Association Défense des Consommateurs de Propane

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Monthly Archives: mars 2014

Un propanier américain détruit les maisons de ses voisins en remplissant sa propre citerne

Oui je sais : le titre de cet article  ressemble à un gag à la Laurel et Hardy, ou à une séquence de film  des frères Coen, peuplé  d’américains mus par une volonté aveugle, pataugeant entre ressentiment et affirmation de soi, dont l’étroitesse de vue finit  par provoquer  des catastrophes. Et pourtant c’est une histoire  vraie  racontée par les télévisions et les journaux de Santa Cruz , au sud de la péninsule de San Francisco, et relayée par Internet le 19 février 2014.

Disons de suite que les accidents survenant au domicile d’un particulier PENDANT  une livraison de propane  sont extrèmement rares et statistiquement  insignifiants,  rapportés  au  nombre de citernes et  de livraisons quotidiennes de  propane dans le monde. Lorsque ce meme accident survient au domicile d’un propanier, on peut  carrément parler d’une faute de mauvais gout. Surtout si c’est la  maison du voisin qui explose par la faute du propanier   !

L’histoire est arrivée à Boulder Creek une ville du Comté de Santa Cruz, perchée dans les collines boisées qui dominent la baie de Monterey. A l’écart de la ville, une route qui serpente dans la foret , bordée de maisons et de résidences. Un endroit idéal pour vivre à l’écart de la foule.  Toutes les maisons  ici sont chauffées au propane.  Le propriétaire  de la société  Moutain Propane  (basée  à Fulton) y a élu domicile et a trouvé judicieux, en pleine zone résidentielle, d’installer un  réservoir aérien de propane de 8 tonnes -probablement récupéré chez un industriel-   pour un usage uniquement domestique. La citerne lui sert visiblement de stockage tampon. Pour remplir sa citerne, il demande  au chauffeur de sa société de transvaser les fonds de citernes  récupérés auprès des clients de Mountain Propane lors des opérations de changements de citerne.   

La suite de l’histoire est racontée par le journal Santa Cruz Sentinel.  La dynamique des évènements est  intéressante à noter du point de vue de l’organisation des services de secours . 

« Le livreur de Moutain Propane était en train de transférer le combustible depuis une citerne de 1 tonne posée sur un camion plateau, dans une citerne de propane de  8 tonnes en contrebas près de Rincon Way, lorsque la valve de la petite  citerne a cassé. Le propane en phase gazeuse s’est alors échappé dans l’atmosphère à toute vitesse, en formant un nuage de gaz de plus en plus dense. Le nuage de gaz a suivi la pente descendante jusqu’à la maison voisine, où il a pénétré dans la maison et a explosé au contact de la veilleuse de la chaudière murale. L’explosion fit l’effet d’un tremblement de terre dans le voisinage. A son tour l’explosion a démarré un feu follet qui est remonté progressivement vers la grosse citerne.

Nettoyage après explosion de propane

Nettoyage après l’explosion et l’incendie de Boulder Creek

L’explosion dans la maison voisine a littéralement défoncé la porte d’entrée en verre et projeté le livreur au sol. Amené à l’hopital, il en est ressorti le jour meme.   » On a eu chaud aux fesses » raconte le pompier de Boulder Creek accouru sur les lieux.  » On a été débordé pendant les dix premières minutes . Cela nous a pris un certain temps  pour comprendre ce qui se passait exactement, une fois sur place, car il y avait tous ces petits feu follets qui s’allumaient à tour de role. Il nous a fallu  45 minutes pour éteindre tous les incendies dans les environs . Le propane s’est répandu en direction d’une autre maison à 30 mètres de la citerne,   dont les résidents venaient de démarrer un feu de bois dans la cheminée. Leur maison a pris feu du fait de la présence d’une chaudière externe (?), mais les occupants ont pu sortir à temps et sont indemnes. »

Trois jours après ces évenements qui auraient pu prendre un tour autrement plus dramatique, le meme journal republie un article sur le sujet :

« Le propriétaire de Moutain Propane a dit qu’il allait procéder à l’enlèvement de la citerne de 8 tonnes posée près de sa maison, après l’explosion qui a blessé un chauffeur et endommagé deux maisons voisines. Une aussi grosse citerne est illégale dans une zone résidentielle, selon le département des affaires publiques du Comté de Santa Cruz. Mais le propriétaire de Moutain Propane, Richard Kojak , a dit qu’il l’ignorait. »

« Les gens ne se sentent pas en sécurité à cause de cette citerne alors je vais m’en débarasser » a dit Kojak. « Elle n’était pas impliquée directement dans l’incident mais je comprends que cet incident fasse  peur aux gens. Je ne veux pas que les gens pensent que nous sommes laxistes  sur les questions de sécurité. C’est notre priorité et cela l’a toujours été »

100 % d’augmentation du prix du gaz en un mois ! Chez Antargaz, le client est roi… des cons

L’histoire qui suit  va donner du baume au coeur à ceux qui se considèrent  victimes d’une escroquerie  au motif  que le prix de leur tonne de propane   a  augmenté  de  100 % en 5 ans  ( vous êtes plus nombreux que vous le croyez dans ce cas !).

