Association Défense des Consommateurs de Propane

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Les particuliers propriétaires de leur citerne de gaz encore empêchés de faire jouer la libre concurrence : un député Vert interroge le gouvernement.

Les écologistes  ont une manière bien à eux d’envisager leurs  relations avec le marché et les grands acteurs économiques.  Une manière qui a souvent le don d’agacer ceux qui n’ont ni  le goût de la critique, ni le souci de la cohérence.  Leur scepticisme vis-à-vis des grandes structures économiques  (Etat, banques, grandes entreprises)  tient en grande partie à leur histoire,  et au fait que les vérités qu’ils ont défendues ont rarement été bien accueillies par les intérêts établis, fussent-ils  privés ou publics.  Il n’y a qu’à relire les bulletins de liaison ronéotypés des pionniers  (catholiques) de l’agriculture biologique dans la région d’Angers dans les années 50, bien avant l’apparition des premiers « labels bios »,  pour se rendre compte que  les ingénieurs  agronomes dépêchés par l’Etat au service des chambres d’agriculture, dans le but  de convertir les agriculteurs   au modèle  productiviste américain,  considéraient ces manants   soucieux du respect des traditions agraires   comme une espèce en voie de disparition, le dernier vestige  de l’arriération de l’agriculture française dans l’immédiat après-guerre.  Les choses ont sacrément  changé depuis…..les mauvais élèves d’hier sont devenus les bons élèves d’aujourd’hui…Sic transit gloria mundi.

Parce qu’ils n’ignorent pas et n’ont jamais ignoré la valeur de la liberté d’entreprendre, les écologistes n’ont jamais eu la prétention de  remplacer le marché  par l’ « amor  fraternitatis »  ou  le communisme communautaire.  Ils savent   que l’alternative au contrat librement consenti se résume la plupart du temps en un rapport de force brutal avec l’Etat.  Et ils se gênent d’autant moins pour critiquer  le comportement  des grandes  entreprises qu’ils n’ont jamais été  fermés  à l’idée que l’économie de marché puisse devenir un lieu d’expression des vertus civiles, sous la condition de veiller à  dompter  le marché au lasso de la  démocratie réelle. C’est ce réalisme critique qui   pousse les écologistes à ne pas désespérer  de voir les entreprises devenir de plus en plus écologiques et de plus en plus sociales à mesure que progresse lentement dans les esprits  l’idée d’une  « démocratie économique ».

On ne s’étonnera donc pas de voir à nouveau le  député écologiste du Doubs, Eric Alauzet,  tenter,   dans une nouvelle question au gouvernement, de mettre le doigt sur  l’absurdité   de la situation faite  aux propriétaires de citerne  empêchés de mettre réellement en concurrence les propaniers. Dans l’arène économique où les consommateurs français sont livrés en pâture aux multinationales,  ce médecin acupuncteur manie visiblement la banderille avec autant d’aisance que l’aiguille.

Avant d’en venir à la question de notre  député écolo, on rappellera que le TGI de GRENOBLE statuant en première instance le 6 Mai 2013 à la demande de l’UFC, avait jugé qu’Antargaz ne pouvait pas lier  la fourniture du gaz et l’entretien de sa citerne  dans les contrats destinés aux propriétaires de citerne.  Pourquoi est il important que ce jugement de première instance puisse être entériné dans les contrats  ? Pour la bonne et simple raison que tant que les propaniers peuvent exiger de s’occuper de l’entretien de la  citerne propriété client,  ils  peuvent  mettre le propriétaire de citerne dans l’impossibilité  d’organiser facilement  une mise en concurrence.

En effet,  du fait du délai de prévenance, le particulier propriétaire de sa citerne  soucieux de mettre les propaniers en concurrence chaque année,  devrait, dans les circonstances actuelles,  se résigner à résilier  son contrat d’entretien et de fourniture de gaz avant de pouvoir déterminer qui sera son futur fournisseur  : inutile de demander des offres de prix trois mois à l’avance pour une énergie dont le cours peut perdre ou regagner la moitié de sa valeur en 3 mois. Obligé d’attendre la dernière minute pour solliciter des offres concurrentes, le consommateur propriétaire  se trouve alors à pris de court,  du fait des méthodes commerciales insensées des propaniers, incompatibles avec une mise en concurrence rapide.  Le prix de vente n’étant jamais  communiqué au client potentiel  par téléphone, il faudra que ce dernier  se coltine  la visite de plusieurs commerciaux (une semaine ou deux  d’attente entre la prise de RDV et la visite du commercial), puis le délai  de réflexion, d’envoi , de rétractation et d’enregistrement  du nouveau contrat, avant de pouvoir commander du gaz avec son  nouveau fournisseur. Je souhaite aux propriétaires de citerne souhaitant changer  de propanier tous les ans dans ces conditions, bon courage et surtout  de ne pas avoir  la  date anniversaire de leur  contrat en plein hiver !

