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En Indonésie, cuisiner au GPL réduit beaucoup les déficits publics et un peu… l’espérance de vie

Dans un pays de 240 millions d’habitants où la moitié de la population vit avec moins de 2 € par jour, le  gigantesque programme de conversion des réchauds  de cuisine  indonésiens au butane-propane reste unique dans les annales de  gestion publique. Par son ampleur et sa rapidité de mise en oeuvre,  il préfigure les grands bouleversements à venir dans le domaine des énergies domestiques,   et la redistribution des cartes entre les deux grandes énergies à base d’hydrocarbones : le  pétrole et le  gaz.

C’est en 2006-2007 que le gouvernement indonésien a initié un programme de conversion pour substituer le GPL au  kérosène, utilisé traditionnellement par la population pour alimenter les réchauds de cuisine. Le kérosène est issu exclusivement de la distillation du pétrole brut alors que le GPL peut être tiré soit du pétrole soit du gaz naturel. Les réserves en gaz indonésiennes sont actuellement estimées à plusieurs fois le niveau de ses réserves en pétrole.   Le but du programme était de réduire l’enveloppe des subventions distribuées aux ménages pour ce combustible ainsi que pour  l’essence et  l’électricité, une enveloppe qui totalise la somme de 32 Milliards de dollars  en 2012 (soit environ 130 $ par personne et par an).   A  titre de comparaison le budget des infrastructures de l’Etat indonésien est 4 fois moins élevé que le montant des subventions versées pour faciliter l’accès à l’énergie.   PT Pertamina, l’entreprise publique chargée des affaires pétrolières et gazières pour le compte de l’Etat indonésien, a été chargée de gérer l’opération au titre de ses obligations de service public.

Cinq ans plus tard,  le montant des économies réalisées par le gouvernement indonésien du fait du changement de combustible de cuisson,  totalise 6,5 milliards de dollars. Dans les grandes lignes, le programme a eu pour effet de  convertir 10 millions de m3 de kerosene en 5 millions de m3 de GPL.  Pour arriver à cet objectif,  Pertamina  a distribué gratuitement  en 5 ans, 54 millions de réchauds  fonctionnant au GPL aux familles.   En 2013 Pertamina prévoit d’en  distribuer  2,3 millions supplémentaires. Avec les réchauds, Pertamina fournit un package  prêt à l’emploi  comprenant une bouteille de gaz de 3 kg (une mini bouteille lancée sur le marché à cette occasion), un tuyau souple pour connecter la  bouteille et le réchaud, ainsi qu’un régulateur. Le coût humain de ce programme de conversion s’est chiffré en centaines de morts et de blessés, victimes tout à la fois  de leur méconnaissance des règles de sécurité, de l’insuffisance des programmes d’information à destination du grand public et des professionnels,  et de la mauvaise qualité du matériel distribué.

Bouteille de GPL de 3 kg spécialement crées pour le programme de conversion

Bouteille de GPL de 3 kg spécialement crées pour le programme de conversion

Avant le démarrage du programme de conversion kerosene-GPL, l’immense majorité des indonésiens utilisait le kérosène dans leur vie quotidienne pour la cuisine et l’éclairage. Comme le gouvernement ne subventionnait que le kérosène de cuisine, beaucoup d’entreprises s’arrangeaient en douce pour substituer le kérosène subventionné au kérosène industriel non subventionné, la différence de prix entre les deux étant importante.  L’augmentation des prix du pétrole avant 2008 a fait grimper en flèche les subventions au kérosène et a englouti une partie significative du budget du gouvernement, l’obligeant à changer son fusil d’épaule. Il est vrai que les réserves de gaz de l’Indonésie seraient sans commune mesure avec ses réserves de pétrole, dont le kérosène est un sous-produit.

Evènements désastreux

Les problèmes ont commencé en 2008 quand beaucoup de bouteilles de 3 kg ont commencé à exploser dans les maisons.  Les fuites de gaz n’étaient  pas détectées par des populations peu averties et s’accumulaient dans les pièces mal ventilées. Quand le réchaud était allumé, les vapeurs de  gaz en suspension prenaient feu ou explosaient, brûlant les occupants  et  consumant les maisons faites de bric et de broc.

Le Public Policy Study Center (PUSKEPI) a enregistré 189 accidents liés à des inflammations ou explosions de gaz  de 2008 à 2010. Pour les 6 premiers mois  de 2010, on a enregistré 95 feux  ou explosions entraînant le décès de  22 personnes, auxquels il faut rajouter 131 hospitalisations et 55 maisons  endommagées. Les accidents les plus nombreux concernent Jakarta , et l’ouest de Java.

Les enquêtes menées sur les incendies causés par les vapeurs de gaz butane propane ont conduit à identifier un certain nombre de problèmes.

