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Renouvellement au sommet du manège de l’Etat ( minima philosophia )

 » Ce n’est pas aux patients ni à la Sécurité Sociale de payer pour les bénéfices extravagants des entreprises pharmaceutiques »  (*) Une député belge du Parti des Travailleurs (PTB) (2017)

« Ici le socialisme s’endort, là il s’égare ou se pervertit sous l’appareil administratif . Le besoin est d’autant plus pressant d’un socialisme rénové. C’est cette invention qui est demandée à l’Europe « 

Emmanuel  Mounier (1947) 

La France a voté. Un Enarque chasse l’autre.  Ainsi va la cinquième république, qui  place ses Enarques à la tête du pouvoir  avec la régularité d’un parisien allant chercher sa baguette.   Avant la Révolution,  c’était aux  Bourbons, et à eux seuls,  que revenait le privilège de remplacer un autre Bourbon.  Ce privilège a été capté par les Enarques. La différence principale entre  Bourbons et  Enarques, entre Ancien Régime et République, c’est la manière de se singulariser : les Enarques n’arborent plus de « mouches » sur les joues comme les aristocrates du temps jadis.  Ils jouent désormais  aux femmes savantes.  Ainsi  en est-il du dernier président élu  qui affiche sur son CV  un  DEA de philosophie.  Est-ce à cause de cette coquetterie que  le candidat  estimait, sans rire, ne pas faire partie du  «système » ?  L’obtention d’un DEA de philosophie présuppose  en effet que l’apprenti philosophe  a essayé de réfléchir un tant soit peu par lui-même, et pas seulement à travers les modes de pensée dominants.  Je veux bien admettre que l’exercice  n’est pas  commode.  En examinant l’itinéraire philosophique de notre nouveau président , on  apprend  qu’il  a écrit un mémoire sur Machiavel  pendant ses années à  Nanterre.  Au vu de sa fulgurante carrière politique, on est en droit de juger qu’il en a tiré le plus grand profit personnel.  Outre Machiavel ,  Macron a une prédilection pour « Kant,  Aristote et Descartes », des penseurs au fort relent de naphtaline.  D’un très jeune président de 39 ans, on pourrait attendre  des références philosophiques un peu plus  » rock’n roll ». Ou un peu plus modernes.  Car s’il y a bien des philosophes qui ont conduit la pensée occidentale dans les impasses d’où elle peine à se sortir,  c’est bien la triplette dont  Macron se réclame  :  Aristote en premier lieu, avec sa métaphysique  individualiste et sa logique enfantine (toutes qualités forts appréciées  de nos puérils libéraux) ;  Descartes ensuite, confondant  nos  sensations avec leur interprétation erronée dictée par un entendement défectueux ( peut-on commettre erreur plus grave en voulant  fonder une  philosophie sur la seule raison ?); Kant enfin, incapable de  comprendre que la sensation n’est pas uniquement une propriété de l’objet  mais dépend aussi du sujet observant, ce qui restreint singulièrement la portée de sa morale bourgeoise,  libérale et prétendument universelle.  Avec de telles références philosophiques,  le rationalisme  le plus hermétique à toute pensée  vivante, le jacobinisme le plus fermé à la pensée complexe   risque de faire un retour tonitruant  au sommet de l’Etat.  Pas étonnant que Macron, le philosophe minimaliste, n’ait rien  à dire d’intéressant sur l’écologie, si ce n’est  nommer un gentil naïf à la tête du ministère de l’écologie (en charge de la sécurité des citernes de gaz). Pour parachever l’entreprise de dilution de l’écologie politique dans la pensée unique ? Macron et sa figure de gendre idéal ou d’«androgyne à la mode » ( dixit Sarkozy) sera donc  parfait dans le rôle de bonimenteur que le Capital entend lui confier, après avoir testé son habileté  à se mettre dans la poche les propriétaires d’empires économiques et autres milliardaires avides d’une seconde  jeunesse.  «Emmanuel a du génie pour suborner les vieillards, il a toujours fait ça, que ce soit avec son mentor Henry  Hermand, Pierre Bergé ou le philosophe Paul Ricoeur, et il a superbement joué le coup avec Bébéar ( ndlr : ancien PDG d’AXA). Il s’y entend comme personne pour faire croire à tous ces vieux-là qui ne demandent qu’à exister…qu’ils sont uniques, qu’il a tout à apprendre d’eux, et qu’il vit en leur compagnie des moments extraordinaires » (Le Canard Enchainé,  citant un « haut fonctionnaire de Bercy »  26 Avril 2017).

Au moment où j’écris ces lignes,  Veolia, spécialiste des eaux turbides et des marécages  politiques,  annonce la privatisation de la plage de La Baule  et la mise en concession de ses  échoppes et commerces  du bord de mer.  La grande braderie de la France tourne à plein régime  même en période électorale.  On reconnait les Etats déliquescents au fait que tout y est  à vendre comme dans la Russie post soviétique.  Les habitants ont raison d’être en colère : ils sont tombés sur la tête chez  Véolia. Tenter une  expérience de ce genre en Loire-Atlantique , à 50 km à peine du projet d’aéroport  « Vinci » de Notre Dame des Landes,  c’est tout bonnement une provocation.   A moins que ce ne soit un signal pour indiquer  que leur « créature » Macron  est enfin arrivée à l’Elysée,  et qu’ils n’ont désormais plus besoin  de se cacher pour afficher leurs prétentions en plein jour.

On peut voir dans cette irruption concomitante du moins-disant philosophique au sommet de l’Etat  et du moins- disant environnemental sur le littoral atlantique, comme une  valeur de symbole.  Avec Macron,  les loups  et autres squales de la finance qui rodent  depuis des lustres à proximité de la bergerie  vont enfin pouvoir donner libre cours à leur instinct meurtrier.  Car Macron, à n’en pas douter,  a reçu sa feuille de route du grand patronat. Une feuille de route qu’il s’est empressé d’accepter  si l’on en croit l’écho médiatique considérable dont a bénéficié sa campagne électorale.  Que n’a-t-on pas entendu dans les médias sur la verdeur  et le dynamisme  du nouveau monarque aux dents étincelantes ?  Pour l’originalité de la pensée, en revanche, on attend toujours. ( « Macron n’a pas gagné sur un programme, il l’a emporté parce qu’il a fait de la politique » dixit Valls le 14 mai 2017 )