Arrive le rapport de l’Autorité  de la Concurrence de Janvier 2014. Il reprend pour l’essentiel le jugement du TGI de Grenoble et complète ce jugement par un  avis concernant le verrouillage du marché du contrôle périodique des citernes par les propaniers, conséquence de la détention par ceux-ci  de  97,3 % du parc des citernes  installées en France. L’Autorité plaide pour le « démembrement du modèle intégré » c’est-à-dire la séparation des  différents maillons de la chaîne logistique du gaz en citerne,   dont le contrôle (de bout en bout)  par les propaniers leur permet de justifier les pratiques les plus étranges.  Voilà ce qu’écrit l’Autorité à propos des propriétaires de citerne et de leur obligation d’entretien des réservoirs :

« 147. En ce qui concerne les prestations couplées d’entretien, s’il peut paraître justifié que le propanier qui reste propriétaire de la citerne soit également responsable de son entretien, et puisse, dans ce cas, imposer un contrat couplé de location entretien, il n’en va pas de même lorsque le client est propriétaire de sa citerne. La responsabilité de l’entretien incombe en ce cas au particulier. Il devrait ainsi à ce titre pouvoir faire réaliser les différentes prestations relatives à l’entretien et au contrôle de l’équipement qu’il possède par un professionnel tiers au contrat de fourniture de GPL.

  1. Afin que ceci soit effectivement possible dans les conditions reconnues par la jurisprudence, l’Autorité recommande que les services de l’Etat chargés du contrôle de ces installations soient particulièrement attentifs à ce que la rédaction des normes en vigueur ne puisse dissuader l’entrée de nouveaux entrants dans le secteur du contrôle périodique des citernes, afin d’éviter que cette activité, sous couvert du respect de spécificités techniques, reste l’apanage des cinq propaniers historiques, ainsi mis en capacité de verrouiller dans les faits le marché.
  2. Le démembrement des différentes composantes du modèle intégré serait ainsi de nature à accroître la concurrence en faveur des consommateurs, et à permettre l’émergence de nouveaux acteurs sur les différents segments de la chaine de valeur. »

Il est regrettable que la récente  loi Hamon ait  oublié de préciser de quelle manière le législateur compte désormais faciliter la vie d’un propriétaire  de citerne,  afin qu’il puisse faire valoir son droit à mettre les fournisseurs en concurrence à n’importe quel moment, notamment  s’il  ne trouve aucun propanier indépendant dans sa région pour remplir librement  sa citerne.

Au vu de ce qui précède, il est parfaitement clair que la pratique des propaniers consistant à  traiter les clients propriétaires de leur citerne de la même manière  et avec les mêmes contrats   que les non-propriétaires, a toujours été irrégulière,  et continue de l’être.  Cette pratique ne  vise  qu’à  dissuader les particuliers de se porter acquéreur de leur citerne en leur faisant croire qu’ils n’ont aucun intérêt à en réclamer la propriété. En toute logique, la DGCCRF  devrait  imposer  sans tarder  aux propaniers  de produire des contrats spécifiques pour les propriétaires de citerne   séparant  l’entretien de la citerne et  la fourniture du gaz,  et laissant au consommateur le  libre choix du professionnel assurant le contrôle  de sa citerne.

alauzet

Eric Alauzet, bien parti pour la palme d’or de l’ADECOPRO….

C’est bien ce que Mr Alauzet sous-entend dans sa question au gouvernement du  23/12/2014 ( la réponse est toujours pendante –  le texte complet  figure sur le site Questions Assemblée Nationale)

