Association Défense des Consommateurs de Propane

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Une fois tous les cinq ans. Du bon usage par l’oligarchie de la démocratie et de la concurrence par intermittence

« Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité, les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer »  Robespierre ( Avril 1791 )

Le journaliste :  » Vous êtes pour une 6eme République ? »  Etienne Chouard « Non, je suis pour une première Démocratie » (Sud Radio,  30/12/2018)

« Quand les entreprises s’en foutent plein les poches et écrasent les gens pour avoir plus, il y a quelque chose qui ne va pas. » Muriel Robin ( Midi Libre 02/01/2019)

 » L’ouvrier et le paysan ont à peine le temps de penser de loin en loin à l’exercice intermittent de leur souveraineté. C’est miracle s’ils arrivent à pouvoir faire passer une ou deux petites réformes tous les vingt ans. Et c’est de ce peuple désarmé, qui lutte si péniblement contre la force de résistance qui l’accable, contre les efforts de la réaction qui le menacent, que vous osez dire : il ne faut pas le déchaîner, il ne faut pas lui mettre entre les mains un instrument de spoliation (comme le RIC…). Et pendant qu’on ne lui permet pas de spolier les autres en idée, on le spolie, lui, par des impôts de consommation, on lui retranche sur ses salaires ce que le capital lui a laissé » Jean Jaures

 

On aurait pu croire qu’avec la crise des gilets jaunes, les journalistes allaient abandonner  mocassins et escarpins, et chausser bottes et sabots de jardin pour aller enquêter sur les divers sujets de mécontentement qui fâchent  ce peuple qui habite la campagne sans vivre de la terre. Pour une fois qu’une jacquerie ne se termine pas par des  défilés de gros tracteurs en  centre-ville, ou en épandage de fumier devant les grilles des préfectures. Car voilà un scandale 100% gilets jaunes, celui du prix du gaz de chauffage en citerne, qui ne concerne que les populations non-agricoles des territoires ruraux. Un scandale 100% français qui pue le gaz et l’injustice à plein nez, une belle arnaque montée de toutes pièces par les multinationales du GPL (dont ENGIE vient de rejoindre le syndicat professionnel et s’apprête à imiter les méthodes de vente en anticipation de la fin annoncée des tarifs réglementés du gaz). Bref un sujet parfaitement dans l’air du temps qui devrait en toute logique, donner l’occasion à quelques journalistes même modérément curieux, de s’interroger sur la raison d’être des inégalités individuelles ou territoriales en matière de prix du chauffage domestique.

Résultat : pas une seule ligne dans les journaux sur l’absence de volonté de l’administration pour imposer un contrôle ou, a minima, la transparence des prix du propane, alors même que le gouvernement vient d’annoncer coup sur coup la taxation du propane à la TICPE (il en était exempté jusqu’en 2018) et la fin des chaudières fuel durant la prochaine décennie. Cette dernière mesure forcera des centaines de milliers de foyers ruraux ne pouvant s’offrir  le coût prohibitif d’un raccordement au gaz de ville, à devoir convertir  leur installation de chauffage au gaz de citerne ou à engager des investissements très importants dans une pompe à chaleur. Si le gouvernement entendait conduire les moutons dans la gueule du loup, il ne s’y prendrait pas autrement.

Pas une ligne non plus dans la presse sur les pratiques commerciales des revendeurs de gaz en citerne dont la  tarification ultra inégalitaire cible les plus faibles – les moins informés – et ceux qui n’ont pas la possibilité de changer  de fournisseur (ie les locataires en milieu rural), en leur faisant payer leur gaz de chauffage à des prix variant de 1000 € à 2500 € la tonne dans le même village et pour un même fournisseur,.

N’ayons pas peur des mots. Les consommateurs français de propane (500 000 familles rurales) connaissent la pire situation en Europe du point de vue des pratiques commerciales des propaniers. . Et personne,  dans les hautes sphères parisiennes et bruxelloises,  n’a jamais daigné s’insurger contre le sort qui leur est fait par l’oligopole français du propane : inégalité tarifaire faramineuse, opacité des prix, absence de contrôle des pratiques tarifaires par l’Etat, impossibilité de faire jouer la concurrence… Nous sommes les laissés pour compte des règlements européens sensés favoriser la transparence et la concurrence des acteurs économiques. Nos compatriotes  n’ont le choix qu’entre 4 distributeurs nationaux. Ils ne bénéficient ni d’un régime de prix contrôlé ou encadré par les pouvoirs publics comme en Belgique ou au Luxembourg, en Espagne et en Italie, ni d’une concurrence assainie par les autorités publiques compétentes comme au Royaume Uni, en Autriche  et en Allemagne, ni de la vivacité de la concurrence entre distributeurs locaux en Pologne. Les prix du gaz en citerne en France sont les plus élevés d’Europe et nous sommes démunis  devant le lobby du GPL, sans système d’encadrement des variations de prix et sans moyens de faire jouer la concurrence,  sinon à la fin des contrats……. c’est à dire une fois tous les 5 ans.

