Association Défense des Consommateurs de Propane

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L’absence d’odeur de gaz ne signifie pas absence de danger. Un tragique accident va changer l’issue des procès intentés  par les victimes d’explosion

 

Il s’appelait Eliot Stellar. C’était un des grands psycho-physiologistes américains du XXeme siècle. Ses lettres de crédit ( « credentials » comme disent les anglais) sur Wikipedia  témoignent de la hauteur de vue du chercheur. Pas le genre  à mélanger ses poches avec celle des industriels de l’agro-alimentaire, ni à tremper dans les conflits d’intérêts.  Je ne me rappelle plus comment j’étais entré en contact avec lui au début des années 90, juste avant qu’il ne décède brutalement. Il était déjà âgé.  J’avais  à peine  30 ans.  Je crois me souvenir que la prestigieuse encyclopédie Britannica lui avait confié la rédaction de l’article « Physiological Psychology ». C’est probablement après avoir lu son  article de psycho-physiologie, comme on dit en français,  où il mentionnait la question de l’instinct alimentaire de l’enfant  que je m’étais décidé à lui écrire. Peu de chercheurs américains ont, à cette époque,  accueilli mes recherches avec autant d’intérêt qu’Eliot Stellar.

La psychologie physiologique s’intéresse entre autres sujets, à la singularité de la perception des odeurs et des saveurs chez l’homme et  chez l’animal. C’est une discipline fascinante au carrefour entre les sciences humaines, la physiologie et l’écologie.   Adolescent,  je dévorais les ouvrages d’éthologie animale : Konrad Lorenz bien sûr, et d’autres moins connus du grand public  comme Buytendijk .  Buytendijk,  c’est le physiologiste néerlandais qui   expliquait qu’il y avait plus de vérité dans   « la Cité de Dieu » de  Saint Augustin que dans n’importe quel ouvrage moderne de psychologie. Il faut dire que j’ai eu une enfance très particulière.  Je suis passé directement de la lecture du « Club des 5 » d’Enid Blyton à celle  des traités de psychologie animale.  Quand vos parents continuent de vous gifler  à l’adolescence  parce que vous refusez encore et  toujours de finir votre assiette,  vous n’avez pas le cœur à lire des bandes dessinées.  Vous avez besoin de quelque chose de beaucoup plus sérieux à vous mettre sous la dent.  Remarquez,  ce genre d’expérience a un bon côté. Il  vous  fait gagner un temps considérable sur vos camarades de classe.  A 21 ans, j’avais fini mes études supérieures.

Si j’ai consacré une page entière du menu principal du site de l’ADECOPRO  à la question, fondamentale à mes yeux,  de la très grande variabilité  du seuil de perception du mercaptan en fonction des individus, de leur âge, et de l’environnement olfactif, ce n’est  pas par simple lubie ou  pour ennuyer nos amis  les propaniers.  Je me suis coltiné la traduction  des principaux  résultats des études entreprises par les physiologistes américains  dans les années d’après- guerre  parce que j’ai un véritable intérêt pour ces questions. Certains des savants cités sur cette page ont des noms familiers à mes oreilles depuis l’époque où je correspondais avec Eliot  Stellar.

Stellar avait publié un papier dans une revue scientifique dans les années 60 ou 70  sur le cas d’un enfant qui n’arrêtait pas de manger du sel à table  en quantité faramineuse,  au point d’inquiéter ses parents. Ces derniers ont donc pris rendez-vous  chez un médecin dans leur petite ville du Middle West pour demander conseil.  Le médecin a dit aux parents « Il faut absolument que vous empêchiez cet enfant de manger du sel. Il va se rendre gravement  malade». Les parents, qui avaient probablement lu le célébrissime ouvrage du Dr Spock ( non ! Pas le Spock de Star Treck ! Celui de « Baby and Child Care », ouvrage de vulgarisation pédiatrique vendu à des millions d’exemplaires dans les années 50),  ont longuement hésité, rendant le dénouement final de cette histoire particulièrement tragique.  Au fond d’eux-mêmes, ils n’étaient pas sûr de vouloir obéïr  au  médecin en contrariant l’instinct de l’enfant.  Finalement par ignorance et sous la pression, ils ont fini par se ranger à l’avis du médecin et interdire la consommation de sel à leur enfant. Erreur fatale.  Dans ses lettres, Stellar me racontait  comment l’enfant est décédé quelques jours après.  Résultat de l’autopsie : l’enfant avait une déficience hormonale grave  ( de type maladie d’Addison ou autre) qui l’obligeait à manger du sel  sous peine de mort rapide. C’était l’instinct de l’enfant qui le maintenait en vie. Et c’est la médecine qui en refusant de reconnaître la pertinence de l’instinct,   l’a tué.  Héritier de la physiologie morale anglo-saxonne,  Stellar s’intéressait à ce qui pouvait prouver la justesse de l’instinct alimentaire de l’enfant, y compris à titre thérapeutique. Eliot Stellar, un chercheur stellaire d’une rare probité intellectuelle.