« ……..même après l’achat du réservoir de stockage, le consommateur reste complètement dépendant de son fournisseur de gaz, alors qu’on pourrait penser qu’une fois ce matériel acquis, il devrait pouvoir décider librement en fonction du cours de l’énergie, de choisir son fournisseur de combustible. En effet une clause d’exclusivité est exigée par l’ensemble des propaniers présents sur le marché et inscrite au contrat, et implique l’impossibilité pour le consommateur de résilier son contrat de fourniture sous peine d’être redevable de frais de résiliation conséquents y compris pour les consommateurs propriétaires de leur cuve de stockage. Pourtant dans une précédente réponse, on pouvait comprendre que la dépendance du consommateur et les obligations qui lui étaient imposées résultaient du fait de la responsabilité du méthanier (sic) lorsqu’il restait propriétaire de la cuve. Or ce qui pouvait se comprendre dans ce cas ne l’est plus si le consommateur a acquis la cuve en question. La situation n’a donc guère changé pour le particulier propriétaire de la cuve, qui reste pieds et poings liés au propanier dès la signature du contrat, ce qui l’empêche de recourir au mieux disant sur le marché de l’énergie, et constitue une atteinte à la libre concurrence. Il lui demande dans quelle mesure elle entend poursuivre les avancées dans ce domaine pour faire évoluer les contrats de fourniture de GPL dans un sens favorable au consommateur et notamment afin d’obtenir davantage de souplesse dans la possibilité de résilier un contrat pour changer de fournisseur d’énergie dans le cas particulier du client propriétaire de la cuve de propane. »

Eric Alauzet dénonce fort justement  l’impossibilité  pour le propriétaire d’une citerne de gaz  de faire jouer librement  la concurrence en dépit du fait que l’achat de la citerne devrait, en principe, lui redonner toute latitude pour ce faire.   Il sera intéressant de voir si, dans sa future réponse au député Vert, la position de la DGCCRF marquera une évolution par rapport à sa position de l’été 2013, compte tenu de la publication du rapport de l’Autorité de la Concurrence : sera t’elle encore cauteleusement d’avis de « condamner  » le particulier propriétaire de sa citerne  à aligner  les contrats d’entretien annuels imposés par les  propaniers les uns derrière les autres,  en ne faisant jouer la concurrence qu’entre chaque contrat ? Ou ira t’elle jusqu’à affirmer bravement  la nécessité d’enlever aux propaniers la prérogative de pouvoir imposer LEUR  propre  contrat d’entretien sur les citernes propriété client, comme le recommande justement le récent rapport de l’Autorité de la Concurrence, et comme le prescrivait en mai  2013  le TGI de Grenoble dans son arrêt « UFC contre Antargaz »  ? A noter que l’appel interjeté par Antargaz sur  cet  arrêt de première instance ne devrait pas être tranché  avant fin 2015 – début 2016.  La perspective de voir Antargaz contrôler la moitié du vrac français  suite à l’annonce de la fusion avec Totalgaz,  donnera à ce procès en appel une importance encore plus considérable qu’il n’en a eu en première instance.

Les remarques de Mr Alauzet se ramènent au fond à 3 interrogations   :

  1. Si je suis propriétaire de ma citerne, la clause d’exclusivité qui figure encore  dans mon contrat est-elle toujours  valable ?
  2. Si je suis propriétaire de ma citerne, suis-je encore redevable de la pénalité de résiliation anticipée qui figure  dans mon contrat –  notamment dans le cas où je résilierais mon contrat  avant la fin ?
  3. Comment la DGCCRF  compte t’elle favoriser  la mise en oeuvre de la  recommandation 147 de l’Autorité de la Concurrence ? Et, à défaut, comment compte t’elle faciliter le changement de fournisseur pour le propriétaire décidé à changer de propanier tous les ans ?

La réponse aux questions 1) et 2) est très simple.  Quand on est propriétaire de sa citerne, il n’y a aucune raison de voir apparaître le mot « exclusivité » dans un contrat de propane. Aucune.  Ce n’est pas parce que les contrats des propriétaires de citerne indiquent  toujours  la  mention « remplissage exclusif», que le client est juridiquement tenu de s’y plier. Car c’est de la pure esbroufe.  La seule raison pour laquelle  les propaniers  essayent encore  de faire croire aux propriétaires qu’ils sont tenus à l’exclusivité de remplissage, c’est la suivante : la corporation des gaziers a fait de l’esbroufe un véritable mode de gestion de sa Relation Clients.