Une fois tous les cinq ans, dites-vous ? Ca ne vous rappelle rien ? Ne voyez-vous pas quelque parallèle entre une aliénation politique résultant  d’institutions démocratiques défaillantes,  et notre aliénation  économique organisée par le lobby du GPL ? Un parallèle entre une pseudo  « démocratie » par intermittence où le peuple ne peut révoquer mauvais menteurs et bonimenteurs qu’à la fin du quinquennat, et ce pseudo marché du gaz de chauffage en citerne où le consommateur n’est autorisé à tirer les conséquences de l’escroquerie dont il a été victime qu’une fois tous les 5 ans,  sauf à devoir s’acquitter de frais de retrait de la citerne délirants ?  Comme si c’était au consommateur de dédommager son fournisseur des frais de l’arnaque qu’il a monté à ses dépens ! Comme si c’était au consommateur de payer le  prix de l’inaction de ses élites ! Comme si ce même consommateur avait les moyens d’anticiper , au moment de signer son contrat, le comportement  des algorithmes qui amplifient les variations des cours à la hausse et minorent les variations à la baisse dans les tarifs de vente des propaniers ! Foutaises et foutages de gueule.

Ainsi nous errons dans un  monde où  politiciens et haut fonctionnaires se rengorgent en permanence de songes creux, de mots vidés de leur sens par des pratiques contraires aux principes qui les ont établies  : liberté, démocratie, concurrence….  Un monde où la pensée critique sérieuse a depuis longtemps déserté  les médias dominants (**). Un seul exemple : quel média d’importance s’est jamais fait le moindre écho du scandale que nous dénonçons depuis 6 ans sur notre site ? Pas un seul.

Si donc le consommateur-électeur ne dispose pas d’informations pertinentes pour distinguer le vrai du faux, la baudruche du véritable homme d’Etat, le propanier escroc du propanier réglo, aux rares moments où il est appelé à exercer sa faculté de choisir, comment les choses pourraient-elles un jour s’améliorer dans le cadre convenu d’une économie de marché  ? Car c’est l’électeur-consommateur qui  supporte  in fine les conséquences sonnantes et trébuchantes de choix politiques et économiques abusivement détournés de la recherche du bien commun.

Nous sommes donc titulaire de droits, mais seulement par intermittence. Voilà une des caractéristiques du système que ces élites qui prétendent diriger nos vies,  à défaut de pourvoir entraver nos consciences,  entendent mettre en œuvre : un système où nous ne  sommes autorisés à leur demander des comptes qu’une fois de temps en temps, lorsque le mal a déjà été fait. Au hasard : lorsque  les autoroutes et les aéroports ont été  privatisés à vil prix ou lorsque  les factures astronomiques  de propane ont été encaissées. Et qu’il est très compliqué voire impossible de revenir sur le passé.

Oui, nous sommes  dans LEUR système de merde, mais nous n’y sommes plongés à notre corps défendant,  que dans une temporalité de  court terme, celle d’un capitalisme aveugle incapable de se donner à lui-même ses propres limites.  Nous sommes dans la merde où les propaniers nous ont mis, et d’où nos hauts fonctionnaires n’ont aucune envie de nous extirper par peur de se salir les mains et d’hypothéquer leur carrière. Nous sommes dans la merde  et nos factures de propane,  dont le prix unitaire varie au gré des circonstances,  sont estampillées du sceau de la honte :  le sceau d’une variété crapuleuse de capitalisme anglo-saxon allié, pour l’occasion, à l’inertie d’un  corporatisme d’Etat sclérosant. Nous sommes dans la merde mais nous portons des habits aux couleurs de lumière. Nous sommes les gilets jaunes d’hier et d’aujourd’hui.  Et nous serons les gilets jaunes de  demain, bottant les fesses des multinationales et de tous ceux qui, dans les strates du pouvoir, collaborent de manière active ou passive à leur sale entreprise de domination.

