Association Défense des Consommateurs de Propane

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Contrats à prix fixe « imposés » à la TICPE : comment répondre à Butagaz ?

Vous êtes nombreux à interroger l’association depuis 15 jours  pour savoir comment réagir à la lettre reçue fin mars de Butagaz imposant une augmentation tarifaire du fait de la TICPE  aux clients ayant signé un contrat à prix fixe sur plusieurs années.  Cet article ne s’adresse donc qu’aux détenteurs d’un tel contrat. Ce qui complique la réponse, c’est que vous ne  souhaitez évidement pas renoncer au  bénéfice du contrat signé. Il eût été plus simple en effet d’accepter de résilier ce contrat. « Mais », me direz vous, « quel intérêt de résilier,  si  je dois  par la suite resigner un contrat moins favorable avec le même fournisseur car intégrant la TICPE dans le prix fixe » ?  « Aucun » vous répondrai-je. Il va donc falloir que vous vous battiez pour défendre le respect des clauses de  votre contrat actuel.  Ainsi en a décidé Butagaz.

Si vous avez signé un contrat à prix fixe avec Butagaz, vous trouverez à la suite  un modèle de réponse à envoyer  à votre fournisseur habituel. Vous pourrez  piocher dans cette lettre ce que bon vous semble pour rédiger votre propre courrier de refus…Si vous pensez que ce courrier est inutilement agressif,  vous êtes bien entendu libre de considérer qu’il est normal, logique,  ou dans l’ordre des choses,  que des dirigeants de multinationales vous traitent de la sorte. Vous pouvez aussi réfléchir à l’idée selon laquelle la première violence est l’arrogance de ceux qui entendent vous soumettre à leurs désirs.

Je rédigerai par la suite  l’article permettant aux lecteurs non-clients de Butagaz de comprendre pourquoi cette affaire est un scandale de plus.

 

Madame, Monsieur le Directeur (qui se cache derrière Isabelle Guéret),

J’ai bien reçu votre lettre au sujet de l’augmentation du prix de mon gaz du fait de la TICPE, dans laquelle votre collaboratrice Isabelle Guéret, me prend pour un demeuré. J’ai particulièrement apprécié le piquant de la phrase  » Bien sûr, vous bénéficiez toujours de votre prix FIXE sur le propane auquel nous appliquerons désormais cette taxe de 79,56€ TTC la tonne de gaz », qui mériterait d’être reprise dans les manuels scolaires comme parfait exemple d’antithèse.

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Intrigué par un culot peu compatible avec le niveau de responsabilité hiérarchique affiché sur la fiche LinkedIn de la signataire,  j’ai fait ma petite enquête en questionnant vos employés. Il s’avère que la décision de me faire payer la TICPE,  nonobstant le contrat  à prix fixe signé avec votre société jusqu’en (indiquez ici l’année de fin de votre contrat)  a été prise par vous-même en votre qualité de directeur machin-chose de Butagaz et non par la signataire.

J’admire au passage votre  courage. Vous avez préféré faire signer cette lettre invraisemblable par une lampiste  pour ne pas risquer de voir votre nom étalé sur la place publique.  Il est vrai que ces quelques lignes constituent à bien y regarder une incroyable forfaiture, une acte d’une déloyauté sans pareille, une trahison de la confiance la plus élémentaire (*).  Car ce que je lis entre les lignes dans VOTRE  lettre,  c’est très exactement ceci :  « Monsieur, nous avons signé ensemble un contrat à prix fixe que ma propre  imprévoyance  (ou mon inconséquence)  me condamne désormais à ne plus pouvoir respecter.  Je vous informe donc de mon intention de vous obliger à renoncer à ce contrat par tous les moyens NON LEGAUX  à ma disposition (mensonge, pression, chantage…..) ». Bien entendu vous avez maquillé votre forfaiture derrière la volonté de l’Etat de taxer le propane à la TICPE, laquelle  ne modifie pas plus les termes de notre contrat que les variations quotidiennes du prix du PLATTS  ou la couleur de votre cravate.

Je sais bien qu’une des caractéristiques de votre classe sociale est son absence de scrupules. Dans une société vouée au mensonge et à la manipulation par une logique d’accumulation aveugle,  les ambitieux dans votre genre sont priés de garder leurs inquiétudes morales enfouies dans leur for intérieur. Mais face à un renoncement aussi pitoyable à votre propre parole,   la question se pose tout de même de savoir si vous avez bien toute votre tête.

