Association Défense des Consommateurs de Propane

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Les PME du Vermont protégées contre les abus des propaniers au même titre que les consommateurs !

Aux Etats Unis, le droit des consommateurs est régi à la fois par des lois fédérales et par les lois des Etats. Certains Etats comme la Californie sont réputés  mieux défendre les consommateurs que d’autres,  du fait de l’importance prise par des  grandes  associations de consommateurs au niveau local,  et de la pression qu’elles arrivent à exercer  sur les autorités comme  sur les entreprises.  Ainsi à San Diego, l’association qui défend les consommateurs face aux entreprises de  l’énergie, de l’eau et des télécoms (Utilities Consumers Action Network ou UCAN ) est à la fois un modèle du genre et une préfiguration de ce que seront les associations de consommateurs  à la fin du XXIème siècle : locales / nationales  et spécialisées par secteurs d’activité (énergie & bâtiment ; alimentation ; santé & médecine ; banque/finance..). A mesure que les questions relatives à la défense des droits des consommateurs vont devenir de plus en plus complexes, les associations vont devoir rassembler  en leur sein des compétences de plus en plus spécialisées.  A vouloir tout faire, on fait tout mal.

Cela ne signifie pas que l’action des pouvoirs publics va perdre de son importance. Mais cette action, si elle veut gagner  en efficacité, devra  se mettre sérieusement à l’heure du pragmatisme, même si celui-ci a mauvaise presse en France. On reproche par ici au pragmatisme d’être l’indicateur du désarroi, de l’impuissance et  de la médiocrité intellectuelle des pouvoirs publics, lesquels ne  devraient  jamais descendre des limbes idéologiques. J’entends bien l’argument : l’action politique ne peut se passer d’un substrat idéologique (*). Il ne faut pas pour autant  mélanger  les « affaires du quotidien » avec la  direction générale des affaires publiques.  C’est dans le quotidien et dans l’action, qu’il faut être pragmatique, et non dans la direction générale.  Je crains en effet que  l’argument idéologique ne serve trop souvent dans notre pays de cache sexe à l’immobilisme ou à la conservation des intérêts acquis.

Un exemple pour illustrer mon propos : la loi Hamon a fixé en 2014  un premier cadre légal pour  les contrats de propane en France. Pourquoi avoir réservé ces dispositions légales aux seuls consommateurs (décision purement idéologique, on en conviendra), alors que les  TPE/ PME souffrent de la même façon et pour les mêmes raisons des mêmes abus des mêmes propaniers ? Veut-on vraiment  continuer à laisser les propaniers pourrir la vie des entreprises rurales, des garagistes,  des restaurateurs, des hôteliers  installés dans  nos campagnes  avec des méthodes commerciales indécentes ?

Le Vermont, pays des  vaches et du fromage,  et patrie de Bernie Sanders, a trouvé la parade. Une solution très pragmatique comme il sied à un Etat rural. Il faut dire que, comme les petits états voisins de Nouvelle Angleterre, le Vermont  s’est spécialisé dans la distribution de baffes aux propaniers (voir les archives du site).  Au lieu de limiter leur loi anti-propanier à la seule défense des consommateurs, les autorités ont fait passer une loi pour défendre tous les clients des propaniers disposant d’une citerne inférieure à  2000 gallons ( 4 tonnes ) de capacité. Qu’ils soient particuliers ou professionnels, les protections conférées par la loi s’appliquent de la même manière dès lors que la citerne est une citerne petit vrac.

Résultat : un propanier local Osterman Propane  vient se voir obligé à  rembourser $ 16 000 à 89 clients commerciaux (plus $ 7500 d’amende à l’Etat) pour n’avoir pas respecté les obligations d’information des clients inscrites dans la loi de 2012, loi  officiellement  présentée  comme une loi de protection des consommateurs, mais qui concernait  tous les clients des propaniers. Dommage pour le propanier qui ne s’en est pas rendu compte en temps et en heure.

Source : VTDigger.org   15/12/2016

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Carte postale du Vermont. En anglais,  prononcez  » Le Vert Monte « . Etat prophétique ?

