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Du danger de perdre de vue la conduite de gaz enterrée dans son jardin, ou comment « mon jardinier m’a tuer »

Alors que  les opposants au propane en France  focalisent leur courroux sur les prix de l’énergie  et sur  les  méthodes commerciales indignes des distributeurs de gaz en citerne,  il semble que sur le continent nord américain,   le propane  ait réussi à liguer contre lui une partie  de la population pour des raisons de sécurité.

En démontrant le « caractère pernicieux »  du gaz propane, l’histoire dramatique  qui suit pourrait  sembler donner raison aux canadiens et aux américains  qui  jurent  ne vouloir du propane dans leur maison sous aucun prétexte. Les dangers du propane et du butane proviennent de ce que ces gaz étant plus lourds que l’air (contrairement au gaz de ville ou méthane), ils s’accumulent en nappes sur le sol au lieu de se dissiper dans l’atmosphère. C’est cette capacité à s’accumuler dans des endroits éventuellement non ventilés, alliée à la très faible quantité nécessaire pour provoquer une explosion,  qui leur confère leur dangerosité particulière. Il semble en outre que la « culture du risque »   à laquelle se trouvent soumis  les entrepreneurs européens n’ait pas encore fait beaucoup d’émules de l’autre côté de l’Atlantique, probablement parce qu’elle y contrarie un peu trop l’esprit de la « libre entreprise ».

Un paysagiste de la ville canadienne de Niagara Falls, Ontario, Canada  ( à ne pas confondre avec sa ville jumelle de Niagara Falls,  N.Y., USA, située de l’autre côté des fameuses chutes qui font la frontière entre les deux pays)   s’est vu infliger  en 2010  plusieurs amendes pour un total  de 225 000 dollars pour infractions au droit du travail et violations des règles  de sécurité ayant  provoqué  une explosion de propane qui a rasé une maison et tué son propriétaire.

signalisation tuyau de gaz

Sharmaine Rudan est morte au moment où le souffle de l’explosion a complètement détruit sa maison   à Niagara Falls le 30 Juillet 2008. Cette grand mère de 54 ans était dans sa maison avec deux femmes de ménage : elle a été vue par ses employés dans le living room quelques secondes avant l’explosion. Les deux domestiques travaillant à l’arrière de la maison s’en sont sorti   avec quelques blessures. De la maison de bois  à un seul niveau avec véranda, appelées là-bas  « bungalow »  (malgré le fait que certaines  peuvent être de très grande taille),  il ne restait  qu’un panneau de mur et une citerne aérienne blanche immaculée, qui semblait narguer le tas de ruines fumantes et  cramoisies.

Shermaine Rudan  et son mari  étaient à la tête  d’un micro-empire  familial local  qui incluait des  hôtels, restaurants et des clubs de strip tease à Niagara Falls, destination touristique traditionnelle  pour les enterrements de vie de garçon et pour  les jeunes mariés.

En procédant à l’excavation de la canalisation  de gaz entérrée, les enquêteurs ont pu mettre en évidence qu’un morceau d’armature métallique avait percé  la conduite.  Selon le jugement de la Cour, le paysagiste et entrepreneur en maçonnerie Genco Masonry Inc. travaillait dans la propriété de Rudan  le jour  de l’explosion. C’est  lors des travaux que la  conduite de propane  courant entre la citerne et la maison  a été poinçonnée par un morceau  de fer à béton. Pendant plusieurs heures, le gaz a fuit dans  le sol, abandonnant au passage son odorant dans la terre et dans le sable  (voir nos  articles sur la perte de l’odorant du gaz au contact de certains matériaux). Le gaz rendu inodore a suivi la gaine du câble de télévision, enterrée avec  la conduite de gaz, pour se répandre lentement dans le sous-sol de la maison. Du fait de l’absence d’odeur,  personne ne s’est rendu compte de la présence du gaz dans la maison. Le gaz a  remplit le sous-sol jusqu’à atteindre son seuil d’explosivité.

