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Les gros mensonges d’Antargaz pour dissuader de racheter les citernes en place

Si l’on en croit la presse anglo-saxonne,  de la Nouvelle Zélande aux  territoires inuits  du Canada,   les bouteilles  de propane et autres recharges de gaz  en vente libre sont  les  nouveaux  inhalants à la mode chez les ados desoeuvrés à la recherche de drogues bon marché et  en vente libre.  Danger d’intoxication mortel : chaque jour des enfants meurent d’ignorer le danger en  jouant à se faire peur. Dans plusieurs pays anglo-saxons, les autorités sanitaires prennent désormais le problème très au sérieux. Pas de risque que cela nous arrive en France : au prix de la recharge de gaz,    nos enfants resteront épargnés encore quelques années ! Payer le butane et le propane à prix d’or peut avoir quelques (très) bons cotés.

Cependant,  la pratique consistant à sniffer du gaz intoxiquant sur le lieu de travail  semble actuellement très en vogue chez  les cadres d’Antargaz,   sans que l’on sache si cela résulte du désœuvrement habituel chez les propaniers en période estivale,  ou s’il s’agit, de la part des personnels concernés, d’une recherche inconsciente de nouvelles sensations dans un univers professionnel réputé pour son immobilisme austère.

En atteste la lettre extravagante  reçue en juin dernier par un client Antargaz en réponse à sa demande de rachat de citerne. La lettre est signée  du responsable local  du Service Clients à Marignane.  Le responsable en question avait  t’il dépassé la dose de propane autorisée ? Avait-il abusé du pastis ? Ou bien a t’il juste cherché à inventer une nouvelle galéjade ? Les propaniers français n’ont certes jamais manqué d’imagination, et même d’audace,  pour dissuader oralement les consommateurs de devenir propriétaire de leur citerne. Mais  il est quand même assez rare de les surprendre en train d’écrire n’importe quoi sur un sujet qu’ils sont censés connaitre sur le bout des doigts. On commencera par prendre connaissance de la lettre  reçue par ce consommateur en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://adecopro.files.wordpress.com/2015/07/scan-lettre-antargaz.pdf

Je profite de l’occasion  pour rappeler à nos fidèles lecteurs,  clients Antargaz  souhaitant devenir propriétaire de leur citerne, de se dépêcher de se manifester auprès de leur fournisseur habituel.  Il est plus que  probable qu’Antargaz ne proposera pas indéfiniment à ses clients la possibilité de racheter les citernes. La concurrence n’a jamais fait partie de l’ADN de cette société.

Voici donc mes remarques et commentaires au sujet des mensonges contenus dans la lettre Antargaz (les paragraphes sont numérotés comme sur la lettre) :

Paragraphe 3 : depuis qu’Antargaz autorise régulièrement ses clients à racheter  ses citernes ( fin  2014),   le propanier en a profité pour augmenter  de 50 % le prix de vente de ses citernes d’occasion !  A supposer qu’Antargaz se soit fait tordre le bras par l’Autorité de la Concurrence  pour proposer la vente de ses citernes d’occasion  en contrepartie du rachat de Totalgaz, on peut penser que cette augmentation récente du prix des réservoirs d’occasion fait partie de l’arsenal de mesures prises par les  dirigeants d’Antargaz pour limiter l’effet d’aubaine pour les consommateurs intéressés par le rachat de leur citerne. La lettre que nous allons décortiquer à la suite  fait bien évidement partie  de la même tactique dissuasive.

Paragraphe 6 :  une phrase de  ce paragraphe mérite de figurer dans les annales du GPL français «  En tant que propriétaire du réservoir, vos différentes obligations en tant qu’exploitant d’appareil à pression ….. ».  Laissons de côté la maladresse de l’expression écrite qui vise à cacher le loup.  Quel rapport y a-t-il entre un « propriétaire de réservoir » et un « exploitant d’appareil à pression » ? D’un point de vue réglementaire, cela n’a strictement rien à voir.  Telle que formulée ici, la phrase n’a donc strictement aucun sens.  En entremêlant ces deux notions clés de la réglementation des réservoirs sous pression dans une même phrase,  Antargaz sous-entend  que le consommateur qui rachète sa citerne en devient « de facto »  l’exploitant, et qu’il y aurait une espèce d’équivalence entre le statut de propriétaire et celui d’exploitant. C’est évidement  totalement faux. Mais  peu importe la vérité aux yeux d’Antargaz,  puisque  le seul but est de faire peur  au consommateur et le dissuader de racheter sa citerne.  Propriétaire d’une citerne, chacun sait ce que cela  signifie (à défaut de savoir ce que cela implique concrètement)……. mais « exploitant de citerne » ?