Le premier problème concernait les bouteilles dont les accessoires ne respectaient pas les normes de fabrication indonésiennes. Pertamina avait fait le choix de sous traiter la fabrication des mini bouteilles à un nombre  important de fabricants locaux et d’importer le reste de pays étrangers. En principe tout le monde devait respecter les mêmes règles.  Dans la réalité, une étude conduite par l’Agence nationale de protection des consommateurs ( BPKN) révéla en 2010 que parmi un échantillon de package distribués aux  consommateurs,  aucun tuyau souple, 2/3 des robinets  de bouteilles, la moitié des réchauds , 20 pour cent des régulateurs et 7 % des bouteilles ne remplissaient pas les normes de sécurité. La police de Jakarta ( Polda Metro Jaya ) a même dû fermer une  entreprise  de fabrication de bouteilles de GPL  de Tangerang  qui avait produit 200 000 bouteilles non conformes.

Le second problème concernait la contrefaçon ou la contrebande de bouteilles de GPL de qualité sub-standard. La police a arrêté plusieurs revendeurs de GPL parce qu’ils revendaient des bouteilles non-conformes. L’Association des fabricants de bouteilles en acier ( ASITAB) a avancé qu’il y avait en Indonésie 20 millions de bouteilles de gaz non conformes pour un parc total estimé à 80 millions, une information qui intéressera les touristes qui ont l’habitude de manger dans les échoppes, dont la presse indonésienne nous apprend par ailleurs  qu’un certain nombre prend feu chaque année. Bien évidement l’ASITAB se plaint que ces produits de contrebande sont fabriqués en Chine (c’est de bonne guerre commerciale) et ne présentent pas toutes les garanties de sécurité.

Le troisième problème concernait  le gouvernement et l’entreprise publique Pertamina, accusés par les ONG locales de ne pas avoir  fait suffisamment d’efforts pour éduquer les gens à utiliser le matériel dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Or un public  novice  a besoin de connaitre les  gestes cruciaux qui préviennent les accidents : comment vérifier l’état d’une bouteille, d’un régulateur, d’un tuyau de raccordement.  Ces derniers  auraient dû être remplacés tous les ans du fait de la  qualité très moyenne  des caoutchoucs utilisés  mais les consommateurs n’étaient pas au courant de cet impératif de sécurité…Or chaque manipulation du tuyau, comme lors d’un changement de bouteille  – d’autant plus fréquents que la bouteille a une capacité très limitée –   rend  le tuyau plus dangereux.

Le quatrième problème concernait spécifiquement les joints d’étanchéïté en caoutchouc. La police a constaté que des joints étaient cassés lors d’opérations de remplissage illégales consistant à acheter des bouteilles subventionnées de 3 kg pour confectionner des bouteilles non subventionnées de 12 kg et empocher l’écart de prix lié aux subventions au passage.  4 bouteilles de 3 kg coûtent 52000 roupies à l’achat  (environ 4 euros) alors qu’une bouteille de 12 kg se vend 75000 roupies (environ 6 euros). La police a mis fin aux activités d’une société  à Bantar Gebang qui arrivait à réaliser 4000 cycles par jour, générant un profit illégal de 4 milliards de roupies par mois (300 k€).

9 millions de bouteilles non conformes

Les explosions au GPL subventionné en Indonésie ont fait beaucoup de victimes et causé beaucoup de dégâts. En 2010, le gouvernement et Pertamina ont décidé de retirer du marché 9 millions de bouteilles non conformes. A partir de 2010 devant le scandale grandissant (une femme est allé déposer son enfant défiguré devant le palais présidentiel en réclamant réparation), Pertamina a commencé à réunir les fonds pour financer un programmes d’aide aux victimes des explosions de bouteilles de 3 kg. Ceux qui souffrent d’invalidité permanente ou la famille des personnes décédées se sont vu attribuer une indemnité pouvant aller  jusqu’à ……..2000 Euros. La vie n’a visiblement pas la même valeur partout.

A noter que l’Indonésie réfléchit à un programme de même ampleur  pour convertir au GPL les véhicules à moteur qui fonctionnent actuellement à l’essence subventionnée. Le gouvernement a bien essayé d’augmenter le coût du carburant automobile de 33 % en 2012 pour inciter les gens à changer de carburant  mais le projet a été enterré devant la levée de boucliers causée par l’annonce de l’augmentation. Le projet se heurte aussi au manque d’infrastructures pour la distribution de GPL carburant.

La conversion des moteurs à essence ne concerne pas seulement les véhicules terrestres: dans plusieurs régions de l’archipel des Célèbes ( Sulawesi) où la pêche est la principale source de revenus et de subsistance, les pirogues de transport ( les Ketinting ) et autres  bateaux de pêche sont eux aussi convertis progressivement au GPL pour permettre aux pécheurs et transporteurs de réaliser de substantielles économies.

Pour finir on notera que d’après la presse, Pertamina est candidate à la reprise d’une raffinerie située sur le territoire français  dont le sort sera probablement scellé en 2013 : la raffinerie de  LyondellBasell sur l’étang de Berre. Cette raffinerie est en cours  de reconstruction et ses unités de raffinage sont mises en veille jusqu’à la fin 2013, le groupe propriétaire n’ayant pas réussi à trouver un repreneur. Si elle devait s’arrêter, la raffinerie de Berre serait la quatrième  à cesser son activité en France ces dernières années après celle de Petit Couronne et de Rechstett  ( appartenant ou ayant appartenu au groupe Petroplus).