La Cour a déterminé que Genco n’avait fait aucun effort pour repérer  la présence du tuyau de gaz avant le début des travaux.

Fortement déconseillé de creuser au dessus du pipeline de gaz

Fortement déconseillé de creuser !

L’entreprise  n’avait pas non plus prévenu ses employés de l’existence d’une conduite de gaz enterrée. Dans la procédure normale au Canada, le maitre d’oeuvre doit appeler un numéro spécial pour localiser les conduites d’eau ou de gaz repertoriées auprès d’un organisme public, que ces conduites  se trouvent sur terrain public ou sur terrain privé. Les artisans sont ainsi obligés d’appeler  « Ontario one call » avant de creuser ou de planter  quoi que ce soit dans le sol. Cette organisation est tenu de répondre à toutes les demandes.

 En conséquence, Genco a été déclaré coupable d’avoir manqué à l’obligation de s’assurer que le gaz, l’électricité et les autres services concernés sur le site du chantier, avaient été localisés, marqués et déconnectés dans la mesure du possible.

Les deux  autres chefs d’accusation qui ont valu à  GENCO d’être déclaré coupable   :

-Manquement à l’obligation de demander au propriétaire du réseau  (ici, le distributeur de  propane) d’être présent pour superviser le terrassement.

-Manquement à l’obligation de fournir les informations, les instructions et la supervision à un travailleur afin de  protéger sa sécurité

Le chef de chantier a plaidé coupable  d’avoir manqué à son obligation de prendre les  précautions raisonnables  pour protéger ses ouvriers sur le chantier (cependant aucun ouvrier n’a  été blessé dans l’explosion).

Le sous-chef des pompiers de Niagara Falls,  Jim Jessop, a déclaré que la conduite de propane avait été ouverte  par un fer à béton. La barre de métal a aussi entaillé une gaine  plastique provenant de l’antenne satellite. La  pression du propane  lui a permis de se frayer un chemin à travers cette   gaine plastique jusque dans la maison.

Sharmaine Denise Rudan et son mari, Chris Rudan, né en Yougoslavie, ont démarré leurs activités dans la « ville de la Lune de miel » peu après leur mariage en 1971. Ils étaient actionnaires principaux du Sundowner Inn, le plus ancien club  de strip tease  de Niagara Falls. Ils avaient aussi des intérêts dans un night  club appelé « Solid Gold » à Burlington, en plus d’un restaurant à Niagara Falls, ainsi que plusieurs propriétés à Fort Erie et  Niagara-sur-le-lac. Le couple avait trois garçons et trois petits-enfants.  Son mari visitait sa famille dans l’ex-Yougoslavie quand son épouse a été tuée.

Maison détruite suite à un accident sur une conduite de gaz souterraine

Maison détruite suite à un accident sur une conduite de gaz souterraine

Un propanier porte plainte contre une famille dont la maison a été détruite par une explosion de gaz propane

Oui . Vous avez bien lu. Il n’y a pas d’erreur dans le titre. On dirait une  histoire  sortie de la presse du Far West au XIX siècle. Mais les faits se sont produits dans l’Etat de New York, au bord du lac Ontario, à quelques kilomètres des fameuses chutes du Niagara. Gageons que ce procès va être suivi par les services juridiques de tous les propaniers de la planète , car il incarne à lui seul  les  décennies de rancoeurs  et de griefs entre  propaniers et  consommateurs.  A priori  l’histoire parait malheureusement banale aux USA : une maison familiale est  entièrement  rasée par une explosion au propane, comme  cela arrive trop régulièrement aux Etats Unis,  causant la mort d’un enfant. Mais cette fois-ci les circonstances qui entourent l’explosion sortent de l’ordinaire.

