Association Défense des Consommateurs de Propane

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Gaz de schiste et tremblements de terre en Oklahoma

Article du Monde .Auteur :  Stéphane Foucard. Edition du 29.03.2013

Le 6 novembre 2011, un séisme de magnitude 5,7 frappait la petite ville de Prague, dans l’Oklahoma (Etats-Unis). Le tremblement de terre détruisit une quinzaine d’habitations, fit deux blessés et tordit le ruban d’asphalte d’une quatre-voies. Précédé d’un événement classé au cinquième niveau de l’échelle de Richter et suivi d’environ un millier de répliques de faible intensité, il fut ressenti dans 17 Etats américains. Apparemment sans grand intérêt – ni par son ampleur ni par les dégâts occasionnés -, le séisme de Prague a pourtant un statut un peu particulier. Il a toutes les chances d’avoir été le plus fort sursaut de la croûte terrestre provoqué jusqu’ici, sur le sol américain, par des activités humaines.

Dans une étude publiée mardi 26 mars par la revue GeologyKatie Keranen(université de l’Oklahoma) et ses coauteurs de l’université Columbia à New Yorkont analysé la séquence d’événements ayant précédé et suivi le séisme. Les auteurs concluent à un lien causal entre l’injection de fluides de fracturation usés dans le sous-sol et la survenue du tremblement de terre. Non loin de Prague, un ancien gisement pétrolier, désormais épuisé, est en effet utilisé depuis plusieurs années comme site d’injection d’eaux souillées issues d’opérations de fracturation hydraulique – la technique d’exploitation du gaz de schiste.

C’est la surpression induite dans la faille dite « de Wilzetta » qui a provoqué la cascade d’événements sismiques. Les géologues notent que la quantité d’eaux usées injectée était faible. Mais la pratique, qui dure depuis plusieurs années, a suffi à déséquilibrer le sous-sol. Ils notent également que « les opérations d’injection se poursuivent et que des tremblements de terre de magnitudes supérieures à 3 continuent de se produire ».

La situation en Oklahoma n’est pas isolée. La récente ruée vers les gaz et huiles de schiste produit des quantités importantes d’eaux usées dont il faut bien se débarrasser. Une bonne part du fluide de fracturation (mélange d’eau, de sable et d’adjuvants chimiques) utilisé pour fissurer la roche-réservoir, loin sous la surface, est en effet régurgitée par les puits, après la fracturation de la roche. Ces eaux usées, inutilisables, chargées d’adjuvants chimiques, de métaux lourds ou d’éléments radioactifs présents dans la roche-mère, sont souvent réinjectées dans des vieux puits.

Earthquake

En 2012, au congrès annuel de la Société géologique américaine, l’US Geological Survey (USGS) a présenté des travaux montrant qu’en Oklahoma le nombre annuel de séismes de magnitude supérieure à 3 a été multiplié par 20 entre 2009 et 2011, par rapport au demi-siècle précédent. Selon l’USGS, l’Arkansas, le Texas, l’Ohio et le Colorado, où se déroulent des opérations d’injection ou de fracturation, connaissent une situation comparable.

Le gaz de schiste, responsable de la baisse de 40 % du prix du propane aux USA. Va t’on vers une baisse en Europe ?

Les exportations de propane des Etats Unis,  résultant du boom des  gaz de schiste,   sont actuellement insuffisantes  pour empêcher l’effondrement du prix du propane sur le marché américain.  C’est ce qui ressort de l’analyse du prix du propane sur le marché américain pour les 18 derniers mois.

Du fait de l’augmentation importante de la production de propane aux USA, la tendance globalement haussière du prix du propane de la   dernière décennie  a fini par se transformer en une chute spectaculaire  : le graphique en cloche ci-dessous illustre parfaitement ce retournement de situation. La baisse actuelle du propane est le résultat des forages frénétiques des gaziers et des pétroliers  à travers les Etats Unis, forages  livrant un gaz riche en propane et autres liquides de gaz naturels (LGN en français, NGL en anglais).

Attention : les prix indiqués en dollar par gallon  sont des prix de marché et non des prix livrés aux consommateurs  ( le plus connu de ces prix de marché américain  est  le  » Mont Belvieu « , du nom d’une petite bourgade à quelques km de Houston qui héberge, au dessus  mais aussi  en dessous de son  sol,  la  plus grande capacité de  stockage  d’hydrocarbures au monde).

Ci dessous, sur une échelle de temps plus restreinte, la chute  progressive du prix du propane entre Septembre 2011 et Septembre 2012 est encore plus impressionnante.

