Association Défense des Consommateurs de Propane

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Une fois tous les cinq ans. Du bon usage par l’oligarchie de la démocratie et de la concurrence par intermittence

« Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité, les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer »  Robespierre ( Avril 1791 )

Le journaliste :  » Vous êtes pour une 6eme République ? »  Etienne Chouard « Non, je suis pour une première Démocratie » (Sud Radio,  30/12/2018)

« Quand les entreprises s’en foutent plein les poches et écrasent les gens pour avoir plus, il y a quelque chose qui ne va pas. » Muriel Robin ( Midi Libre 02/01/2019)

 » L’ouvrier et le paysan ont à peine le temps de penser de loin en loin à l’exercice intermittent de leur souveraineté. C’est miracle s’ils arrivent à pouvoir faire passer une ou deux petites réformes tous les vingt ans. Et c’est de ce peuple désarmé, qui lutte si péniblement contre la force de résistance qui l’accable, contre les efforts de la réaction qui le menacent, que vous osez dire : il ne faut pas le déchaîner, il ne faut pas lui mettre entre les mains un instrument de spoliation (comme le RIC…). Et pendant qu’on ne lui permet pas de spolier les autres en idée, on le spolie, lui, par des impôts de consommation, on lui retranche sur ses salaires ce que le capital lui a laissé » Jean Jaures

 

On aurait pu croire qu’avec la crise des gilets jaunes, les journalistes allaient abandonner  mocassins et escarpins, et chausser bottes et sabots de jardin pour aller enquêter sur les divers sujets de mécontentement qui fâchent  ce peuple qui habite la campagne sans vivre de la terre. Pour une fois qu’une jacquerie ne se termine pas par des  défilés de gros tracteurs en  centre-ville, ou en épandage de fumier devant les grilles des préfectures. Car voilà un scandale 100% gilets jaunes, celui du prix du gaz de chauffage en citerne, qui ne concerne que les populations non-agricoles des territoires ruraux. Un scandale 100% français qui pue le gaz et l’injustice à plein nez, une belle arnaque montée de toutes pièces par les multinationales du GPL (dont ENGIE vient de rejoindre le syndicat professionnel et s’apprête à imiter les méthodes de vente en anticipation de la fin annoncée des tarifs réglementés du gaz). Bref un sujet parfaitement dans l’air du temps qui devrait en toute logique, donner l’occasion à quelques journalistes même modérément curieux, de s’interroger sur la raison d’être des inégalités individuelles ou territoriales en matière de prix du chauffage domestique.

Résultat : pas une seule ligne dans les journaux sur l’absence de volonté de l’administration pour imposer un contrôle ou, a minima, la transparence des prix du propane, alors même que le gouvernement vient d’annoncer coup sur coup la taxation du propane à la TICPE (il en était exempté jusqu’en 2018) et la fin des chaudières fuel durant la prochaine décennie. Cette dernière mesure forcera des centaines de milliers de foyers ruraux ne pouvant s’offrir  le coût prohibitif d’un raccordement au gaz de ville, à devoir convertir  leur installation de chauffage au gaz de citerne ou à engager des investissements très importants dans une pompe à chaleur. Si le gouvernement entendait conduire les moutons dans la gueule du loup, il ne s’y prendrait pas autrement.

Pas une ligne non plus dans la presse sur les pratiques commerciales des revendeurs de gaz en citerne dont la  tarification ultra inégalitaire cible les plus faibles – les moins informés – et ceux qui n’ont pas la possibilité de changer  de fournisseur (ie les locataires en milieu rural), en leur faisant payer leur gaz de chauffage à des prix variant de 1000 € à 2500 € la tonne dans le même village et pour un même fournisseur,.

N’ayons pas peur des mots. Les consommateurs français de propane (500 000 familles rurales) connaissent la pire situation en Europe du point de vue des pratiques commerciales des propaniers. . Et personne,  dans les hautes sphères parisiennes et bruxelloises,  n’a jamais daigné s’insurger contre le sort qui leur est fait par l’oligopole français du propane : inégalité tarifaire faramineuse, opacité des prix, absence de contrôle des pratiques tarifaires par l’Etat, impossibilité de faire jouer la concurrence… Nous sommes les laissés pour compte des règlements européens sensés favoriser la transparence et la concurrence des acteurs économiques. Nos compatriotes  n’ont le choix qu’entre 4 distributeurs nationaux. Ils ne bénéficient ni d’un régime de prix contrôlé ou encadré par les pouvoirs publics comme en Belgique ou au Luxembourg, en Espagne et en Italie, ni d’une concurrence assainie par les autorités publiques compétentes comme au Royaume Uni, en Autriche  et en Allemagne, ni de la vivacité de la concurrence entre distributeurs locaux en Pologne. Les prix du gaz en citerne en France sont les plus élevés d’Europe et nous sommes démunis  devant le lobby du GPL, sans système d’encadrement des variations de prix et sans moyens de faire jouer la concurrence,  sinon à la fin des contrats……. c’est à dire une fois tous les 5 ans.