Une première plainte est déposée par une famille de Wilson (NY) contre le propanier américain Noco Energy Corp. en Octobre 2012, suite à la destruction complète de leur maison provoquée  par une explosion de propane le 24 Juillet 2012.  Mais  le propanier  dépose  une contre-plainte le 4 février 2013 devant la Cour du Comté de Niagara, en accusant le propriétaire de la maison,  Jody Johnson, dont la fille est décédée dans l’explosion, d’avoir causé l’explosion.

La contre- plainte indique que Johnson a déconnecté la citerne de propane appartenant à  Noco après avoir senti une odeur de  gaz dans sa maison le 23 Juillet , la veille de l’explosion, et a rempli une bouteille de 50 kg de gaz qu’il avait dans sa propriété, avec du propane acheté dans un magasin de la réserve indienne  de Tuscarora. Johnson a alors connecté cette bouteille à son système de chauffage. A environ 6 heures du matin le lendemain, sa maison a été complètement détruite par une violente explosion.

Sarah Johnson, sa fille de 14 ans a été tuée dans l’explosion. Sa soeur Katie 19 ans, souffre de graves brûlures et a été hospitalisée plusieurs semaines. Les parents et leur fils Nathan ont souffert de blessures moins importantes.

“Nous nions les allégations portées contre Jody Johnson » a immédiatement déclaré l’avocat de la famille dans un e-mail au journal « The Buffalo News »

“Ces allégations ignorent le fait que Mr Johnson n’aurait jamais branché un réservoir temporaire à la place de sa citerne habituelle,  si Noco avait émis un avis contradictoire, ou avait réagi comme il se doit à la situation d’urgence au moment où les Johnson ont déclaré au propanier qu’ils sentaient une odeur de gaz dans la maison.  Au lieu de cela, Noco a traité l’affaire comme s’il s’agissait d’une citerne de gaz quasiment vide. Noco essaye simplement de détourner le blâme dans cet horrible accident,” a dit Beck, du bureau d’avocats de Buffalo,  Duke Holzman Photiadis & Gresens.

La citerne et la fameuse citerne sont les seuls rescapés de l'explosion de la maison

La citerne et la fameuse bouteille installée la veille de l’explosion  et responsables de l’explosion  sont ironiquement les seuls objets rescapés du drame

Les Johnsons ont porté plainte contre  Noco le 26 Octobre dernier, en demandant un montant de dommages et intérêts à déterminer  pendant le procès. Mais leur plainte reconnait que la citerne de propane NOCO a été déconnectée avant l’explosion par Jody Johnson, lequel  travaille comme frigoriste dans une société de climatisation et d’installation de pompes à chaleur dans la ville de Tonawanda.

La contre-plainte de Noco cherche à rendre responsable de l’explosion Jody Johnson et peut être le magasin Jay’s Place II, sur la route de Walmore, dans la Reserve de Tuscarora , où Johnson est allé remplir   la bouteille de propane  de 50 kg durant l’après midi du 23 Juillet.

L’avocat de Noco,  Flynn, a déclaré que Noco n’essaie pas d’obtenir des dommages et intérêts de la part de Johnson ou de Jay’s Place, mais que la position de Nico est que le drame est à mettre sur le compte de Mr Johnson et de Jay’s Place.

Outre la discussion autour des initiatives prises par Johnson, l’instruction portera sur les échanges téléphoniques entre Judith Johnson et un représentant du service client de Noco l’après midi du 23 Juillet.

La plainte originale des Johnsons prétend que Judith Johnson a appelé pour dire qu’elle sentait l’odeur du gaz et que le représentant de Noco lui aurait répondu que c’est juste l’odeur de l’odorant du gaz. Elle aurait ajouté que le niveau dans la citerne était bas et que c’était pour cette raison que Mme Johnson percevait une odeur de  gaz inhabituelle.