La feuille de route de Macron consiste à en finir avec les rentes et les « blocages » de la société française. En finir avec TOUTES les rentes ? Non, bien entendu : s’il s’agissait de s’attaquer aux  rentes DEJA  détenues par le Grand Capital,   les médias n’auraient pas oublié de fustiger la « révolution » Macron.  Alors quoi ? La rente des autoroutes ?   la rente des banques ?   de  la téléphonie mobile ?  la rente des groupes pharmaceutiques (*) ?  des semences agricoles ? la rente du GPL ?  des centres commerciaux ?  Non, pas ces rentes-là.  Elles jouent un rôle  considérable dans l’ « écosystème de la corruption »  : elles  servent de passerelle ou de renvoi d’ascenseur au plus haut niveau de l’Etat, entre hommes d’affaires, membres des cabinets ministériels et hommes politiques.  Elles sont  l’instrument de la   « fluidification du dialogue » entre l’Etat et le Grand Capital … Il s’agit en réalité pour Macron  de mettre fin aux mini rentes  locales, celles qui ne sont pas ENCORE  tombées dans l’escarcelle du capital anonymisé et globalisé, ou qui échappent à son  contrôle  :  professions libérales indépendantes (cabinets de notaires, avocats) ,  espaces publics non encore  commercialisés (les trottoirs sont envahis, il reste encore  les caniveaux à décorer ), plage publique,  fonction publique,  cimetières publics,  ponts , viaducs, tunnels ….  Le Capital veut pouvoir tout gérer et tout décider sans demander notre avis.  Une  plage sans échoppes  et sans vendeurs ambulants  est, à ses  yeux,  un espace public trop morne,  pas assez « merchandisé ».  La camelote et la publicité  doivent saturer en permanence notre espace visuel,   pour mieux nous transformer en consommateurs zombies.

Je suis prêt à parier que la moralisation de la vie politique française promise par Macron pour les prochaines  semaines,  tiendra lieu, ou justifiera l’absence de tout effort pour moraliser la vie économique pendant les 5 prochaines années.    Et pourtant …. Moraliser la vie économique c’est réformer la fiscalité des entreprises, réformer la fiscalité patrimoniale des entrepreneurs, réformer les tribunaux de commerce,  s’assurer que les crimes des cols blancs seront punis avec une sévérité exemplaire.  Mais c’est aussi pour la vie de millions de salariés, la promesse  d’une ambiance de travail sereine et apaisée.

J’ai travaillé 30 ans en France et à l’étranger comme cadre salarié.   Appliquer les recettes   de l’économie anglo-saxonne  au  salariat français  pour le faire marcher au même pas cadencé,  me parait être une excellente recette pour une catastrophe sociale ( ne vous trompez pas, je n’ai rien contre les anglo-saxons. Leur médecine générale, reposant sur des idées traditionnelles, est mille plus intelligente que notre médecine générale. Les français ne peuvent pas se rendre compte à quel point les principes naturels sur lesquels repose encore la médecine générale de l’autre côté de la Manche et de l’autre côté du Rhin,  sont une insulte au pasteurisme ou aux campagnes de vaccinations infantilisantes dont les français sont les premières victimes).   Avant d’augmenter l’exigence de flexibilité des salariés français, on pourrait commencer  par exiger des dirigeants d’entreprise qu’ils répondent de leurs infractions  devant les tribunaux.   Nos  soi-disant libéraux rêvent de dépouiller  les salariés français des avantages et protections dont ils bénéficient de manière éhontée,   en comparaison des salariés des pays voisins ?  Parlez-moi plutôt du racisme institutionnel des recruteurs français (privés et publics) (lire ici par exemple la partie émergée de l’iceberg du racisme des employeurs français ) ;  parlez -moi de cette société française sclérosée par l’esprit de caste et les préjugés de classe qui condamne les salariés à s’agglutiner en une masse de résistance passive;   parlez-moi, messieurs les dirigeants,  du burn-out et du harcèlement dans les entreprises;  de l’absence d’ascenseur social  et des conditions de travail qui ne permettent pas de se former; parlez moi de la manière dont on écarte les manants de tous les postes où s’éduque naturellement l’autorité;  de l’immobilisme imposé par les règlements;   de l’incompétence de dirigeants parachutés par la grâce de leur diplôme, ou de leurs relations.  Parlez moi des transformations récentes du capitalisme financier. Parlez moi de l’énorme potentiel d’oppression et du monopole d’initiative qui s’accumule dans un nombre de mains toujours plus réduit,  en comparaison duquel la prépotence du patron sur l’ouvrier isolé des débuts du capitalisme paraît rétrospectivement idyllique. Parlez moi du silence assourdissant des médias aux ordres, à propos des luttes pour la reconnaissance dans les entreprises. Bref vous qui avez hâte de mettre les salariés au pas, parlez moi du mépris des  travailleurs, et de tout ces petits riens  qui trahissent le  syndrome de « conservatisme managérial » dont souffre particulièrement les élites et les cadres dirigeants en France. Un conservatisme qui dépasse les clivages politiques et n’est pas peu responsable du mal être au travail des salariés…. Ah ! j’oubliais !  Pourquoi ne pas parler aussi, puisqu’il s’agit de symptômes d’une même pathologie,  de cet esprit français rempli de préjugés insensés,  plus enclin à sauver les apparences qu’à rechercher la vérité,  à enterrer les problèmes qu’à les résoudre autour d’une table ?  Car l’incidence de cette incurie retentit sur le  travail quotidien  des salariés et se trouve être la cause de nombreux suicides.  La  société française étouffe sous le poids de son conservatisme et de ses pesanteurs (là je sens que mon discours intéresse vos amis macroniens). Que dire alors de ces entreprises où les conditions de travail sont aggravées par des dirigeants sans envergure et sans  empathie ?  On connait le mot de Taylor « on ne vous demande pas de penser, il y a d’autres gens qui sont payés pour cela ». Le système capitaliste repose toujours sur un mépris, conscient ou implicite, de l’exécutant  (là je sens que mon discours n’est plus du tout fait pour vous plaire ).   Cela est malheureusement  plus vrai en France qu’ailleurs,  car  le français moyen ignore le sens de l’expression « travail collectif » qui est une des  formes du respect dû aux subordonnés.  Je ne serais pas surpris d’apprendre un jour, au détour d’une étude sociologique,  que  l’absence de « joie au travail » est le lot commun du  salarié français comparé  à ses voisins européens.  Il ne faudra pas aller chercher très loin la raison de cet état de fait.