Alors que notre pays compte les premiers blessés et pleure les premiers morts d’une  insurrection qui n’en finit pas de venir (morts, je le rappelle,  d’avoir osé dénoncer le simulacre de démocratie qu’est devenue notre République),  il me vient à l’esprit  que le tout premier gilet jaune de l’histoire n’a pas eu l’honneur de pouvoir se revendiquer comme tel.  Et pour cause : l’expression « gilet jaune » n’existait pas encore (*). Comme de  nombreux autres gilets jaunes officiellement déclarés depuis, ce jeune pionnier de la « jaunitude »  bretonnante est originaire des Côtes d’Armor. C’est en giflant le Premier Ministre Manuel Valls lors d’un déplacement en Bretagne  en janvier 2017, que ce jeunot de 18 ans se rendit célèbre en France et à l’étranger. Le lendemain de la gifle, un auditeur tint les propos suivants au Premier Ministre  invité  à se faire consoler en direct  sur les ondes de  France Inter :

« C’était pour te dire Manu… Je sais pas si tu trouves ça normal ou pas mais la claque on est juste 66 millions à vouloir te la mettre, c’était juste trop bon ! Sans déconner quoi, il a été parfait le bonhomme ! »

Immédiatement interrompu par le maître des ondes  Patrick Cohen : « Alors cet appel à la violence sur l’antenne de France inter, c’est non ! »

Avec le recul et malgré les récriminations du pauvre Cohen, il semblerait bien que l’appel de cet auditeur à corriger le Manu en question ait été entendu par la foule du public de France Inter,  et même largement au-delà du cercle habituel de cette radio d’Etat. Sauf que ce n’était plus le même Manu :   Manu la barbichette, le Manu de l’ancien monde  étant parti soigner sa joue sous le soleil de la Catalogne, Amazon nous a livré en échange  un Manu du nouveau monde, un Manu frétillant, sans poil et sans reproche, Manu le glabre, Manu numéro deux.

De sorte que suite à la crise des gilets jaunes, certains commentateurs politiques soucieux  de sauver le soldat Manu n°2 (faute d’un troisième disponible dans les allées du pouvoir) se posent aujourd’hui  la question de savoir si les dizaines de millions de français qui se sont  réveillés le 17 novembre dernier,  ne se sont pas au fond  trompés de tête de turc : les gilets jaunes n’ont-ils pas voulu  gifler Manu I,  sa fameuse  loi Travail et son 49.3,  en appelant à la démission de Manu II ? Il y a quelques raisons de le penser en effet. Mais cette question importe t’elle vraiment au regard de l’histoire ? Peu nous chaut que le pouvoir ait entre temps changé de mains en France,  puisque  le véritable pouvoir est à Bruxelles, comme chacun sait. On peut donc gifler nos menus politiciens les uns après les autres, et même  nos Manus politiciens, sans crainte de trop se tromper.

Allez,  je vous quitte avant que la gendarmerie de Rambouillet ne vienne me chercher pour incitation à la commission d’un délit sur la personne du  président  ou autre chargée d’une mission de service public. Pour un ex fonctionnaire, ça la foutrait mal.  Bah. Ca ne fera jamais que ma deuxième garde à vue. La première, j’avais le même âge que Nolan, le gifleur de Valls. On a le sang chaud à cet âge là.

Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes de fin d’année  et une année 2019 sous les auspices d’une démocratie  régénérée par le seul bon sens commun qui vaille : celui du peuple qui déteste qu’on se moque de lui.

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(*) La première association à porter le nom  » Les Gilets Jaunes » est  une association de parents d’élèves de l’Essonne  manifestant contre les rythmes scolaires en 2014. Les photos de la presse de l’époque ( voir lien ci-dessus)  prouvent que les parents portaient déjà  la fameuse tunique jaune….

(**) Mon analyse du rôle des journalistes dans le marasme intellectuel ambiant est beaucoup plus nuancée que celle de certains gilets jaunes dont les gestes déplacés ou les invectives vis à vis des représentants des  médias sur le terrain nous sont rapportées au jour le jour. Je trouve l’attitude de ceux-là inutilement  agressive vis a vis des journalistes de base, et totalement contre-productive. Je mets cette agressivité sur le compte d’une compréhension insuffisante de la variété des stratégies de dissimulation mises en oeuvre par les  salariés de niveau intermédiaire (les « cadres ») au sein des organisations. Les cadres ou les journalistes de base  ne partagent pas nécessairement l’idéologie des organisations dans lesquels ils investissent toute leur énergie. Cela peut certes sembler paradoxal mais c’est une des grandes leçons de la sociologie des organisations. Les gilets jaunes devraient lire un peu plus Michel Crozier ou  les romans du  XIXeme siècle comme Le Rouge et le Noir de Stendhal (  comment Julien SOREL cache ses ambitions personnelles en reprenant les discours des corps constitués). Cela leur permettrait de  prendre un peu de recul par rapport aux discours anti-presse de certains hommes et femmes politiques qui soutiennent les GJ. Ces quelques remarques ne disent rien, bien évidement, du (re-)traitement médiatique de l’information par ceux-là  qui, au chaud dans les rédactions,  ont le pouvoir de décider des images et des discours  qui seront diffusés et qui en profitent pour manipuler honteusement l’opinion.