En vérité, parmi la centaine de particuliers propriétaires de citerne au sein du Groupement Propane Libre, seuls un ou deux ont fait le choix  plus ou moins assumé, d’exploiter eux-mêmes leur citerne.  Dans les conditions de fonctionnement du marché actuel du propane vrac, et étant donné l’absence d’appui des pouvoirs publics en faveur d’une vraie libéralisation du marché, les consommateurs  n’ont pas grand intérêt à devenir exploitant de  leur citerne  ( c’est à dire  à  assumer la responsabilité du  maintien en condition opérationnelle du réservoir)  à partir du moment où ils peuvent compter sur un propanier capable de les décharger de cette responsabilité  à des conditions économiques décentes. A l’inverse ils ont tout intérêt à devenir propriétaire de leur citerne ce qui leur permet de  changer de fournisseur  tous les ans…

Voilà ce qui a pu se passer dans la tête du rédacteur  au moment d’écrire cette phrase qui n’a aucun sens : on rappellera  que  pendant des décennies les propaniers ont menti de manière éhontée aux consommateurs (et ils  continuent bien entendu de le faire)  sur l’air de « Ne cherchez pas à acheter une citerne de gaz car lorsque vous en serez propriétaire,   vous aurez des tas d’obligations à respecter et  les soucis de sécurité seront pour votre pomme». Ce discours  mensonger a été propagé en France depuis toujours par les propaniers.  Ce mensonge consiste  à cacher la différence au plan réglementaire entre le statut de « propriétaire de citerne de gaz  » et le statut d' »exploitant de citerne de gaz »  : le propriétaire de citerne n’a aucun tracas réglementaire.   Les ennuis éventuels, s’il doit y en avoir  (réparation de clapet… etc)  ne seront jamais à gérer par le propriétaire,  mais bien par l’exploitant de la citerne. C’est là  la principale raison d’être du statut d’exploitant dans la réglementation des « réservoirs sous pression ».

Celui qui a rédigé ce courrier a donc  commencé par déballer le mensonge habituel des propaniers « En tant que propriétaire du réservoir, vos différentes obligations …. » Puis,  à cet instant précis, un sursaut d’honnêteté l’a obligé à corriger ce qu’il venait d’écrire et à  préciser  que les « différentes obligations » en question ne résultent pas de  sa qualité  de « propriétaire », mais uniquement de son choix de devenir en sus « exploitant » de sa propre citerne. Un choix dont le rédacteur se garde bien de préciser qu’il n’intéresse aucun consommateur.  Ce dernier, s’il  s’en tient strictement au statut de propriétaire,  n’aura donc  aucune obligation  réglementaire…. sinon celle de désigner librement le futur exploitant de sa propre citerne !

Ce lapsus révèle en réalité au grand jour le stratagème utilisé depuis des décennies par les propaniers du cartel  du gaz en citerne pour dissuader  les consommateurs d’acheter les citernes : en introduisant  la confusion entre les  obligations du propriétaire et celles  de l’exploitant, ces menteurs patentés inventent de toutes pièces des obligations et des responsabilités  pour les  propriétaires de citernes de gaz.  Ils parviennent ainsi sans effort à dissuader les consommateurs de devenir propriétaire de leur citerne. En se réservant la propriété des réservoirs, ils rendent très difficile l’irruption de concurrents indésirables sur ce marché.