En matière d’exposition au danger d’explosion de gaz , les psycho-physiologistes américains  se sont pas « contentés »  d’étudier platement la relation entre la perceptibilité de l’odeur du mercaptan et le seuil d’explosivité du gaz. Ils sont allés plus loin dans leur analyse.  Même si ce qu’ils avaient à dire n’allaient pas forcément dans le sens des intérêts des industriels du gaz.  Comme toujours, leurs mises en garde ont été ignorées des industriels.  Le fait que le seuil de détectabilité du mercaptan soit, dans des conditions de laboratoire, très  largement inférieur au seuil d’explosivité,  suffit à rassurer aujourd’hui encore le très urbain Joël Pedessac, directeur du CFBP, comme il suffisait autrefois à rassurer la confrérie des ingénieurs  du gaz  français ou américains qui, en cartésiens étroits d’esprit,  n’entendent rien aux subtilités de la psychophysiologie.  Dès qu’il s’agit de cerner l’étendue de leur responsabilité, les industriels préfèrent  se contenter d’un « à peu près » qui les arrange, plutôt que d’approfondir des  vérités qui se retourneraient contre leurs intérêts.  On sait maintenant ce qu’il faut penser des fameuses « conditions de laboratoire » depuis qu’on connait la vérité sur la manière dont sont effectués les tests de  consommation de carburant, et autres tests d’émissions polluantes de nos voitures.  La justice française peut-elle se contenter de telles fictions et  approximations ?

Un fait divers tragique récent, survenu aux Etats Unis, m’oblige à remettre aujourd’hui le couvert. Je ne vais pas m’amuser à  re-lister ici  les arguments physiologiques  permettant d’expliquer comment la victime d’une explosion a pu, en toute bonne foi,  ne pas percevoir  l’odeur de l’odorant du gaz avant l’explosion.  Je considère la chose acquise. Ceux qui découvrent le sujet peuvent toujours aller lire ces arguments scientifiques sur le site de l’Association.

En m’appuyant sur ce nouveau fait divers, je vais, cette fois-ci, me placer sur un plan différent de celui de la physiologie. Celui  du Logos, c’est-à-dire de la logique formelle, afin de dénoncer la manière dont la fausseté du  discours sécuritaire des gaziers  peut avoir une influence désastreuse sur le comportement et la prise de risque chez les professionnels du gaz et du chauffage.  Avant même que la victime de l’explosion en question n’ait choisi son avocat (elle vient à peine  de sortir de l’hôpital après plusieurs greffes de peau  * ) je vais démontrer pourquoi, lorsque ce plombier fera un procès au propanier qui a rempli la citerne, il DOIT nécessairement  gagner quelques millions de dollars.

Si l’explication physiologique permet en effet de comprendre pourquoi la victime a pu ne pas percevoir  l’odeur du gaz présent tout autour de lui, l’explication épistémologique, elle,  se situe à un niveau  différent. Elle  consiste à démontrer comment le discours sécuritaire mensonger des propaniers  est  directement  responsable des idées fausses qui circulent dans le public.  Elle permet ainsi  de  comprendre comment les propaniers parviennent  à semer l’ignorance dans la population, et comment des juges français,  pourtant rompus aux subtilités  du logos, arrivent à donner raison aux propaniers  malgré les dénégations des victimes d’explosion ( voir ici la décision très critiquable de la Cour d’Appel de Bordeaux du 26 octobre 2011) .