Fuite de gaz propane désodorisé : 1 mort, 7 blessés, 7,5 M$ de dollars d’indemnités

La famille de l’électricien William Nichols a déposé plainte en 2011 pour négligence aggravée et mort sans intention de la donner contre le propanier EnergyUSA , basé à Taunton ( près de Boston, MA) , qui a installé et rempli un réservoir de propane dans le pavillon où travaillait Nichols, ainsi que contre le chauffagiste Smolinsky Brothers Plumbing and Heating Service, qui a installé la chaudière et la tuyauterie impliquées dans la fuite de gaz.

Nichols travaillait dans une des maisons en construction du lotissement « Le village au bord de la rivière » à Norfolk (MA) quand la maison a littéralement explosé le 30 Juillet 2010 à l’heure du déjeuner faisant 8 blessés dont Nichols. Nichols est resté coincé sous les débris brûlants pendant plus de 90 minutes avant que les sauveteurs ne réussissent à dégager l’ouvrier de l’amoncellement de poutres calcinées. Il est mort des suites de ses brûlures à l’hôpital un peu plus tard dans la soirée.

Les enquêteurs de Norfolk ont avancé  dans leur rapport que l’explosion était très probablement causée par une fuite de propane dans la chaufferie du sous sol. Le premier rapport indiquait que l’ethyl mercaptan, un odorant chimique ajouté au propane pour le rendre détectable à l’odorat, n’a pas été trouvé dans les échantillons de gaz prélevés dans la citerne enterrée du pavillon en duplex. Le rapport posait l’hypothèse  que l’odorant, ou ce qu’il en restait, avait disparu entre la toute première livraison de gaz  dans la citerne en avril et l’explosion fin juillet (voir l’explication du phénomène d’adsorption du mercaptan par l’acier de la citerne neuve  ici)

Le grand méchant loup ? Non le gaz désodorisé ...

Le grand méchant loup ? 
Non, le gaz désodorisé …

En avril, EnergyUSA a mis 750 litres de propane dans une citerne de 3750 litres de capacité, alors que les recommandations de la profession sont de remplir le réservoir au maximum de sa capacité de 80 % lors de la première livraison afin d’imprégner les parois de la citerne avec l’odorant. « EnergyUSA savait ou aurait dû savoir le risque pris en ne mettant que 750 litres de propane dans un réservoir de 3750 litres tout neuf » explique alors l’avocat de la famille de l’électricien.

Selon ce premier rapport  préparé par les pompiers et la police locale, EnergyUSA a expliqué aux enquêteurs qu’ils n’ont livré seulement qu’une petite quantité de gaz car le site était en construction et que les compteurs de gaz n’avaient pas encore été installés.

Mais l’enquête ne s’est pas arrêtée là. L’explosion de Norfolk a déclenché des recherches plus étendues  sur la question du  propane désodorisé, recherches conduites  par le procureur général Martha Coakley et par le maréchal des pompiers de l’ Etat du Massachusetts Stephen Coan. Leurs recherches ont  montré qu’à partir de Mai 2010, du propane désodorisé avait  été distribué à travers plusieurs Etats par un négociant  en propane du nom de  DCP Midstream. Cependant les enquêteurs n’ont trouvé aucune lien direct entre DCP Midstream et l’explosion de Norfolk.

Le second rapport d’enquête écrit pour clore  les investigations  du Fire Marshall Coan  à la recherche du propane désodorisé se trouve sur Internet ( en anglais).

not odorized

Le panneau en bas à gauche indique que le propane n’est pas toujours odorisé lorsqu’il voyage dans les wagons.

J’ai fait un résumé de ce rapport qui serait trop long à traduire dans sa totalité . Où l’on comprend que l’absence de contrôle de la teneur en mercaptan du propane  à tous les maillons de la chaîne logistique  pose un vaste problème de sécurité publique.

- les échantillons de gaz liquides prélevés dans la citerne du pavillon qui a explosé confirment qu’il n’y avait virtuellement pas d’ethyl mercaptan dans le propane

- les pompiers de Norfolk donnent l’ordre de procéder aux vérifications de toutes les citernes de gaz du lotissement pour vérifier le niveau d’odorant

- le 30 Aout les autres citernes du lotissement sont testées et révèlent une sous-odorisation du GPL. Pour des raisons de sécurité, toutes les citernes sont alors  déterrées et des citernes temporaires sont amenées sur place.

- les citernes temporaires sont testées et le déficit d’odorant est à nouveau constaté, ainsi que l’absence d’odeur de gaz dans la camion de livraison de la société EnergyUSA qui remplissait  les citernes du lotissement.

- des tests sont alors effectués sur le stockage vrac d’EnergyUSA à Taunton. Ces tests  montrent  un niveau de mercaptan très insuffisant.

-le maréchal des pompiers du Massachusetts Coan ordonne alors une vaste enquête et contacte le bureau du Procureur Général pour recevoir l’assistance d’enquêteurs.