Paragraphe 7 :   s’agissant du cas peu courant  du propriétaire exploitant  lui-même sa citerne, mis en avant par Antargaz au paragraphe précédent,  il n’y a, à mon sens,  aucune obligation de « choisir un prestataire » extérieur pour les inspections périodiques triennales. Il n’y a par ailleurs  aucune formation  professionnelle  officielle pour acquérir les compétences de  vérificateur de citernes de gaz  (hormis en interne chez les propaniers). Sauf erreur de ma part, tout propriétaire exploitant de  citerne de gaz  peut,  s’il s’estime qualifié pour le faire,  réaliser lui-même  les 2 inspections périodiques triennales intercalées entre chaque révision décennale. En effet ces inspections périodiques consistent en de simples  « examens visuels approfondis »,  la seule chose requise du vérificateur est d’avoir  une bonne vue, un peu de bon sens et quelques souvenirs des cours de chimie au  lycée sur  l’oxydation des métaux,  pour être en mesure d’évaluer l’état de la citerne et de ses accessoires !  L’obligation de choisir un prestataire extérieur ne s’imposerait donc au propriétaire exploitant que pour la requalification décennale .

Paragraphe 9 : L’inspection d’un réservoir enterré nécessiterait  de le  déterrer tous les 40 mois ! On nage  ici en plein délire, ou (plus grave) dans la désinformation outrancière. Dans  toute l’histoire des citernes de gaz, jamais une seule citerne n’a été déterrée dans le but de pour pouvoir procéder à une inspection périodique.

Paragraphe 14 :  La requalification du réservoir enterré nécessiterait de déterrer le réservoir ! Toujours la même  désinformation. Disons le tout net : il n’y a aucune obligation réglementaire de procéder au déterrement du réservoir pour sa  requalification. En Allemagne aucun réservoir n’est  déterré en vue de sa  requalification. En  France, il est vrai que le faible nombre de réservoirs réellement requalifiés  (du fait de la procédure de sélection  par échantillonnage),  permet aux propaniers de s’offrir le luxe de déterrer tous les  réservoirs désignés par le sort,  pour les emmener en usine aux fins de requalification.   Mais en ce qui concerne  le particulier ou l’industriel propriétaire d’un ou de plusieurs réservoirs enterrés, la requalification du réservoir  se fait quasiment toujours « in situ »,  sans déterrer le réservoir,  grâce à un procédé  d’« émission acoustique » capable de détecter les anomalies d’épaisseur dans l’acier de la citerne. Nul besoin de déterrer les  réservoirs enterrés pour les requalifier ! Encore un gros mensonge.

Conclusion :  voilà une lettre qui dénonce involontairement les  mensonges habituels dont sont abreuvés les consommateurs et  les entrepreneurs  français pour les dissuader d’acheter les citernes.  Ce florilège d’âneries et  de  mauvaise foi  nous  permet de comprendre  pourquoi  les propriétaires de citernes ne représentent  en France que 3 % du parc installé.  Une situation qui, à n’en pas douter,  convient parfaitement aux professionnels du gaz propane.

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En instrumentalisant la réglementation des citernes de GPL avec la complicité des pouvoirs publics, les propaniers se rendent incontournables et organisent le cartel selon le « théorème de Cahuzac »

Nous continuons avec cet article la dénonciation des différentes manières dont l’Etat français se dérobe à ses responsabilités sur la question du gaz en citerne, ce qui vaut aux consommateurs d’être englués depuis des décennies  dans les malversations et les pratiques trompeuses et frauduleuses de propaniers particulièrement retors.

La réglementation et les modalités techniques de contrôle des citernes de GPL en France  s’élaborent au sein d’un Groupement d’Intérêt Economique, un GIE* appelé  GTC pour les intimes ou  « Groupement Technique Citerne ». Emanation du Comité Français du Butane Propane (CFBP), il fonctionne à la manière d’une  commission technique du CFBP.

Il y a plusieurs manières de considérer les activités du GTC.

