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En instrumentalisant la réglementation des citernes de GPL avec la complicité des pouvoirs publics, les propaniers se rendent incontournables et organisent le cartel selon le « théorème de Cahuzac »

Nous continuons avec cet article la dénonciation des différentes manières dont l’Etat français se dérobe à ses responsabilités sur la question du gaz en citerne, ce qui vaut aux consommateurs d’être englués depuis des décennies  dans les malversations et les pratiques trompeuses et frauduleuses de propaniers particulièrement retors.

La réglementation et les modalités techniques de contrôle des citernes de GPL en France  s’élaborent au sein d’un Groupement d’Intérêt Economique, un GIE* appelé  GTC pour les intimes ou  « Groupement Technique Citerne ». Emanation du Comité Français du Butane Propane (CFBP), il fonctionne à la manière d’une  commission technique du CFBP.

Il y a plusieurs manières de considérer les activités du GTC.

Vu de l’administration française, le GTC, officiellement domicilié 64 quai de Dion-Bouton à Puteaux , est détenu par un groupe de sociétés privées comprenant tous les grands propaniers ainsi que les trois citerniers français. Alors qu’ils devraient être en théorie les seuls acteurs  siégeant dans cet organisme face aux pouvoirs publics,  les fabricants de citerne et leurs sous-traitants  y sont  minoritaires.  La mission du CFBP est de retranscrire dans le domaine des citernes de GPL, les réglementations et normes internationales édictées par le Bureau de Normalisation du Pétrole ( BNPe), de manière à permettre au  BSEI,  le Bureau de la Sécurité des Equipements Industriels ( un service du Ministère du Développement Durable) d’entériner cette réglementation au niveau national  sur la base d’un  cahier des charges volumineux,  prescrivant la nature des contrôles pour chaque modèle  et/ ou  type  de citerne.  Si  les fabricants de citerne allemands ont été contraints par les pouvoirs publics de standardiser leurs modèles de citernes au maximum, de manière à permettre à l’administration de réglementer plus facilement la profession, les fabricants de citernes français, poussés  par nos chers propaniers, ont créé des types et des modèles de citernes à n’en plus finir. Résultat : les fonctionnaires français ont  laissé les propaniers gérer leurs affaires eux-mêmes, ce qui leur évite  d’avoir à mettre de l’ordre dans un fouillis inextricable de centaines de modèles différents. Un maquis d’autant plus inextricable que la durée de vie officielle des citernes de gaz  étant de 40 ans, le cahier des charges doit garder la trace des caractéristiques techniques de très vieux  modèles   toujours en service.    

Vu du  GTC lui-même, l’objet et la mission du GIE est  de faire en sorte que  «chacun des membres du GTC bénéficie du droit de procéder à la requalification de ses réservoirs par échantillonnage, dérogeant ainsi aux dispositions de l’arrêté du 15 mars 2000. Ce droit a été accordé personnellement à chacun d’entre eux par l’administration (ndlr : par les anciennes DRIRE). Le GTC a été créé pour  gérer les conséquences de cet aménagement » et les membres du GTC «sont également tous membres du CFBP». Cette définition du GTC  sous la plume de son coordonnateur  permet de mieux comprendre les avantages financiers  que les propaniers tirent de leur participation à ce groupement, sous couvert de définir  la réglementation des citernes de GPL en lieu et place des pouvoirs publics. Les propaniers du GTC sont des distributeurs  de gaz   à qui les pouvoirs publics accordent des dérogations   consistant à ne pas avoir à requalifier une à une  leurs  citernes  tous les dix ans, contrairement à ce qui se pratique en Allemagne. Aux termes de ce  régime dérogatoire, une seule citerne requalifiée  permet en effet  de requalifier l’ensemble du lot de fabrication auquel appartient  la citerne.  L’économie sur les frais de requalification ainsi réalisée chaque année par les grands  propaniers  représente des sommes phénoménales.  A notre connaissance ce système dérogatoire est unique en Europe.  Mais ce n’est pas tout :  afin de créer un avantage concurrentiel supplémentaire en faveur des gros distributeurs, les dérogations accordées « personnellement » par les DRIRE sont d’autant plus avantageuses que les lots de citernes sont numériquement plus importants. Une sorte de prime accordée aux  grands propaniers français, les petits  propaniers indépendants  n’ayant pas la capacité financière d’acheter les citernes par centaines !  

Vu par la lorgnette des  propaniers allemands  le GTC n’a  aucun équivalent de l’autre côté du Rhin. Ce qui n’empêche pas l’Allemagne de bénéficier d’un niveau de sécurité de ses installations GPL comparable à celui de la France. En Allemagne, les procédures de requalification de citernes sont en effet directement négociées entre les fabricants de citerne et les pouvoirs publics sans que les gaziers aient leur mot à direImagine t’on Total,  Shell, BP ou Esso se mêler de définir le cahier des charges des organismes de  Contrôle  Technique automobile  au motif que ces groupes pétroliers  fournissent le carburant nécessaire  au fonctionnement des  moteurs à explosion ? On penserait à juste titre    » De quoi se mêlent -ils ceux là ? Ils n’ont qu’à s’occuper de fabriquer et de distribuer un carburant de qualité  selon les normes imposées par les  motoristes. Le reste ne les concerne en rien » .