-le Service de Protection Incendie (SPI) du Massachusetts se penche sur l’origine du propane acheté par EnergyUSA après du négociant DCP Midstream à Westfield ( MA)

- le SPI envoie des enquêteurs à Westfield . En arrivant sur place le 31 Aout 2010, ils émettent une ordonnance de « cease and desist » (cessation et désistement de toutes les opérations en cours) .

- sur la base des informations fournies, les Etats du Connecticut et du New Hampshire identifient des problèmes de même nature concernant l’absence d’odorant du propane et décident de fermer plusieurs centres de stockage.

-le 8 Septembre, une correspondance de la société AUX MOINES à East Morris, IL, indique que du propane incorrectement odorisé a pu être expédié depuis leur centre à destination du Massachusetts et de 9 autres Etats.

-devant l’ampleur grandissante de l’enquête les parties décident de contracter un enquêteur indépendant. Il est chargé de faire toute la lumière sur les activité de négoce de DCP Midstream pour les opérations postérieures au 6 Mai 2010: livraisons reçues, ventes réalisées, qui a acheté et dans quelles quantités………..

-les parties prenantes s’entendent avec le bureau du Procureur sur la méthodologie de l’enquête, basé sur les standards nationaux prescrivant une proportion de 1 livre  de mercaptan pour 10 000 gallons de gaz (ndlr : soit en système décimal une posologie de 1 kg de mercaptan pour 45 tonnes de gaz). Dans un prélèvement de gaz  liquide, cette proportion équivaut à trouver 17 ppm d’ethyl mercaptan.

- en quelques mois l’examinateur indépendant met en lumière la possibilité d’un mélange non intentionnel de propane odorisé avec du propane non odorisé.  Il ne parvient cependant pas à établir de lien chronologique avec le négociant DCP Midstream.

- le rapport final de la SPI sort le 4 Janvier 2011. Il a été transmis au niveau fédéral avec un certain nombre de conclusions et de recommandations. Parmi les remarques conclusives :

1)le GPL manque de réglementation fédérale, contrairement au gaz naturel, ultra réglementé.

2)il n’existe aucune exigence réglementaire en ce qui concerne le mercaptan,

3)il n’y a pas de normes  pour apprécier la disparition de l’odorant dans le gaz

Retour au procès de la famille Nichols 

Le 9 Juillet 2012, l’avocat de la famille de William Nichols annonce que suite au dépôt de plainte, il est arrivé à une transaction avec la société Energy USA et Smolinsky Brothers Plumbing pour une somme de 7,5 M$. La plainte stipulait qu’Energy USA avait négligemment sous-rempli le nouveau réservoir de propane du projet de construction du condominium de Norfolk, ce qui avait causé la disparition de l’odorant rajouté au propane. Cela avait rendu la fuite de propane indétectable.  La plainte prétendait aussi que Smolinsky Brothers n’avait pas resserré correctement un des raccords de la chaudière ce qui avait conduit à laisser fuiter un gaz indétectable.

L’avocat de la famille a ajouté  » Cette tragédie aurait pu être évitée facilement. Il était facile de prévoir que l’odorant disparaîtrait, mettant les ouvriers en danger.  Energy USA a clairement violé un avertissement imprimé de manière très visible sur la face intérieure du capot de la citerne de gaz dont ils étaient propriétaires, qu’ils ont installée et qu’ils n’ont malheureusement que partiellement remplie. »

L’avocat a découvert au cours du procès que la société Energy USA a vendu ses actifs à un autre distributeur d’énergie pour 66.8 M$ pour tenter d’échapper aux  sanctions financières. « A la dernière minute, Energy USA a revendu toutes ses opérations de distribution de propane dans 9 Etats pour éviter de devoir payer une pénalité de plusieurs millions de dollars du fait de sa négligence »  a ajouté l’avocat. Du fait de cette manoeuvre  l’avocat de la famille a obtenu de la Cour un gel des liquidités de ce qu’il reste de la société pour s’assurer que le verdict du jury puisse être honoré.

Désodorisation accidentelle du gaz : réflexions sur quelques procès américains

( traduit de l’anglais par DP)

Bien que le sujet ait récemment fait l’objet d’une attention soudaine suite à  quelques explosions retentissantes  et à  un nombre grandissant de procès,  la disparition ou l’estompage   de l’odeur  du  gaz  n’est ni un fait récent ni une découverte récente. Ce sont les évènements récents qui ont braqué les projecteurs sur le sujet en créant une inquiétude justifiée du côté des gaziers. Les causes et les solutions techniques à  l’atténuation de l’odeur du gaz ne constituent pas le seul problème important dans cette affaire.  L’industrie du gaz se débat actuellement avec les implications  légales de sa connaissance historique de ce problème, ainsi qu’avec  la question de savoir s’il faut prévenir les consommateurs et les professionnels  du bâtiment de manière à limiter sa responsabilité sur cette question, sans pour autant accroître la responsabilité de ceux qui interviennent après le compteur  de gaz.