Vu de l’administration française, le GTC, officiellement domicilié 64 quai de Dion-Bouton à Puteaux , est détenu par un groupe de sociétés privées comprenant tous les grands propaniers ainsi que les trois citerniers français. Alors qu’ils devraient être en théorie les seuls acteurs  siégeant dans cet organisme face aux pouvoirs publics,  les fabricants de citerne et leurs sous-traitants  y sont  minoritaires.  La mission du CFBP est de retranscrire dans le domaine des citernes de GPL, les réglementations et normes internationales édictées par le Bureau de Normalisation du Pétrole ( BNPe), de manière à permettre au  BSEI,  le Bureau de la Sécurité des Equipements Industriels ( un service du Ministère du Développement Durable) d’entériner cette réglementation au niveau national  sur la base d’un  cahier des charges volumineux,  prescrivant la nature des contrôles pour chaque modèle  et/ ou  type  de citerne.  Si  les fabricants de citerne allemands ont été contraints par les pouvoirs publics de standardiser leurs modèles de citernes au maximum, de manière à permettre à l’administration de réglementer plus facilement la profession, les fabricants de citernes français, poussés  par nos chers propaniers, ont créé des types et des modèles de citernes à n’en plus finir. Résultat : les fonctionnaires français ont  laissé les propaniers gérer leurs affaires eux-mêmes, ce qui leur évite  d’avoir à mettre de l’ordre dans un fouillis inextricable de centaines de modèles différents. Un maquis d’autant plus inextricable que la durée de vie officielle des citernes de gaz  étant de 40 ans, le cahier des charges doit garder la trace des caractéristiques techniques de très vieux  modèles   toujours en service.    

Vu du  GTC lui-même, l’objet et la mission du GIE est  de faire en sorte que  «chacun des membres du GTC bénéficie du droit de procéder à la requalification de ses réservoirs par échantillonnage, dérogeant ainsi aux dispositions de l’arrêté du 15 mars 2000. Ce droit a été accordé personnellement à chacun d’entre eux par l’administration (ndlr : par les anciennes DRIRE). Le GTC a été créé pour  gérer les conséquences de cet aménagement » et les membres du GTC «sont également tous membres du CFBP». Cette définition du GTC  sous la plume de son coordonnateur  permet de mieux comprendre les avantages financiers  que les propaniers tirent de leur participation à ce groupement, sous couvert de définir  la réglementation des citernes de GPL en lieu et place des pouvoirs publics. Les propaniers du GTC sont des distributeurs  de gaz   à qui les pouvoirs publics accordent des dérogations   consistant à ne pas avoir à requalifier une à une  leurs  citernes  tous les dix ans, contrairement à ce qui se pratique en Allemagne. Aux termes de ce  régime dérogatoire, une seule citerne requalifiée  permet en effet  de requalifier l’ensemble du lot de fabrication auquel appartient  la citerne.  L’économie sur les frais de requalification ainsi réalisée chaque année par les grands  propaniers  représente des sommes phénoménales.  A notre connaissance ce système dérogatoire est unique en Europe.  Mais ce n’est pas tout :  afin de créer un avantage concurrentiel supplémentaire en faveur des gros distributeurs, les dérogations accordées « personnellement » par les DRIRE sont d’autant plus avantageuses que les lots de citernes sont numériquement plus importants. Une sorte de prime accordée aux  grands propaniers français, les petits  propaniers indépendants  n’ayant pas la capacité financière d’acheter les citernes par centaines !  

Vu par la lorgnette des  propaniers allemands  le GTC n’a  aucun équivalent de l’autre côté du Rhin. Ce qui n’empêche pas l’Allemagne de bénéficier d’un niveau de sécurité de ses installations GPL comparable à celui de la France. En Allemagne, les procédures de requalification de citernes sont en effet directement négociées entre les fabricants de citerne et les pouvoirs publics sans que les gaziers aient leur mot à direImagine t’on Total,  Shell, BP ou Esso se mêler de définir le cahier des charges des organismes de  Contrôle  Technique automobile  au motif que ces groupes pétroliers  fournissent le carburant nécessaire  au fonctionnement des  moteurs à explosion ? On penserait à juste titre    » De quoi se mêlent -ils ceux là ? Ils n’ont qu’à s’occuper de fabriquer et de distribuer un carburant de qualité  selon les normes imposées par les  motoristes. Le reste ne les concerne en rien » .