Epistémologique ? Kezaco ? Ne décrochez pas …. Attendez une seconde….

L’épistémologie, c’est,  en  philosophie,  une théorie de la connaissance qui, à partir des données de la conscience et du raisonnement logique,  essaie de faire la part du vrai et du faux dans le savoir.  L’épistémologie et la psycho-physiologie sont des disciplines sœurs en ce qu’elles cherchent   toutes  deux à comprendre l’une au plan théorique, l’autre au plan physique, comment l’homme peut se retrouver dans des situations désavantageuses  voire désastreuses du point de vue de l’adaptation à son environnement.  Concernant notre plombier américain, un intérêt plus marqué  pour l’épistémologie et la psycho-physiologie aurait peut-être pu lui épargner de se retrouver dans une situation critique.

Il n’y a pas de véritable connaissance sans logos, c’est-à-dire sans un  langage construit et  étayé  par  les outils de la logique pure.  Les historiens de la philosophie ont pu écrire que tout l’effort de  la philosophie au XVII siècle pouvait se résumer dans cette seule question :  comment atteindre la vérité par le logos ? Que les émules de Leibniz ait pu, dès  cette époque,  et sans les outils de la science moderne,  deviner la nature et les conditions matérielles du développement du « péché originel » dans l’histoire de l’humanité  restera leur plus grand titre de gloire.  Mais c’est une autre histoire.

Prenez la question suivante :

« S’il n’y a pas d’odeur de gaz,  peut-il  y avoir danger d’explosion de gaz  ? »

Si on lui avait posé la question avant l’explosion qui failli lui coûter le vie, notre malheureux plombier américain aurait répondu « non » à cette question. Résultat : il  y a laissé sa peau, au sens propre, ce qui est toujours préférable que de la laisser  au sens figuré.  Si on posait cette même  question à des dizaines de personnes dans la rue, on obtiendrait de la même manière 100 % de réponses négatives.

Et pourtant la réponse à cette question  est « oui » comme on va le voir un peu plus loin. Tout le monde se trompe donc.  D’où vient  le fait que tout le monde peut se tromper sur une  question aussi essentielle pour notre sécurité ? D’où vient le fait que tout le monde commet cette erreur de raisonnement  au point d’engager et de  risquer sa vie bêtement ?

Cela vient tout simplement du fait que les propaniers nous ont bourré le mou. Les gaziers propagent depuis toujours un gros mensonge.

En vérité, il est impossible de dénoncer l’erreur contenue dans la proposition « s’il n’y a pas d’odeur de gaz, il n’y a pas de danger d’explosion »  sans dénoncer la fausseté du discours sécuritaire des propaniers qui sous-tend cette proposition. Que dit  le discours sécuritaire des propaniers  ?  Il dit très exactement ceci :  » s’il y a danger, le consommateur sera averti par la perception d’une odeur »

La suite logique de ce discours devant les tribunaux français est,  du point de vue des  avocats  des gaziers  :  «  Monsieur Le Procureur, Monsieur le juge, il y avait danger et ce monsieur a dû percevoir une odeur, même si l’odeur n’était pas très nette»  Puis en s’adressant à la victime, l’avocat des gaziers ajoutera  «  Vous prétendez, Monsieur,  que vous n’avez pas senti la moindre  d’odeur. C’est là votre principal argument et le fondement de votre défense. Mon  client prétend que c’est impossible.  Cette bouteille de gaz  s’est vidée dans votre voiture sans réaction de votre part. Vous n’avez pas réagi à temps au signal de danger.  Mon client PROUTAGAZ n’est  de ce fait pas en mesure de vous éviter les conséquences désastreuses  d’une explosion de sa bouteille de gaz dans votre voiture. Donc je demande la relaxe pour mon client qui a pulvérisé votre voiture et vous a envoyé à l’hôpital»

Voilà ce que les gaziers et les propaniers s’autorisent à penser et à dire dans les prétoires.