Un consommateur client d’Antargaz dans l’Eure me contacte dernièrement pour me demander s’il a intérêt à rejoindre notre  Groupement. Avant de lui répondre, je lui demande  la possibilité d’examiner ses factures sur les 12 derniers mois.

Il apparait que  ce client a reçu d’Antargaz,  successivement en Janvier puis en  Février 2013,  dans un contexte de faible baisse des prix du propane sur le marché de  gros, deux  factures affichant une hausse du prix unitaire de la tonne de propane de  100 %.  Oui, 100 % d’augmentation en l’espace de seulement 40 jours pour une quantité de gaz identique déversée dans la même citerne par le meme prestataire ! Vous vous demandez comment ceci peut-il être légal ? Bienvenue chez les fous, dans le monde riant du cartel du GPL.   Cette augmentation  en flèche  s’explique uniquement  par la disparition soudaine, entre  deux commandes à date rapprochée, d’une  remise commerciale importante  de 50 % consentie par Antargaz  durant la première année de contrat.

 100 % de hausse  en 40 jours, cela fait 2.5 % de hausse par JOUR  !

Voici  donc le nouveau record olympique  dans la catégorie « Embrouilles à gogo-gaz  ».

Le pire est que le  client  en question a accepté de  régler  sa facture à Antargaz  telle quelle.

Incidemment cette histoire nous apprend que les propaniers acceptent de vendre  du propane actuellement à 750 € HT la tonne à des particuliers pour chauffer leur maison.  La vente à perte étant en principe interdite, ceci signifie qu’on est encore bien  au dessus des prix de revient (incluant couts de stockage et de livraison)  à ce niveau de prix de vente. Que tous les consommateurs  auxquels Antargaz  vend  actuellement  le propane 1959 € HT la tonne (selon bareme en vigueur au 1er mars 2014 pour citernes d’une tonne) réfléchissent deux minutes à la manière dont Antargaz les entube au quotidien. Et je ne parle pas de ce client de Haute Saône à qui l’autre escroc patenté de la bande, Vitogaz,  proposait hier d’acheter le propane à 2900 € la tonne (témoignage recueilli au téléphone et communiqué par la SAPS). Le gouvernement vient de laisser passer une occasion en or de mettre de l’ordre dans ce marché avec la loi Hamon. Comment va t’il s’y prendre désormais pour justifier la permanence de tels écarts de prix entre particuliers ? 

Enfin j’allais oublier le « détail qui tue »  : de son propre aveu , le client à qui Antargaz  accepte de vendre du propane à 750 € estime consommer  trop de propane car sa maison est mal isolée…..Ce qui signifie  qu’Antargaz  offre  une prime , sous forme de propane  bon marché, aux consommateurs qui n’isolent pas leur maison.

Ci-dessous un scan  des factures en question pour ceux qui doutent de la véracité de cette histoire  :

Factures Antargaz

Aux dernières nouvelles, ce client souhaiterait rejoindre le Groupement Propane Libre.

Rien de tel que la solidarité des consommateurs  pour  ne plus se faire arnaquer !

Menacé par la concurrence à venir dans le GPL, Total met en vente Totalgaz

La décision en aura surpris plus d’un et probablement fait l’effet d’une petite bombe dans le monde feutré du GPL. Meme si elle s’inscrit dans le vaste mouvement -initié il y a une dizaine d’années –   de désengagement de tous les « majors »  de leur activité de distribution de GPL en vrac et au détail, on ne s’attendait pas à ce que Total suive le mouvement de sitôt. Après tout cette multinationale est attirée par les cartels comme les mouches par le vinaigre. Et en matière de cartel, les distributeurs  de  GPL en connaissent un sacré rayon.  Dans ces conditions la décision du groupe Total,  révélée par la presse économique du 6 mars dernier, de confier la cession de Totalgaz à deux  banques d’affaires pour la somme approximative de 750 millions € peut etre interprétée de deux manières différentes :

1ere hypothèse : Total,  spécialiste des entraves à la concurrence,  souhaite   prendre  prétexte  du désaveu officiel de l’Autorité de la Concurrence concernant les  pratiques commerciales des propaniers français  (cf leur rapport de Janvier 2014 dans les archives du  site) pour tirer un trait définitif sur la distribution de GPL,  estimant ne plus avoir les forces internes pour   soutenir la future concurrence  dans le GPL. Dans ce   scénario,  Total aurait « mal pris » le rapport  de l’Autorité de la Concurrence  annonçant la fin des magouilles commerciales entre propaniers.