Certes,  les propaniers du CFBP peuvent prétendre détenir à eux seuls 96 % du parc des citernes installées en France. Mais ils ne  détiennent une  proportion aussi importante de ce parc qu’au seul motif qu’ils ont toujours refusé de les proposer à la vente aux particuliers. S’ils sont donc  intéressés au premier chef par le suivi réglementaire des réservoirs de propane,  cette raison n’est en rien suffisante  pour justifier leur mainmise sur les modalités d’application de la réglementation  : pour reprendre le  parallèle avec les voitures, imagine t’on  l’Automobile Association de Nouvelle Zélande (AANZ), un club de propriétaires privés d’engins (beaucoup plus dangereux que les citernes de gaz), définir les modalités  des contrôles techniques des véhicules immatriculés en Nouvelle Zélande   au motif que ce club regroupe  à lui seul 70 %  des  propriétaires de voitures de ce pays ?  Imagine t’on les adhérents de l’AANZ se targuer de leur  représentativité nationale  pour obtenir des pouvoirs publics néo-zélandais des  passe-droits  en terme de fréquence des  contrôles techniques automobiles ?  C’est bien pourtant  comme cela que fonctionne le régime dérogatoire accordé aux membres du GTC. 

 Ceux qui prétendent purger la France des innombrables  conflits d’intérêts  entre les grandes  entreprises  et  les différents corps administratifs    vont  décidément avoir du  pain sur la planche dans les années à venir. Il n’y a pas que dans le domaine médical,  pharmaceutique et vétérinaire, où nos élites, à l’image du célèbre Docteur Cahuzac, franchissent  quotidiennement  la ligne de partage censée séparer de manière étanche les eaux boueuses de  la trésorerie des multinationales,   des eaux  vives qui irriguent le budget de l’Etat.  Beaucoup de secteurs  économiques réglementés sont régis par des pratiques de concertation opaques entre  technocrates  publics et lobbyistes  privés, une opacité bien utile pour dissimuler d’innombrables conflits d’intérêts.   

J’appelle donc  « théorème du Dr  Cahuzac » le principe selon lequel toute entreprise ou groupe d’entreprises privées  exerçant dans un secteur d’activité réglementé (médicaments, vaccins, énergie, GPL…) est  conduit à  s’assurer la maîtrise  de son environnement réglementaire en multipliant les conflits d’intérêts, afin de consolider ses parts de marché et/ou supprimer toute  concurrence indésirable,  sous prétexte  de vouloir protéger les « intérêts  des consommateurs ». 

Tout bien considéré, ces trois manières d’envisager l’action du Groupement Technique Citerne  sont toutes exactes :  le GTC est tout à la fois  un organisme incontournable pour assurer la veille sécuritaire des citernes en France, une pièce du cartel permettant d’obtenir des passe-droits auprès de l’administration, et la clé de voûte d’un système réglementaire construit de manière à écarter   toute velléité de concurrence réelle.   

On comprend dès lors la réaction d’un responsable de la filiale de  Carrefour spécialisée dans la distribution de carburants,   à qui je demandais naïvement en 2009 (peu avant de me résoudre à créer le Groupement Propane  Libre) pourquoi Carrefour ne souhaitait pas investir le marché du propane en citerne : 

« La réglementation  » me dit-il d’une voie lasse « Trop compliqué, trop de contraintes réglementaires…. »

Au fond, c’est ça la plus grande victoire des propaniers : avoir réussi à persuader tout le monde que le propane c’est tellement compliqué, qu’il vaut mieux laisser la place à ceux qui l’occupent depuis toujours.

L’Adecopro a fait le pari inverse depuis le départ : prouver  que la complexité réglementaire du propane ne sert que d’écran de fumée afin de masquer des pratiques indésirables.     

* GIE = Groupement d’intérêt économique, disposant de la personnalité morale, stade  intermédiaire entre une société et une association.

Fabrication et maintenance des citernes de gaz : y a t’il double standard ?