Pourquoi les gaziers, qui sont des gens très intelligents,  sont-ils  obligés de tenir de tels discours, de faire croire à un tel mensonge  ?  Ils sont obligés de tenir ce discours car  s’il y a danger et que , pour une raison ou pour une autre,  vous n’étiez pas en mesure de percevoir ce danger,  vous êtes en droit de les attaquer pour mise en danger de la vie d’autrui.  Donc il en va de leur responsabilité légale.  Les propaniers rappellent  des milliers de tonnes de propane chaque fois que, par erreur, ce dernier a été insuffisamment odorisé (deux exemples récents dans la presse américaine suffisent à illustrer ce point ). C’est LEUR responsabilité si l’odorant n’est pas perceptible alors qu’il aurait dû l’être. Mais dans quelles circonstances l’odorant est-il non perceptible malgré tout  ? C’est le sujet sur lequel les gaziers n’apportent jamais de réponses.

Donc  le leitmotiv des propaniers  «  s’il y existe un  danger avec le gaz, vous percevrez une odeur » est faux.  Les propaniers veulent nous faire croire que c’est vrai, mais c’est un mensonge d’envergure industrielle  car les circonstances rendant l’odorant indétectable dans certaines conditions  ne sont JAMAIS portées à la connaissance des consommateurs, ni des plombiers-chauffagistes. Du moins en France, car les choses  bougent petit à petit  aux Etats Unis comme on peut le voir dans cette publicité pour un cabinet d’avocats américains qui se vante d’avoir fait gagner 10 millions de dollars à son client au motif qu’il lui était impossible de détecter l’odeur du gaz avant l’explosion dont il fût la victime.

Si une proposition est fausse , la logique nous apprend  que sa contraposée est aussi fausse. Quelle est la contraposée (**) du discours des propaniers à savoir « s’il existe un danger,  je vais percevoir  une odeur ».  C’est très exactement  la proposition « si  je ne perçois pas d’odeur , c’est qu’il n’y a pas de danger ». Et c’est  très exactement ce qu’a cru notre pauvre plombier américain,  quelques minutes avant de se retrouver à l’hôpital.

Voyons maintenant dans le détail le récit de notre  victime. Une victime  qui pensait précisément que ces deux propositions étaient  vraies.  Il est intéressant de voir comment son histoire bat en brèche le discours sécuritaire des propaniers :

Eric Bujak vient de subir 23 jours de traitement dans l’unité des brulés du Hurley Medical Center. Il en est sorti le 2 Février dernier. Eric essayait d’allumer une chaudière au propane quand sa vie a basculé.

Il raconte ce qui s’est passé le 9 janvier  dans le sous-sol d’une maison en construction dans laquelle il effectuait des travaux.

« On aurait dit que quelqu’un avait envoyé une bouteille de gaz dans le feu, et soudain ça a fait WHOOSH » raconte Eric en décrivant le bruit de la première explosion. «  J’ai vu les flammes derrière moi. C’est la raison pour laquelle je me suis laissé tomber, arrêté de respirer, et fermé les yeux » .

Bujak est un vétéran de l’US Army qui a servi en Iraq. Il raconte comment son entrainement militaire a été mis à profit ce jour-là  pour se  jeter instinctivement sur le sol en couvrant sa tête avec la capuche de sa veste.

«  Puis il y a eu une seconde explosion » raconte Bujak. «  Celle-là a retenti beaucoup plus fortement. Et elle m’a fait beaucoup plus mal. J’ai compris qu’il fallait que je sorte  de là au plus vite »

( je n’ai pas  traduit la totalité de l’article )  Bujak a pu sortir se rouler dans la neige pour éteindre ses vêtements en feu avec l’aide du propriétaire de la maison admiratif devant le stoïcisme de l’ancien soldat.

Bujak raconte qu’il avait senti le propane et donc  ventilé la pièce PENDANT DES HEURES.  L’ODEUR ETAIT PARTIE LORSQU IL A DECIDE D’ALLUMER A NOUVEAU LA CHAUDIERE » 

Il est absurde de  penser que Bujak se serait amusé à prendre un risque délibéré en allumant la chaudière alors que l’odeur du gaz aurait été encore prégnante, puisqu’il affirme avoir attendu plusieurs heures avant de procéder à l’allumage.   S’il a décidé de  rallumer la chaudière à cet instant précis,  c’est qu’il ne percevait plus du tout  l’odeur du gaz. On ne peut l’accuser ni  de précipitation, ni de mensonge. Il a juste été trompé par son propre  système nerveux central : les cellules olfactives de son nez ont très certainement  perçu les molécules de mercaptan  mais son cerveau,  à force de saturation du signal par le mercaptan,  a  fini par mettre le signal  en veilleuse au point de ne plus alerter sa conscience pour des doses réduites. C’est le schéma physiologique classique de l’accoutumance olfactive. Pour Bujak,  il n’y avait plus de gaz, alors que  la cave en contenait suffisamment pour allumer   un bazooka.

