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Impact des cartels sur les populations pauvres : le cartel coréen du GPL à l’honneur dans un rapport des Nations Unies

 

Les cartels du GPL à travers le monde  mériteraient  beaucoup plus d’attention qu’un simple paragraphe dans un rapport de la Commission des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (UNCTAD) sobrement intitulé  « The impact of cartels on the poor » (*). Un journaliste d’investigation pourrait facilement leur consacrer un gros ouvrage  destiné à expliquer comment  les entreprises les plus riches de la planète s’arrangent  pour faire les poches  les populations les plus pauvres.

Pour ma part, n’ayant pas le temps de traduire tout ce qui me tombe sous la main, je n’ai publié  jusqu’à présent qu’une partie des informations glanées ci et là  en matière de scandales liés à la distribution du GPL dans le monde.  Je n’ai pas encore abordé par exemple   la situation du GPL en Amérique du Sud qui, si l’on en croit une certaine presse sud américaine,  semble marquée par les stratégies expansionnistes impulsées par le cartel mexicain. Je n’ai pas non plus abordé  la situation explosive,  au sens propre comme au sens figuré, de l’Inde (et de ses voisins  Népal,  Pakistan…), où le prix du GPL est surveillé comme le lait sur le feu par les dirigeants politiques du fait de son importance dans l’économie domestique. Et je n’ai pas non plus raconté la guerre ouverte  entre le cartel kenyan du GPL et les remplisseurs illégaux de bouteilles de gaz volées,  sur fond de corruption et d’inaction de la police.

Partout dans le monde, un même constat : les prix et les pratiques  abusives des distributeurs de GPL  encouragent  la corruption parmi les dirigeants et suscitent colère, indignation, détournement, trafic  et violence parmi les populations abusées.   Figurez- vous que je viens de découvrir  qu’en 2016 des manifestations ont eu lieu dans les rues aux îles Caïmans contre les hausses de prix du GPL imposées par……. notre multinationale 100% française  Rubis –Vitogaz,  tristement célèbre dans l’hexagone pour ses arnaques au prix du propane ciblant particulièrement les personnes les plus démunies.  N’est- il pas ironique de voir que sur ce minuscule  territoire d’outre-mer appartenant à la Couronne d’Angleterre,  45 000 caïmanais donnent des leçons de résistance aux consommateurs français ? On y reviendra dans un prochain article.

Que dit donc ce rapport des Nations Unis au sujet de l’impact des cartels sur les populations les plus pauvres ? Voici la traduction partielle de l’ «Executive summary »  de ce rapport.

« Les cartels ont un effet délétère sur les consommateurs mais les pauvres  souffrent de manière disproportionnée des effets de collusion dans le commerce et les achats publics. Les prix élevés, particulièrement dans les biens et services essentiels, forcent les pauvres à consommer moins ou à ne plus consommer ces biens et services. De plus, lorsque ce sont des petits entrepreneurs, les pauvres peuvent se voir interdire l’accès à certains marchés, ou être sujets à des stratégies  d’exploitation de la part des cartels. Ce rapport liste un certain nombre de  cartels dans  des secteurs d’activité qui sont particulièrement susceptibles d’affecter les pauvres.  Il identifie les points communs à ces cartels et les défis rencontrés par les jeunes agences nationales de la concurrence (ndlr : dans les pays récemment industrialisés)  à les détecter et à les  poursuivre. Ils représentent  les défis les plus difficiles rencontrés par ces agences dans un secteur où la mise en application des lois existantes est pourtant le plus souhaitable…. »  « Les secteurs économiques affectés par les cartels  les plus susceptibles de nuire aux foyers les plus pauvres sont ceux qui fournissent les biens essentiels comme l’alimentation, la médecine, les combustibles et les carburants, ainsi que  les transports ».

Amusant comme ce rapport de l’UNCTAD  récapitule  en une seule phrase  les «combats»  qui ont été successivement  les miens :  pour une alimentation saine et sans pesticides;   contre les mensonges d’une médecine embourgeoisée et ( pour cette raison même)   vautrée dans les conflits d’intérêt avec les industriels de la santé;  et contre le cartel du GPL. Je dois avoir ce travers de ne m’intéresser qu’à ce que l’avidité corrompt avec le moins d’égard pour l’être humain.