13 Millions de citernes de gaz à usage résidentiel sans aucune obligation de maintenance sécuritaire aux USA . Les propaniers français nous enfument-ils avec leur obligation de vérification des citernes de gaz ? Il n’y a en effet ni  contrôle décennal  ni contrôle triennal pour les  citernes de propane aux Etats Unis (autres que celles  montées sur chassis roulant),  alors que le contrôle décennal est  obligatoire en Allemagne  sur toutes les citernes et (en principe) en France. Je dis « en principe » car les propaniers français s’exonèrent, à travers le Groupement Technique Citernes ( GTC – voir l’article sur le GTC dans les archives du site) des obligations de surveillance de chaque citerne, en procédant à un contrôle par échantillonnage.
Je cherche donc  à comprendre pourquoi  les citernes américaines sont tellement plus robustes que les citernes françaises au point de ne nécessiter aucune surveillance durant toute leur vie. Il importe de tirer au clair la validité des arguments des propaniers selon lesquels il est souhaitable que le propanier qui remplit la citerne soit aussi celui qui la surveille, argument utilisé devant les tribunaux pour justifier de l’existence d’un contrat liant les deux prestations.  Est ce que ce sont les standards de fabrication français et américains qui diffèrent tellement au point de rendre obligatoire  en Europe une surveillance jugée  inutile aux USA ? Est ce que GLI-SCHNEIDER (principal fabricant français de citerne de gaz) nous vend des citernes de tellement mauvaise qualité qu’elles nécessitent une étroite surveillance  ?  Est ce que c’est l’épaisseur de l’acier, sa qualité,  la qualité de l’assemblage des cuves  qui sont  en cause ? Si c’est le cas, les consommateurs français sont-ils plus en danger que les consommateurs américains ?  Quelles sont les statistiques d’incident ou d’explosion imputables à la qualité de fabrication des citernes pour les citernes ne faisant l’obligation d’aucune opération de surveillance , comparées à celles des propaniers français ou allemands ? Nul doute que les membres du cartel du gaz,  fabricants de citernes  ou distributeurs de gaz, trouveront ma curiosité déplacée. Mais après tout,  les vendeurs de voiture sont familiers des questions relatives à la sécurité de leurs automobiles. Donc une association comme la nôtre, qui a vocation à regrouper les propriétaires de citernes de gaz, a le droit d’interroger les fabricants pour se renseigner sur la qualité des citernes fabriquées en Europe et aux USA.
Inspection par ultra sons d’une sphère de GPL

J’ai donc commencé à poser la question à différentes personnes, comme le  directeur d’une grande société américaine de fabrication de citerne AMERICAN WELDING AND TANK. Celui m’a   répondu qu’il n’avait aucune idée des réponses à mes questions  et m’a renvoyé vers le WORLD LPG ASSOCIATION (WLPGA), le lobby mondial du GPL, dont le siège se trouve précisément tout près de Paris, auprès des nécessiteux et des déshérités, c’est à dire avenue Charles de Gaulle à Neuilly sur Seine, à un jet de gaz des tours de la Défense (laquelle abrite les sièges de la plupart des multinationales françaises du gaz et du pétrole).

J’ai donc écrit au directeur technique de cette grande organisation entièrement financée par les multinationales du gaz,  et j’en ai profité pour regarder sur leur site les noms de leurs  membres qui siègent sur l’Olympe du GPL. On y retrouve bien entendu tous les grands propaniers français ainsi que l’entreprise ULTRAGAZ,  de triste mémoire ( voir sur ce blog « Shell arrivera t’elle à vendre Butagaz ? »). Réponse langue de bois plus que probable, si je reçois une réponse.

Je vous tiendrai au courant des suites de cette enquête, ici même, ainsi que des suites du contact pris avec l’American Society for Mechanical Engineering, société savante  qui définit les standards de fabrication américains  des citernes de gaz. La question que je compte  poser  à des experts indépendants (français ou étrangers)  est la suivante : « la différence de standards industriels de fabrication de citerne entre la France et les USA peut-elle rendre compte de la nécessité d’opérer des contrôles réguliers et onéreux sur les citernes françaises ? Si oui pour quelles raisons ? ».Affaire à suivre.