Une des grandes compagnies de gaz américaines écrit en toutes lettres dans ses recommandations de sécurité aux consommateurs :

« Continued exposure to any odor, including odorized propane, can cause an individual to get used to the odor and fail to detect its presence. »

Traduction en bon français :  » Une exposition continue à n’importe quelle odeur, y compris du propane odorisé, peut faire en sorte qu’une personne s’habitue à l’odeur et ne soit plus capable de détecter sa présence »

Pauvre Mr Bujak ! Victime du grand mensonge des gaziers qui voudraient faire croire que l’existence d’un danger va de pair avec la perception d’une odeur.  Cette simplification outrancière  n’existe que dans les laboratoires, c’est-à-dire  dans des espaces désodorisés,  non humides, sans odeurs parasites, sans adsorption de l’odorant par  les parois du laboratoire, chez des cobayes jeunes et en parfaite santé, non enrhumés, ne présentant aucune anosmie générale ou spécifique, partielle ou totale,  et n’ayant pas eu à sentir des quantités de gaz plus ou moins importantes  dans les minutes ou dans les heures  qui ont précédé  le test  en laboratoire  (effet d’accoutumance olfactive). On peut supposer que si Bujak avait demandé à un tiers n’ayant pas « séjourné » dans la cave  de venir renifler l’air ambiant à sa place avant de rallumer la chaudière, ce dernier n’aurait pas manqué de remarquer l’odeur de gaz toujours présente. Tous les psycho-physiologistes connaissent l’effet d’accoutumance olfactive. Même les amateurs de science amusante comme moi….

Il peut donc y avoir danger sans odeur perceptible, et inversement, l’absence d’odeur ne signale pas nécessairement l’absence de danger.  L’histoire de Bujak le démontre une fois de plus.

Si un professionnel expérimenté peut faire une telle erreur d’appréciation de la dangerosité,   qu’en est-il des simples consommateurs que nous sommes ?

Toutes les personnes qui ont imaginé  à tort être en sécurité en pensant « si je ne perçois plus d’odeur , c’est qu’il n’y a plus de danger » sont en réalité victimes du grand mensonge des propaniers et des gaziers.

Conséquence : il y a une tripotée de décisions de justice à réexaminer en France à la lumière de ce  très long mensonge …..

 

(*) Une campagne de collecte de fonds sur  Gofundme a été créé pour soutenir  la famille d’Eric Bujak. Grâce à cette campagne, l’Adecopro a pu prendre contact avec la famille de Bujak. Ci-dessous la photo officielle de la famille sur le site de campagne :

Bujak

(**) Une proposition et sa contraposée  sont dites « équivalentes » car leur « valeur » de vérité est toujours « égale » : soit elles sont toutes les deux vraies, soit elles sont toutes les deux fausses.

 

 

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Le chimiste finit par découvrir l’origine de l’odeur de propane dans le village…

L’histoire est racontée ces jours-ci dans la presse locale américaine du comté  de Schoharie, près d’Albany, dans l’Etat de New York.

Devan Smida, lieutenant de pompier à la brigade du comté de Schoharie, raconte qu’il a reçu des dizaines d’appels au sujet d’une odeur de gaz persistante dans le village et ce  pendant un mois et demi. Les pompiers de la brigade ont passé le village au peigne fin avec des détecteurs de gaz pour essayer de trouver l’origine de la fuite de gaz.