Pour ce qui concerne  Isabelle Guéret, la signataire de la lettre que je viens de recevoir,   j’espère qu’elle n’est qu’une ruse supplémentaire du Capital. En d’autres termes,  un nom inventé par un robot et donné à une « machine » qui débite des lettres sans réfléchir. Sa fiche LinkedIn me paraît en effet  avoir été rédigée par un humoriste à qui on aurait demandé de donner un semblant de réalité à une créature artificielle. Je cite  » Réflexions stratégiques sur les services permettant de nourrir la relation clients »  »  Porteuse de la promesse de la relation clients en transverse » (sic)   » Diagnostics des parcours pour améliorer l’expérience clients « . Sûr qu’avec sa dernière lettre,  Isabelle a parfaitement identifié le bon « diagnostic » pour  « améliorer le parcours » de mon « expérience client » chez Butagaz.

Si  Isabelle n’est pas le prénom d’un robot, si c’est une vraie personne dotée d’une intelligence de type humanoïde,   je ne peux que déplorer que celle qui souhaite « nourrir  la relation client » ait oublié  sa « promesse » enivrante d’une « relation en transverse » à laquelle je ne demandais personnellement qu’à goûter. Malgré mon évidente  déception, je vous invite à entourer cette collaboratrice de votre prévenance la plus intéressée.  Car à supposer qu’en plus de son intelligence, elle soit dotée d’une conscience lui permettant de réfléchir à ce qu’on lui demande d’assumer,  disposer d’une collaboratrice acceptant de son plein gré et en pleine conscience  de signer des  courriers aussi ineptes  doit être sacrément utile pour une entreprise comme la vôtre.

Laissez-moi maintenant vous expliquer comment j’entends répondre à votre courrier.

Malgré notre contrat à prix fixe, vous souhaitez visiblement me voir avaler de bonne ou  mauvaise grâce l’augmentation du prix de ma tonne de gaz pour prendre en compte la première tranche de la TICPE, ou me pousser à résilier mon contrat conformément aux dispositions de la loi Hamon, en espérant me faire signer par la suite un contrat moins favorable.

Ne supportant pas l’idée de me faire rouler dans la farine par des gens de votre espèce, j’ai l’honneur de vous faire savoir que je n’obéirai ni à la première injonction, ni à la seconde suggestion.

Voilà donc ce que je vais faire.

  1. Puisque vous avez l’intention d’augmenter le prix de mon gaz à compter du 1er mai ( votre courrier du 28 mars dernier faisant foi) je vais attendre que vous mettiez cette menace à exécution. Au cours du mois de mai, je téléphonerai à votre service client dans le seul but de les interroger sur le nouveau prix de mon gaz. De deux choses l’une : soit vous avez réellement mis votre menace à exécution, auquel cas j’appliquerai les représailles indiquées au point 2; soit vous vous êtes dégonflé comme une baudruche auquel cas nous en resterons là.
  2. Si vous avez eu le culot de mettre votre menace à exécution, je donnerai l’ordre immédiatement à ma banque de stopper tous les prélèvements (facture de gaz + entretien citerne) généreusement accordés à votre société. Je vous enverrai alors une lettre recommandée pour vous prévenir de la mise en oeuvre de ces représailles dans laquelle je préciserai que,  dès que vous serez à nouveau disposé à respecter les termes de notre contrat, il conviendra de me le faire savoir par courrier recommandé afin que je rétablisse les prélèvements. Dans ce même courrier, je vous demanderai éventuellement de stopper les livraisons à votre initiative (un système qui vous est bien trop favorable) et de revenir à une livraison sur commande préalable de ma part.  Je continuerai de vous régler mes engagements (entretien citerne et autres mensualisations) par virement ou chèque bancaire.
  3. Puis j’attendrai de recevoir la facture de gaz de mon prochain plein de citerne (je ferai attention à ne pas commander juste un demi-plein, histoire de voir venir la suite des évènements).  Je vérifierai à nouveau si le prix de la tonne de gaz est ou non conforme à notre contrat. Si le prix du gaz apparaissant sur cette facture n’est toujours pas conforme au prix indiqué sur mon contrat, je déposerai une plainte devant le procureur de la République (avec copie DGCCRF) pour tentative d’escroquerie. Je n’aurai pour ce faire qu’à recopier le modèle de plainte qui aura été publié sur le site de l’ADECOPRO.  Bien évidement je ne paierai pas cette facture. Je vous informerai par courrier recommandé de ma décision de porter plainte contre votre entreprise, et vous demanderai d’annuler la facture reçue et de réémettre une facture conforme à notre contrat.