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Des copropriétaires captifs d’un gestionnaire de résidences vacances obligent le Montana à réguler le prix du propane

 

L’histoire  qui suit  montre qu’il n’est point besoin d’être locataire de son logement pour se faire arnaquer par les propaniers. Il  faut et il suffit que le décideur (celui sur qui repose le choix du  propanier)  ne soit pas le payeur (celui qui règle la facture du propanier). Dès lors tous les abus de prix par les propaniers sont permis.  C’est le cas des occupants de HLM en France dont bon nombre payent le propane beaucoup trop cher. C’est aussi un peu le cas dans les collectivités publiques où le décideur (la collectivité) paye le propane avec nos impôts.

 A l’autre extrémité du marché immobilier, c’est aussi le cas des  résidences luxueuses vendues par des promoteurs à des copropriétaires obligés de signer des contrats  de conciergerie ou d’hôtellerie avec les filiales des promoteurs. On appelle cela aux USA des condominium hôtels  ou encore condo-hôtel ou hôtels-condo ou condotels. La désormais célèbre Trump Tower, un gratte-ciel de 58 étages sur la Première Avenue  à New York,  fait partie de la catégorie des condotels.

Une de ces résidences de vacances destinée à être vendue en copropriété et / ou louée à la semaine  par le biais d’un accord de commercialisation exclusif avec une filiale du promoteur,  est située dans la plus grande station de ski des Etats Unis (2300 hectares) :   Big Sky Resort, au sud de l’Etat du Montana.  La station a la particularité d’être située à  une  altitude relativement élevée  (2070 mètres) mais de ne proposer que 1400 mètres de dénivelé.  Ce qui doit laisser effectivement une très large place pour regarder les étoiles entre les montagnes.

Après une bataille juridique de plusieurs années, la Commission du Service Public de l’Etat du Montana vient de décider qu’elle réglementerait la distribution  et le prix du propane dans la station de Big Sky Resort,  en considérant le propanier  Abaco Energy Services ( Bismarck, Nord Dakota)  d’ «utilité publique ».  Cette décision intervient plus de 3 ans après que l’Association des Propriétaires du Condotel Shoshone ait déposé une plainte contre la société de distribution de propane. Auparavant l’Association avait déposé plainte contre le gestionnaire de la résidence de vacances.

Dans sa plainte, l’Association des copropriétaires, qui regroupe  94 appartements situés au pied de la station (voir photo ci-dessous) , prétendait que le propanier Abaco – sous contrat avec la gestionnaire BOYNE RESORTS – surfacturait ses services de livraison de propane.

Le propanier avait contre-attaqué en argumentant qu’elle ne connaissait que Boyne Resorts, et que ses services de livraison ne pouvaient en aucune façon être considérés comme « publics » (et donc soumis à la réglementation des « monopoles locaux », réglementation  sans équivalent en France).

Voyant que les choses aller tourner au vinaigre pour les propaniers, le Sénat du Montana, largement dominé par les Républicains,  introduisit un projet de  loi (bill) qui exemptait  à l’avance les propaniers contre les prétentions régulatrices de la Commission du Service Public de l’Etat (PSC). Le Gouverneur démocrate Steve Bullock mit son véto à ce projet de loi en écrivant qu’ « une décision ayant des répercussions aussi larges n’était pas dans l’intérêt des habitants du Montana ».

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Pas dur d’être moins moche qu’Avoriaz………

Dans sa décision du 12 Décembre dernier, la PSC argumenta que la mainmise d’Abaco sur le marché était une raison suffisante pour considérer localement cette société comme d’utilité publique.  La PSC régule plusieurs autres sites de distribution de propane dans le Montana, y compris les sites de Culbertson et Townsend.

« C’est une situation très particulière. Une situation où les plaignants n’ont pas beaucoup d’opportunités. Ce sont des consommateurs captifs à travers Boyne Resorts, ils n’ont pas beaucoup de possibilités d’exercer leur choix de consommateur » a déclaré le représentant de la PSC  Roger Koopman.

Les membres de la Commission ont aussi noté le besoin de réglementer pour préparer la croissance programmée de la station de ski.

«  C’est une situation qui va concerner de plus en plus de monde. Si nous ne traitons pas l’affaire maintenant , nous devrons la traiter plus tard » a ajouté Koopman. «  Il y a un potentiel de croissance de la station considérable, et nous devons nous confronter une fois pour toutes au problème,  en reconnaissant qu’Abaco exerce des prérogatives de service public,  et au fait que ses clients constituent bel et bien un public»

Cette décision est la dernière d’une série de conflits entre Shoshone et Boyne. Au début de l’année 2014, l’association de copropriétaires avait porté plainte contre Boyne, en prétendant que le gestionnaire avait surfacturé l’association pour des services de base comme la collecte des ordures et la télévision.  Depuis les deux parties semblent être parvenues à un accord. Restait  le cas de la surfacturation du  propane, pour lequel Shoshone s’était d’abord retourné contre Boyne avant, finalement, de se retourner contre le propanier devant la Commission.