Histoire de l’odorant et du phénomène d’estompage

Dans leur état purifié, le gaz naturel et le propane  sont  des gaz inodores et indétectables par le sens de l’odorat. Les dangers de cette absence d’odeur sont clairement apparus  le 18 mars 1937 lorsqu’une explosion  coûta la vie à  300 enfants et enseignants dans la ville de New London au Texas. Le Bureau local des mines fit la démonstration que la tragédie de New London avait été causée par une fuite de gaz naturel qui ne fut pas détectée du fait de l’absence d’odeur du gaz. En réponse à cette tragédie, l’Etat du Texas mit en place  la première loi exigeant que du mercaptan soit ajouté au gaz naturel de manière à ce qu’on  puisse détecter la présence de gaz naturel en cas de fuite.

Aujourd’hui la loi fédérale oblige les gaziers à odoriser le gaz naturel de manière à ce que les consommateurs puissent détecter les fuites de gaz. Le ministère des transports américain exige qu’un gaz combustible soit odorisé de manière à ce que le gaz soit détectable par une personne avec un sens de l’odorat normalement développé dès que la concentration en gaz atteint 1/5eme  de la limite explosive inférieure.

L’addition de l’odorant permet la détection par l’odorat humain. Il est patent que si l’odorant perd d’une manière ou d’une autre ses propriétés aromatiques, alors le danger inhérent aux gaz  inodorants ressurgit. C’est tout le problème de l’estompage de l’odeur qui se produit  lorsque le mercaptan et les odorants rajoutés au gaz,  sont adsorbés par l’acier neuf.  L’odorant le plus courant utilisé dans le gaz naturel est le butyl mercaptan tertiaire ( TBM). Les parois intérieurs des tuyaux et des citernes en acier vont réagir chimiquement avec le TBM pour produire un disulfide dont l’odeur est soit moins forte que l’odorant originel, soit inexistante. Quand une molécule de TBM adhère à la paroi d’un tuyau, le processus est  connu sous le nom d’adsorption. L’adhérence du TBM sur la surface empêche l’odeur de voyager dans le tuyau avec le gaz auquel la molécule odorante était auparavant attachée. Jusqu’à ce que l’équilibre d’adsorption soit atteint, la concentration de mercaptan continuer de décroître et le gaz odorisé continuera de perdre son odeur caractéristique.

L’atténuation de l’odeur du gaz, particulièrement en ce qui concerne le propane liquide, est connue et analysée depuis une vingtaine d’années. Par exemple, la Commission de sécurité des consommateurs des USA a conduit une étude sur l’atténuation de l’odeur du propane en 1985 et à nouveau  dans un mémorandum en 1987. Ce mémorandum notait en détail la propension du mercaptan à réagir avec la rouille présente  à l’intérieur des réservoirs  de stockage de propane, ce qui conduisait à des situations où l’odorant ne pouvait plus être détecté à l’occasion d’une fuite de gaz. Du fait de ce danger, les citernes de propane ainsi que les dépliants commerciaux  des propaniers  comportent habituellement des avertissements à l’attention des clients  concernant le potentiel de disparition de l’odeur du gaz dans les vieilles citernes  ou les citernes intérieurement rouillées.

Dès le début des années 90, certains  distributeurs de gaz naturel  ont prévenu leurs propres employés au sujet de l’estompage de l’odeur du gaz dans leurs canalisations.  Ils ont non seulement traité de la question dans les manuels de formation et de sécurité, mais ils ont aussi commencé à conditionner ou « assaisonner  » leurs canalisations de manière à minimiser ou empêcher la disparition de l’odeur.  Cependant contrairement aux propaniers américains, jusqu’à une période récente, les industriels du gaz naturel n’ont pas prévenu les consommateurs au sujet de la propension du gaz naturel à perdre son odeur. Cette disparité entre les avertissements fournis pour le propane ( ndlr : l’auteur ne parle que du cas américain car en France le silence des propaniers sur la question est assourdissant) et l’absence d’avertissement pour le gaz naturel représente une difficulté juridique importante pour les compagnies de gaz naturel qui doivent se  défendre contre des plaintes pour défaut d’information sur l’estompage de l’odeur.

Les risques associés à l’estompage de l’odorant 

Du fait que le processus chimique qui créé le phénomène d’atténuation d’odeur dépend de la surface disponible pour que l’adsorption puisse avoir lieu, il est logique que plus le tuyau est large, plus grande sera la propension à l’atténuation de l’odeur. La rapidité du flux de gaz dans le tuyau est un autre facteur qui détermine le rythme d’adsorption: plus le rythme est lent et sporadique, plus le risque d’adsorption est élevé. Ainsi la taille du tuyau et la vitesse du gaz font qu’il y a plus de chance que l’estompage de l’odeur se produise dans les grands projets résidentiels ou industriels qui sont équipés de tuyaux d’acier neufs de gros diamètre, et sur des longueurs de canalisations plus grandes,  que dans  la maison individuelle traditionnelle.