( explication de l’éditeur du site   :  le gaz de  fond de citerne « sent plus »  que la normale car l’odorant  étant plus lourd que le gaz,   a tendance à se concentrer en fond de cuve. Ce phénomène est d’autant plus manifeste lorsque  le contenu de la citerne n’est pas souvent renouvelé, comme c’est le cas des residences secondaires. Les propaniers  exerçant dans les zones de villégiature – ce qui est le cas de la région de Niagara- sont  habitués à recevoir des appels téléphonique  de clients qui sentent une odeur de  gaz inhabituelle,   sans se rendre compte qu’ils sentent en réalité un propane beaucoup plus odorisé que d’ordinaire  -on trouve ce genre de témoignages  sur les forums américains et canadiens -.  C’est probablement pour cette raison que l’employé de  Noco qui a pris l’appel des Johnsons n’aurait pas réagi).

La contre plainte de Noco ne parle pas de cet échange . A la place, elle affirme que les Johnsons ont refusé de permettre à quelqu’un de venir sur place cette nuit-là inspecter leur citerne de propane.  » Si les plaignants ont souffert des blessures et les dommages comme indiqué dans leur plainte, à travers une négligence ou une faute autre que la leur, c’est parce que la négligence de Jody Johson a été la cause directe, actuelle , et rapprochée de l’accident et des blessures reçues par le plaignant »

Ca va prendre un peu de  temps avant que tout ceci soit examiné attentivement par la Cour et  l’ADECOPRO vous tiendra au courant de la suite de ce procès à travers la presse américaine. Les échanges de conclusions, de preuves et  de documents doivent être terminés fin 2013, afin de permettre  un procès en 2014.

Question : pour quelle raison Johnson était-il si sûr d’avoir réglé le problème en déconnectant la citerne ?           Parce  que ca ne sentait plus le gaz dans la maison après avoir fermé la citerne ?  Pourquoi un professionnel de la climatisation n’a pas pu penser que la fuite à l’origine de l’explosion  pouvait aussi bien venir de ses  canalisations ou des appareils raccordés  au gaz  ? Mystère.

En cas d’odeur de gaz dans la maison, n’allumez pas les lumières,  ne  cherchez pas à régler le problème vous même. Sortez de la maison si vous êtes le seul occupant et faites sortir les autres occupants si vous n’êtes pas seul(e). Fermez le robinet de gaz de votre citerne qui se trouve sur le dessus de votre citerne……..puis éloignez vous de la maison pour demander de l’aider…..

La maison des Johnson

La maison des Johnsons après l’explosion

En Indonésie, cuisiner au GPL réduit beaucoup les déficits publics et un peu… l’espérance de vie

Dans un pays de 240 millions d’habitants où la moitié de la population vit avec moins de 2 € par jour, le  gigantesque programme de conversion des réchauds  de cuisine  indonésiens au butane-propane reste unique dans les annales de  gestion publique. Par son ampleur et sa rapidité de mise en oeuvre,  il préfigure les grands bouleversements à venir dans le domaine des énergies domestiques,   et la redistribution des cartes entre les deux grandes énergies à base d’hydrocarbones : le  pétrole et le  gaz.

C’est en 2006-2007 que le gouvernement indonésien a initié un programme de conversion pour substituer le GPL au  kérosène, utilisé traditionnellement par la population pour alimenter les réchauds de cuisine. Le kérosène est issu exclusivement de la distillation du pétrole brut alors que le GPL peut être tiré soit du pétrole soit du gaz naturel. Les réserves en gaz indonésiennes sont actuellement estimées à plusieurs fois le niveau de ses réserves en pétrole.   Le but du programme était de réduire l’enveloppe des subventions distribuées aux ménages pour ce combustible ainsi que pour  l’essence et  l’électricité, une enveloppe qui totalise la somme de 32 Milliards de dollars  en 2012 (soit environ 130 $ par personne et par an).   A  titre de comparaison le budget des infrastructures de l’Etat indonésien est 4 fois moins élevé que le montant des subventions versées pour faciliter l’accès à l’énergie.   PT Pertamina, l’entreprise publique chargée des affaires pétrolières et gazières pour le compte de l’Etat indonésien, a été chargée de gérer l’opération au titre de ses obligations de service public.