C’était ma minute : le pragmatisme de la réglementation américaine permet de réguler les abus du soit-disant marché libre, ce que le dogmatisme libéral de Bercy ne permet même pas de faire, du fait que notre système juridique n’a pas été rénové à la vitesse où notre économie a été convertie au marché libre.

Conséquence : les locataires chauffés au propane et victimes de l’inaction de leur propriétaire  sont  les gros dindons de la farce du gaz en citerne en France, avec la complicité passive de  nos dirigeants, incapables de mettre fin à l’absence de concurrence soit par l’instauration d’une véritable concurrence , soit par la reconnaisssance de situations locales de « monopole de fait » .

Source : Lewis Kendall Bozeman Daily Chronicle  27 Dec 2016

Les consommateurs doivent pouvoir acheter les citernes de gaz, selon la Commission de la Concurrence d’Afrique du Sud

La Commission de la Concurrence  d’Afrique du Sud (Competition Commission) vient de terminer une enquête de deux ans sur le fonctionnement du marché du GPL en Afrique du Sud. Aucune surprise dans ses recommandations préliminaires qui doivent être examinées par les parties prenantes avant le 7 Juin prochain : selon la Commission, le marché sud africain du GPL doit tendre vers la dérégulation à travers des  mesures principalement  destinées à aiguillonner la concurrence.

« Il y a des obstacles structurels à la concurrence qui sont susceptibles de gêner la croissance de l’industrie du GPL » selon le communiqué de la Commission de la Concurrence d’Afrique du Sud. « On constate des goulots d’étranglement significatifs dans l’environnement réglementaire qui réduisent les possibilités d’une concurrence nouvelle »

L’Afrique du Sud fabrique 300 000 tonnes de GPL par an, pour des ventes totalisant 1,5 milliards de rands. En 2015, la Commission a fait des enquêtes et des saisies dans les bureaux de African Oxygen, Oryx Oil South Africa, Easigas, LPG Safety Association, KayaGas, et Totalgaz Southern Africa.

La Commission a trouvé que certains contrats de fourniture de GPL  à long terme ont été renouvelés auprès des mêmes grossistes pendant plus de 25 ans, et peuvent contenir des clauses de renouvellement illimité. Elle propose de réduire la durée des contrats d’approvisionnement en gros, d’annuler la pratique des renouvellements automatique, et  d’introduire un mécanisme d’allocation où tous les grossistes sud africains pourraient enchérir sur  le GPL importé. Elle préconise en outre d’allouer un pourcentage minimum des volumes importés à des petits grossistes en GPL afin de permettre l’entrée de nouveaux concurrents sur le marché.

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Ceci n’est pas la capitale de l’Afrique du Sud……

Le GPL fait partie des combustibles dont le prix est fixé par le Central Energy Fund du Département d’Etat de l’Energie le dernier vendredi de chaque mois, pour prendre effet le premier mercredi de chaque mois.

Dans le cas du GPL, le gouvernement fixe un prix maximum de vente au détail ( ndlr : comme la Belgique et le Luxembourg) , au contraire de l’essence ( où il détermine un prix fixe basé sur le taux d’octane et la région géographique) ou le diesel, où il fixe le prix de gros mais permet aux stations service de se  concurrencer sur le taux de marge.

« La Commission propose de mettre en oeuvre progressivement les mesures permettant d’aller vers un marché du GPL dont les prix sont déterminés par le marché, et de créer un environnement économique favorable à la concurrence »

Une autre recommandation est de permettre aux consommateurs de devenir propriétaire de leur citerne. Le système où les fournisseurs de gaz gardent la propriété des citernes donnait lieu à des abus généralisés, selon la Commission.  Allez,  on se la refait une seconde  fois et en anglais  pour le plaisir. « The incumbent system of gas suppliers owning the cylinders was open to widespread abuse » (apparemment un « cylinder » doit  désigner  une citerne en Afrique du Sud – alors que le terme est réservé aux bouteilles de gaz en Amérique du Nord).