Que l’estompage de l’odeur se produise durant la phase du chantier de construction du projet industriel ou commercial, ou après la fin du chantier quand le bâtiment est opérationnel, il peut y avoir un grand nombre de personnes potentiellement exposées au risque d’atténuation. Plusieurs explosions récentes provoquées par le  gaz naturel, citées par le Bureau d’Enquêtes Américain pour le Danger et la Sécurité Chimique, démontrent clairement les risques catastrophiques liés à la perte d’odeur :  l’explosion de l’usine  ConAgra à Garner, Caroline du Nord en Juin 2009; l’explosion du Hilton de San Diego en mai 2008; l’explosion de l’hôtel de Cheyenne dans le Wyoming en Aout 2007;  l’explosion de l’école de Porterville en Novembre 2005; et l’explosion de Triumph Foods à Saint Joseph , Missouri en Octobre 2005. Dans chacun de ces cas, il y avait beaucoup de travailleurs sur le site qui furent exposés au risque de disparition  de l’odeur du gaz.

Le Hilton Bayfront de San Diego explose avant d'ouvrir : 14 travailleurs blessés.

Fuite de gaz non détectée par plusieurs  dizaines d’ouvriers sur le chantier peu avant l’ouverture : le Hilton Bayfront de San Diego explose avant d’ouvrir en 2008  : 14 travailleurs blessés.

Prévenir les consommateurs augmente t’il ou diminue t’il l’étendue de la responsabilité du gazier ? 

Durant les 5 dernières années il y a eu 5 explosions importantes en milieu industriel dans lesquels la question de la désodorisation du gaz naturel a été ouvertement posée . Comme on pouvait s’y attendre, avec le nombre grandissant de catastrophes est venu un nombre plus important de procès. L’industrie du gaz naturel fait face à un nombre croissant de plaintes affirmant que les compagnies  n’ont pas informé correctement les consommateurs du phénomène et du danger de désodorisation. Une des inquiétudes des  gaziers est de savoir si le fait de fournir aux consommateurs une information sur l’estompage de l’odorant qui peut survenir en aval du compteur n’entraîne  pas une extension de la responsabilité de la compagnie au delà de ce qui est prévu par les lois fédérales et de celles de l’Etat.

Une des premières questions soulevées dans ce genre d’affaires est de savoir si le distributeur de gaz naturel qui fournit le gaz odorisé a le devoir d’informer les consommateurs au sujet du risque de désodorisation accidentelle. La jurisprudence suggère fortement que ce devoir existe si le gazier connaissait  ou aurait dû connaitre  les dangers liés à  l’estompage de l’odeur.  Un tribunal a soutenu que le risque de  désodorisation impose un devoir d’avertissement et d’instruction reposant sur les épaules du fabricant de l’odorant.  Dans le procès Natural Gaz Odorizing, Inc versus Downs, la Cour a déclaré que la susceptibilité à la désodorisation rend l’odorant « défectueux et déraisonnablement dangereux » si des avertissements adéquats n’ont pas été fournis par le fabricant.  Le procès Downs n’a pas permis de répondre à la question de savoir si des avertissements sont requis de la part du fournisseur de gaz naturel odorisé.

De plus , la Cour Suprème de l’Iowa a soutenu que du fait qu’un distributeur de gaz naturel savait que la situation de son gaz était potentiellement dangereuse, il avait un devoir de prévenir ses consommateurs de cette situation dangereuse. Dans le procès Immobilière Pearson  versus  Interstate Power & Light Co., la Cour a décidé que le gazier défendeur avait le devoir de prévenir ses clients qu’un danger existait lorsque son gaz odorisé était utilisé avec certains « connecteurs cobra » utilisés dans le raccordement de canalisations. La décision de la Cour fut essentiellement motivée par le fait que le gazier savait depuis longtemps que les composés soufrés dans son gaz , ainsi que l’ethyl mercaptan ajouté à son gaz, avaient un effet corrosif sur ces connecteurs et que cette corrosion avait provoqué des fuites dans le sous-sol.

L’argument central de la Cour était basé sur la connaissance par la société du fait que les composés soufrés dans son gaz, ainsi que l’éthyl mercaptan ajouté au gaz, avaient un effet corrosif sur les connecteurs cobra et que cette corrosion était à l’origine de fuites de gaz. La Cour a aussi mis en lumière le fait que le plaignant n’avait aucune connaissance des effets corrosifs du gaz et du mercaptan…..Or dans le droit américain le fournisseur qui est conscient du danger potentiel du produit livré (ou des faits qui peuvent le conduire à devenir dangereux) doit en informer son client s’il a des raisons de croire que son client n’est pas à même d’en apprécier la dangerosité  (American Restatement of Torts, Second) .C’est pourquoi le niveau de connaissance du consommateur ainsi que celui du fournisseur sont essentiels pour apprécier l’obligation d’informer…. La Cour a donc soutenu que la capacité  corrosive du mercaptan était en fait un risque inhérent, et que le gazier avait un devoir d’avertir de l’existence de ce danger, quand bien même le consommateur avait la responsabilité des tuyaux de gaz derrière le compteur…. Par conséquent les gaziers défendeurs ne devraient pas s’attendre à être absout de leur responsabilité pour ne pas avoir prévenu leurs clients, même s’il est établi que l’atténuation de l’odorant ne s’est manifesté uniquement que sur la partie des canalisations de gaz appartenant à leurs clients et située après compteur…. Le fait de prévenir les consommateurs  et les entrepreneurs sur le danger inhérent à la désodorisation n’est pas de nature à augmenter la responsabilité du gazier après compteur, mais, au contraire, satisferait l’ obligation d’information et d’avertissement sur ce danger spécifique propre aux gaz odorisés……….