En ce qui concerne la pénalité de résiliation anticipée qui figure, elle aussi,  dans les contrats  des particuliers propriétaires de citerne, la même explication s’impose. Il s’agit d’une pure tentative d’intimidation. Jamais les propaniers ne verront la couleur du premier euro de pénalité  de résiliation anticipée, quand bien même ils feraient semblant de vouloir  réclamer cette somme à un propriétaire de citerne.  La raison en est très simple : les propaniers ne détiennent pas de  consigne sur les particuliers  propriétaires de leur  réservoir,  puisque le réservoir en question n’appartient pas aux propaniers. Pas de consigne, donc  pas de rétorsion possible contre le consommateur rebelle.  A l’inverse des pauvres consommateurs qui commettent  l’imprudence de  verser  une caution au moment de la signature de leur contrat,  au lieu d’acheter leur citerne pour une somme à peine plus élevée, et  font dès lors  l’objet  d’un chantage permanent à la non-restitution de cette caution, les propriétaires de citerne n’ont rien à craindre  des menaces des propaniers (tant que ces menaces ne concernent pas des impayés sur des factures de gaz). Pourquoi ? Pour une raison très simple. Pour  obtenir d’un particulier une somme d’argent indue en l’absence de caution, les propaniers sont obligés d’en passer par un TRIBUNAL. Croyez-vous qu’avec toutes les casseroles que les propaniers traînent à leurs pieds  du fait de leurs contrats abusifs, ils iront solliciter la justice  pour exiger des frais de résiliation anticipés d’un propriétaire de réservoir  parfaitement informé de ses droits ? Un propriétaire qui, en toute logique, n’aurait jamais dû être mis dans l’obligation de signer le moindre contrat au motif, précisément,  qu’il est propriétaire de sa citerne et  libre de commander auprès de qui bon lui plaît ? Jamais ils ne feront cela. C’est une mauvaise appréciation du rapport de force existant que de croire qu’ils en sont capables. Et c’est donc de la pure intimidation que de faire figurer cette clause dans les contrats des propriétaires de citerne.

Finalement en ce qui concerne la question 3),  l’ADECOPRO attend elle aussi  avec intérêt  la  réponse de la  DGCCRF.

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Le prix du propane canadien désormais proche de zéro !

Les marchés canadiens du propane sont entrés en territoire inconnu cet hiver, lorsque la baisse abrupte du prix de référence du propane Conway * (ndlr :  un des principaux hub de destination pour le propane canadien, situé  dans le Kansas ) et un différentiel de plus en plus important entre le cours canadien et le cours américain, ont fait descendre le prix notionnel du propane canadien sous les 10 cents par gallon, et ont même failli rendre  ce prix négatif.

Ce ne sont pas les canadiens qui déterminent le prix de leur propane du fait que les exportations canadiennes de propane représentent une petite partie seulement de la demande nord américaine. Le propane coté à Edmonton ( Alberta, Canada) dépend du prix du hub de Conway, le spread entre ces deux hubs représentant généralement le coût pour déplacer le propane de l’Ouest du Canada jusqu’au Middle West américain.  Ce différentiel se rétrécit généralement en hiver lorsque les prix augmentent avec la demande de chauffage, et s’élargit en été quand les stocks de vrac se reconstituent.

Mais cet hiver, la tendance s’est  inversée au moment où la production de propane en pleine croissance couplée à  une faible demande,  a engorgé les marchés américains et canadiens par une offre surabondante.  Les marchés spot au Canada ont été inhabituellement amorphes cet hiver du fait de la faiblesse de la demande et de prix très bas. La plupart des acteurs du marché gardent leur propane en stock le plus longtemps possible  dans l’attente d’une remontée des cours.  Les seuls marchés conclus actuellement  sur le spot concernent des volumes de gaz qui doivent impérativement bouger, selon les observateurs.

Jusqu’à présent les prix du spot canadien ne sont pas encore tombés en dessous de zéro, mais un certain nombre de participants pensent que cette possibilité existe dorénavant. Ce que les producteurs de gaz de schiste gagnent sur la vente du propane varie considérablement selon la composition du gaz extrait. Ceux qui gagnent sur le butane et sur l’essence naturelle ( nom commun du pentane +) tirés du baril de GNL peuvent encore se tirer d’affaire même en payant quelqu’un pour enlever le propane. Ceux qui ont plus de propane dans le mix de gaz souffrent plus des faibles cours actuels et peuvent en être de leur poche.

Hubs américains

Carte des hubs américains de gaz. Cliquez sur la carte pour agrandir

La chute brutale du prix du propane de cet hiver constitue un renversement complet  de situation par rapport à l’hiver dernier, quand le propane Edmonton tournait à 241 cents le gallon en moyenne, contre 12.5 cents le gallon ce mois-ci.

La chute brutale des prix de l’énergie risque de soulever de nouveaux problèmes pour l’économie  canadienne, beaucoup d’entreprises annonçant des  programmes de licenciements,  et des coupes claires dans les programmes d’investissement. Même si le marché du GPL  n’est qu’une petite partie de l’industrie pétrolière canadienne, l’industrie canadienne  du propane peut être remise en question si le rythme de la demande ne recolle pas à celui de  la production.  Les Etats Unis qui ont traditionnellement importé du propane canadien,  n’arrivent pas à consommer leur propre production. Et les principaux projets d’exportation de GPL canadien à partir de la côte Ouest du Canada, sont encore très loin d’aboutir.