Ce que nous dit le rapport de l’UNCTAD, c’est que les lois contre les cartels existent bien partout  mais les moyens pour les appliquer font partout  défaut.  Dans ces conditions la belle prose des économistes sur les soi-disant mérites de l’économie de marché,  n’est qu’un vulgaire travestissement d’une réalité économique jamais démasquée.  Suit une liste interminable de procès intentés par les agences nationales de lutte contre les cartels  : Brésil, cartel de récidivistes dans les gaz industriels et médicaux et cartel de l’essence ; Chili, cartel de la viande de poulet ( encore un coup de « Los Pollos Hermanos » ! ) ; Indonésie , cartel de l’huile de palme pour la cuisson ; Pérou, cartel de l’oxygène médical ; République de Corée : cartel du Gpl, cartel du sucre ; Russie : cartel de l’eau de javel ; Afrique du Sud : cartel du pain et de la farine…..N’en jetez plus !

Au sujet du cartel du GPL en Corée du Sud, déjà signalé dans l’article du site de l’ADECOPRO intitulé  « Des cartels à gogo… »,  on peut lire cette information intéressante dans le rapport de l’UNCTAD :

«  La Commission de la Concurrence de la République de Corée (Korea Fair Trade Commission ou KFTC)  a pu observer que les prix du GPL sur le marché domestique sont restés à un niveau très élevé après janvier 2008 quand les prix internationaux se sont stabilisés.  Elle a commencé son enquête en avril 2008.  Il a été mis en évidence le fait que les prix élevés du GPL étaient dû à des manipulations de prix  de la part des fournisseurs de GPL. La Commission a imposé une amende record de 600 millions de dollars à 7 fournisseurs de GPL pour avoir fixé les prix de gros du GPL  entre 2003 et 2008.  Dans son communiqué de presse, la Commission a insisté  sur le fait que le GPL est une nécessité quotidienne pour les taxi, les conducteurs handicapés et les familles dans les régions pauvres où le gaz naturel n’est pas accessible …..  Suite à la décision du KFTC, une association de chauffeurs de taxi et une association d’aide aux personnes handicapées, a  déposé une plainte contre les membres du cartel.  La plainte a été déposée au nom de plus de 30 000 chauffeurs de taxi   et personnes  handicapées, ce qui en fait l’une des plaintes pour dommages civils les plus importantes. »

Le rapport ne dit pas ce que cette plainte est devenue…….

Bah, on comprend mieux la timidité de l’Autorité française de la Concurrence à traîner les rapaces français du GPL devant les tribunaux. Des fois que les consommateurs en profiteraient pour en remettre une couche devant les tribunaux.

(*) Note by the UNCTAD Secretariat, 24 July 2013 ( en ligne sur Internet)

PS  Could our dear Korean readers explain in their comments  why « disabled drivers » are   pointed out and  concerned by the wrongdoings of the Korean LPG cartel ? I can’t figure it out.

PS 2   En écho à ce papier, un article très récent paru dans la presse indienne à propos de l’action de la Competition Commission of India (12 /09/2017 ) : Competition law interventions can acts as tools of social inclusion

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Au Mexique, les propaniers ne valent pas mieux que les vendeurs de tortillas

C’est du moins l’avis du très officiel PROFECO dont nous avons récemment parlé sur ce site suite à un gravissime accident survenu à Mexico   lors d’une livraison de gaz en citerne dans un quartier de la capitale ( voir archives ).

Le Profeco c’est l’Agence fédérale mexicaine de protection des consommateurs. C’est elle qui assure notamment la vérification des balances et compteurs de poids et mesures dans le secteur de la  distribution. Le chef de l’Agence Ernesto Nemer a déclaré récemment dans une conférence de presse que 370 pompes à carburant ont été immobilisées en 2016 parce qu’elles délivraient des litres de carburant qui étaient en réalité inférieurs à 1 litre (en anglais « selling short liters ») . 45 stations service ont même été verbalisées pour avoir refusé que leurs pompes à carburant soient vérifiées…

Au cours de la même année, 61 vendeurs de propane mexicains ont été verbalisés , et 23 autres ont vu leur permis  d’opérer suspendu, soit parce qu’ils vendaient des kilogrammes de gaz incomplets, soit parce qu’ils négligeaient d’afficher leurs prix, soit parce qu’ils n’étaient pas capables de fournir leur comptabilité-produit (comptabilité des stocks entrant et sortant).

Détail amusant : ce sont ces mêmes infractions qui ont été relevées par Profeco chez les vendeurs de tortillas.  470 vendeurs de tortillas se sont vus retirer le droit de vendre les célèbres galettes de mais grillées au motif qu’ils n’affichent pas leurs prix, que leurs prix sont artificiellement gonflés, et qu’ils vendent des kilogrammes de tortillas qui ne sont pas de vrais kilogrammes.