Quoi ? Des abus généralisés envers les consommateurs de  GPL ? Pas possible !!! ??? Heureusement pour les consommateurs français, de tels abus généralisés sont impossibles en France : nul doute que la DGCCRF  mettrait immédiatement le holà si les propaniers s’avisaient de vendre le propane à des prix abusifs  en profitant lâchement de leur droit de propriété sur les réservoirs….Et si la DGCCRF continue à faire juste « semblant » de vouloir résoudre le problème,  grâce à Nuit Debout, dorénavant,  nous allons  pouvoir dénoncer publiquement  les marques qui ne sont pas gentilles avec les consommateurs. Na !  Il suffira de rajouter le nom de Vitogaz sur la liste des méchantes marques pour  désigner à la vindicte populaire ce propanier comme un escroc, à peine plus recommandable que  Caca-Cola ou  Mc Donaz. Et hop, le problème sera résolu….On appelle cela la « pensée magique »  : il suffit de tous le vouloir  très fort,   et les choses s’accomplissent d’elles-même comme par miracle…..

Propane vrac  et concurrence : radioscopie d’une défaillance d’Etat

Selon le Prix Nobel d’Economie américain  Joseph Stiglitz,  néo-keynésien  bon teint  (il fut un temps Chief Economist à la Banque Mondiale )  les causes des inégalités croissantes dans nos sociétés capitalistes sont avant tout d’ordre politique et institutionnelle. Stiglitz est un économiste. Ce n’est pas un philosophe. Sa critique des institutions n’a donc guère de rapport avec celle instruite naguère par Foucault ou par Deleuze. Il ne s’agit pas d’une critique des  institutions politiques ou économiques en tant que telle, mais d’une critique du fonctionnement de ces institutions. Stiglitz dénonce le fait que la croissance économique n’a plus pour résultat d’améliorer le sort de tous, mais, à rebours de ce que prévoit la théorie économique classique ou néo-libérale, de creuser continuellement  l’écart entre les plus pauvres et les plus riches.

Stiglitz explique le creusement des inégalités par le fait que l’Etat américain aurait désormais un comportement inverse ce qu’on serait en droit d’attendre d’un Etat libéral. Il favoriserait la formation de monopoles en avantageant les plus aisés au détriment des plus démunis.  C’est en faussant les lois du marché concurrentiel que l’Etat favorise  les inégalités. Dans son livre « Le prix de l’inégalité » l’économiste  illustre son propos de nombreux exemples  tirés du secteur bancaire et financier depuis la crise de 2008.

Pour Stiglitz rien n’oblige les autorités (ni le corps social) à rester passif devant ces évolutions. Il constate  que ce phénomène a été rendu possible par le désarmement  idéologique des pouvoirs publics. Le laisser-faire  sert trop souvent de paravent à la faiblesse  de la régulation économique. Cette insuffisante confrontation entre pouvoirs publics  et lobbies économiques a été théorisée outre-atlantique sous le terme de « capture du régulateur » : par toutes sortes d’incitations,  de demi -mensonges,  de faux semblants, les firmes peuvent influencer les régulateurs publics de manière à leur faire prendre position en faveur des intérêts des entreprises dominantes. Mais cette capture peut aussi être de nature « cognitive » : régulateurs et industriels issus des mêmes universités,  partagent un même état d’esprit, une même vision du monde. Dans cette vision commune aux élites francaises, les intérêts des consommateurs et des citoyens n’entrent en ligne de compte qu’une fois que tout a été décidé…….

Dans le cas du propane domestique, les consommateurs français comptent à l’évidence pour quantité négligeable : à peine 10 % des populations rurales. Ceci explique la très grande lenteur avec laquelle les récriminations  des consommateurs français parviennent à l’oreille du régulateur.

Mais, au fait, qui joue le rôle de Régulateur pour la distribution du propane en France ? Qui est l’arbitre des pratiques  commerciales des propaniers ?  La Commission de Régulation de l’Energie (CRE) ne s’intéresse pas aux énergies hors réseau, donc ne s’intéresse pas au propane. La DGCCRF  est censée jouer le rôle de policier-enquêteur mais elle se doit de rester neutre tant  que la loi n’est « manifestement » pas violée.  L’Autorité de la Concurrence est censée juger du respect des règles de la concurrence,  mais elle ne sanctionne que sur la base de « l’évidence » de la collusion, se contentant d’émettre des avis ou recommandations en cas contraire.  La conclusion s’impose alors : il n’y a en réalité aucune régulation des pratiques commerciales des propaniers français en dehors de celle exercée  par la loi et par les tribunaux chargés d’arbitrer les conflits.  Encore faut-il que ces derniers soient sollicités à bon escient.