La coordinatrice des urgences du Comté, Colleen Flynn, explique  que les pompiers ont bien trouvé une fuite de gaz à la résidence des bouleaux, un établissement pour personnes âgées de 72 places qui doit ouvrir prochainement ses portes. Le problème c’est quand ils ont réparé la fuite de gaz, l’odeur était toujours là……

 » A partir de ce moment là, la seule manière de résoudre le problème  était d’aller se promener dans tout le village avec des détecteurs de gaz, voir si on pouvait trouver quelque chose ». Mais les détecteurs restaient étrangement silencieux.

Conroy, un villageois qui avait étudié la chimie à l’Institut Polytechnique de Rensselaer et travaillé dans la R&D pour General Electric, décida d’étudier la question avec son voisin. Il avait remarqué l’odeur depuis début novembre, juste avant Thanksgiving, et cette odeur sentait le soufre. L’odeur semblait aller  et venir avec les hausses et les baisses de la température extérieure.

Les deux voisins sont allés discuter avec la secrétaire de mairie Leslie Price, de possibles changement de plantations dans les fermes des alentours.  Price téléphona alors aux différents fermiers,  et finit par en trouver un qui avait modifié ses pratiques culturales.

Brian Holloway avait planté des radis  sur un lopin de 13 acres le long d’une rue du village. Normalement cette parcelle est utilisée pour du soja, de l’avoine ou du maïs. Mais cette année il avait décidé de planter des radis fourragers comme plante de couverture. Une plante de couverture est une espèce végétale qui est plantée afin de contrôler l’érosion, la fertilité du sol,  les mauvaises herbes et/ou les pestes, et ce faisant réduire le recours aux herbicides et pesticides  et amender le sol.  Comme la moutarde, le radis fourrager est un crucifère nématicide. D’aspect il ressemble au radis blanc,  en forme de grosse carotte.

L’inconvénient d’utiliser du radis fourrager est que lorsque la plante meurt sur place et commence à se décomposer, elle relâche une odeur semblable au mercaptan, l’additif qui est ajouté au propane et au gaz naturel pour le rendre détectable. Holloway utilisait auparavant du seigle comme plante de couverture, mais il avait décidé de changer parce qu’il en attendait un meilleur résultat. Il ne savait pas que l’odeur serait aussi forte au moment où la plante se décompose.

radis-tillage

 

Source : Daily Gazette 24 Janvier 2018

 

Un pétrolier canadien rappelle 200 millions de tonnes de propane non odorisé    

Encore un mini-scandale industriel lié à l’exploitation des  gaz de schiste. C’est une procédure peu banale que vient de lancer la Commission pour la Sécurité des Produits de Consommation  des Etats-Unis  (CPSC ou Consumer Product  Safety Commission) : il s’agit de rappeler pas moins de 200 millions de tonnes de propane ( 118 millions de gallons ) disséminés au Canada et dans  les états  du nord et du centre des Etats-Unis. Selon le responsable de cette  méga bourde industrielle,  le groupe pétrolier canadien Crescent  Point Energy Corp (Alberta, Canada),  ce GPL  insuffisamment odorisé  aurait été distribué dans 11 états américains entre Avril 2009 et  Octobre 2015,  dans des citernes,   des bouteilles ou petits containers destinés aux marchés résidentiel et professionnel. Le fait que le gaz ne soit pas odorisé rend le produit potentiellement dangereux en cas de fuite de gaz.

 

carte shale gas

A défaut d’avoir de l’odorant, la procédure lancée par le groupe pétrolier canadien, (premier foreur et premier propriétaire foncier de l’état du Saskatchewan avec 8500 sites de forages potentiels) ne manque pas de sel. La CPSC indique ainsi dans son communiqué de presse que les consommateurs ne doivent pas essayer de tester par eux-mêmes l’absence d’odeur du propane. Ca ne va pas simplifier les recherches !  Comment repérer qu’un gaz est insuffisamment odorisé sinon avec son propre nez   ou avec  un chien spécialement dressé « à rebours »  pour repérer  l’absence d’odeur de gaz (les canadiens  utilisent des labradors et des malinois belges pour détecter les fuites sur les  canalisations de gaz notamment lorsque  des canalisations  neuves échouent aux tests de mise en pression). La recommandation de la CPSC aux consommateurs suspicieux est de contacter son fournisseur, son détaillant ou encore le groupe pétrolier canadien qui a mis en place une hotline et une adresse mail spéciale. On ne trouve dans le communiqué de la CPSC aucune mention de marque de distributeurs ou de chaînes de détaillants potentiellement  impliqués dans la diffusion du propane désodorisé :  suivre un  gaz  inodore  à la trace parait bien compliqué.  Le  fermier de Williamsburg, Kentucky,  qui aurait  un doute sérieux sur la qualité de son gaz, et dont l’histoire n’intéresserait  pas son  distributeur local,  est donc prié d’en référer au siège de Crescent  Point, Alberta,   à 3600 km de chez lui pour faire expertiser sa bouteille de 10 kg qu’il utilise pour son barbecue…..