La tortilla étant cancérigène  comme tous les produits à base de  céréales  chauffées à haute température  (*) , le consommateur mexicain  est peut-être volé sur la quantité , mais les plus avisés pourront toujours se consoler en disant qu’ils avalent moins de substances cancérigènes.

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L’utilisation du propane, plutôt que le bois,  permet de préserver le couvert végétal des sols. Cependant les plus pauvres ne peuvent se l’offrir pour faire cuire les tortillas.

(*) Tortillas mais aussi crêpes et galettes bretonnes, gâteaux secs et humides,  chips,  frites, biscuits de toutes sortes, pain grillé, pain normal (la cuisson du pain s’opère  à 250°,  or l’acrylamide cancérigène  apparaît dès  120°) , biscottes, tartes maison ou tartes industrielles … Les sceptiques  auront intérêt à chercher dans la  littérature scientifique étrangère   (de nombreuses références existent en allemand et en anglais ). En France, le  lobby de la patate , du pain, des céréales  et de la biscuiterie  veille au grain  afin de  ne pas trop ébruiter ce genre d’informations. De sorte que chercher des informations sur  les méfaits des produits contenant de l’amidon ou à base de céréales,  dans la presse scientifique française, revient à vouloir enquêter sur les dangers du lait de vache  auprès des universités suisses. Vous pouvez quand même vous référer au dernier communiqué de l’Académie Nationale de Pharmacie de février 2014,  qui a le mérite de tirer la sonnette d’alarme tout en soulignant  le silence de l’Académie de Médecine, fidèle comme toujours à son « devoir de prévarication ».

Ici une liste américaine officielle ( de la  FDA) datant de 2006 indiquant la quantité d’acrylamide cancérigène dans les aliments en vente libre dans les supermarchés américains, avec les noms des marques les plus dangereuses. Je vous conseille d’y jeter un oeil, si vous voulez savoir à quel point les frites ou le café sont riches en  cancérigènes (pas besoin de connaitre l’anglais pour comprendre le tableau)

En comparaison, et pour montrer à quel point  l’administration française prend les consommateurs pour des imbéciles,  un article sur le même sujet  écrit par l’ANSES ( équivalent français du FDA américain) magnifique exemple d’information-désinformation à la française : après avoir lu l’article, le lecteur n’a absolument aucune idée  du contenu  en acrylamide des aliments achetés en supermarché sous les différentes marques.  Ce que je trouve le plus insupportable en France c’est cette manie de vouloir cacher les problèmes dès lors que de gros  intérêts économiques sont en jeu.

Plus d’informations sur ce sujet sur le site de l’association de consommateurs CLCV, laquelle souhaite imposer des règles du jeu aux industriels qui se font du blé en envoyant leurs clients au cimetière  :

http://www.lepointsurlatable.fr/a-la-une/acrylamide-il-est-temps-de-contraindre-les-industriels.html

Mise à jour du 30/10/2016 : la CLCV me répond la chose suivante au sujet de l’absence d’informations publiques sur la quantité de toxiques cancérigènes contenus dans les aliments industriels couramment achetés en supermarché :

« A notre connaissance, il n’existe pas de liste indiquant la quantité d’acrylamide dans les aliments achetés en supermarché. La DGCCRF surveille  la contamination de certaines denrées alimentaires par l’acrylamide mais malheureusement elle ne publie pas les données brutes. Et, il n’existe pas d’obligation pour les fabricants de les communiquer. De ce fait, nous ne disposons pas de la teneur en acrylamide des différents produits vendus ».

Je ne sais pas pourquoi mais j’étais sûr de la réponse de la CLCV avant même de la recevoir !  Si la DGCCRF surveille l’acrylamide des industriels  comme elle surveille les frasques des propaniers, vous pouvez déjà prendre rendez-vous pour votre dernière onction  sur « Moncuré.com »

Le Brésil enquête sur les pratiques de collusion de prix dans le GPL.  Petrobras vend sa filiale de distribution de GPL.

 

L’agence antitrust du Brésil, le Conseil Administratif de Défense Economique (CADE) , a ouvert  une enquête  au sujet de  11 entreprises suspectées de pratiques anti-concurrentielles.  Cette  enquête porte sur des allégations de collusion de prix dans le secteur du GPL, et de partage des clients dans les états du Nord Est (Amazonie).

Dans une déclaration officielle, le CADE,  basé à Brasilia, a fait savoir que ces sociétés échangeaient des informations et imposaient des restrictions aux revendeurs de manière à «  promouvoir une régulation artificielle du marché et à faciliter un fonctionnement de type  cartel ». L’agence n’a pas fait d’estimation sur le nombre de consommateurs lésés du fait de ces pratiques.