Une fois tous les cinq ans, dites-vous ? Ca ne vous rappelle rien ? Ne voyez-vous pas quelque parallèle entre une aliénation politique résultant  d’institutions démocratiques défaillantes,  et notre aliénation  économique organisée par le lobby du GPL ? Un parallèle entre une pseudo  « démocratie » par intermittence où le peuple ne peut révoquer mauvais menteurs et bonimenteurs qu’à la fin du quinquennat, et ce pseudo marché du gaz de chauffage en citerne où le consommateur n’est autorisé à tirer les conséquences de l’escroquerie dont il a été victime qu’une fois tous les 5 ans,  sauf à devoir s’acquitter de frais de retrait de la citerne délirants ?  Comme si c’était au consommateur de dédommager son fournisseur des frais de l’arnaque qu’il a monté à ses dépens ! Comme si c’était au consommateur de payer le  prix de l’inaction de ses élites ! Comme si ce même consommateur avait les moyens d’anticiper , au moment de signer son contrat, le comportement  des algorithmes qui amplifient les variations des cours à la hausse et minorent les variations à la baisse dans les tarifs de vente des propaniers ! Foutaises et foutages de gueule.

Ainsi nous errons dans un  monde où  politiciens et haut fonctionnaires se rengorgent en permanence de songes creux, de mots vidés de leur sens par des pratiques contraires aux principes qui les ont établies  : liberté, démocratie, concurrence….  Un monde où la pensée critique sérieuse a depuis longtemps déserté  les médias dominants (**). Un seul exemple : quel média d’importance s’est jamais fait le moindre écho du scandale que nous dénonçons depuis 6 ans sur notre site ? Pas un seul.

Si donc le consommateur-électeur ne dispose pas d’informations pertinentes pour distinguer le vrai du faux, la baudruche du véritable homme d’Etat, le propanier escroc du propanier réglo, aux rares moments où il est appelé à exercer sa faculté de choisir, comment les choses pourraient-elles un jour s’améliorer dans le cadre convenu d’une économie de marché  ? Car c’est l’électeur-consommateur qui  supporte  in fine les conséquences sonnantes et trébuchantes de choix politiques et économiques abusivement détournés de la recherche du bien commun.

Nous sommes donc titulaire de droits, mais seulement par intermittence. Voilà une des caractéristiques du système que ces élites qui prétendent diriger nos vies,  à défaut de pourvoir entraver nos consciences,  entendent mettre en œuvre : un système où nous ne  sommes autorisés à leur demander des comptes qu’une fois de temps en temps, lorsque le mal a déjà été fait. Au hasard : lorsque  les autoroutes et les aéroports ont été  privatisés à vil prix ou lorsque  les factures astronomiques  de propane ont été encaissées. Et qu’il est très compliqué voire impossible de revenir sur le passé.

Oui, nous sommes  dans LEUR système de merde, mais nous n’y sommes plongés à notre corps défendant,  que dans une temporalité de  court terme, celle d’un capitalisme aveugle incapable de se donner à lui-même ses propres limites.  Nous sommes dans la merde où les propaniers nous ont mis, et d’où nos hauts fonctionnaires n’ont aucune envie de nous extirper par peur de se salir les mains et d’hypothéquer leur carrière. Nous sommes dans la merde  et nos factures de propane,  dont le prix unitaire varie au gré des circonstances,  sont estampillées du sceau de la honte :  le sceau d’une variété crapuleuse de capitalisme anglo-saxon allié, pour l’occasion, à l’inertie d’un  corporatisme d’Etat sclérosant. Nous sommes dans la merde mais nous portons des habits aux couleurs de lumière. Nous sommes les gilets jaunes d’hier et d’aujourd’hui.  Et nous serons les gilets jaunes de  demain, bottant les fesses des multinationales et de tous ceux qui, dans les strates du pouvoir, collaborent de manière active ou passive à leur sale entreprise de domination.