Lorsqu’aux demandes toujours plus pressantes de dirigeants coupés de la base, s’ajoutent  le ressentiment social, la perte des repères idéologiques, et l’amertume du déclassement,  la situation sociale peut rapidement tourner au vinaigre.  Si j’étais le jeune Macron,  je me garderais bien de croire que les salariés français vont se laisser dépouiller de leur exigence de justice sociale  par une ploutocratie qui  n’en finit pas de trahir l’esprit et la lettre de la démocratie. Une exigence de justice sociale élevée progressivement au rang  d’idéologie nationale,  à mesure que disparaissaient, au XIXeme siècle,  le vieil impératif chrétien de la charité  et le vieux rêve révolutionnaire d’une  société des égaux.  La schizophrénie  qui guette aujourd’hui notre pays, tiraillé entre une mentalité rétrograde, des habitudes de pensée conservatrices d’une part,  et un libéralisme économique étranger à notre culture d’autre part, devrait inquiéter les apologistes du capitalisme et toute la clique de mystificateurs qui,  pour avoir trop longtemps méconnu les besoins humains fondamentaux, risque de s’en prendre un jour plein les gencives.

Bonbonnes suspendues

 

(*) Cette rente vaut  aussi en Belgique. Un groupe  de 400 consommateurs belges munis de leur ordonnance a affrété récemment un car de tourisme grâce au Parti des Travailleurs pour se rendre aux Pays Bas acheter ses médicaments ( les traitements sont beaucoup moins chers qu’en Belgique). Une initiative qui n’est pas sans rappeler les débuts du Groupement Propane Libre.

 

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Deux dirigeants de Rubis – Vitogaz  se versent 23 millions d’Euros de salaire. Les petits actionnaires s’indignent sur Boursorama.

 

Quelques années en arrière,  avant qu’ Obama ne soit élu pour son premier mandat,  un éditorial de « Fortune » , le news magazine des businessman américains,  faisait état de la baisse de l’espérance de vie des noirs américains et d’une hausse concomitante de l’espérance de vie des blancs.  Le journaliste de Fortune voyait dans l’écart grandissant entre  l’espérance de vie des deux principales ethnies nord-américaines (*) une bonne raison d’élire enfin un président noir : un écart  de plus en plus important  n’aurait pas manqué d’exacerber les tensions sociales  préjudiciables au bon climat des affaires.  Quinze années ans plus tard (**), l’écart ne s’agrandit plus  mais il reste toujours aussi béant. Cet écart est suivi  par les statisticiens du très officiel  Center for Disease Control,  et analysé par sexe et par niveau d’éducation.  C’est entre les mâles noirs n’ayant pas terminé le collège,  et les mâles blancs ayant terminé le lycée,  que cet écart est le plus important  : l’espérance de vie des premiers est inférieure de 14 ans à celle des seconds.   Sur ces 14 années d’écart, le  taux d’homicide (largement supérieur chez les noirs) ne permet d’expliquer qu’une seule année.  L’écart  restant  est la conséquence  d’un système économique basé sur l’exclusion des plus défavorisés et sa cohorte de plaies sociales (alcool, drogues, prison, problèmes de périnatalité….).

cdc-lifeexpectancy

L’évolution de l’espérance de vie par ethnie est un sujet d’embarras permanent aux USA

La vieille Europe emboîtant le pas des Etats Unis avec une quinzaine d’années de retard, j’attendais  que l’Insee nous annonce  un jour une baisse de l’espérance de vie des français, prévue  de longue date par les critiques de la médecine allopathique.  C’est chose faite depuis l’année dernière.   Les précautions oratoires des statisticiens  et les « mises- en-garde-contre-les interprétations-hâtives » de la  ministre de la santé ne me feront pas avaler qu’une  épidémie de grippe chez les personnes âgées puisse  justifier, à elle seule, la baisse de l’espérance de vie de 65 millions de français.  Selon les médias nationaux, « l’espérance de vie ne fait qu’augmenter sur le long terme. Ce qui s’est passé en 2015 n’est qu’une anicroche ».  Les médias américains ont eux aussi beaucoup  brodé en 2016 sur une  petite anomalie transitoire   ( en anglais, on dit « a blip »). Car l’espérance de vie des américains, toutes ethnies confondues,  a  baissé en 2015 comme en France,   pour la première fois depuis 1993. L’explication avancée  de l’autre côté de l’Atlantique est  toutefois  un peu  plus convaincante  : hausse de la mortalité  chez les jeunes américains  par surconsommation de drogues et d’alcool ou par suicide (ce qu’on appelle aux USA  « les maladies du  désespoir »), et chez les adultes augmentation des  infarctus, du diabète… (« les maladies de civilisation »).  Moyennant quoi,  les USA ont connu 6  blips,  ou baisse passagère de l’espérance de vie,  au cours des  50 dernières années,  contre seulement  deux pour la France ( 1969 et 2015).

Vous voulez connaitre  la  vraie cause de la baisse de l’espérance de vie en France ?  Elle a pour nom  PAU-PE-RI-SA-TION des chômeurs et des travailleurs. Je vous recommande  de vous promener  à pied dans les ghettos noirs américains.  Au milieu des bâtisses délabrées et des trottoirs défoncés,  vous pourrez méditer sur  la similitude de destin entre les laissés pour compte du libéralisme économique des deux côtés de l’Atlantique.  Bien sûr, nos dirigeants politiques sont payés pour faire en sorte que  le processus  de destitution progressive des  populations  rétives à l’embrigadement capitaliste (noirs américains,  français chômeurs ou indociles, grecs désœuvrés,  insoumis de tous bords …. ) soit suffisamment graduel pour passer inaperçu, ou pour rester socialement supportable.

C’est là en vérité,  toute l’habilité de nos hommes politiques. Doublement prisonniers d’un système qui les dépasse  et de logiques  partisanes qui assurent leur ré-election  en les dispensant de devoir penser par eux-mêmes, ils  n’ont aucun  moyen  d’enrayer  le processus d’accumulation qui permet  aux  gagnants de la loterie capitaliste de devenir chaque jour un peu plus riches, tandis qu’il assure aux perdants de se voir dépouillés chaque jour un peu plus de leur santé et de leur humanité.  Et puisque reconnaître publiquement son  impuissance est  inenvisageable pour un professionnel de la politique,  sous peine de perdre tout crédit aux yeux de ses électeurs, nous assistons en permanence , en guise de spectacle politique, au grand bal des hypocrites.

Quant aux élites économiques, elles  gouvernent en France comme en Allemagne , en Grande Bretagne comme  aux Etats Unis,   avec la même rationalité aveugle ou cynique,  selon les cas.  Les dirigeants de multinationales exigent comme récompense  de leur soi-disant supériorité intellectuelle, ou  de leur ego boursouflé, l’extension indéfinie de  leur patrimoine personnel :  distribution de stock-options,  participation gratuite aux augmentations de capital,   part réservée des dividendes..  rien n’est trop beau, rien n’est trop nouveau pour étendre les frontières de  leur empire personnel.