* Il y a quatre  principaux centres de cotation pour le GNL nord américain situés à Edmonton, Alberta; Sarnia, Ontario (Canada),  Conway (Kansas) et Mont Belvieu ( Texas) . Ces quatre  centres possèdent des installations de stockage souterrain gigantesques et sont connectés aux bassins d’extraction de gaz de schiste, ainsi qu’au réseau de pipeline de transport et de distribution. Edmonton et Conway servent le marché du Middle West alors que Sarnia et Mont Belvieu desservent le Nord Est des USA. La carte ci dessus permet de visualiser les hubs et les réseaux desservis.

Cartoon

Les pétroliers condamnés à la soupe populaire – Le conducteur  » je commence à ressentir de la pitié pour ces gars  du pétrole » – Le passager « Vraiment ??? » -Le conducteur  » Nann, je rigole… »

Source : Argus Media (15/01/2015) et Canadian Propane Association

La doyenne de l’Adecopro (91 ans) nous écrit : « Antargaz m’a embobiné pour me faire signer un contrat de 9 ans »

Mme Marie-Madeleine Rolland, doyenne de l’association,  nous a autorisé à publier le mail qu’elle vient de nous faire parvenir (notez que j’ai écrit « mail » et non pas courrier !). Elle n’a pas souhaité que nous dissimulions son patronyme. Nous  publions donc son mail sous sa véritable identité. Je laisse le soin au sévice client d’Antargaz de considérer si notre adhérente a été traitée avec les égards qui siéent à son âge et à sa situation personnelle.
Monsieur,
Quand je me  suis inscrite chez vous il y a plus d’un an, j’avais appris que  votre association ne pouvait prendre en charge sur le plan judiciaire des affaires situées là où j’habite, la Nièvre. J’ai été très mal conseillée par la conseillère juridique dépendant de mon contrat  d’assurances. Et  je me trouve maintenant coincée par un avenant signé sur son conseil, mais ne répondant en rien à ce que je demandais, c’est-à-dire le droit de ne commander de gaz que lorsque c’était nécessaire et ne plus dépendre de ce “Consommatic” qui me ligote et qu’on m’avait présenté comme obligatoire.  
Quant à la correspondance avec vos services, je n’ai trouvé nulle part d’adresse à laquelle  expliquer mes problèmes avec Antargaz.  Par exemple : en suivant  les mails publiés par votre association je repère la chute considérable des prix du gaz. Mais ce que je ne sais pas où trouver, c’est le prix auquel se  réfère officiellement Antargaz. L’avenant signé stipule  qu’ils me consentent un rabais  fixe sur le prix du gaz correspondant à l’époque de  chaque facture. Mais comment puis-je vérifier si ce rabais a un sens si je ne connais pas le prix officiel au moment où l’on me livre ?
La date annuelle de mon contrat est fin février, date à laquelle ils vont m’envoyer un relevé annuel  de ce que j’ai payé par prélèvement automatique sur 10 mois. Je veux obtenir de ne plus payer de cette façon mais par règlement par chèque au reçu de chaque facture. Aucune réponse à ce sujet.  Je veux également être présente au moment de chaque livraison, vérifier sur la jauge le contenu de ce qui reste dans la cuve et ce qu’on me livre, garanti par un bon signé par moi. Pendant au moins 3 livraisons consécutives le livreur est passé derrière ma maison , ne s’est pas manifesté alors que j’étais chez moi prête à signer le bon  qu’il a jeté devant ma porte et j’ai   constaté  au moins une fois une “erreur” de 30%  à mon détriment dans la livraison par rapport avec ce que je venais de relever sur la jauge le jour d’avant. Il y avait également sur chaque relevé  annuel  un calcul dont j’ai vainement demandé l’explication.  Aucune de mes lettres à ce sujet n’a reçu d’explication ni de démenti. Le  1er mars j’entamerai la 5° année d’un contrat  qu’on m’a fait signer pour 9 ans   par un tour de passe-passe oral parfaitement monté entre deux représentants d’Antargaz et  le plombier en qui je pensais pouvoir avoir toute confiance. Je vous signale que j’ai aujourd’hui  presque 91 ans , donc 87 au moment de la signature et que cette durée me serait apparue comme contestable  si j’en avais eu conscience.
Excusez cette longue lettre mais votre mail tombe au moment où je vais entrer en clinique pour une opération  importante, que j’arrive le mois prochain à un moment de nouvelle année de contrat et que je ne sais plus que faire. Je complète cette exposé grandguignolesque en vous signalant que j’habite seule,  dans un hameau perdu en rase campagne et que je  n’ai guère la possibilité de me rendre à Nevers (60 km sans moyen de transport autre que la voiture, difficile à mon âge)
Je vous remercie d’avoir pris la peine de vous intéresser à mon problème et  de me donner tout  conseil  que vous jugerez bon.
Cordialement
Marie Madeleine Rolland 
 Nous avons tenu à publier ce mail, en dépit de l’apparente  « banalité » des récriminations à l’encontre du propanier car la liste des questions de Mme Rolland   restées sans réponse  constitue  un bon résumé des plaintes que nous recevons  de la part de consommateurs souvent  peu informés de leurs droits. Des consommateurs qui, lorsqu’ils se plaignent par téléphone ou par courrier normal ne reçoivent jamais de réponse à l’image de Mme Rolland….