MAJ du 01 /01 /2015 . La WLPGA n’a pas pris la peine de répondre à ma question. J’ai pu obtenir des infos d’une personne travaillant dans un organisme de recherche technique basé en proche banlieue parisienne , qui connaissait à la fois  les standards américains et français. Une comparaison de ces standards, du point de vue de la sécurité,  nécessiterait une étude technique qui n’a semble t’il jamais été menée de manière exhaustive. A vue de nez, selon elle, les citernes américaines ont des standards  de fabrication plus poussés que les standards français et cela pourrait être dû au x normes de fabrication de l’acier américain, différent des normes de fabrication de l’acier utilisé en France. 

Il est impossible de connaitre le nombre de citernes « relevées de leurs fonctions » en cours d’exploitation de part et d’autre de l’Atlantique pour non conformité. Donc difficile de déterminer l’effectivité des standards de fabrication du point de vue de la durée de vie et de la sécurité des citernes. Une chose semble néanmoins certaine : il n’y a  jamais eu d’explosion de citerne de gaz qui ait été  dû à un problème de fabrication de citerne, aussi bien aux USA qu’en Europe , depuis un demi-siècle. Les deux seules explosions de citerne de gaz relevées sur Internet au cours de mes recherches approfondies  étaient consécutives à une erreur humaine pendant une opération de maintenance lourde ( voir l’article « les citernes de gaz n’explosent jamais dans l’onglet accidentologie)

Quizz Propane : testez vos connaissances

Distribution du propane en citerne petit vrac  : comparaison entre  différents pays

1ere question –  Il n’existe pas en Allemagne de citernes de capacité inférieure à 1.4 tonne.
Vrai. Les citernes les plus courantes en France ont un tonnage de 1 t, 1,1 t ou 1,2 t. Ce tonnage est insuffisant en zone de montagne, et au nord de la Loire pour assurer le chauffage d’un pavillon moyennement isolé pendant 6 mois de période de chauffe. Le choix d’installer des citernes aussi petites est d’une stupidité confondante, imputable aux seuls propaniers français. On peut penser que leur choix a été dicté essentiellement par des considérations financières : étant donné qu’ils n’ont jamais souhaité vendre ses citernes, autant mettre à la disposition des clients des citernes leur coûtant le moins cher possible, c’est à dire des petites citernes. De là vient le fait que ces citernes obligent, dans la majorité des cas,   à refaire un plein au cours de l’hiver au moment où les prix du propane sont les plus élevés et où les routes sont le moins praticables.  La consommation moyenne d’un pavillon ancien se chauffant uniquement au gaz se situe en  effet dans une fourchette entre  1,0 tonne et 1,4 tonne selon taille et niveau d’isolation.  Un plein de citerne est compris entre 0.800 t (pour une citerne d’une capacité totale  d’une tonne) et 1 tonne (pour une citerne de capacité totale 1.2 tonne). Cherchez l’erreur.

2eme question-Aux USA il y a 13500 revendeurs de propane qui se partagent 4,6 millions de maisons chauffées au propane soit une moyenne d’1 distributeur de propane pour 340 citernes /foyers résidentiels .

Vrai. Du fait du nombre très élevé de distributeurs de propane, les 5 majors du propane américains ne contrôlent que 28 % du marché américain.  A titre de comparaison en France les 4 majors du propane (hors Vitogaz) contrôlent à elles seules 96,4 % du marché, soit près de 115 000 citernes résidentielles  (sans compter les citernes professionnelles) pour chacun des 4 grands propaniers.

3eme question-Lorsqu’un consommateur américain donne congé à son ancien propanier, le propanier dispose de seulement 15 jours pour retirer sa citerne.

Vrai. En France, le propanier disposait  de deux mois pour la retirer  et , grâce à la loi Hamon désormais de trois mois ( c’est le monde à l’envers). Souvent au bout de 2 mois, il faut supplier à genoux le propanier pour qu’il vienne  chercher sa citerne. Explication : la logistique des citernes est détenue par un cartel de sous-traitants qui n’ont de compte à rendre qu’à leurs donneurs d’ordre. On voit mal dans ces conditions pourquoi ces entreprises se donneraient la peine d’améliorer leur qualité de service. Il est vrai que l’exemple en matière de gestion des citernes vient des propaniers. Leur niveau d’exigence vis a vis de leur sous-traitants n’a d’égal que les aises qu’ils prennent avec leurs propres clients.