Alors que notre pays compte les premiers blessés et pleure les premiers morts d’une  insurrection qui n’en finit pas de venir (morts, je le rappelle,  d’avoir osé dénoncer le simulacre de démocratie qu’est devenue notre République),  il me vient à l’esprit  que le tout premier gilet jaune de l’histoire n’a pas eu l’honneur de pouvoir se revendiquer comme tel.  Et pour cause : l’expression « gilet jaune » n’existait pas encore (*). Comme de  nombreux autres gilets jaunes officiellement déclarés depuis, ce jeune pionnier de la « jaunitude »  bretonnante est originaire des Côtes d’Armor. C’est en giflant le Premier Ministre Manuel Valls lors d’un déplacement en Bretagne  en janvier 2017, que ce jeunot de 18 ans se rendit célèbre en France et à l’étranger. Le lendemain de la gifle, un auditeur tint les propos suivants au Premier Ministre  invité  à se faire consoler en direct  sur les ondes de  France Inter :

« C’était pour te dire Manu… Je sais pas si tu trouves ça normal ou pas mais la claque on est juste 66 millions à vouloir te la mettre, c’était juste trop bon ! Sans déconner quoi, il a été parfait le bonhomme ! »

Immédiatement interrompu par le maître des ondes  Patrick Cohen : « Alors cet appel à la violence sur l’antenne de France inter, c’est non ! »

Avec le recul et malgré les récriminations du pauvre Cohen, il semblerait bien que l’appel de cet auditeur à corriger le Manu en question ait été entendu par la foule du public de France Inter,  et même largement au-delà du cercle habituel de cette radio d’Etat. Sauf que ce n’était plus le même Manu :   Manu la barbichette, le Manu de l’ancien monde  étant parti soigner sa joue sous le soleil de la Catalogne, Amazon nous a livré en échange  un Manu du nouveau monde, un Manu frétillant, sans poil et sans reproche, Manu le glabre, Manu numéro deux.

De sorte que suite à la crise des gilets jaunes, certains commentateurs politiques soucieux  de sauver le soldat Manu n°2 (faute d’un troisième disponible dans les allées du pouvoir) se posent aujourd’hui  la question de savoir si les dizaines de millions de français qui se sont  réveillés le 17 novembre dernier,  ne se sont pas au fond  trompés de tête de turc : les gilets jaunes n’ont-ils pas voulu  gifler Manu I,  sa fameuse  loi Travail et son 49.3,  en appelant à la démission de Manu II ? Il y a quelques raisons de le penser en effet. Mais cette question importe t’elle vraiment au regard de l’histoire ? Peu nous chaut que le pouvoir ait entre temps changé de mains en France,  puisque  le véritable pouvoir est à Bruxelles, comme chacun sait. On peut donc gifler nos menus politiciens les uns après les autres, et même  nos Manus politiciens, sans crainte de trop se tromper.

Allez,  je vous quitte avant que la gendarmerie de Rambouillet ne vienne me chercher pour incitation à la commission d’un délit sur la personne du  président  ou autre chargée d’une mission de service public. Pour un ex fonctionnaire, ça la foutrait mal.  Bah. Ca ne fera jamais que ma deuxième garde à vue. La première, j’avais le même âge que Nolan, le gifleur de Valls. On a le sang chaud à cet âge là.

Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes de fin d’année  et une année 2019 sous les auspices d’une démocratie  régénérée par le seul bon sens commun qui vaille : celui du peuple qui déteste qu’on se moque de lui.

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(*) La première association à porter le nom  » Les Gilets Jaunes » est  une association de parents d’élèves de l’Essonne  manifestant contre les rythmes scolaires en 2014. Les photos de la presse de l’époque ( voir lien ci-dessus)  prouvent que les parents portaient déjà  la fameuse tunique jaune….

(**) Mon analyse du rôle des journalistes dans le marasme intellectuel ambiant est beaucoup plus nuancée que celle de certains gilets jaunes dont les gestes déplacés ou les invectives vis à vis des représentants des  médias sur le terrain nous sont rapportées au jour le jour. Je trouve l’attitude de ceux-là inutilement  agressive vis a vis des journalistes de base, et totalement contre-productive. Je mets cette agressivité sur le compte d’une compréhension insuffisante de la variété des stratégies de dissimulation mises en oeuvre par les  salariés de niveau intermédiaire (les « cadres ») au sein des organisations. Les cadres ou les journalistes de base  ne partagent pas nécessairement l’idéologie des organisations dans lesquels ils investissent toute leur énergie. Cela peut certes sembler paradoxal mais c’est une des grandes leçons de la sociologie des organisations. Les gilets jaunes devraient lire un peu plus Michel Crozier ou  les romans du  XIXeme siècle comme Le Rouge et le Noir de Stendhal (  comment Julien SOREL cache ses ambitions personnelles en reprenant les discours des corps constitués). Cela leur permettrait de  prendre un peu de recul par rapport aux discours anti-presse de certains hommes et femmes politiques qui soutiennent les GJ. Ces quelques remarques ne disent rien, bien évidement, du (re-)traitement médiatique de l’information par ceux-là  qui, au chaud dans les rédactions,  ont le pouvoir de décider des images et des discours  qui seront diffusés et qui en profitent pour manipuler honteusement l’opinion.

Dieu Merci


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