Dieu Merci

Explosion d’une bouteille de gaz : un propanier condamné pour une bouteille datant de 1938 !

 

Contrairement au vin, le gaz ne prend pas de la valeur en prenant de l’âge dans de vieilles bouteilles recyclées. C’est l’amère expérience que vient de faire un distributeur de propane à l’extrême nord du Michigan (Upper Peninsula).

L’accident qui détruisit un bâtiment et fit un blessé grave eût lieu en mai 2016 dans la ville de K I Sawyer près de Marquette, sur les terres des fermes de Freshwater. Des fermes d’un style un peu particulier :  on y fait pousser entre autres choses, de la marijuana à usage médical sous licence fédérale. La plantation en question a été complètement détruite. Son propriétaire Derek Parker a souffert de brûlures au deuxième et troisième degré sur 45 % de son corps, et restera défiguré. Selon l’avocat de Parker, il lui en a coûté 500 000 dollars en soins médicaux. Son séjour  à l’hôpital de l’Université du Michigan à Ann Arbor a duré plus d’un mois.

Le procès civil s’est déroulé devant jurés en septembre dernier. L’enquête a révélé  que la bouteille de propane de 45 kg (100 pound) vieille de 78 ans, avait des traces de corrosion sur le fond. Cette corrosion a causé une fissure au fond de la bouteille, ce qui a permis au gaz de fuir dans le bâtiment. L’enquête a aussi établi que la bouteille en question n’avait pas été requalifiée selon les règles. La bouteille  n’était pas en service au moment de l’explosion.

Sur son site Internet, le propanier indique que la société existe depuis 1929.  Il s’agissait donc d’une des premières bouteilles mises en circulation par le propanier. 1929 c’est aussi  l’année où les banquiers se jetaient par les fenêtres à Wall Street après l’explosion (ou l’implosion)  des marchés financiers. Winston Churchill qui se trouvait à New York au moment du krach boursier de 1929 a  décrit  dans le Daily Telegraph  comment «un gentleman s’est jeté du 15e étage et a été réduit en pièces sous sa fenêtre».  Dans un sketch de l’époque, un humoriste singeait un portier d’hôtel demandant aux clients qui réservaient une chambre «si c’est pour sauter ou pour dormir». De nos jours, la question serait très inconvenante, surtout formulée en galante compagnie et dans la langue de Molière.

Les jurés ont accordé 2,5 millions de dollars dans leur verdict. La victime Derek Parker recevra 2 millions.  La raison de cette minoration est que Parker a été jugé à 20 % responsable de l’accident, probablement pour avoir introduit les bouteilles de gaz propane à l’intérieur de son local ( ce qui est interdit, bien que Parker semblait l’ignorer). L’avocat a déclaré que les deux parties avaient clos le dossier sur la base du verdict des jurés et qu’il n’y aura pas appel de la décision.

Tous les détails de cette affaire sur le site de Michigan Lawyers Weekly 

 

 

 

 

 

 

Ecarts de prix ahurissants sur le gaz en citerne : l’autre scandale qui justifie la colère des gilets jaunes

« Les imbéciles ne prêtent attention qu’à ce qui leur fait peur » Georges Bernanos

 » Le point commun entre les grands médias  et l’Etat, et à vrai dire,  la raison de leur entente cordiale, c’est qu’ils s’autorisent mutuellement à pratiquer  la dissonance cognitive. Ce qui leur permet le même jour de déplorer le danger  du réchauffement climatique et de se féliciter de la vente d’un millier d’Airbus. Cette sorte d’écologie schizophrénique  produit un effet dévastateur sur le comportement des consommateurs, en leur interdisant de prendre aujourd’hui les décisions qui s’imposeront demain avec d’autant plus de brutalité  »  ( Denis P.   Journal d’un transfugé )

 

Il faut que la révolte gronde  pour que la télévision française cesse d’être le pensum qu’elle est devenue, et nous invite à poser un regard neuf sur le prétendu désintérêt  de nos compatriotes pour la chose politique. A vrai dire , il aura fallu la révolte des gilets jaunes pour me rendre la fierté d’être français (*). Si vous avez raté les différentes émissions qui leur ont été consacrées,  et notamment celle où Xavier Mathieu, ex leader CGT de Continental devenu comédien et acteur de cinéma, se paye la tête de Ruth Elkrief et de Stanislas Guérini, en dénonçant leur « mépris de classe »,  je vous invite à  les regarder sur Internet dans leur version longue et intégrale. Si seulement  on  pouvait donner à chaque  ouvrier la possibilité, ou  la chance  de devenir acteur de sa propre vie,  mon camarade de promotion Geoffroy Roux de Bézieux, patron du MEDEF – et avec lui l’ensemble du patronat français ripoliné aux accents du nouveau monde – aurait un peu plus de mal à trouver le sommeil, le soir venu.  Et ce ne serait que justice : il faudra bien un jour que l’insomnie change de camp.