L’ordre de rappel prévoit que si le fabricant du propane incriminé détecte un défaut d’odorisation, il doit y remédier en remettant de l’odorant ou en remplaçant le récipient de gaz. La procédure de rappel protège l’industriel contre les recours en cas d’accidents : en effet les lois fédérales américaines interdisent aux distributeurs et détaillants de revendre les produits ayant fait l’objet d’un rappel volontaire annoncé publiquement (ou d’un rappel ordonné par la Commission). C’est donc désormais sur les épaules de milliers de distributeurs locaux américains ou canadiens touchés par cette bévue industrielle, que repose   l’élimination du propane défectueux….Heureusement que le propane américain importé en Europe ne vient pas du Saskatchewan….

Dans la langue du peuple Cree, les indiens de cette région des grandes plaines du Canada, Saskatchewan signifie « rivière qui coule rapidement » .  Il semblerait que ce soit aussi le cas du propane dans cette région que les pétroliers locaux écoulent un peu trop rapidement sans s’assurer au préalable du respect des normes industrielles.

Du danger de perdre de vue la conduite de gaz enterrée dans son jardin, ou comment « mon jardinier m’a tuer »

Alors que  les opposants au propane en France  focalisent leur courroux sur les prix de l’énergie  et sur  les  méthodes commerciales indignes des distributeurs de gaz en citerne,  il semble que sur le continent nord américain,   le propane  ait réussi à liguer contre lui une partie  de la population pour des raisons de sécurité.

En démontrant le « caractère pernicieux »  du gaz propane, l’histoire dramatique  qui suit pourrait  sembler donner raison aux canadiens et aux américains  qui  jurent  ne vouloir du propane dans leur maison sous aucun prétexte. Les dangers du propane et du butane proviennent de ce que ces gaz étant plus lourds que l’air (contrairement au gaz de ville ou méthane), ils s’accumulent en nappes sur le sol au lieu de se dissiper dans l’atmosphère. C’est cette capacité à s’accumuler dans des endroits éventuellement non ventilés, alliée à la très faible quantité nécessaire pour provoquer une explosion,  qui leur confère leur dangerosité particulière. Il semble en outre que la « culture du risque »   à laquelle se trouvent soumis  les entrepreneurs européens n’ait pas encore fait beaucoup d’émules de l’autre côté de l’Atlantique, probablement parce qu’elle y contrarie un peu trop l’esprit de la « libre entreprise ».

Un paysagiste de la ville canadienne de Niagara Falls, Ontario, Canada  ( à ne pas confondre avec sa ville jumelle de Niagara Falls,  N.Y., USA, située de l’autre côté des fameuses chutes qui font la frontière entre les deux pays)   s’est vu infliger  en 2010  plusieurs amendes pour un total  de 225 000 dollars pour infractions au droit du travail et violations des règles  de sécurité ayant  provoqué  une explosion de propane qui a rasé une maison et tué son propriétaire.

signalisation tuyau de gaz

Sharmaine Rudan est morte au moment où le souffle de l’explosion a complètement détruit sa maison   à Niagara Falls le 30 Juillet 2008. Cette grand mère de 54 ans était dans sa maison avec deux femmes de ménage : elle a été vue par ses employés dans le living room quelques secondes avant l’explosion. Les deux domestiques travaillant à l’arrière de la maison s’en sont sorti   avec quelques blessures. De la maison de bois  à un seul niveau avec véranda, appelées là-bas  « bungalow »  (malgré le fait que certaines  peuvent être de très grande taille),  il ne restait  qu’un panneau de mur et une citerne aérienne blanche immaculée, qui semblait narguer le tas de ruines fumantes et  cramoisies.