Le texte complet de l’article, traduit avec l’accord de son auteur, se trouve sur le site de son employeur, le cabinet d’avocat Offit Kurman :

http://www.offitkurman.com/news-events/article/a-pragmatic-approach-for-addressing-the-issue-of-odorant-fade/

Sur l’auteur de l’article :

Mark E. Gottlieb  est avocat au bureau de Philadelphie du Cabinet Offit Kurman. Me Gottlieb est spécialisé dans les domaines du recouvrement d’assurances, des malfaçons dans la construction, de la criminalité en col blanc, et des grands procès. Il a représenté  de nombreuses personnes dans des affaires criminelles retentissantes et des sociétés privées dans des procès à plusieurs millions de dollars. E-mail : mgottlieb@offitkurman.com.

La disparition de l’odeur du gaz incriminée dans des explosions au propane aux USA

Alors que les médias continuent d’en rajouter sur le cas de l’usine Lubrizol qui a empesté le Val de Seine   avec ses rejets involontaires d’odorant gazeux  dans l’atmosphère qui sont allés taquiner jusqu’aux narines de nos amis anglais,  j’ai envie de vous parler, par pur esprit de contradiction, d’une histoire d’odorant qui  disparaît sans crier gare.  Une brève recherche sur Internet montre qu’aucun média français  ne s’est inquiété jusqu’à présent d’informer les consommateurs sur un danger pourtant bien réel. Gageons que  les gaziers français auront simplement oublié de communiquer sur le sujet.  Un danger tellement réel qu’un propanier américain a été  condamné en 2012 à payer 7,5 Millions de dollars à la famille d’une victime d’une explosion au propane pour avoir méconnu le phénomène de désodorisation du gaz propane ( voir archives du site février 2013).

Figurez vous qu’il arrive que le gaz naturel et le propane perdent leur  fameux odorant de manière subreptice et redeviennent inodores….et donc indétectables en cas de fuite. La nouvelle ressemble à un canular de 1er Avril, mais elle n’a malheureusement rien de fantaisiste.  En parcourant la littérature américaine sur le sujet, on se rend compte que les gaziers savent depuis des décennies   que  le gaz naturel comme le  propane peuvent être  « dépouillés » de leur odorant au contact de certains matériaux. Au point qu’une fuite de gaz puisse passer totalement inaperçue pas simplement de ceux qui, l’âge aidant,  ont perdu un peu de leur odorat ou qui ont temporairement le nez bouché, mais aussi de personnes dont le seuil de perception des odeurs est absolument normal.  Il y a même des scientifiques et des ingénieurs qui font des colloques très sérieux sur  la question (« Natural Gas Odorization International Conference & Exhibition », Houston 25 Mai 2010), à commencer par les membres de l’Association Nationale des Ingénieurs Légistes, la NAFE  ou National Association of Forensic Engineering,   l’expression « forensic engineers »  désignant  les experts en sécurité qui viennent enquêter sur les lieux des drames, à la manière des médecins légistes.

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Les propaniers sont  à présent rattrapés par la justice américaine qui leur demande des comptes au sujet d’ouvriers malencontreusement décédés sur des chantiers à la suite d’explosions au gaz  non détectable à l’odorat au moment de l’explosion. En effet les  gaziers et les propaniers ont de tout temps  laissé croire qu’une fuite de gaz était nécessairement détectable à l’odorat.

Si la justice détermine que les gaziers ont une obligation de résultat en matière de « détectabilité » de l’odeur des gaz explosifs, on comprend qu’après chaque accident les propaniers s’empressent de vider les citernes de gaz de leur « gaz fautif » , histoire de faire disparaître toute trace d’un gaz dont l’absence d’odeur perceptible pourrait être à l’origine du drame.  Malheureusement  pompiers et  gendarmes sont laissés dans l’ignorance   que, ce faisant,   ils demandent aux propaniers de faire disparaître les traces de leur propre forfaiture. Très nombreux sont en effet les survivants d’une explosion au propane qui n’ont rien senti venir, alors que ces mêmes personnes sont en temps normal parfaitement capables de reconnaître l’odeur du gaz sans coup férir.  Les propaniers cherchent-ils à éviter que leur responsabilité puisse être engagée  dans des  accidents où l’odeur du gaz était indétectable ?

Tout  d’abord quelques explications sur les circonstances dans lesquelles  le gaz naturel et  le gaz propane peuvent perdre leur odeur…..