Or qui dit absence de régulation dit contrats de longue durée, frais de sortie exorbitants,  contrat exclusif,  procédures de changement de fournisseur inutilement longues, désinformation , et, au final,  forte dissuasion à l’entrée sur le marché envers les concurrents potentiels.  Ces derniers ne pouvant entrer sur le marché, il y a peu de chance de voir instruire une plainte pour « entrave à la concurrence ».  La situation peut s’enliser éternellement, clients et concurrents potentiels subissant  la loi d’airain des entreprises fermement installées sur le marché et en situation d’oligopole. Combien d’entrepreneurs ont ainsi renoncé à entrer sur un  marché verrouillé de très longue date  ? Si l’on en croit le nombre de contacts pris auprès du Groupement Propane Libre ces dernières années, ils doivent être un certain nombre à avoir été dissuadés….De ceux-ci, l’Autorité de la Concurrence n’entendra  jamais  parler.

C’est ainsi que l’Etat par son absence d’à-propos et sa passivité,  léthargise tout un pan de l’économie au profit d’oligopoles et de rentes historiquement constituées.

C’est ainsi que des centaines de distributeurs ruraux de fuel domestique, dissuadés de rentrer sur le marché infiniment plus rémunérateur du propane vrac,   sur lequel ils auraient toute légitimité à opérer (comme le prouve l’exemple des pays voisins ), sont contraints de se faire racheter  les uns après les autres par  les 2 mêmes  multinationales du fuel, les dirigeants de ces PME rurales étant incapables d’entrevoir une autre perspective  que celle de la revente au plus offrant devant la baisse tendancielle de leur marge brute d’exploitation.

C’est ainsi qu’un Etat incapable de déjouer les mécanismes  par lesquels les multinationales s’accaparent un à un des marchés normalement  dévolus aux entreprises locales, de manière à les maintenir ouverts à la concurrence, finit par désespérer les forces vives de la nation.

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Pour ce qui concerne le propane vrac, l’oligopole et la rente sont assurés en France non par la «capture » du  régulateur  désigné comme tel par les pouvoirs publics,  mais par la « vacance »  de ce même  régulateur,  ou plus exactement  par son invisibilité ou son insaisissabilité au sein des appareils  ministériels.

Notez bien que le résultat est strictement  le même que celui dénoncé par Stiglitz : ce sont les clients les plus démunis, les moins armés pour la négociation avec les propaniers,  en particulier  les locataires en zone rurale, qui paient aujourd’hui  le propane au prix le plus élevé, creusant un peu  plus  l’écart  entre riches  et pauvres.

C’est visiblement à un de ces « régulateurs masqués », oeuvrant au sein du Ministère de l’Industrie, que deux députés de l’Assemblée Nationale doivent d’avoir obtenu une (première)  réponse particulièrement insatisfaisante à une question très  intéressante du point de vue de la libéralisation à venir de la distribution du propane vrac  (voir aussi archives du site d’Avril 2015 « Le gouvernement refuse de toucher au grisbi des propaniers »). La question posée par les deux députés était en substance :

« Comment un propriétaire de citerne doit il s’y prendre pour mettre plusieurs propaniers en concurrence simultanément,  dès lors que chacun des 5 propaniers détenant 99 % du marché à l’echelle de l’hexagone s’entendent entre eux pour obliger les propriétaires à signer des contrats de fourniture de gaz exclusifs ? »

Une telle question est évidement inconcevable pour un gazier allemand. Les allemands ont quelques difficultés  a comprendre  comment   au « pays de la liberté », des grandes entreprises peuvent  avoir suffisamment d’entregent  pour s’autoriser à maltraiter  les consommateurs  AU VU ET AU SU DES POUVOIRS PUBLICS, au point de pouvoir interdire aux propriétaires de citernes de gaz de faire jouer librement la concurrence entre fournisseurs, concurrence qui existe en Allemagne depuis des lustres ……

Je vous  livre ci-dessous la réponse du régulateur masqué,  telle que retranscrite sur le site internet des « Questions Assemblée-Nationale »  à l’attention des deux députés :