Shermaine Rudan  et son mari  étaient à la tête  d’un micro-empire  familial local  qui incluait des  hôtels, restaurants et des clubs de strip tease à Niagara Falls, destination touristique traditionnelle  pour les enterrements de vie de garçon et pour  les jeunes mariés.

En procédant à l’excavation de la canalisation  de gaz entérrée, les enquêteurs ont pu mettre en évidence qu’un morceau d’armature métallique avait percé  la conduite.  Selon le jugement de la Cour, le paysagiste et entrepreneur en maçonnerie Genco Masonry Inc. travaillait dans la propriété de Rudan  le jour  de l’explosion. C’est  lors des travaux que la  conduite de propane  courant entre la citerne et la maison  a été poinçonnée par un morceau  de fer à béton. Pendant plusieurs heures, le gaz a fuit dans  le sol, abandonnant au passage son odorant dans la terre et dans le sable  (voir nos  articles sur la perte de l’odorant du gaz au contact de certains matériaux). Le gaz rendu inodore a suivi la gaine du câble de télévision, enterrée avec  la conduite de gaz, pour se répandre lentement dans le sous-sol de la maison. Du fait de l’absence d’odeur,  personne ne s’est rendu compte de la présence du gaz dans la maison. Le gaz a  remplit le sous-sol jusqu’à atteindre son seuil d’explosivité.

La Cour a déterminé que Genco n’avait fait aucun effort pour repérer  la présence du tuyau de gaz avant le début des travaux.

Fortement déconseillé de creuser au dessus du pipeline de gaz

Fortement déconseillé de creuser !

L’entreprise  n’avait pas non plus prévenu ses employés de l’existence d’une conduite de gaz enterrée. Dans la procédure normale au Canada, le maitre d’oeuvre doit appeler un numéro spécial pour localiser les conduites d’eau ou de gaz repertoriées auprès d’un organisme public, que ces conduites  se trouvent sur terrain public ou sur terrain privé. Les artisans sont ainsi obligés d’appeler  « Ontario one call » avant de creuser ou de planter  quoi que ce soit dans le sol. Cette organisation est tenu de répondre à toutes les demandes.

 En conséquence, Genco a été déclaré coupable d’avoir manqué à l’obligation de s’assurer que le gaz, l’électricité et les autres services concernés sur le site du chantier, avaient été localisés, marqués et déconnectés dans la mesure du possible.

Les deux  autres chefs d’accusation qui ont valu à  GENCO d’être déclaré coupable   :

-Manquement à l’obligation de demander au propriétaire du réseau  (ici, le distributeur de  propane) d’être présent pour superviser le terrassement.

-Manquement à l’obligation de fournir les informations, les instructions et la supervision à un travailleur afin de  protéger sa sécurité

Le chef de chantier a plaidé coupable  d’avoir manqué à son obligation de prendre les  précautions raisonnables  pour protéger ses ouvriers sur le chantier (cependant aucun ouvrier n’a  été blessé dans l’explosion).

Le sous-chef des pompiers de Niagara Falls,  Jim Jessop, a déclaré que la conduite de propane avait été ouverte  par un fer à béton. La barre de métal a aussi entaillé une gaine  plastique provenant de l’antenne satellite. La  pression du propane  lui a permis de se frayer un chemin à travers cette   gaine plastique jusque dans la maison.

Sharmaine Denise Rudan et son mari, Chris Rudan, né en Yougoslavie, ont démarré leurs activités dans la « ville de la Lune de miel » peu après leur mariage en 1971. Ils étaient actionnaires principaux du Sundowner Inn, le plus ancien club  de strip tease  de Niagara Falls. Ils avaient aussi des intérêts dans un night  club appelé « Solid Gold » à Burlington, en plus d’un restaurant à Niagara Falls, ainsi que plusieurs propriétés à Fort Erie et  Niagara-sur-le-lac. Le couple avait trois garçons et trois petits-enfants.  Son mari visitait sa famille dans l’ex-Yougoslavie quand son épouse a été tuée.

Maison détruite suite à un accident sur une conduite de gaz souterraine

Maison détruite suite à un accident sur une conduite de gaz souterraine

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