Propane_price USA 2011-2012

La chute du prix du propane américain a provoqué une disparité  importante entre  le  prix du GPL en Europe et en Amérique du Nord. Ces deux marchés restent pour le moment étanches l’un à l’autre,  du fait que les exportations américaines de  propane  en Europe restent  très limitées (voir article précédent  » Le boom du gaz de schiste » ). La disparité  des prix du propane a été  considérable durant les deux derniers hivers,  entre l’Europe et les USA. Cette différence s’atténue  en été  quand les prix du  propane baissent en Europe de manière saisonnière.

Sur le graphique ci-desous, en bleu le prix spot sur le marché ARA sur lequel est « théoriquement »  indexé le propane vendu en France ;  en rouge le prix sur lequel est théoriquement indexé le propane des consommateurs américains.

Le lecteur scrupuleux notera que la chute de la courbe bleue durant le mois de Janvier 2013 ne s’est guère traduite par une baisse du prix du propane au détail, livré dans nos citernes. On peut cependant remarquer que les prix de détail  n’ont  pas augmenté en Janvier dernier alors qu’ils  sont généralement  orientés à la hausse en  cette période de l’année.  Il est possible que la  chute significative et inhabituelle  des cours du propane ARA  en Janvier dernier  ait un rapport avec les  grands chambardements  sur le  marché mondial du propane, chambardements  qui ne font que commencer.

Cette disparité de prix considérable entre les deux continents  représente  une incitation  importante pour les exportateurs américains afin de construire les infrastructures de transport et d’expédition nécessaires à l’écoulement du surplus de production américain dans le monde entier.   Les sociétés spécialisées dans la logistique du gaz,  les « midstream companies »,   annoncent tous les mois  des projets faramineux pour construire ou agrandir ces infrastructures en prolongeant les gazoducs actuels , en créant de nouveaux embranchements,  ou de nouveaux terminaux terrestres ou maritimes.  Ce n’est plus la ruée vers l’or mais la ruée vers le gaz.

Les industriels américains qui  se frottaient les mains ces dernières années du fait d’une énergie  bon marché, voient, eux,  d’un oeil inquiet la concurrence de la demande mondiale venir mettre fin à cette aubaine énergétique,  en absorbant de plus en plus facilement les surplus de gaz américain pour les marchés export.

Recommandation : même si nos amis les propaniers connaissent l’art et la manière de nous empêcher de profiter des baisses cycliques de prix, ce n’est pas le moment de signer des contrats de fourniture de propane  figeant le prix à son niveau actuel……

Le boom du gaz de schiste aux USA redessine le commerce mondial du propane

L’augmentation de ces exportations maritimes de GPL, principalement du propane pour le chauffage et la pétrochimie  en direction de  l’Amérique du Sud, perturbe actuellement le commerce mondial des combustibles raffinés et tire  les prix à la baisse. Les Etats Unis sont devenus en 2011 exportateurs net de propane pour la première fois depuis 30 ans.

Le retournement spectaculaire est illustré par ce graphique des importations et exportations américaines de propane sur les 8 dernières années

US importexport_032513

La flambée des exportations américaines de propane et de propylene (160 000 barils par jour, un doublement en trois  ans), conséquence  de l’essor de la production du gaz de  schiste dont le propane est  AUSSI un sous-produit, donne  un avant-goût des changements importants  qui pourraient survenir  si  les Etats-Unis devaient exporter demain  du gaz naturel.

US exports propane

Les exportations de propane des États-Unis devraient encore doubler dans les prochaines années  et devraient même égaler  celles de l’Arabie saoudite  fin 2013. L’Arabie saoudite est  le troisième exportateur mondial de GPL après le Qatar et les Emirats Arabes Unis, dès que l’extension des terminaux pétroliers texans d’Enterprise et de Targa (autrefois consacrés uniquement à l’importation à destination du marché intérieur)  auront terminé leur agrandissement.

La production de propane des États-Unis à partir du seul gaz de schiste,  atteint un niveau record en Octobre 2012 à 739.000 barils par jour (bpj) contre 630 000 barils par jour en 2011 et autour de 500.000 barils par jour en 2007.

Jusqu’à présent, le surplus de production  de propane était resté  « coincé » aux USA  en raison d’un manque d’infrastructures d’exportation, mais avec de plus grands terminaux gaziers,  la carte du commerce mondial des GPL va rapidement se redessiner.

«Sortir des arbitrages sera beaucoup plus rapide,  il sera plus facile de répondre instantanément aux déséquilibres du marché. Il n’y aura des flux plus importants et donc des formules de prix plus intéressantes » selon  Olivier Jakob, analyste chez le consultant Petromatrix.  « Sur un horizon a plus long terme, les modèles d’arbitrage seront redéfinis. »

Même s’il peut être considéré par les pétroliers comme  un produit de niche, le GPL a réussi à déranger la saisonnalité du marché du naphta, un sous produit concurrent tiré du raffinage du pétrole brut. Le propane est une alternative au naphta  dans les installations pétrochimiques fournissant la matière première pour  l’industrie des plastiques,  et les groupes pétrochimiques  passent  régulièrement de l’un à l’autre en fonction des  prix relatifs du naphta et du propane. La demande de chauffage en hiver maintient généralement le prix du propane au dessus du naphta en hiver, alors que la tendance s’inverse durant l’été.