C’est ainsi que j’entends vous obliger à respecter les termes du contrat signé, tout à donnant à cette affaire le plus grand retentissement possible.

Je vous prie d’agréer blablabla….

 

(*) J’ajouterais que je connais suffisamment les anglais pour imaginer que vos nouveaux patrons chez DCC plc à Londres ne vont pas du tout apprécier votre plaisanterie….

Le nouveau comparateur du Médiateur de l’Energie propose une synthèse des offres commerciales des propaniers

 

Soit la DGCCRF est à court d’idée pour améliorer la concurrence dans le propane vrac. Soit elle considère qu’il n’y a plus de  problème. Dans un cas comme dans l’autre, les consommateurs de propane sont dans la panade, alors que la TICPE vient de pointer sur nos factures le premier bout de son  nez (un nez à rallonge).

C’est ce qui ressort de la réponse que le gouvernement vient de faire à la question posée par le député En Marche Loïc Kervran ( notre précédent article ici). Une réponse sans envergure aucune,  ramenant la problématique posée par le député  à une vulgaire  histoire d’affichage de tarifs publics.  Nous vous laissons découvrir  cette réponse sur le site de l’Assemblée Nationale.

La DGCCRF nous a par ailleurs informé de la mise en ligne récente d’un nouvel outil de comparaison des offres commerciales des propaniers par le Médiateur de l’Energie, sur son site Energie-Info.fr.  La page du comparateur, difficile à localiser, est visible sous le lien suivant :

http://energie-info.fr/Fiches-pratiques/Je-change-de-fournisseur/Offres-des-fournisseurs-proposant-des-contrats-de-gaz-en-citerne-GPL

Cet outil intéressera de prime abord tous ceux qui, novices en matière de gaz propane, se trouvent perplexes lorsqu’ils doivent comparer pour la première fois les offres de plusieurs fournisseurs. Pour ceux qui ne sont pas propriétaires de leur citerne, les contrats d’approvisionnement sont en effet particulièrement complexes à appréhender. Ce qui ne facilite pas leur tâche au moment de comparer les offres.  Dans cette optique, le récent effort de la DGCCRF d’imposer à toutes les propaniers de jouer carte sur table en imposant un format unique, standardisé et exhaustif  de présentation des offres, prouvera probablement son utilité.  A noter que cette présentation uniformisée s’impose aux propaniers depuis le mois de mars dernier.

Le Médiateur de l’Energie a profité de cette clarification obligée pour réunir sur une même page internet  les différentes offres des propaniers.  Le principal intérêt de ce travail conjoint entre la DGCCRF et le Médiateur, outre qu’il évitera au consommateur d’aller se perdre sur des sites commerciaux comme Selectra ou Picbleu,  sera de faciliter la prise de conscience  du fait qu’on ne peut juger une offre sur le SEUL critère du  PRIX du gaz.  Pour comparer les offres des propaniers, il faut en effet ajouter au prix du gaz  le prix de mise à disposition et d’entretien de la citerne, tout en gardant à l’œil les frais de retrait de citerne, non sans  jeter un (autre) œil sur le prix de rachat des citernes, sans oublier un coup d’œil sur les frais de repompage.  Cette gymnastique oculaire  non remboursée par la sécurité sociale,  ne visant au fond qu’à éviter de se mettre le doigt dans l’œil.

Le comparateur permettra en outre aux anciens clients qui le souhaitent  de se tenir informé de l’ampleur de la dérive éventuelle entre le prix qui leur est   facturé  et le prix public « affiché »  par le propanier, cet écart de prix représentant  ce qu’ils pourraient gagner A MINIMA en prenant la peine de renégocier leur contrat, voire en changeant de crémerie.

Enfin il est indéniable que cet outil fera gagner du temps aux  consommateurs de propane : plus besoin de convoquer les commerciaux à la maison pour prendre connaissance des offres « officielles ». Tout sera immédiatement disponible sur Internet, prêt à digérer.

A moins que……..un doute me prend soudain……….

Et si  toutes ces offres commerciales affichées au grand jour  n’étaient finalement que des « prix de référence » sans rapport avec des « prix de marché »  ? Que des propositions commerciales sans rapport avec les prix que le client, nouveau ou ancien, peut obtenir en négociant par lui-même ? Quid si tout ceci n’était au fond que des chimères ?