Réponse de l’ADECOPRO

Chere Mme Rolland,
Je tiens pour commencer à vous féliciter pour votre combativité. Difficile de résister au rouleau compresseur Antargaz  lorsqu’on est seul,   comme le sont  nombre de personnes âgées vivant dans leur maison. Je suis désolé d’apprendre ce qui vous arrive. Malheureusement votre litanie n’est guère  « originale » s’agissant d’un propanier dont les services clients s’apparentent souvent à des sévices clients.
Je pense qu’il y a une confusion  au sujet de la possibilité d’intervention de notre association. Notre association est nationale. En ce sens elle aide  des consommateurs de propane aux prises avec les propaniers quel que soit leur lieu de résidence en France. C’est le Groupement Propane Libre qui, lui, est régional puisque son action se  limite pour le moment à l’Ile de France.  Notre association va donc pouvoir  s’occuper de votre dossier.
Pour ce qui concerne la meilleure manière de nous contacter pour nous soumettre vos problèmes, nous allons tenir compte de votre remarque et  améliorer la visibilité du formulaire de la page « Contacts ».
Je vous confirme que les juristes  des compagnies d’assurance censés défendre leurs clients ne comprennent  pas grand chose à la problématique spécifique des contrats de distribution de gaz en citerne. C’est aussi une des raisons d’existence de notre association.
Votre première question concerne le tarif public Antargaz . C’est le tarif auquel se réfère Antargaz pour déterminer le prix facturé une fois déduite votre remise. Ces tarifs sont , de par la loi, obligatoirement fournis par Antargaz à tous les clients qui leur en font la demande. Il faut savoir cependant qu’Antargaz a la facheuse habitude de ne répondre qu’aux courriers recommandés. Ces tarifs sont aussi  publiés sur le site Internet  de votre fournisseur. Vous devez pour cela vous munir de votre code client  pour accéder à la lecture du tarif vous concernant. Dernière solution,  les différents tarifs publics des propaniers  sont accessibles (en libre accès) sur le site Acqualys  régulièrement mis à jour. Il vous suffit de taper « tarif Antargaz Acqualys » pour  retrouver la bonne page dans votre moteur de recherche. Dans le cas d’une livraison à la guise du propanier (ce qui est actuellement votre cas) c’est le tarif à la date de livraison qui s’applique. Si vous reprenez l’initiative de la commande (ce que je ne saurai trop vous recommander) ce sera le tarif à la date de commande qui déterminera votre prix de facturation. Toutefois, sachez que les tarifs publics  d’Antargaz sont bidons et  n’ont aucun rapport avec la réalité des cours du propane  : seul le montant des remises individuelles consenties, lorsqu’elles ont un caractère de permanence, permet de ramener les prix pratiqués par Antargaz  à un niveau  décent.
Pour ce qui concerne le paiement de votre facture dans son intégralité ( au lieu d’un prélèvement mensuel), là encore je vous encourage à demander le changement par courrier recommandé. Tant qu’il n’y a pas d’erreurs,  ce mode de règlement peut s’avérer très pratique en effet. Mais dès qu’il y a  une erreur dans les bons de  livraison ou les factures, l’absence de réactivité des services clients et des services comptables pénalise considérablement le consommateur qui se trouve face à un mur. Il suffit d’adresser un courrier recommandé à Antargaz demandant de mettre fin au prélèvement automatique. Ils vous enverront  un solde de régularisation de votre compte mensualisé.   Ce changement de modalité de paiement est gratuit.
J’en profite pour vous confirmer  que rien ni personne ne peut vous obliger à choisir telle ou telle modalité de livraison  ou de paiement, ces options étant, en tout état de cause, indépendantes l’une de l’autre.  Par conséquent le propanier ne peut pas, sous prétexte de certaines modalités de livraison, restreindre votre choix pour les modalités de réglement. Vous restez toujours libre de choisir ce qui vous parait  convenir le mieux  à votre situation.
Troisième question : pour vous assurer d’être présente au moment de la livraison, il faut et il suffit que vous mettiez fin au système de livraison à la guise du propanier. Vous devez repasser en mode « livraison à la demande du client » . Pour cela   votre courrier recommandé doit indiquer que vous souhaitez arrêter le mode de livraison précédent. Là encore ce changement est gratuit, et je ne saurais trop vous recommander de le faire. Non seulement il importe de vérifier le niveau de votre jauge de citerne avant et après livraison, mais, plus probant encore, vous pouvez vous assurer que le compteur de litres sur le camion ( visible en évidence sur le bloc pompe) indique bien « zéro » au moment où commence la livraison et que le nombre de litres figurant sur ce même compteur à la fin de la livraison correspond à celui porté sur le  bon de livraison remis par le chauffeur.
Pour ce qui concerne l’erreur des 30 % il faudra réunir des éléments probants afin de contester utilement la validité du bon de livraison. Si vous n’avez pas  de photos de la jauge avant et après livraison, ce sera difficile d’opposer votre bonne foi car il faudra alors avoir recours à des statistiques annualisées de votre consommation passée,  corrigées par  la rigueur des températures  au moment  de la livraison contestée (exprimée en degrés x jours de chauffage). Faisable mais un tantinet compliqué.
Pour les calculs à clarifier sur vos factures, nous obtiendrons les explications d’Antargaz.
Je reste à votre disposition pour de plus amples renseignements et vous souhaite tous mes voeux de prompt rétablissement.
Cordialement
ADECOPRO