« Le prix du propane est descendu tellement en dessous du naphta que les craqueurs d’éthylène ont opté  pour le propane très en avance sur le calendrier » a déclaré un trader en produits  pétroliers.

A mesure que se rapproche l’échéance de l’arrivée massive des exportations américaines,  les prix du propane européen sur le marché libre ont plongé à  100 USD  la tonne sous le naphta en Janvier dernier, avant de remonter légèrement  ensuite à – 60/-80 USD. Cette baisse du propane a eu un effet  rebond en réduisant la marge du naphta par rapport au pétrole brut a environ 5 USD le baril depuis le début de l’année, une marge inhabituelle pour cette période de l’année.

Le terminal maritime ENTERPRISE  dans le golfe du Mexique devrait augmenter ses exportations pour atteindre environ 10 bateaux gaziers  par mois  ( on appelle ces gaziers des « Very Large Gas Carriers » ou VLGC)  et le terminal de la société TARGA a  prévu d’ajouter  4 autres  VLGC à partir d’Octobre 2013, selon plusieurs traders en GPL. Depuis le début de l’année, les exportations du terminal Enterprise sont passées de 6 VLGC en Janvier à 8 en Février et au moins 9 sont prévues en Mars, selon les mêmes sources.  Des cargaisons spot supplémentaires sont susceptibles d’être ajoutées à ce total.

«La production de schiste a abouti à une telle quantité de propane…Celui ci  est exporté vers le Brésil pendant que  le reste de l’Amérique du Sud se désiste du propane européen qui arrive normalement en provenance d’ARA » selon un courtier  ( ndlr : ARA =  nom du hub maritime constitué par les ports d’ Amsterdam-Rotterdam-Anvers, et par extension nom donné au marché où sont cotés les produits pétroliers importés en Europe continentale) .

Cargo refilling

D’autres courtiers ont  également déclaré que la plupart des exportations américaines étaient envoyés au Mexique, au Brésil et en Amérique du Sud,  mais qu’une partie arrive à se frayer un chemin jusqu’ au hub européen ARA de la Belgique et des Pays-Bas.

À plus long terme (à partir de 2017 selon les spécialistes),   les effets du boom du schiste pourraient diminuer lorsque l’augmentation de la   consommation intérieure américaine (plusieurs sociétés américaines ont annoncé la conversion de leur flotte de véhicule au propane )  rattrapera l’effet d’aubaine d’une énergie bon marché. A  court terme cependant,  la situation des marchés restera instable.

L’impact sur le GPL et le naphta n’est qu’un exemple de la façon dont le boom américain du schiste a redessiné la carte énergétique mondiale : il  a déjà contribué à une forte hausse de la production américaine d’essence, ce qui fait des Etats-Unis en Octobre 2012 un exportateur net d’essence  pour la première fois en plus de 20 ans. Le marché du gaz naturel est sur le point de connaitre  un choc similaire puisque les États-Unis sont  également en bonne voie pour devenir un exportateur net de gaz naturel  dès 2016, selon l’agence gouvernementale EIA.

Pourquoi les propaniers aiment les hivers longs et froids…….

Plus l’hiver est froid, plus les ventes de propane vrac augmentent. Plus les ventes augmentent en volume,  plus les bénéfices augmentent en volume. Logique. Mais il y a un bonus supplémentaire.

Les analystes financiers qui suivent les valeurs boursières des sociétés de distribution de propane expliquent en réalité   que la rigueur de l’hiver a un double effet sur les profits des propaniers : non seulement des températures plus froides que la normale saisonnière  augmentent  le volume des ventes et des profits , mais elles augmentent  aussi la profitabilité de l’entreprise (le ratio bénéfice/chiffre d’affaires) à taux de marge brute identique (prix de vente/ prix d’achat ).  Dit autrement, l’activité de distribution de propane vrac est  d’autant plus rentable  que les températures sont basses.