4eme question-Les petits camions de livraison de gaz américains ont un surnom : on les appelle les « Bobtail trucks »

Vrai . Voilà donc ce que les américains appellent le « propane bobtail »

Et voilà ce que les anglais appellent eux le « bobtail dog »

 

Un être doux, gentil, fidèle, affectueux, joueur et toujours à l’écoute.

Bref en anglais un bobtail dog est  tout le contraire d’un bobtail truck …………. Allez comprendre !

5eme question- Les citernes de propane aux USA n’ont pas besoin de requalification décennale. 

C’est exact. Seules les citernes roulantes, installées sur les camions doivent subir une réépreuve au bout de 12 ans, puis tous les 5 ans par la suite. Les citernes fixes qui obéïssent au standard de fabrication américain ne sont pas rééprouvées.

6eme question – En Allemagne ou aux Etats Unis, il n’en coute que 5 à 6 € par mois pour la location d’une citerne
C’est exact, et c’est aussi le prix payé pour la location d’une citerne par Gaz Liberté. Chez les grands propaniers le prix de location d’une citerne est  trois fois plus élevé. Cherchez l’erreur. Le problème n’est pas tant le prix de location que l’impossibilité de mettre les propaniers en concurrence. S’il est généralement admis que ceux qui louent leur citerne payent leur gaz plus cher que ceux qui en sont propriétaires, nul ne connait en France les données économiques qui sous- tendent chacune de  ces deux options. Il est donc impossible à un consommateur français de faire un choix informé sur le sujet. La faute en revient évidement aux propaniers qui ne veulent surtout pas entendre parler de propriétaires de citernes, et n’ont d’ailleurs aucun barème de gaz spécifique pour les propriétaires de citernes . L’opacité des tarifs et le nombre extrèmement  réduit de propriétaires de citernes autorise les propaniers de ne pas faire de distinction entre propriétaires et non-propriétaires de citernes.
Cette situation risque cependant de changer à l’avenir  car l’ADECOPRO entend promouvoir activement la propriété des citernes en France pour les consommateurs comme pour les professionnels, afin de faire place à des acteurs indépendants dans la distribution du propane.

7eme question : Les consommateurs allemands et américains propriétaires de leur citerne ont la possibilité de changer de fournisseur à chaque livraison , contrairement aux consommateurs français propriétaires de leur citerne, lesquels restent toujours prisonniers d’un contrat exclusif .
Vrai. En France, tous les particuliers propriétaires de citernes connus sont sous contrat exclusif avec un des grands propaniers. Ils y sont contraints pour pouvoir obtenir du gaz, et assurer la maintenance de leur citerne. Les consommateurs allemands et les américains propriétaires de leur citerne ont, quant à eux réellement la possibilité de changer de propanier à chaque remplissage. Mais ce n’est pas du fait de la gentillesse des propaniers allemands ou américains. C’est uniquement du fait que ces consommateurs arrivent à trouver dans leur pays des fournisseurs prêts à remplir leurs citernes sans les obliger à signer pour autant un contrat d’exclusivité. A part Gaz Liberté et la SAPS, il n’y a actuellement aucun propanier en France qui accepte de remplir les citernes propriété client sans contrat et « au moins disant », comme c’est le cas pour le fuel. Mais nous ne désespérons pas d’arriver à en convaincre certains.
De ce point de vue, la situation faite aux consommateurs français par les propaniers du CFBP est surréaliste, car les particuliers propriétaires de citernes sont obligés de signer les mêmes contrats d’exclusivité que les clients consignataires ou locataires de citernes. Les commerciaux ont alors beau jeu de raconter à tous leurs clients que cela ne sert strictement à rien de devenir propriétaire de sa citerne ! Puisque les grands propaniers s’entendent pour ne pas se piquer les clients MEME lorsque ceux ci sont propriétaires de leur citerne, on peut dire que le marché français est complètement verrouillé par les pratiques anticoncurrentielles.


 

                        


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