Bien sûr, on peut  s’esclaffer avec  Guy Bedos : « La bourse je m’en fous, j’ai choisi la vie». Mais les capitalistes sont tout sauf des gens dont on peut se permettre d’ignorer l’opinion. Pour deviner ce qu’ils pensent, il faut commencer par  lire ce qu’ils lisent, quitte à faire mentir Mark Twain :    « Si vous ne lisez pas le journal, vous êtes mal informés. Si vous lisez le journal, vous êtes mal informés  ».   Il peut aussi être utile de parcourir  les forums où ces messieurs cultivent l’entre soi libéral  avec  une constance qui force l’admiration.

Le forum du site Boursorama nous en apprend une bien bonne sur les dirigeants du  groupe Rubis, lequel a repris les activités de Vitogaz  (ex Société Havraise des Pétroles) en 1994. Les gratifications que ses dirigeants se sont arrogées en 2016  à titre de salaire, eut égard à leur génie,  ont fait pousser quelques hurlements parmi les petits actionnaires du groupe. Si ces témoignages méritent d’être repris sur le  site de l’ADECOPRO, c’est qu’ils émanent d’individus en principe  vaccinés  pour accepter  les pires excès  en matière de rémunérations de dirigeants.

(les citations en italique reprennent les messages  les plus compréhensibles par les non-initiés. Pour lire la totalité des messages du fil de discussion intitulé « Pillage des actionnaires de Rubis » sur le site de Boursorama, vous pouvez cliquer ici.)

Un certain Ravigot attaque bille en tête «  Vous avez vu le rapport Proxinvest ? Un scandale que la rémunération des dirigeants de Rubis : 23 millions d’Euros à deux (voir rapport annuel) . Il y a comme un défaut. C’est 30 fois plus qu’Hermes relativement à la taille boursière ! Ils nous répondent que c’est les statuts ! Mais des statuts comme ça, ça se change : rendez-vous à la prochaine assemblée !! Il faut que ça saute. J’y vois pour ma part un vrai pillage des actionnaires que nous sommes. Ils ne sont même pas exposés : la commandite est une sarl avec pas un sous dedans

Tandis que l’ADECOPRO y verrait plutôt un vrai pillage des clients par Vitogaz, chacun voyant midi à sa porte ….

Ce à quoi il lui est répondu «  C’est une commandite, donc les actionnaires n’ont rien à dire sur rien. C’est le principe. Si vous n’en voulez pas, n’achetez pas une action d’une société en commandite »

Ravigot toujours  : «  En 2016 le dividende commandité ( ndlr : versé aux gérants de la commandite) a représenté 20 % du dividende total versé aux actionnaires. Ce ne serait pas un léger abus, non ? Un petit calcul : en 2016, Robin (ndlr il s’agit de Gilles Gobin,  un des créateurs de Rubis ) a prélevé 16 % du total des dividendes de Rubis soit 20 M€ sur les 123 M€ distribués. En mettant en rapport ces 16 % de captation avec la capitalisation boursière de Rubis soit 3500 M€, c’est comme s’il possédait l’équivalent de 560 M€ ou 16% du capital ! C’est là que le bât blesse. Sans avoir mis un rond dans la société, ses droits de commandite lui transfèrent une part de la richesse produite disproportionnée par rapport au risque engagé et à sa mise de fonds,… alors que le patrimoine net de la société appartient juridiquement aux actionnaires commanditaires que nous sommes.  Ce calcul révèle le caractère de hold-up permanent que constitue la commandite par actions…. »

Un autre actionnaire essaye de surenchérir «  Je n’ai rien contre les rémunérations des dirigeants qui réussissent. Mais j’aime bien la notion britannique de « decency »…. »

Celui là devrait retourner à l’école.  La notion de « decency » n’est pas une notion britannique ni même anglo-saxonne,  mais bien une notion latine  (du latin « decere » qui signifie « avoir de la retenue dans la conduite et le maintien » ). Le mot est ensuite passé dans la langue française, la  «décence » étant synonyme de conformité aux usages et aux règles de bonne conduite, pour n’arriver chez les anglais qu’au XVIeme siècle, durant la première période d’expansion du capitalisme financier. Ce n’est probablement pas un  hasard si les anglais eurent besoin d’importer  le mot et l’idée à ce moment particulier de leur histoire.  Ce qui est british, par contre, c’est la notion de « common decency». Littéralement « décence commune », qu’on peut aussi  traduire par  «modestie commune » ou, par extension, par «morale populaire». Là où la décence peut être définie par la conformité aux règles établies par les classes dominantes (aristocratie ou bourgeoisie) , la décence commune s’identifie  à une morale implicite des gens de peu. Celui qui a popularisé cette expression au XXème siècle est le célèbre écrivain socialiste anglais George Orwell (de son vrai nom Eric Arthur Blair).  Le penseur qui a repris l’expression d’Orwell pour la populariser dans la langue française est Jean Claude Michéa, admirateur de l’œuvre d’Orwell. Les écrits politiques d’Orwell sont  bien moins connus  en France que ses célèbres ouvrages de fiction : « 1984 », « La ferme des animaux ». On pardonnera donc à ce boursicoteur en mal d’éthique de céder au snobisme en vogue en France,   consistant à croire que ce qui est intelligent  ne peut que provenir du centre de la galaxie capitaliste.

Reprenant à son compte, et à son corps défendant,  une thématique socialiste, l’actionnaire en question  poursuit sur sa lancée « Malgré mon estime pour la qualité de la gestion du Rubis (sic) , j’ai du mal à trouver décente la rémunération de la commandite… Il existe tant d’autres sociétés prometteuses dont les dirigeants font preuve de plus de décence….je vais avoir du mal à me renforcer dans Rubis ( ndlr : racheter des actions Rubis,  dans le jargon des boursicoteurs) après cette information. »

Pauvre chou ! Encore un boursicoteur qui s’imagine qu’en lisant la presse économique, il est au courant des moindres malversations des dirigeants des entreprises dont il acquiert une poignée d’actions. La Bourse est vraiment un jeu pour adolescents attardés.

Un autre actionnaire se demande perplexe : « Qu’est-ce qu’on fait avec 23 Millions d’Euros par an ??? »  En voilà une question stupide  ! Je propose à Mr Gobin, fondateur de Rubis- Vitogaz,   d’acheter 10 000 paires  de chaussures pour  sa garde-robe,  afin de  relancer  la production de la ville sinistrée de Romans sur Isère, ancienne capitale française de la chaussure.  Voilà en effet un projet citoyen qui justifierait  pleinement de tels émoluments. Et si cela ne suffit pas, je lui propose d’acheter 20 000 soutiens-gorge pour son épouse afin de soutenir la bonne ville de Troyes, et son maire  François Baroin qui fait peine à voir ces derniers jours,  depuis le départ forcé d’Europe 1 de son mentor en politique Jean-Pierre Elkabbach, et la gamelle aux primaires  de son ami Sarkozy.