Certes,  les propaniers du CFBP peuvent prétendre détenir à eux seuls 96 % du parc des citernes installées en France. Mais ils ne  détiennent une  proportion aussi importante de ce parc qu’au seul motif qu’ils ont toujours refusé de les proposer à la vente aux particuliers. S’ils sont donc  intéressés au premier chef par le suivi réglementaire des réservoirs de propane,  cette raison n’est en rien suffisante  pour justifier leur mainmise sur les modalités d’application de la réglementation  : pour reprendre le  parallèle avec les voitures, imagine t’on  l’Automobile Association de Nouvelle Zélande (AANZ), un club de propriétaires privés d’engins (beaucoup plus dangereux que les citernes de gaz), définir les modalités  des contrôles techniques des véhicules immatriculés en Nouvelle Zélande   au motif que ce club regroupe  à lui seul 70 %  des  propriétaires de voitures de ce pays ?  Imagine t’on les adhérents de l’AANZ se targuer de leur  représentativité nationale  pour obtenir des pouvoirs publics néo-zélandais des  passe-droits  en terme de fréquence des  contrôles techniques automobiles ?  C’est bien pourtant  comme cela que fonctionne le régime dérogatoire accordé aux membres du GTC. 

 Ceux qui prétendent purger la France des innombrables  conflits d’intérêts  entre les grandes  entreprises  et  les différents corps administratifs    vont  décidément avoir du  pain sur la planche dans les années à venir. Il n’y a pas que dans le domaine médical,  pharmaceutique et vétérinaire, où nos élites, à l’image du célèbre Docteur Cahuzac, franchissent  quotidiennement  la ligne de partage censée séparer de manière étanche les eaux boueuses de  la trésorerie des multinationales,   des eaux  vives qui irriguent le budget de l’Etat.  Beaucoup de secteurs  économiques réglementés sont régis par des pratiques de concertation opaques entre  technocrates  publics et lobbyistes  privés, une opacité bien utile pour dissimuler d’innombrables conflits d’intérêts.   

J’appelle donc  « théorème du Dr  Cahuzac » le principe selon lequel toute entreprise ou groupe d’entreprises privées  exerçant dans un secteur d’activité réglementé (médicaments, vaccins, énergie, GPL…) est  conduit à  s’assurer la maîtrise  de son environnement réglementaire en multipliant les conflits d’intérêts, afin de consolider ses parts de marché et/ou supprimer toute  concurrence indésirable,  sous prétexte  de vouloir protéger les « intérêts  des consommateurs ». 

Tout bien considéré, ces trois manières d’envisager l’action du Groupement Technique Citerne  sont toutes exactes :  le GTC est tout à la fois  un organisme incontournable pour assurer la veille sécuritaire des citernes en France, une pièce du cartel permettant d’obtenir des passe-droits auprès de l’administration, et la clé de voûte d’un système réglementaire construit de manière à écarter   toute velléité de concurrence réelle.   

On comprend dès lors la réaction d’un responsable de la filiale de  Carrefour spécialisée dans la distribution de carburants,   à qui je demandais naïvement en 2009 (peu avant de me résoudre à créer le Groupement Propane  Libre) pourquoi Carrefour ne souhaitait pas investir le marché du propane en citerne : 

« La réglementation  » me dit-il d’une voie lasse « Trop compliqué, trop de contraintes réglementaires…. »

Au fond, c’est ça la plus grande victoire des propaniers : avoir réussi à persuader tout le monde que le propane c’est tellement compliqué, qu’il vaut mieux laisser la place à ceux qui l’occupent depuis toujours.

L’Adecopro a fait le pari inverse depuis le départ : prouver  que la complexité réglementaire du propane ne sert que d’écran de fumée afin de masquer des pratiques indésirables.     

* GIE = Groupement d’intérêt économique, disposant de la personnalité morale, stade  intermédiaire entre une société et une association.

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Fabrication et maintenance des citernes de gaz : y a t’il double standard ?