A quand la toute première coopérative agricole d’achat et de distribution de propane en France ?

La Boissière Ecole (Yvelines)  le 10 Janvier 2015.

Le prix du propane a chuté de 60 % en 3 mois sur le marché de gros à Anvers (marché ARA).  Et vous,  agriculteurs, aviculteurs,  ou distillateurs français, de combien  a  chuté le prix de VOTRE  propane depuis le mois d’Octobre 2014  ?  Il n’a pas encore baissé ?  Comme c’est étrange ! Plutôt que de vous plaindre aux propaniers en ordre dispersé,  pourquoi ne demandez-vous pas à votre  syndicat professionnel  de porter l’affaire devant l’Autorité de la Concurrence pour  « entente visant à annuler l’effet de la baisse des cours »,  comme me le murmure à l’oreille un certain vent d’ouest ?  Allez- vous continuer à vous faire plumer longtemps  par des gaziers dont la plus-value industrielle est totalement nulle puisqu’ils achètent et revendent exactement le même produit qu’ils trimbalent de (grosses) citernes en ( petites) citernes ? N’avez vous jamais pensé que vous n’avez pas besoin d’eux pour faire la même chose  à leur place ?    Petit rappel : aucun propanier ne  produit  quoi que ce soit,  sauf une multitude de contrats inutiles qui ne servent qu’à vous ligoter, et à leur éviter les affres de la concurrence.  Leur rôle   se résume  à « déplacer du gaz » d’un point de stockage à un autre, qui plus est  avec des camions qui ne leur appartiennent pas.  Déplacer du gaz, autrement dit, brasser de l’air. Que de petits consommateurs maintenus dans l’isolement et la désinformation aient  recours à ces entreprises pour  se procurer du GPL, cela  se conçoit,  à la rigueur. Mais que vous, agriculteurs, qui consommez des quantités importantes au sein de groupements professionnels, ayez encore besoin d’ intermédiaires grassement rémunérés  pour déplacer du gaz à la demande, dénote  une absence totale de réflexion sur le sujet.