N’est-ce pas pour éviter que le peuple sorte de sa torpeur et ne soit contaminé à force d’écouter la colère des frondeurs, n’est-ce pas pour empêcher que les télévisions ne laissent  les « factieux » pointer du doigt l’autisme d’une bourgeoisie et d’un gouvernement aux abois, qu’il est désormais urgent que le gouvernement Philippe enclenche la marche arrière,  après avoir allègrement piétiné les droits des salariés ?  Pour le moment le gouvernement n’a pas encore reculé sur la TICPE du propane. Mais attendons de voir comment la situation évolue dans les prochaines semaines. La démission probable du gouvernement Philippe va mettre un point final à la baraka de Macron. Il n’est pas exclu que la TICPE du propane se retrouve imputée prochainement sur les profits faramineux  des 4 firmes multinationales qui assurent 99 % de la distribution du gaz en citerne en France. Cela éviterait de laisser ces firmes répercuter  l’intégralité de ladite taxe sur le dos des populations rurales suffisamment ponctionnées par ailleurs.

J’ai ouï dire par la bande que certains professionnels du GPL se seraient d’ailleurs émus récemment  du montant de la TICPE désormais imposée aux consommateurs de gaz en citerne.  Trop gentil  ! Merci de penser à nous !  Ces âmes sensibles tenteraient  d’amadouer les pieds nickelés qui nous gouvernent,  afin de ramener cette taxe à des niveaux plus raisonnables.  Il faut dire qu’avec la perspective de payer  le propane 330 € de plus (HORS TVA) d’ici 5 ans, le gouvernement n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, ni même avec le dos de la louche.  Le seul niveau raisonnable pour une soi-disant taxe carbone, lorsque le fournisseur  peut allègrement, et sans craindre la concurrence,  multiplier par un facteur 3, 4 ou 5 son prix d’achat au moment de la revente, c’est ZERO taxe pour le consommateur : au fournisseur  de se débrouiller pour absorber le poids de la taxe dans sa marge brute.

Pendant ce temps,  le cours du propane sur le marché ARA a atteint son plus bas niveau depuis deux ans à 415 dollars la tonne. Enième retournement du prix du baril de Brent.  La baisse importante des exportations iraniennes de GPL  depuis le mois de  novembre, imputable aux récentes sanctions américaines, n’a pas modifié les fondamentaux du marché. Pour la troisième année consécutive le prix du propane a varié de manière contracyclique,  augmentant d’avril à octobre, avant d’effacer en quelques semaines d’un début d’hiver particulièrement doux,  les hausses progressives de ces deux dernières années.

Cette baisse du cours du propane ne s’est pas encore répercutée, loin s’en faut, sur les prix du propane à la consommation.  Inutile de revenir sur  les méthodes utilisés par les  gaziers et pétroliers pour profiter des périodes de baisse des cours. La moyenne des prix de vente du propane aux consommateurs,  relevés par les services du ministricule De Rugy ( fort justement rhabillé pour l’hiver par le susnommé Xavier Mathieu),  n’a jamais été aussi élevée depuis 2015. A la décharge des grands propaniers, les propaniers les mieux à même de répercuter rapidement  la baisse des coûts d’approvisionnement sur leurs prix de vente sont les petits propaniers indépendants : leurs contrats d’approvisionnement, s’ils en ont,  sont de courte durée.  D’autres, comme Gaz Liberté, se contentent d’acheter  au mois le mois sur le marché spot, assumant  le risque de se retrouver à sec en cas de difficultés d’approvisionnement dans les raffineries.

Ainsi un propanier qui achète  20 tonnes de vrac à 370 Euros la tonne (soit 415 $) plus coût du  transport depuis Anvers,  revend aujourd’hui ce même propane en moyenne 4 fois plus cher à une clientèle de consommateurs français totalement captifs. Aucune taxe ne vient gréver cette marge brute, contrairement aux carburants.  Ces prix de vente moyens cachent en réalité des écarts de prix et des injustices proprement scandaleuses. Injustices qui vont aller en s’empirant avec la mise en place de la nouvelle TICPE sur le propane  décidée par Macron sans vision d’ensemble du problème du prix du propane vrac en  France. Voyons les choses en détail.