Les sociétés incriminées incluent Liquigas Distribuidora SA,  filiale GPL de l’entreprise nationale Petrobras, mise aux enchères par sa maison-mère en Juin dernier, et Ultragaz, bien connue des lecteurs de ce site (voir les archives ) pour avoir vainement  tenté naguère de racheter notre Butagaz national.

Cette enquête est la dernière d’une série destinée à lutter contre les pratiques de corruption par les  grandes entreprises au Brésil. Ces enquêtes ont mis à jour un vaste système de pots de vin entre  firmes nationales et  groupes d’ingénierie privés. Le scandale politique qui en a  résulté a été à l’origine du processus de destitution de la présidente Dilma Rousseff.

Les suspicions concernant un éventuel cartel  dans le secteur du GPL sont apparues en 2009 quand l’organisme chargé de la surveillance du secteur pétrolier, l’ANP (Agence Nationale du Pétrole , du Gaz Naturel et des Biocombustibles) , a déposé une plainte, suivie immédiatement d’une série d’investigations de la police et du procureur.  Des perquisitions et des raids ont été menés l’année suivante dans le cadre d’une enquête sur des pratiques de tarification anti-concurrentielles.

A la suite de cela, les distributeurs de GPL   Minasgas SA et Supergasbras Energia Ltda, qui font aussi partie de l’enquête actuelle du CADE, ainsi que certains cadres, ont cherché à négocier des  arrangements.  Cade n’a pas révélé la nature de ces accords.

Source :  Reuters 25  Aout 2016  : « Brazil probes Petrobras Ultrapar gas units for alleged price fixing »

Le Mexique libéralise l’importation du GPL. PEMEX en déconfiture.

 

La remise à plat du fonctionnement de secteur du l’énergie par le gouvernement mexicain en Janvier dernier pour la première fois, a donné aux concurrents de Petroleos Mexicanos (l’ancien monopole d’Etat) la possibilité d’importer  du GPL (propane et butane). Des dizaines de distributeurs  qui officiaient depuis des années comme simples transporteurs pour le compte de PEMEX, peuvent désormais transporter le propane qu’ils importent eux-mêmes, évinçant du même coup l’entreprise  nationale de sa propre filière d’approvisionnement.

Au cours des 6 premiers mois de 2016, pendant que les importations  de GPL bondissaient de 43% , les importations de  PEMEX ont plongé de 28%. La société a eu beau baisser  ses prix de vente et augmenter  la production dans ses propres raffineries, de manière à rester compétitive, les analystes affirment que Pemex va avoir énormément de mal à endiguer la progression des propaniers indépendants solidement installés dans les communautés locales.

«  Ils vont avoir beaucoup de mal à devenir des traders efficaces. Je ne les vois pas devenir un acteur de premier rang sur le long terme » affirme un consultant spécialisé chez Ernst & Young LLP.

Octavio Perez, président de l’Association mexicaine des distributeurs de GPL, prédit que le rôle de Pemex comme importateur va progressivement disparaître.

Ces changements surviennent alors que la demande de GPL au Mexique a augmenté de 7 % cette année à 300 000 barrils/jour.  Les pertes d’exploitation  de Pemex (qui ont doublé cette année pour atteindre le chiffre record de 22 milliards de dollars) et son endettement gigantesque (presque 100 milliards ) rendent compliqué  la recherche de joint-ventures ou la stabilisation de sa production.

Pire encore, l’expérience du propane pourrait se répéter avec les autres produits raffinés. « Le GPL a été un des premiers à être libéralisé. Ca ne serait pas surprenant  de voir Pemex subir le même sort dans l’essence ou le diesel »

En Avril, Pemex a commencé à offrir des remises de prix aux distributeurs de GPL, de manière à garder ses clients autrefois obligés de passer par le monopole d’Etat,  selon un représentant de la compagnie.

Le Mexique reçoit presque tout son GPL des Etats Unis, où le propane est vendu à un prix très bas. Au cours des 3 dernières années, les prix ont été plus que divisés par deux, les consommateurs mexicains ayant bénéficié de cette baisse.

Fin  Août, le gouvernement a réduit les prix du GPL (réglementés au Mexique) de 10 % en moyenne pour refléter les baisses de prix sur les marchés internationaux. Ce sont surtout les  vastes territoires intérieurs sans accès au gaz naturel  qui vont bénéficier d’un GPL bon marché.

Source : Bloomberg 26 Aout 2016

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