« Si le consommateur est déjà propriétaire de sa citerne, une durée d’engagement minimale est toutefois généralement à prévoir, en raison des contraintes liées à la logistique de la fourniture de GPL et des questions de sécurité liées à l’entretien et à la maintenance de la citerne, même si certains fournisseurs de GPL peuvent accepter qu’un consommateur propriétaire de sa citerne en confie l’entretien et la maintenance à un tiers. »

Toujours les mêmes mensonges. Ce qui est écrit ci-dessus est à la fois erroné et inquiétant quant à la volonté du gouvernement d’en finir avec les abus des propaniers :

  • Pas plus en France qu’en Allemagne, il n’existe de contrainte « liée à la logistique de la fourniture de GPL » qui justifie  la signature d’un contrat de fourniture de gaz. La meilleure preuve de la mauvaise foi du répondant, c’est que les plus petits distributeurs de gaz en citerne arrivent à mener leurs affaires sans faire signer à leurs clients le moindre engagement  de se fournir exclusivement chez eux. Si des petits distributeurs arrivent à gérer  les conséquences, du point de vue logistique, de la « liberté »  ou  même  de la « versatilité »  de leur clientèle, un gros propanier disposant de marges d’exploitation et d’un personnel autrement plus conséquents,  doit pouvoir aussi y arriver.

Quand bien même cela poserait des problèmes aux propaniers, depuis quand les pouvoirs publics ont-ils à  se soucier des problèmes de « logistique » posé par le traitement des commandes d’une clientèle devenue plus instable par l’irruption soudaine de la concurrence sur le secteur de  marché  des propriétaires français de citerne de gaz ?  Cet argument est donc non-recevable de la part d’un représentant du gouvernement. Tout au plus pourrait-il être un argument mis en avant par les propaniers. Le problème est que cette réponse émane bel et bien d’un ministère……Toujours cette confusion des genres…

  • Les questions de sécurité liées à l’entretien et à la maintenance de la citerne sont infiniment moins complexes que les questions de sécurité et de maintenance des véhicules automobiles puisque les citernes sont inamovibles et leurs accessoires manipulés au mieux une à deux fois par an. Prétendre qu’il faut donner aux distributeurs de propane une exclusivité, même limitée dans le temps, pour la maintenance des citernes, c’est prétendre qu’on ne peut faire autrement que de confier à un pompiste (exclusif) l’entretien de l’intégralité du parc automobile détenu par les particuliers en France.  Les fabricants de voiture et les pouvoirs publics ont mis au point un carnet de contrôle technique. Chaque propriétaire de voiture est tenu de se soumettre à des contrôles réalisés par des tiers (et non par les distributeurs de carburant). La seule mission des pouvoirs publics est de donner les moyens aux consommateurs d’organiser la maintenance des citernes sans l’aide des propaniers, comme l’a rappelé le récent rapport de l’Autorité de la Concurrence.  Le contrôle des citernes doit donc être organisé de manière à permettre de développer la concurrence entre propaniers, et non pas dans le but d’entraver cette concurrence comme c’est le cas actuellement. C’est cette voie-là qui doit être explorée par les pouvoirs publics et aucune autre. L’argument du régulateur masqué selon lequel il existe des raisons d’associer l’approvisionnement en gaz et la maintenance de la citerne, est aussi erroné  que celui qui voudrait  associer la fourniture de carburant avec la maintenance d’un véhicule.

Il s’agit là bien évidement de points cruciaux  pour la libéralisation à venir de la distribution du gaz en citerne.

La bonne nouvelle, si l’on peut dire,  c’est  que nos deux premiers députés ( Eric Alauzet chez les Verts et Joël Giraud chez les Radicaux de Gauche)  n’ayant probablement pas estimé avoir obtenu de réponse  satisfaisante  à leur interrogation, ont sollicité deux autres députés socialistes afin qu’ils reposent  la même question au gouvernement à quelques semaines d’intervalle  :  Sandrine Hurel (Seine Maritime) et Jacques Cresta (Pyrénées Orientales – encore un montagnard ) attendent eux aussi des explications concernant l’inaction du gouvernement devant les pratiques d’éviction de la concurrence  des propaniers français. Si de plus en plus  de députés se rendent compte de la défaillance de l’Etat français dans la régulation des pratiques commerciales des propaniers français, c’est que notre combat avance petit à petit dans les esprits…

 « Le bon combat est celui qui est engagé au nom de nos rêves » Paulo Coelho ( in  Le pélerin de Compostelle)

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