Un autre boursicoteur fait chauffer ses méninges  « 23 Millions d’Euros par an à deux, ça fait 11,5 chacun, soit 1 M€ par mois, soit 250 000 € par semaine, soit 35 000 €  par jour, 7 jours sur 7. Alors en effet , récolter les fruits des résultats est tout à fait normal, mais c’est tout simplement indécent. Je serai ravi qu’ils divisent leur salaire en 2 et qu’ils le redistribuent à leurs employés. »  Mazette  ! Si même Boursorama commence par être noyauté par les trotskistes, tout est foutu pour les capitalistes…

Plus loin,  un contradicteur apparaît enfin pour défendre Gilles de Gobineau.  Pardon,  Gilles Gobin.  Gobineau, c’est l’écrivain diplomate de l’ « Essai sur l’inégalité des races humaines ». Alors que  Gilles Gobin, le patron de Rubis,  serait, lui, plutôt en train d’écrire un  «Essai sur l’inégalité salariale entre les races de dirigeants et les races d’employés subalternes ».  Le défenseur des nobles dirigeants de Rubis  écrit ceci : «Les deux fondateurs ont monté Rubis à partir de rien …. »  STOOP !  Arnaque intellectuelle en vue !! Voilà le retour de la bonne vieille mythologie américaine du self-made-man ! Je lis en effet  dans Wikipedia : « Rubis Investment & Cie est créée en 1990 par Gilles Gobin. En 1991, la société fait l’acquisition de la Compagnie de Penhoët, une société holding de la galaxie Suez, pour 1,3 milliard de francs, et devient Rubis & Cie »

Oui, vous avez bien lu.   Gilles Gobin a créé Rubis Investment & Cie en 1990 ; et un an plus tard il rachète une holding de Suez d’une valeur de  1,3 milliard de francs.  En partant de rien ?  S’il est vraiment parti de rien, il  va falloir que j’explique dare dare à mon plombier,  qui a créé sa société de dépannage l’année dernière, comment il va pouvoir racheter Engie dès cette année, sans l’aide de son banquier ….

Les autres actionnaires se répandent en louanges sur le flair légendaire des dirigeants de Rubis. Les clients de Vitogaz abusés pendant de longues années par des prix prohibitifs auxquels ils ne pouvaient échapper,  apprécieront. Florilège :

« …  superbe société qui dépasse les espérances de la Bourse …. Si toutes mes actions s’étaient comportées avec de tels résultats , j’habiterai dans une villa sur les hauteurs de Nice plutôt qu’un appartement dans le vieux Nice… » « je n’ai eu qu’à me louer de la compétence et de la sagesse des dirigeants … » «…avec une telle gestion et de tels résultats, on ne peut que leur laisser les clés du camion et la rémunération qui va avec…. »

Je laisse le mot de la fin de à deux actionnaires particulièrement  remontés contre les dirigeants de Rubis, pour finir sur une note optimiste et montrer que tout n’est pas perdu dans ce bas monde   :

«  23 M€ de salaire pour une boite comme Rubis, c’est énorme. Et cela pose d’évident problème éthique mais pas seulement. Cela pose aussi de réels problèmes sociaux par le délitement de nos sociétés.  A quoi bon travailler quand le fruit de ce travail est accaparé par une infime minorité ? Est –on réellement respecté en tant que travailleur dans ce genre de cas quand on a du mal à vivre malgré son travail, ce qui doit être le cas chez un nombre non négligeable d’employés en Afrique  et en France ? On s’étonne du vote populiste mais il est clairement nourri par ce genre de pratique…. »

Mais non, voyons, où allez vous chercher cela ? Faut pas croire tout ce qui se dit dans les journaux…….

«  Rassurez-vous , je ne suis pas anticapitaliste ni mélenchonien ( ndlr : on a eu très peur), mais quand je lis le rapport sur les rémunérations (ndlr : des dirigeants de Rubis), on a le droit d’avoir le vertige. Vous me traitez de « jaloux, d’envieux, de râleur, de grincheux » ! J’ai l’impression que l’odeur de l’argent vous excite comme des vautours. Vous m’inquiétez. VOUS VIVEZ DANS L’IVRESSE DE l’ARGENT SANS LIMITE  ( ndlr : Ciel !  un curé  infiltré chez les actionnaires de Vitogaz…..Des « limites »  ? Non mais quoi encore ? On croirait lire Eugénie Bastié dans le Figaro .. ) . Attention ! Ce genre d’histoire se termine toujours très mal.  Relisez vos classiques « .

Le montant de 23 Millions d’Euros de salaire est astronomique, ahurissant pour une société Midcap ( ndlr : capitalisation de taille moyenne) quelle que soit la qualité, l’intelligence, la compétence des managers et la rentabilité de la société. Sans jouer les Cassandre, le risque que nous, actionnaires, prenons est de laisser les bénéficiaires perdre le sens de la réalité et nous faire chavirer avec eux. … Accepter de rémunérer la commandite à hauteur de 10 % des profits est sidérant ! Ca pose un problème éthique et de gouvernance. Pourquoi Michelin et Hermès , des sociétés aussi louables et qui n’ont pas démérité ont elle limité à seulement 0,67 % des profits la rémunération de la commandite ? Ca devrait vous faire réfléchir ou bien vous avez perdu la raison !! »

Bon espérons que cela fera aussi réfléchir les clients de Vitogaz ….. Nous profitons de cet article pour donner nous aussi nos conseils financiers,  et rappeler que notre préconisons à l’attention des consommateurs soucieux de leurs économies,  de se délester au plus vite de ce fournisseur (indépendamment de la rémunération indécente de ses dirigeants).  Les raisons en sont amplement expliquées dans  les différents articles du  site (il suffit de taper « Vitogaz » dans le moteur du site pour trouver la quinzaine d’articles où nous tirons à boulets rouges sur cette entreprise de voleurs).

Par chance, suite à la condamnation de Vitogaz en 2016 par le  Tribunal de proximité de Vienne (Isère),  à laquelle nous sommes particulièrement fiers d’avoir contribué,  le retrait de toutes les citernes Vitogaz est actuellement gratuit ! Même s’il est écrit  dans votre contrat que vous devez payer 1400 € à Vitogaz  pour faire enlever  votre citerne en cours ou en fin de contrat, sachez que  Vitogaz ne peut désormais plus exiger aucune  somme à ce type suite à sa condamnation. Et ceci tant que la Cour de Cassation ne se sera pas à nouveau  prononcée sur la décision du TP.  Profitez-en pour virer votre citerne Vitogaz ! Contactez nous !