La meilleure preuve que  les propaniers continuent de nous amuser  avec des tarifs officiels bidonnés, c’est qu’on n’a jamais vu  un nouveau client recevoir la même offre qu’un client déjà captif. Le même jour, pour des quantités identiques, pour une citerne de même capacité située  dans le même village, il est sûr et certain que l’ancien et le nouveau client  ne recevront jamais la même proposition de prix du même propanier.  Si  les propaniers avaient voulu jouer la transparence sur le site du Médiateur, ils auraient donc présenté un double système tarifaire :  les tarifs  « nouveaux clients » (tarifs les plus bas) , et les tarifs pour «clients-déjà-captifs-de-la citerne-dont-ils-ne-sont-pas-propriétaire» (tarifs  plus élevés) pour chaque offre commerciale.

A laquelle de ces deux tarifs pratiqués  correspond donc l’offre théorique affichée sur le site du Médiateur ? Le consommateur lambda ignore la réponse.  Ni la DGCCRF ni le Médiateur de l’Energie ne semblent avoir pensé à poser la question aux propaniers.

Pour ma part, et contre toute logique, j’affirme que les offres affichées sur le site du Médiateur NE  sont PAS celles accordées aux nouveaux clients. Je reçois suffisamment de mails chaque semaine, envoyées par les lecteurs qui sollicitent mon avis, pour savoir que les offres faites aux nouveaux clients sont nettement plus intéressantes que celles affichées sur le site du Médiateur. Une DGCCRF sans ambition répondrait probablement qu’on ne peut que s’en réjouir pour les futurs clients ! C’est bien la réaction inverse qu’il convient d’avoir :  la DGCCRF aurait dû obliger les propaniers à afficher leurs offres les plus basses. Ce sont ces offres-là qui intéressent  avant tout les acheteurs de propane et non les tarifs «officiels » auxquels les propaniers font référence  pour mieux les contourner à la baisse comme à la hausse,  histoire de garder au secret les « vrais » prix du propane.

Le jeu de dupes va ainsi pouvoir continuer au détriment du consommateur. Le novice qui tombera sur le site Energie-Info.fr sera porté à croire faussement qu’il n’a plus besoin de contacter chacun des propaniers pour solliciter leurs propositions commerciales,  puisque celles-ci sont actualisées en permanence sur le site du Médiateur.  Les consommateurs non informés   feront donc leur choix  en  prenant pour argent comptant les informations  figurant sur ce site. Quoi de plus objectif, en principe, qu’un organisme public indépendant ? Quant au lecteur de l’ADECOPRO, il saura que les informations publiées par le Médiateur ne préfigurent pas les conditions qu’il est susceptible de négocier avec les différents propaniers (un avertissement en ce sens sur la page du site du Médiateur ne serait pas inutile).

Que faut-il en déduire ?

Voilà ce qu’il faut en déduire : il aurait fallu un événement politique majeur pour qu’un effort mobilisant  la DGCCRF et le Médiateur de l’Energie  puisse aider véritablement le consommateur à obtenir sans effort  un prix décent,  à défaut d’un véritable  «prix de marché». En attendant, du côté des grandes entreprises comme du côté des cabinets ministériels, il y a des gens qui sont fortiches pour agiter des pompons au dessus du manège,  afin d’occuper les administrations et leurs administrateurs à des tâches inutiles. Ceci dans le seul but d’animer le cortège de l’Etat pour donner l’illusion que les choses bougent. Mais seuls les petits enfants peuvent croire de telles histoires.  Nous autres adultes savons bien qu’on nous tourne juste en bourrique.

Pendant ce temps là,  je reçois un courrier de la « Fondation ESSEC » (un truc pour le rayonnement de mon ancienne école) dans lequel je découvre que Gilles Gobin, ESSEC promo 74,  patron de Rubis – Vitogaz, a signé un joli chèque en faveur de cette Fondation,  d’une valeur comprise « de 100 000 à 199 999 € ». Moi qui était prêt à envoyer un chèque de 20 €, je perçois soudain comme une odeur d’oeuf pourri flottant au dessus de la Fondation.  La belle plaquette liste le nom de  tous les donateurs,  avec une indication de leur niveau de générosité, pour m’inviter à me joindre à la cohorte.  Problème :  je n’ai pas encore créé ma société de distribution de gaz en citerne.  La Fondation  ESSEC va donc devoir attendre encore un peu.

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