En France,  AUCUNE coopérative agricole d’achat de carburant ou combustible ne distribue du propane à ses adhérents ( vous conviendrez que  la démarche consistant à négocier un prix collectif au nom d’un groupement de producteurs ou d’une coopérative n’a rien à voir avec le fait de s’approvisionner directement sur le marché de gros tel un petit propanier indépendant ). A l’inverse, TOUTES  les coopératives agricoles  américaines et canadiennes qui  organisent la vente de carburants et combustibles distribuent du propane à leurs adhérents. Toutes.  Vous pensez qu’il y a de bonnes raisons à cela ? Des raisons propres au fonctionnement du marché européen du gaz ?  Vous avez tort.  Une spécificité du gaz européen qui le rendrait plus explosif que le gaz américain ? Sa dangerosité ? Le propane serait  plus dangereux entre les mains des employés des coopératives françaises qu’entre les mains de leur alter-ego québécois  ?  Savez-vous que le mouvement  coopératif agricole nord-américain a tellement bien compris la nécessité d’organiser lui-même son approvisionnement en carburant et combustible   qu’il  dispose désormais  de sa propre centrale d’achat  (inter-étatique) en carburant,   laquelle affilie   les coopératives locales  souhaitant distribuer du diesel ou du propane à leurs adhérents , tout  en  assurant  les prestations induites, de  la fourniture du gaz à la vente de citernes et au transfert de compétences techniques ?

Un administratif ou un technicien multitâche ayant des connaissances en  réglementation et  surveillance  des réservoirs,   et un chauffeur  dédié à la livraison du  propane : deux personnes  suffisent en tout et pour tout  à une coopérative ou n’importe quel groupement  agricole  pour créer une activité de distribution de propane ( voir ici offre d’emploi de chauffeur livreur de propane diffusée par une coopérative américaine . Désolé le poste a été pourvu depuis…. ) . C’est aussi  simple que cela.  Le propane est un produit affreusement banal.  Ce sont les propaniers français qui sèment la terreur dans les esprits, en vous  empêchant  de réfléchir sereinement à l’intérêt que vous auriez à vous passer de leurs services. Des centaines de millions d’euros d’économie en perspective si vous reprenez la main sur votre approvisionnement en propane. Le gros jack pot en perspective pour les agriculteurs et les campagnes françaises ! Sans compter le bénéfice pour la communauté rurale environnante qui n’aurait plus à se farcir ces fournisseurs particulièrement indélicats….

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Les propaniers exerçant en France ne sont plus sous capitaux français, à part Vitogaz.  Totalgaz va être vendu à l’américain Antargaz. Butagaz est une filiale de l’anglo-néerlandais Shell et Primagaz filiale du néerlandais SHV. La fusion entre les deux géants du GPL français  favorise  l’apparition et la croissance de distributeurs alternatifs ou indépendants,  en poussant vers eux une  portion de leur clientèle échaudée par des pratiques abusives, et consciente du nouveau pouvoir de l’Internet.    Il est grand temps pour le mouvement coopératif agricole  de prendre la question du propane à bras le corps et de sortir les calculettes : votre intérêt est de  contrôler votre   approvisionnement en propane le plus en amont possible et non de continuer à vous reposer sur  des propaniers  beaucoup trop profitables pour être honnêtes.  La FNSEA  s’arrange visiblement  fort  bien de l’incroyable opacité  des prix du propane en France, mais il n’est pas certain que cette opacité soit  la  manière la plus efficace de défendre les intérêts économiques des agriculteurs. La transparence du marché, imposée par de nouveaux acteurs indépendants, représente une garantie bien plus solide pour les acheteurs. Quant aux coopératives agricoles françaises,  peu  habituées à faire des vagues, il semble bien qu’elles aient 40 ANS de retard sur leurs homologues du Québec pour ce qui concerne la distribution de  propane à leurs adhérents. Où sont donc les agriculteurs  combatifs et organisés capables de comprendre  que leurs intérêts économiques ne peuvent pas épouser ceux des multinationales du gaz en citerne ?

La solution de l’indépendance en matière d’approvisionnement en propane n’a que des avantages et aucun inconvénient :

 – investissement minime (comparé à d’autres projets utiles visant les économies d’énergie,  comme  la rénovation des bâtiments d’élevage, l’exploitation de  sources d’énergie alternative ou l’installation de récupérateurs de chaleur ….tous projets  très onéreux et nécessitant des études préalables détaillées )

 – baisse des charges de propane  importante  dès la première année.

 – fin des discussions oiseuses sur les tarifs de campagne des  propaniers.

 – redevenir maître de son approvisionnement, organiser les tournées en fonction des seuls intérêts des agriculteurs

 – certitude d’une plus grande  proximité  et convivialité avec les populations rurales locales qui bénéficient d’une démarche exemplaire d’autonomie énergétique retrouvée.

 Alors, à quelle coopérative agricole FRANCAISE peuplée d’irréductibles gaulois reviendra l’honneur de créer  le premier service d’achat et de distribution de propane,  pour se libérer de la tutelle des propaniers  ?

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