Chacun est familier avec l’odeur d’oeuf pourri qu’on associe naturellement avec l’odeur du gaz. Si cette odeur n’est pas présente, alors que le gaz  se trouve bien à l’intérieur,  quand un plombier ou un mécanicien ouvre une vanne pour purger une conduite de gaz, les conséquences peuvent être dramatiques.

La disparition de l’odeur du gaz se produit quand le tuyau de gaz ou la citerne de gaz adsorbe ( adsorbtion = fixation superficielle d’un gaz sur un solide) le gaz odorant qui est ajouté au propane (le fameux mercaptan). Cette disparition peut être totale selon la quantité de gaz  circulant,  le pouvoir d’adsorbtion,  et la surface d’échange entre le solide et le gaz.  Ainsi du gaz sortant d’un long tuyau de gaz peut sortir totalement rincé de son odorant  et ne plus être détectable au nez. Ce phénomène de disparition de l’odeur de gaz, bien connu des gaziers,  est largement passé sous les radars des médias  et du grand public  jusqu’à une époque récente.  Durant la décennie écoulée, il y a eu quelques histoires de purge de tuyaux  de gaz qui ont très mal fini : les rapports d’enquête ont révélé que la cause de l’accident provenait de l’absence d’odeur du gaz.

Le gaz naturel et le propane sont naturellement incolores et inodores. Suite à une explosion qui se produisit dans une école au Texas en 1937, tuant 295 enfants et enseignants, il fût décidé par les autorités de cet état, puis par les autorités américaines,  qu’un odorant serait ajouté au gaz.

Aux USA la responsabilité du distributeur de gaz naturel s’arrête au compteur  : le gazier  a obligation de rendre son gaz odorant uniquement jusqu’au compteur et c’est la raison pour laquelle il sature  ses conduites  d’ethyl mercaptan de manière à éviter le phénomène d’adsorption et  permettre au gaz de dégager une  odeur suffisamment offensive jusqu’au compteur individuel. Après le compteur, l’entreprise de plomberie  est, elle,  censée savoir que l’odorant résiduel peut être adsorbé sur la longueur de tuyau nécessaire pour arriver jusqu’à la chaudière du pavillon, de la résidence, ou de l’usine où se déroule son chantier.

Les tuyaux d’acier , les citernes en acier sont de bons adsorbants du mercaptan, ce qui explique que le gaz y laisse tout ou  partie de son odeur. Ce phénomène se produit surtout dans les tuyaux neufs, dans les citernes de propane neuves, dans les tuyaux de large dimension, et dans les tuyaux où le gaz est  resté longtemps sans circuler. Mais le phénomène peut aussi se produire dans les tuyaux existants, dans des petits diamètres de tuyauterie, et quand le flux de gaz est faible ou intermittent. Les études en laboratoire, qui ont démarré dans les années 80, ont démontré que les  taux d’adsorption de l’odorant sont  affectés par une diversité de facteurs comme la composition des tuyaux, leur taille, leur porosité naturelle, les variations de température, les raccords de tuyauterie, le taux d’oxydation des tuyaux ou de la citerne, la présence d’eau de condensation ou de saletés dans le tuyau de gaz. Les surfaces oxydées sont  particulièrement efficace pour dépouiller le gaz de son mercaptan du fait d’une surface d’échange beaucoup plus importante. Attention : une citerne de propane s’oxyde naturellement dès qu’il n’y a plus de gaz à l’intérieur ( l’air atmosphérique s’installant dans la citerne  ) sauf si le robinet de sortie de citerne a été fermé dès que le gaz s’est définitivement épuisé.

Tous les plombiers qui doivent purger une nouvelle canalisation se fient à leur nez : dès que le gaz a suffisamment chassé l’air du tuyau, le nez est en principe immédiatement averti par l’odeur du gaz qui commence à sortir : le problème est qu’il peut y avoir des cas où le gaz n’a plus d’odeur. Dans un endroit non ventilé,  le gaz non détecté par le plombier peut très très rapidement atteindre une  quantité suffisante pour exploser.

Un problème similaire peut se présenter dans  les chantiers de construction lorsqu’il y a des interruptions ou des délais importants. Si les tuyaux ont été remplis de gaz puis bouchés, et que le chantier s’arrête plusieurs semaines ou plusieurs mois, l’odeur du gaz peut disparaître complètement des tuyaux d’arrivée de gaz. Dans les grands projets immobiliers, une arrivée principale de gaz de gros diamètre est généralement installée et il arrive qu’on y envoie  le gaz pour des besoins limités à quelques essais. Puis le gaz reste dans le tuyau pendant plusieurs mois avant que le travail ne soit terminé. Pendant cette période, le mercaptan a largement le temps d’être adsorbé.

Aux Etats Unis, plusieurs cas d’explosions au  gaz naturel ou au gaz propane dans des espaces clos ont été liés  à une odeur de gaz indécelable.  C’est pourquoi de plus en plus de  voix s’élèvent pour demander que les gaziers  forment les plombiers et informent les consommateurs des dangers de la disparition de l’odeur du gaz, en distribuant du matériel éducatif et en faisant écho à ce problème de sécurité largement méconnu sur leurs sites Internet.

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