Je limiterai mon propos au seul marché du  chauffage des bâtiments privés ou professionnels au gaz de citerne, lequel recouvre le petit et moyen vrac ( soit 1 tonne à 10 tonnes par an et par bâtiment ) :  l’échelle de prix constatée pour le propane à usage de chauffage de bâtiments (tous secteurs d’activité confondus) s’étend, à ma connaissance, de 630 € HTT à 2300 € HTT.  A ce stade on ne peut plus parler  d’une « échelle de prix »  mais d’un « escalier vers l’enfer ».

Au plus près des  portes de l’Enfer, on trouve  des dizaines de milliers de consommateurs ayant signé un contrat depuis plus de 10 ans et qui ne se sont jamais donnés la peine d’étudier l’opportunité de changer de  fournisseur. Cette catégorie est peuplée de personnes âgées, de laissés pour compte, de veuves, de consommateurs qui n’ont jamais été détrompés dans leur croyance que le gaz propane est régulé au même titre que le gaz de ville, de naïfs, et de gestionnaires peu regardants de leurs dépenses quotidiennes.  La plupart des consommateurs disposant d’un contrat d’approvisionnement plus récent se situent dans une fourchette de 1400-1800 € HTT.

A l’autre extrémité de l’échelle  (630 € à 750 € HTT)  on trouve une majorité  d’aviculteurs chauffant des entrepôts à volaille, des éleveurs de tous poils (cuniculteurs) et de toutes plumes (ostrichiculteurs) regroupés au sein des FDSEA, des établissements d’enseignement privés,  des établissements hôteliers  et même des propriétaires de gîtes qui connaissent les bonnes adresses.

La tranche au dessus (750 € à  900 €) regroupe essentiellement le logement social (offices privés ou publics de HLM)  pour ceux du moins qui n’ont pas encore été dégoûtés du gaz en citerne par les méthodes commerciales des propaniers. C’est  un cran au dessus, dans la tranche 950 -1100 € qu’on trouve les contrats signés avec les particuliers lorsqu’ils se décident à changer de propanier, tandis que la tranche immédiatement au dessus ( 1100-1200 €) est réservée au renouvellement des contrats avec ces mêmes particuliers pour autant qu’ils soient propriétaires de leur logement. S’ils n’en sont que locataires, le renouvellement du contrat se monnaiera avec la mafia du gaz dans les 1500-1600 €/tonne.

Il importe de comprendre que ces tranches de prix ne correspondent à aucun « prix de marché ». Elles sont purement et totalement arbitraires : personne ne sait du reste comment on en est arrivé un jour  à une telle stratification des prix. Ainsi, à condition de connaître les bonnes adresses, tel propriétaire d’hôtel  fortuné,  dont l’unique 4 étoiles  logé dans un château Renaissance aux plafonds accrochés  à 3 mètres de hauteur,  consomme « seulement » 4 tonnes de propane à l’année, paiera son propane 25 % moins cher que tel office HLM d’un département rural qui gère 800 citernes de gaz pour le compte de populations déshéritées,  et achète un millier de tonnes de propane à l’année à deux ou trois propaniers !  Bien entendu nous devons ce résultat stupéfiant  à l’absence totale de transparence des prix sur le marché du propane vrac, absence imputable aussi bien aux pratiques commerciales délétères du cartel du gaz en citerne, qu’à l’inefficacité « durable » de nos autorités de la concurrence, lesquelles ne sauraient prétendre ignorer le problème.

Pour revenir aux aviculteurs, profession  chouchoutée par les propaniers,   il n’existe pas de stricte corrélation entre le prix d’achat du propane et la surface des bâtiments exploités (et encore moins avec la qualité de leur isolation). Seuls entre en ligne de compte l’appartenance  syndicale ou sociale de l’agriculteur (son adhésion à un syndicat professionnel ou à un groupement d’achat) et sa capacité de négociation personnelle.  Encore faut-il préciser que l’écart de prix du gaz en citerne entre éleveurs de volaille ne dépasse guère, à ma connaissance,  100 € par tonne à travers l’hexagone. Tout se passe donc comme s’il existait un prix plancher et un prix plafond pour toute personne se réclamant de la profession avicole. Rien à voir avec des écarts  constatés de 1500 € par tonne entre les consommateurs les mieux traités  et les consommateurs les plus abusés  par le cartel.