13 Millions de citernes de gaz à usage résidentiel sans aucune obligation de maintenance sécuritaire aux USA . Les propaniers français nous enfument-ils avec leur obligation de vérification des citernes de gaz ? Il n’y a en effet ni  contrôle décennal  ni contrôle triennal pour les  citernes de propane aux Etats Unis (autres que celles  montées sur chassis roulant),  alors que le contrôle décennal est  obligatoire en Allemagne  sur toutes les citernes et (en principe) en France. Je dis « en principe » car les propaniers français s’exonèrent, à travers le Groupement Technique Citernes ( GTC – voir l’article sur le GTC dans les archives du site) des obligations de surveillance de chaque citerne, en procédant à un contrôle par échantillonnage.
Je cherche donc  à comprendre pourquoi  les citernes américaines sont tellement plus robustes que les citernes françaises au point de ne nécessiter aucune surveillance durant toute leur vie. Il importe de tirer au clair la validité des arguments des propaniers selon lesquels il est souhaitable que le propanier qui remplit la citerne soit aussi celui qui la surveille, argument utilisé devant les tribunaux pour justifier de l’existence d’un contrat liant les deux prestations.  Est ce que ce sont les standards de fabrication français et américains qui diffèrent tellement au point de rendre obligatoire  en Europe une surveillance jugée  inutile aux USA ? Est ce que GLI-SCHNEIDER (principal fabricant français de citerne de gaz) nous vend des citernes de tellement mauvaise qualité qu’elles nécessitent une étroite surveillance  ?  Est ce que c’est l’épaisseur de l’acier, sa qualité,  la qualité de l’assemblage des cuves  qui sont  en cause ? Si c’est le cas, les consommateurs français sont-ils plus en danger que les consommateurs américains ?  Quelles sont les statistiques d’incident ou d’explosion imputables à la qualité de fabrication des citernes pour les citernes ne faisant l’obligation d’aucune opération de surveillance , comparées à celles des propaniers français ou allemands ? Nul doute que les membres du cartel du gaz,  fabricants de citernes  ou distributeurs de gaz, trouveront ma curiosité déplacée. Mais après tout,  les vendeurs de voiture sont familiers des questions relatives à la sécurité de leurs automobiles. Donc une association comme la nôtre, qui a vocation à regrouper les propriétaires de citernes de gaz, a le droit d’interroger les fabricants pour se renseigner sur la qualité des citernes fabriquées en Europe et aux USA.
Inspection par ultra sons d’une sphère de GPL

J’ai donc commencé à poser la question à différentes personnes, comme le  directeur d’une grande société américaine de fabrication de citerne AMERICAN WELDING AND TANK. Celui m’a   répondu qu’il n’avait aucune idée des réponses à mes questions  et m’a renvoyé vers le WORLD LPG ASSOCIATION (WLPGA), le lobby mondial du GPL, dont le siège se trouve précisément tout près de Paris, auprès des nécessiteux et des déshérités, c’est à dire avenue Charles de Gaulle à Neuilly sur Seine, à un jet de gaz des tours de la Défense (laquelle abrite les sièges de la plupart des multinationales françaises du gaz et du pétrole).

J’ai donc écrit au directeur technique de cette grande organisation entièrement financée par les multinationales du gaz,  et j’en ai profité pour regarder sur leur site les noms de leurs  membres qui siègent sur l’Olympe du GPL. On y retrouve bien entendu tous les grands propaniers français ainsi que l’entreprise ULTRAGAZ,  de triste mémoire ( voir sur ce blog « Shell arrivera t’elle à vendre Butagaz ? »). Réponse langue de bois plus que probable, si je reçois une réponse.

Je vous tiendrai au courant des suites de cette enquête, ici même, ainsi que des suites du contact pris avec l’American Society for Mechanical Engineering, société savante  qui définit les standards de fabrication américains  des citernes de gaz. La question que je compte  poser  à des experts indépendants (français ou étrangers)  est la suivante : « la différence de standards industriels de fabrication de citerne entre la France et les USA peut-elle rendre compte de la nécessité d’opérer des contrôles réguliers et onéreux sur les citernes françaises ? Si oui pour quelles raisons ? ».Affaire à suivre.

MAJ du 01 /01 /2015 . La WLPGA n’a pas pris la peine de répondre à ma question. J’ai pu obtenir des infos d’une personne travaillant dans un organisme de recherche technique basé en proche banlieue parisienne , qui connaissait à la fois  les standards américains et français. Une comparaison de ces standards, du point de vue de la sécurité,  nécessiterait une étude technique qui n’a semble t’il jamais été menée de manière exhaustive. A vue de nez, selon elle, les citernes américaines ont des standards  de fabrication plus poussés que les standards français et cela pourrait être dû au x normes de fabrication de l’acier américain, différent des normes de fabrication de l’acier utilisé en France. 

Il est impossible de connaitre le nombre de citernes « relevées de leurs fonctions » en cours d’exploitation de part et d’autre de l’Atlantique pour non conformité. Donc difficile de déterminer l’effectivité des standards de fabrication du point de vue de la durée de vie et de la sécurité des citernes. Une chose semble néanmoins certaine : il n’y a  jamais eu d’explosion de citerne de gaz qui ait été  dû à un problème de fabrication de citerne, aussi bien aux USA qu’en Europe , depuis un demi-siècle. Les deux seules explosions de citerne de gaz relevées sur Internet au cours de mes recherches approfondies  étaient consécutives à une erreur humaine pendant une opération de maintenance lourde ( voir l’article « les citernes de gaz n’explosent jamais dans l’onglet accidentologie)

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