(*) Comme le montre le graphique ci-dessus,  l’écart s’est accru de manière importante de 1985 à 1995, durant la phase d’apparition et de développement  très rapide du SIDA.

(**) Etrangement je n’ai pas pu trouver sur Internet de statistiques ethniques sur l’espérance de vie  des américains après  l’année 2009 . La crise de 2008 aurait elle aggravé la situation ?

 (***) sur le sujet  on pourra aussi  lire avec profit le philosophe et écrivain Bruce Bégout De la décence ordinaire. Court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell,  Allia, Paris 2008

Lancement d’un nouveau Groupement national de consommateurs de propane

20151225_041635Il serait vain d’imaginer la création d’un groupement de consommateurs aspirant à se doter  d’une image professionnelle sans concevoir un site de  qualité pour assurer sa communication sur Internet.  L’idée de ce groupement trottait dans ma tête depuis  deux ans  et la chute récente  du prix du propane sur le marché de gros fin 2014 n’a fait que renforcer mon sentiment qu’il fallait créer ce Groupement  maintenant,  et non dans 5 ans.   Seulement voilà,  je me faisais une montagne de la création de ce  site au motif  que  je déteste m’investir dans un travail dont le résultat risque d’être, au final,   inesthétique,  dévalorisant,  amateur, bancal….J’ai la manie de la perfection dans certaines choses,  incluant les oeuvres de l’esprit.    N’ayant aucune expérience d’infographie  ou  de quoi que ce soit d’apparenté à ce genre  de boulot,  mon inaptitude  à produire  autre chose  que du chiffre,  du traitement de texte, de la comptabilité,  et des recherches bibliographiques,  à partir d’un ordinateur,  me paraissait un obstacle insurmontable.

Heureusement  Wix était là pour m’aider (tiens,  je fais de la pub pour une entreprise cotée au Nasdaq. Il va falloir que je me soigne).  Je me suis finalement mis au travail à reculons,  travaillant sans relâche pendant quatre longues journées  pour créer  maquettes,  textes (ah !  les textes, que c’est dur d’être concis et précis à la fois !), développer des  graphismes  sans  la moindre idée de départ ou d’arrivée, créer des  illustrations, ajouter une touche design,  me couchant au petit matin pour travailler sans  être dérangé par le bruit de la maisonnée. L’avantage du chômage, c’est qu’on a plein de temps libre. Et on se couche à l’heure qu’on veut……

Je savais exactement ce que  le Groupement devait proposer mais je n’avais jamais réfléchi à la manière de construire le  site pour servir les quelques  idées  que j’avais en tête. Et pourtant… j’ai tout imaginé, écrit et réalisé en 4 jours. Le site est là devant mes yeux. A peine croyable.  Dire que j’étais prêt, avant la catastrophe,  à claquer 5000 € dans une agence Web pour obtenir  le  même résultat !  Sacré Wix ! Il ne manque  plus que  le   questionnaire qui permettra  aux consommateurs de laisser toutes leurs coordonnées ainsi que  les informations sur leurs citernes. Et deux ou trois bricoles à faire comme un  nom de domaine à acheter,  puis le site à transférer sur le serveur définitif. Pour le référencement, on commencera tout petit via les forums et le site de l’ADECOPRO. De toute manière le budget de fabrication est de 0 €,  et le budget promotionnel sera de 0 € . Vous n’en entendrez pas parler sur TF1. Ne pas avoir d’argent à dépenser oblige à réfléchir. Cela force  aussi à être plus solidaire et, de manière paradoxale, un peu plus opportuniste.

Voici donc en avant-première la photo du haut de la page d’accueil du futur site du futur Groupement. LE site Internet qui  va faire trembler le landernau parisien du GPL  et faire bouillir de rage les cols blancs de Puteaux jusqu’à King of Prussia, Pa, siège de la maison mère d’Antargaz-Finagaz (en voilà un drôle de nom de ville « Roi de Prusse » !  « King of Propane » aurait été plus adapté et plus parlant… )

J’entends déjà les patrons du GPL français pester dans leur tour d’ivoire « Non … putain… il va pas nous remettre  ça….Il va pas encore livrer  nos citernes aux belges et aux allemands … il faut arrêter ce type ….. »

Et bien, mes frères,   je vous le dis en vérité, en cette période de Noël, période de festivités dans  le monde chrétien,   la seule chose qui puisse arrêter ma main  au moment de cliquer sur le bouton  « PUBLISH« ,  je dis bien la seule chose, c’est un coup de fil  de la directrice de la communication de Vitogaz m’expliquant qu’ils sont parfaitement conscients de voler des milliers de  pauvres gens en  pratiquant  des prix abusifs et en abusant de leur  confiance, qu’ils savent pertinemment que  leur système de calcul et de réévaluation tarifaire n’est qu’une   escroquerie basée sur une algèbre infernale, que tout leur système  ne vaut pas mieux qu’une pyramide de Ponzi, et que  c’est pour cette raison qu’ils ont estimé devoir solliciter l’indulgence plénière de Mgr l’évêque de Paris   en finançant les bonnes oeuvres de l’Eglise   à travers des sommes  versées  par Vitogaz et sa maison-mère, le groupe Rubis,  pour la rénovation du Collège des Bernardins (Paris, 5eme),  afin que  la splendeur de la philosophie chrétienne, et singulièrement celle  de Nicolas  Malebranche dont on fête cette année le tricentenaire de la mort, puisse à nouveau rayonner sur  la capitale des Gaules.

J’attends donc de la direction de Vitogaz un repentir inconditionnel et des explications cohérentes  sinon je mets ma menace à exécution et mon nouveau  site sera mis en ligne dans les tous prochains jours.   Ce sponsoring   des Bernardins (très belle rénovation,  soit dit en passant)  est d’autant plus énigmatique  que  Vitogaz  est le seul des propaniers du CFBP a avoir le privilège de voir son nom inscrit sur une plaque dans la magnifique nef du Collège. Or Vitogaz  ne chauffe quasiment aucun bâtiment religieux ou  monastère en France. Le marché du propane  des   bâtiments conventuels,  très nombreux  en milieu rural,   est trusté par  Butagaz et  Totalgaz  depuis des lustres (ne me demandez pas comment je le sais, j’ai développé des pouvoirs spéciaux à force d’étudier la métaphysique catholique dans les vieux bouquins). Alors je pose la question  : que diable Vitogaz, dont le nom est  inconnu de tous les économes  tonsurés de France et de Navarre, est-il venu chercher aux Bernardins ? La confirmation par les autorités ecclésiastiques que la concurrence en matière économique est une idée libéralement diabolique ? Et que Dieu bénit tous les oligopoles cartellisés,  notamment lorsqu’ils sont généreux avec notre sainte Mère l’Eglise  ?  Faut il y voir la confirmation d’une  nouvelle alliance de la citerne et du goupillon  ?  Ou bien les ingénieurs de Vitogaz travaillent-ils en secret sur un modèle de nouvelle « sous-pape » (de sécurité) ? Si tel est le cas, il va falloir que j’entre dare dare en repentance.