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Evolution du prix moyen du propane payé par les aviculteurs français ( Source : Paysan Breton )

Pour des raisons historiques et de commodité d’usage, le propane est l’énergie de chauffage qui dispose d’un quasi-monopole pour le chauffage des fermes avicoles.  Un hangar à volaille mal isolé va consommer en moyenne 8 kg de propane par m2 chauffé et par an. Ce chiffre peut descendre à 4,5 kg de propane par m2 en cas d’isolation et d’étanchéité performante des 3 parois sol, murs, plafond. La taille moyenne d’un bâtiment d’élevage est de 1200 m2.  Que le bâtiment d’élevage soit une passoire thermique ( seuls 1/3 des élevages ont été remis aux normes d’isolation)  ou qu’il soit parfaitement isolé, n’a pas d’incidence sur le prix du propane acheté.

En raisonnant  hors taxes,  et au vu de la différence tarifaire entre aviculteurs et consommateurs, il en coûtera donc à peu près le même prix de chauffer confortablement un grand pavillon moyennement isolé de 350 m2 (consommation estimée 2,5 tonnes par an ) et un bâtiment avicole de 1000 m2 mal isolé (consommation estimée à 8 tonnes par an). On comprend dans ces conditions, que ne pas vouloir  toucher aux marges somptuaires des propaniers équivaut à faire subventionner par les SEULS foyers ruraux chauffés au propane,  les factures de propane des élevages avicoles afin de permettre à ces derniers de bénéficier de tarifs  moins onéreux.  

Puisque nos gouvernements refusent d’exiger de la part des distributeurs une transparence  des prix sur les différents segments de marché du propane vrac, et qu’ils refusent dans le même temps d’obérer la marge des propaniers, force est de constater qu’ils estiment donc  normal que  500 000 foyers français  subventionnent le  propane alloué à la  production de centaines de  millions d’œufs et de poulets consommés chaque année par 60 millions de français (plus ceux consommés par les millions d’étrangers qui achètent  nos poulets et nos poussins d’exportation).  C’est un élément d’explication sérieux de l’écart de prix faramineux constaté en France entre propane agricole et non agricole.

A l’inverse si le gouvernement acceptait de  ne plus fermer  les yeux sur la différence de niveau de prix entre propane agricole / avicole et propane résidentiel,  les crânes d’œufs qui nous dirigent s’éveilleraient probablement  à l’idée que  faire supporter les bas prix du propane agricole  non pas aux seuls familles et entrepreneurs ruraux,  mais à l’ensemble des consommateurs de volaille de France et de Navarre  citadins y compris, constituerait un premier pas vers le rétablissement de la justesse des prix sur le marché résidentiel du gaz en citerne. 

Je vous vois venir. Vous allez me dire qu’il n’y a pas tant d’éleveurs de volailles que cela en France et que l’impact de ce transfert indirect en faveur des aviculteurs  au détriment des ruraux non agricoles,  doit être relativement minime.

A cela je répondrai deux choses : d’une part je n’ai pris que l’exemple de l’aviculture pour limiter mon propos au seul  chauffage des bâtiments.  Les céréaliers consomment globalement des quantités de propane  bien plus importante que les aviculteurs pour le séchage des céréales,  et ils payent ce propane à des tarifs notablement inférieurs à ceux payés par les éleveurs de volaille. Segundo,  la différence entre les niveaux de prix du propane agricole et non agricole en France est tellement gigantesque, tellement artificielle ( pour des consommations de niveau comparable dans le cas des aviculteurs )  qu’elle doit nécessairement reposer sur une péréquation tarifaire favorisant  le monde agricole aux dépens des populations non agricoles.

Argumentation.

Vous ignorez très certainement combien la France dispose de mètres carrés de bâtiments d’élevage de volaille, toutes espèces de volatiles confondues (poule, canards, oies,  lapins volants….). Vous ne devinerez jamais.  26 000 000 de m2. J’ai trouvé ce chiffre sur un site de la profession. Il ne s’agit pas d’une estimation car la profession connaît  le détail de ce chiffre par département et même par canton. Vous avez donc bien lu :  26 millions de mètres carrés. Vous imaginez la quantité d’oeufs,  de poussins et de poulets qui s’ébattent joyeusement à l’échelle de la France !

Puisque selon l’INSEE une maison rurale  a une superficie moyenne de 120 m2, ces 26 millions de m2  représentent une surface équivalente à  215 000 maisons rurales de taille moyenne  dont les 2/3 sont de véritables passoires thermiques puisqu’elles n’ont fait l’objet d’aucune rénovation depuis leur construction ( l’âge d’or de la construction des volaillers industriels date des années 80). A raison de 2,25 personnes par ménage (moyenne de la province, chiffres Insee 2012), l’aviculture française nécessiterait  en permanence les même besoins de chauffage qu’une ville de 500 000 habitants, soit la taille de la ville de Lyon ( à supposer que la température ne soit pas plus élevée dans les volaillers que dans les habitations). 

