en Normandie, le « meilleur ». Mais, en même temps, il s’inquiète :« Ils y croient tellement… » Plus rude, encore, peut être la chute.

Pierre Jaxel-Truer

%d blogueurs aiment cette page :