Bon, en attendant mon excommunication, joyeux Noël à tous !

Comme on nous parle, comme on nous méprise : consommateurs, si vous saviez…

Tombé en arrêt devant la vulgarité d’une  campagne d’affichage  au ras de la pissotière,  lancée il y a quelques mois  par le gouvernement belge pour inciter les consommateurs  à faire jouer la concurrence entre les différents fournisseurs  d’énergie ( voir l’affiche incriminée ci-dessous) .  La frilosité de nos amis belges à se séparer des grands fournisseurs traditionnels d’énergie irrite visiblement  les opérateurs d’Outre-Quiévrain, dont certains ont misé gros sur la libéralisation des marchés de l’énergie.  On imagine qu’ils estiment n’avoir pas été payé de leurs efforts en retour.  Ils n’auront  donc pas manqué de solliciter  un coup de pouce de l’Etat belge pour inciter les récalcitrants à abandonner les grands  fournisseurs traditionnels.  L’Etat belge  s’est alors retourné vers les agences de publicité, lesquelles ont toujours d’excellentes idées pour dilapider l’argent des contribuables en pseudo-campagnes d’ « information ».  On les  sait  prêtes à toutes les bassesses pour nous faire acheter la camelote de leurs clients privés. La  vulgarité de cette campagne n’étonnera donc pas ceux qui connaissent  l’indécence, le mépris et  la tartuferie des « fils de pub ».  Mais qu’un ministère puisse financer une campagne publicitaire en récupérant  l’obsession  des jeunes  pour la longueur de leurs attributs génitaux,  me laisse sans voix.  Une telle vulgarité institutionnalisée   ne peut que  refléter  un désarroi et une profonde  misère morale dans les lieux d’exercice du pouvoir.

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On le sait, l’esprit du capitalisme contemporain, ou plutôt l’esprit de la publicité qui  inspire la forme contemporaine du  capitalisme, ce n’est plus  l’éthique protestante faite de responsabilité, de frugalité et d’autonomie  chère à l’économiste et sociologue allemand  Max  Weber. C’est devenu  l’infantilisation à outrance des consommateurs :  inoculer aux consommateurs des habitudes de jeunes, des réflexes de jeunes, des goûts de jeunes, des obsessions de jeunes.  Les goûts de jeunes ont un avantage considérable sur les goûts d’adultes  : ils sont changeants, volatils, se renouvellent sans cesse, ce qui permet à la machine à créer du désir et des besoins  de fonctionner à plein régime. C’est pourquoi les publicitaires, ces marchands de bonheur frelaté, s’efforcent d’infantiliser les foules. De nous maintenir dans le « continuel émerveillement de nos premières années » . Car l’enfance «  c’est l’eau à la bouche, le désir toujours renouvelé. Vient ensuite l’âge de la jouissance où l’on ne sait plus par quel côté mordre la vie. Puis celui où, édenté, on oublie le désir même. C’est alors qu’on renie son enfance et qu’on se perd. »  Les citations sont  d’un certain Jacques Séguéla, l’homme à la Rolex….

Vous ne trouvez pas étonnant ce mépris commun à tous nos grands bourgeois pour les « sans-dents » et les « édentés » ? Il est vrai que les publicitaires et les dirigeants se doivent, eux,   d’avoir des dents  « ultra brite » afin de donner le change,   à défaut d’avoir des cerveaux capables d’éclairer les foules. Misère de la dentisterie américano-parisienne et son obsession pour le sourire parfait ?  Ou misère de la politique à l’ère post-moderne  ?

A bas  le privilège  de l’âge  et la sagesse  de nos  anciens ! Restons puérils (et insignifiants, et manipulables ) toute notre vie !   Cette campagne d’affichage promue par le ministère  belge  de l’économie  s’inscrit  pleinement  dans l’air du temps. Elle nous souffle à l’oreille : « Toi !  Oui , toi qui souffres  de devoir te coltiner  la  comparaison ligne à ligne des  contrats de fourniture d’énergie,  sans  parvenir  à te faire un avis clair sur la question parce qu’ils s’arrangent pour rendre leurs tarifs incomparables.  Oui , toi ! Ne te plains pas de ton sort de consommateur incapable d’exercer pleinement  son  libre arbitre.  Rappelle toi comment, un jour de cuite, dans ta résidence universitaire, tu as baissé ton slip en proposant  à tes potes de tenter un concours de bi….s.   N’est ce pas cela la vraie vie, la vie d’étudiant  exaltante, trépidante ? Retrouve cette excitation de l’instant présent dès maintenant !  Compare  ton contrat EDF avec  ton contrat DIRECT ENERGIE,  grâce à la libéralisation des marchés de l’électricité. »

 Vous avez dit « Consternant  » ? « Pitoyable » ? « Affligeant » ? « Indécent » ?  « Summum de la crétinerie » ?

Et pourtant …. et pourtant …., notre « Association de Défense des Consommateurs de Propane »  ne   propose t’elle pas elle  aussi de comparer et d’éplucher  les contrats des propaniers pour y débusquer la clause abusive  qui vous ligote à LEUR  citerne ?  Ce site ne fait-il pas l’apologie permanente de cette belle et saine concurrence qui  vaut aux mêmes consommateurs  d’être obligés  de  déchiffrer ligne à ligne des contrats incompréhensibles ?  Ne défendons nous pas  la libéralisation des marchés de l’énergie  à la manière et selon les modalités voulues par les nouveaux maîtres du monde ?

Je l’ai déjà écrit et je le redis  : en premier lieu  notre conception de la concurrence n’a rien à voir avec le type  de  concurrence pipeautée auxquels les grands groupes font semblant de se soumettre. En second lieu nous ne considérons  pas la concurrence comme une fin en soi à la manière des économistes  libéraux. Ceux qui se prétendent libéraux aujourd’hui sont incapables de penser la concurrence sur un autre modèle que la guerre, ce qui est peut-être intrinsèque à l’économie de marché, mais qui est en contradiction avec ce qu’elle est censée permettre : la paix et la concorde entre groupes rivaux et entre  nations rivales. Si la logique du pouvoir est forcément celle d’une guerre à conduire contre nos concurrents (chinois, asiatiques, polonais… ), comment les peuples vaincus  pourront-ils  conserver  leur souveraineté ? A-t-on jamais vu un bateau proche du naufrage où on soumettrait paisiblement chaque décision au suffrage universel ?