Reprenons donc : dès lors que  le gouvernement ne touche pas à  la profitabilité globale des propaniers,   les 500 000 foyers français qui payent le propane à prix d’or subventionnent en réalité le chauffage de 215 000 habitations destinés à engraisser les   poulets  dont les 2/3 sont de véritables  passoires thermiques : sol en terre nue, murs en carton pâte, structure métallique à pont thermique garanti, toitures en amiante-ciment. Ce qui représente  une demi-maison en plus à chauffer pour chaque foyer rural chauffé au propane.

 

toiture-amiante-2

Les communes rurales rechignent à payer le désamiantage de milliers de bâtiments avicoles abandonnés construits du temps de l’âge d’or de l’amiante. Le Morbihan est un des départements les plus touchés par cette catastrophe agricole largement passée sous silence

Par quel miracle  les professionnels de la volaille  parviennent t’ils à obtenir en permanence des niveaux de prix HORS TOUTES TAXES inférieurs de  moitié au prix payé par les consommateurs,  dans un système qui maintient la plus parfaite opacité sur ces prix ? Un tel écart ne peut s’expliquer par les volumes de consommation. Mon hypothèse est que les pouvoirs publics incitent les propaniers à maintenir le gaz à bas prix au bénéfice des seuls agriculteurs  tout en autorisant librement  les propaniers à se refaire une marge sur le dos des ruraux n’exerçant pas de profession agricole.

Ce n’est qu’une hypothèse,  mais elle a l’avantage de rendre compte du fait que les gouvernements successifs n’ont jamais daigné améliorer véritablement  la concurrence et la transparence des prix dans le propane vrac, malgré de timides efforts accomplis ces dernières années en direction du marché résidentiel. Cette hypothèse expliquerait aussi pourquoi ces mêmes autorités n’ont  jamais questionné  l’écart de prix proprement ahurissant entre  propane domestique et  propane à usage agricole.

Rétablir une transparence des prix impliquerait (entre autres choses) de remettre en cause l’iniquité des écarts  tarifaires sur le marché du propane vrac. Il ne s’agit pas de discuter de la nécessité de garantir aux agriculteurs un prix suffisamment bas pour  favoriser la compétitivité de notre agriculture. Il s’agit juste de prendre acte du fait  que les ruraux chauffés au propane ne sont pas assez nombreux pour pouvoir, à eux seuls, supporter le coût de cette compétitivité. Il est à craindre, malheureusement,  que cette ponction sur le budget des familles rurales  continuera aussi longtemps que nos gouvernements refuseront de toucher aux marges mirifiques des propaniers.

Et s’il n’y avait que cela à redire…..

Au lieu de profiter de l’imposition du propane à la TICPE,  dont le principe n’est pas contestable,  pour tenter d’atténuer les écarts de prix gigantesques et mettre fin aux abus de prix sur le propane résidentiel, Macron a réussi le tour de force consistant à  accentuer  les inégalités de prix grâce à cette taxe carbone. Bref il a fait exactement  l’inverse de ce qu’une analyse objective des faits aurait dû le conduire à décider. Mais nous parlerons de cette nouvelle affaire dans un  prochain article sur le scandale de la TICPE du propane.

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Mise à jour du 10/12/2018 : Les moments de grâce se multiplient en ce moment à la télévision : voyez cette vidéo où un journaliste aux ordres accuse un manifestant d’être un faux gilet jaune traduisant la crispation de la caste des nantis qui n’imagine toujours pas  perdre demain  le bénéfice de la liquidation du patrimoine français promise par Macron et sa bande.

( *) Après avoir écrit ces lignes, je découvre que ces mêmes mots ont été employés par Emmanuel Todd, lui-même repris par Etienne Chouard.

PS 1 : je n’utilise ni Tweeter ni Facedebouc mais si vous voyez un intérêt à faire circuler cet article sur les réseaux sociaux, ne vous gênez surtout pas.

PS 2 : Depuis l’écriture de cet article, j’ai pris le temps de rattraper mon retard.  Ce qui me bluffe le plus dans le mouvement des gilets jaunes, c’est l’apparition d’un OVNI politique DEJA CONSTITUE dans le ciel de France, OVNI ayant jusqu’à présent échappé à la vigilance des radars de la caste et opérant  dans le maquis des réseaux sociaux.

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