L’explication est simple :  les propaniers traitent certaines coûts  dont les montants devraient logiquement varier au fil des saisons en fonction des  quantités livrées   (affrètement de transports,  nombre d’employés au service client…) comme des coûts fixes en  figeant  contractuellement les masses de dépenses   bien avant la saison de chauffe, et sans connaissance des températures moyennes de l’hiver à venir. Ces contrats sont dimensionnés  par rapport à  un niveau d’activité correspondant à un hiver normal et non sur le niveau d’activité enregistré durant les hivers ou les mois où les températures sont les plus  basses.  Dès lors un hiver particulièrement long ou particulièrement glacial a  pour conséquence de  diluer les coûts fixes dans un surcroit global d’activité, ce qui a pour effet d’augmenter la marge  d’exploitation …. Lorsque l’hiver est plus rigoureux que d’habitude, le propanier se marre. Mais le client,  qui subit les retards de livraison  si les contrats de  transport n’ont pas été  dimensionnés pour absorber des vagues de froid brutales, a, lui, toutes les raisons de se plaindre .

la marge rit

Comme les gens se chaufferont d’autant plus que l’hiver est froid, le propanier n’a donc  qu’ un seul paramètre externe à surveiller pour avoir une idée de l’évolution de  son taux de profit. Un paramètre  indépendant des crises économiques, de la bonne tenue de l’Euro face au dollar,  ou des résultats du dernier G8 : la température hivernale extérieure. Et pour appréhender de manière globale  et  synthétique  la rigueur de l’hiver, il existe un indicateur utilisé par tous les distributeurs d’énergie dans le monde : le degré-jour de chauffe (DJU) ou Heating degree days (HDD) en anglais, calculé journellement, dans l’hémisphère nord, du 1er Octobre au 31 mars.

Le degré-jour de chauffe est une unité correspondant à une différence de un degré entre une température intérieure de référence et la température extérieure pendant un jour. La température intérieure de référence est souvent prise à 18 degrés, parfois plus basse de manière à prendre en considération les apports gratuits ( chaleur du corps) qui représentent souvent l’équivalent de 3 degrés.

Si la température extérieure est en moyenne de 15.5 degrés pendant une journée, cette journée représente 18-15.5=2.5 degrés-jour. Les différences négatives ne sont pas comptabilisées dans les degrés-jour de chauffage. Si la température extérieure moyenne est de 21.5 degrés pendant une journée, le degré-jour sera de 0 car 18-21.5 = -3.5 est négatif. Il existe aussi des degrés-jour de climatisation, qui comptabilisent les températures journalières au-dessus d’un certain seuil.

Le nombre de degrés-jours annuel de chauffage dépend de la région et de l’altitude. Il fluctue à l’échelle d’une année (fluctuations de l’ordre de 20% d’une année à l’autre pour un lieu donné), et on utilise parfois des degrés-jours normaux correspondant à des températures normales. En France métropolitaine, le nombre de degrés-jour normaux à basse altitude varie en gros entre 1400 (Biarritz ou Nice) et 3000 (Langres). Il peut devenir beaucoup plus élevé en altitude : 3000 à 700 mètres d’altitude à Bourg-Saint-Maurice mais  4500 degrés-jour à  1400 mètres à Lanslebourg.

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Plus le degré-jour de chauffe est élevé et plus l’hiver est froid.

On peut aussi  établir une carte géographique à l’échelle d’un pays avec des courbes iso-degrés-jours de chauffe

Voici une telle carte pour les  Etats Unis sur la base des données annuelles pour la période 1961-1990

United_States_Heating_Degree_Day_map,_1961-1990

L’hiver 2012-2013 a été  plus clément que la normale aux USA. Le graphique ci-dessous montre le montant cumulatif des degrés-jours de chauffe depuis début Octobre 2012 ( courbe bleue), ainsi que pour une année normale (courbe jaune). Comme on peut le voir sur le graphique arrêté en date du 15 février 2013 , le cumul de l’hiver 2012-2013 est en dessous de la normale, donc l’hiver un peu plus chaud que la normale.

HDD-propane-cumul

Des analystes financiers américains se sont amusés à corréler  le nombre de degrés-jour de chauffe et l’excédent brut d’exploitation  (bénéfice opérationnel avant impôts et amortissements) de plusieurs  grands propaniers américains côtés en bourse. Ci-dessous le résultat graphique de cette corrélation pour la société Suburban Propane ( code NYSE : SPH), un des leaders américains du secteur. Le taux de corrélation est de 0.78, ce qui indique un lien très étroit entre les deux facteurs.

La rentabilité des propaniers augmente en proportion inverse des températures hivernales

Le ratio Excédent Brut d’Exploitation/ Chiffre d’affaires  (en ordonnée dans le graphique :  EBITDA margin) représente le résultat opérationnel  de l’entreprise rapporté à son chiffre d’affaires pour l’ensemble de l’annéeb ( et non pour les seuls mois de chauffe, les sociétés de GPL  génèrant la majeure partie de leurs bénéfices d’exploitation en hiver).

Ce graphique montre qu’il y a  un lien direct et étroit entre les marges bénéficiaires  des propaniers, et la rigueur ou la longueur des hivers.

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