Au risque de nous répéter, nous affirmons que la concurrence sur le marché du propane en citerne est, dans les conditions actuelles, simplement  un moyen  pragmatique d’éviter les abus d’un cartel de fournisseurs,  en rétablissant  un peu de justesse et de justice dans un système économique foncièrement amoral.  Il  n’y a pas et il n’y a jamais eu un modèle unique de fonctionnement d’économie capitaliste.  Le capitalisme islandais  n’a jamais rien eu à voir avec le capitalisme mexicain.   Ne laissez donc  à personne le soin d’enfermer votre réflexion  économique dans un cadre idéologique pré-défini.   C’est au consommateur-citoyen d’imposer sa vision d’un  modèle économique pérenne et soutenable sur le long terme,   basé sur la liberté d’entreprendre, liberté respectant l’exigence de dignité de tous les humains vivant sur cette terre. C’est au consommateur-citoyen (ne comptez sur personne d’autre !) d’engager  la réflexion sur les évolutions futures du droit civil et commercial qui permettront d’encadrer  à l’avenir cette liberté d’entreprendre à tort et à travers, pour la contenir dans les limites de la morale et de la décence.

Votre dignité est-elle respectée quand on vous propose de signer un contrat de fourniture d’énergie léonin ? Non ? Alors refusez de signer ce contrat et faites en sorte de donner vie à  un modèle alternatif  où le contrat écrit  (dit contrat « solennel » pour les historiens du droit)  rempli de clauses abusives n’aura plus de raison d’être. Le seul contrat dont vous ayez besoin, c’est un contrat oral (dit « consensuel ») avec un  petit distributeur local qui ne s’abaissera jamais à vous ligoter ni à vous garrotter. Les protestants de Max Weber scellaient jadis ce type de contrat d’une franche poignée de mains. Nul besoin de signature. Avant l’apparition et le règne des multinationales de la honte,  le consommateur  n’avait pas  besoin de déchiffrer 5  pages de clauses imprimées en petits caractères  pour tenter de deviner à quelle sauce il allait se faire manger.

Notre devoir de citoyen consiste à exiger de notre gouvernement  qu’il propose  des lois pour empêcher ces multinationales  d’étendre leurs activités comme des pieuvres.  Tout le mal vient de ce qu’on a laissé les propaniers faire main basse sur le marché et la réglementation des citernes de gaz, alors que ce n’est ni leur métier, ni leur vocation.  Si les propaniers  n’étaient pas parvenus  à contrôler le marché des citernes, ils n’auraient jamais pu monter pareille escroquerie.  Retirez des contrats de propane tout  ce qui concerne la mise à disposition des citernes de gaz, et il n’y a plus besoin de contrat de fourniture de gaz  (dans la même veine : interdisez aux opérateurs de télécoms  de vendre des  téléphones mobiles  et leurs offres  d’abonnement en seront  grandement simplifiées; interdisez aux fabricants d’ordinateurs de pré-équiper leur hardware avec  des systèmes d’exploitation,  et vous permettrez à la concurrence de Microsoft de prendre son envol….). Sous prétexte de « liberté d’entreprendre » (réfléchissez  : le commerce des armes à feu aux USA est basé sur cet « impensé » qu’est la « libre entreprise » en Occident), on laisse des oligopoles accabler les consommateurs avec des stratégies de ventes liées qui appauvrissent leurs choix et réduisent  les opportunités de développement de modèles alternatifs.

Mais qui donc a autorisé  ces monstres économiques   à mettre en oeuvre de telles stratégies  ? Qui les a laissé faire ?

Où sont les lois et les législateurs  pour  empêcher  de tels comportements prédateurs ? Avez-vous jamais entendu une seule proposition visant à  limiter  la « liberté d’entreprendre et de commercer » dans la bouche d’un homme politique français  ?

Par quelle espèce de fatalité  l’absence de tout questionnement, à  droite de l’échiquier politique,  sur les limites de la « liberté d’entreprendre » répond-elle  au silence assourdissant de la gauche sur ce même sujet  ?

Qui a décidé un jour que la liberté d’entreprendre ou de lier la vente de deux produits  distincts,   devait prévaloir sur le droit du consommateur à disposer  de son argent  comme il l’entend ?

Qui a décidé que toute  entreprise était légitime à s’intégrer verticalement en élaborant des stratégies de capture du consommateur, transformant  une aventure entrepreneuriale anodine  en une vulgaire rente de situation ?

 Ne voyez-vous pas qu’il y a une raison pour laquelle même les plus grands arbres s’arrêtent un jour de pousser vers le ciel ?

Qui a décidé que tout entrepreneur, au motif qu’il a un jour créé une entreprise locale, devrait avoir  le droit d’accaparer un marché régional,  ou  national ? Que diriez vous d’un dentiste qui soudain  prétendrait soigner,  par son « entreprise »  de soins dentaires, le quart ou la  moitié de la population d’un département ? Pourquoi trouvons-nous  cela normal de la part d’un épicier (Carrefour, Auchan…. ) ou d’un propanier abreuvant le quart de la population française ?

Ne voyez vous pas qu’il y a une raison pour laquelle même les plus grands arbres ont une surface racinaire limitée au  sol  ?

Où est cette bio-économie (*) qui remettra de la raison dans toute  cette démesure économique en limitant par des lois contraignantes les appétits dénaturés des grandes entreprises et des multinationales  ?

Comment pouvons-nous  ne pas voir que le règne du mensonge et du faux-semblant sera assuré ici-bas aussi longtemps qu’une clique d’entrepreneurs-accapareurs détiendra le pouvoir de diriger nos consciences en empêchant toute réforme profonde d’un système économique foncièrement et intrinsèquement  pervers,  injuste et dévoyé  ?

Oui, ce système économique  nous méprise quand il affirme qu’un queutard immature deviendra un consommateur modèle s’il soumet   contrats et  propositions tarifaires  à  une lecture comparative.  Les consommateurs savent d’instinct que les  propositions  honnêtes sont celles pour lesquelles l’effort de compréhension  reste à la portée du  commun des mortels.

 (*)Bio-économie au sens de Georgescu-Roegen (et non au sens galvaudé par l’OCDE) : interprétation de l’économie posant que le processus économique doit être analysé comme un processus biologique et s’inspirer des principes de la biologie (limitativité, non reversibilité…). Voir article « Bio-économie » de l’excellent « Dictionnaire de la pensée écologique » publié aux PUF en Septembre 2015.

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