 Problème de cette hypothèse : il s’est écoulé à peine  un  mois entre la publication du rapport de l’Autorité de la Concurrence et l’annonce par Total de son intention de céder Totalgaz.  Or on ne prend pas en l’espace de 4 semaines  la décision de se séparer d’une filiale  créée il y a  50 ans, comprenant un staff de  500 salariés,     sur la base d’un rapport sans conséquences juridiques immédiates  pondu par une officine d’Etat. Autant dire que la décision était depuis longtemps  dans le pipeline au moment où l’Autorité de la Concurrence a sorti  son  rapport préconisant une  normalisation de la concurrence dans le  propane vrac, sur la base de ce qui se pratique depuis longtemps dans les pays voisins.

2ème hypothèse : si la décision était déjà dans les tuyaux, un autre scénario devient dès lors plausible : celui où le rapport de l’Autorité de la Concurrence  tombe à point nommé pour permettre à Total de justifier la vente de sa filiale,  vis-à-vis de ses  salaries  comme aux yeux des investisseurs. Dans cette chronologie inversée, la publication du rapport de l’Autorité de la Concurrence constituerait non pas un acte de bravoure à l’encontre  du plus gros contribuable français, mais un petit coup de pouce  aux  dirigeants de Total  afin de les aider à justifier la vente  d’une activité dont l’espérance de profits ne peut que  diminuer  à mesure que la concurrence se renforcera dans le secteur………..et un coup de semonce  de l’Autorité de la Concurrence  vis a vis des  concurrents restants (après le retrait de Total).

Quoiqu’il en soit, il semble bien  que Total fasse  vraisemblablement  peu de cas de la capacité des   dirigeants actuels de Totalgaz de mener à bien les mutations nécessaires pour s’armer  face à la  concurrence qui s’annonce. On ne va pas  donner tort à Total,  si l’on en croit  certaines conversations qui nous ont été rapportées  entre plusieurs consommateurs clients Totalgaz  et certains  préposés aux prises de commande (l’histoire ne dit pas s’ il s’agissait à chaque fois de  la même « chargée de clientele » ).

«  Monsieur ?  Selon notre barème actuel, Totalgaz peut vous livrer au prix de 1950  € la tonne HT . Souhaitez vous confirmer  votre commande ? Non ? On vous propose moins ? Qui ça ? Des allemands qui livrent en France ?   Ah bon ? Savez vous que vous n’avez pas le droit de faire remplir votre citerne par un autre pr ……….. ? Vous n’en avez rien à faire ? Comment vous dites ? Vous vous en battez l’œil et le flanc gauche ?  Attendez une seconde, j’en réfère au responsable ( Quelques secondes plus tard……) Monsieur ? Vous etes toujours là ? A quel prix est ce qu’on vous propose le propane ? 1320 € HT la tonne ? Attendez une seconde………. (Quelques secondes plus tard) …………Monsieur, nous pouvons vous livrer à 1290 €  HT la tonne . Etes vous  preneur à ce prix ? »

Si les dirigeants de Totalgaz entendent  fidéliser une  clientele de plus en plus avertie, il va falloir qu’ils  trouvent d’autres manières de traiter les consommateurs. Même dans  les souks de Marrakech,  un  client peu averti peut  légitimement  s’étonner de voir chuter le prix de l’objet convoité  de 30 % en l’espace d’une  minute.  Lorsqu’on s’appelle Totalgaz, une manœuvre commerciale aussi grossière constitue la   démonstration éclatante que les prix du   propane vrac ne sont  qu’une vulgaire  arnaque montée  de toute pièce pour rançonner les consommateurs tenus dans l’ignorance de leurs droits.  Effet garanti sur le moral du client en question  !   Une arnaque qui pompe le budget  des ménages ruraux depuis des décennies pour remplir les poches  des actionnaires. Une arnaque qui risque de continuer encore quelques années  malgré le rapport récent  de l’Autorité de la Concurrence,   et malgré la récente loi Hamon. En effet  la loi Hamon a  réussit  l’exploit  de créer pour la première fois   des dispositions spécifiques  aux contrats de GPL dans le Code  de la Consommation,   SANS RIEN CHANGER  des pratiques anti-concurrentielles du cartel du propane. Une telle incapacité à rétablir l’équité de la relation entre propaniers et consommateurs rend perplexe……

La mise en vente  de Totalgaz après celle de Butagaz   pourrait bien marquer  le début d’une nouvelle ère dans la distribution du GPL  en France. Jusqu’à aujourd’hui les pétroliers Shell et Total,  propriétaires de Butagaz et Totalgaz, faisaient jeu égal en termes de part de marché en France,  avec les géants mondiaux  du GPL que sont Antargaz (groupe UGI) et Primagaz( groupe SHV). La sortie annoncée des deux derniers groupes pétroliers français actifs dans la distribution du GPL   laissera le champ  libre en France  aux « pure players » du butane-propane. Espérons que cette  redistribution des cartes  permettra aux consommateurs  français de tirer leur épingle du jeu, à travers une diversification de l’offre,  et l’entrée de nouveaux opérateurs.  Butagaz et Totalgaz détiennent à eux deux quasiment  50 % des citernes domestiques en France. Il y a donc des places à prendre. Et peu de candidats pour investir  un secteur  industriel  acculé  à  réinventer  son business model après des décennies de spoliation des consommateurs.

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