Cinq ans plus tard,  le montant des économies réalisées par le gouvernement indonésien du fait du changement de combustible de cuisson,  totalise 6,5 milliards de dollars. Dans les grandes lignes, le programme a eu pour effet de  convertir 10 millions de m3 de kerosene en 5 millions de m3 de GPL.  Pour arriver à cet objectif,  Pertamina  a distribué gratuitement  en 5 ans, 54 millions de réchauds  fonctionnant au GPL aux familles.   En 2013 Pertamina prévoit d’en  distribuer  2,3 millions supplémentaires. Avec les réchauds, Pertamina fournit un package  prêt à l’emploi  comprenant une bouteille de gaz de 3 kg (une mini bouteille lancée sur le marché à cette occasion), un tuyau souple pour connecter la  bouteille et le réchaud, ainsi qu’un régulateur. Le coût humain de ce programme de conversion s’est chiffré en centaines de morts et de blessés, victimes tout à la fois  de leur méconnaissance des règles de sécurité, de l’insuffisance des programmes d’information à destination du grand public et des professionnels,  et de la mauvaise qualité du matériel distribué.

Bouteille de GPL de 3 kg spécialement crées pour le programme de conversion

Bouteille de GPL de 3 kg spécialement crées pour le programme de conversion

Avant le démarrage du programme de conversion kerosene-GPL, l’immense majorité des indonésiens utilisait le kérosène dans leur vie quotidienne pour la cuisine et l’éclairage. Comme le gouvernement ne subventionnait que le kérosène de cuisine, beaucoup d’entreprises s’arrangeaient en douce pour substituer le kérosène subventionné au kérosène industriel non subventionné, la différence de prix entre les deux étant importante.  L’augmentation des prix du pétrole avant 2008 a fait grimper en flèche les subventions au kérosène et a englouti une partie significative du budget du gouvernement, l’obligeant à changer son fusil d’épaule. Il est vrai que les réserves de gaz de l’Indonésie seraient sans commune mesure avec ses réserves de pétrole, dont le kérosène est un sous-produit.

Evènements désastreux

Les problèmes ont commencé en 2008 quand beaucoup de bouteilles de 3 kg ont commencé à exploser dans les maisons.  Les fuites de gaz n’étaient  pas détectées par des populations peu averties et s’accumulaient dans les pièces mal ventilées. Quand le réchaud était allumé, les vapeurs de  gaz en suspension prenaient feu ou explosaient, brûlant les occupants  et  consumant les maisons faites de bric et de broc.

Le Public Policy Study Center (PUSKEPI) a enregistré 189 accidents liés à des inflammations ou explosions de gaz  de 2008 à 2010. Pour les 6 premiers mois  de 2010, on a enregistré 95 feux  ou explosions entraînant le décès de  22 personnes, auxquels il faut rajouter 131 hospitalisations et 55 maisons  endommagées. Les accidents les plus nombreux concernent Jakarta , et l’ouest de Java.

Les enquêtes menées sur les incendies causés par les vapeurs de gaz butane propane ont conduit à identifier un certain nombre de problèmes.

Le premier problème concernait les bouteilles dont les accessoires ne respectaient pas les normes de fabrication indonésiennes. Pertamina avait fait le choix de sous traiter la fabrication des mini bouteilles à un nombre  important de fabricants locaux et d’importer le reste de pays étrangers. En principe tout le monde devait respecter les mêmes règles.  Dans la réalité, une étude conduite par l’Agence nationale de protection des consommateurs ( BPKN) révéla en 2010 que parmi un échantillon de package distribués aux  consommateurs,  aucun tuyau souple, 2/3 des robinets  de bouteilles, la moitié des réchauds , 20 pour cent des régulateurs et 7 % des bouteilles ne remplissaient pas les normes de sécurité. La police de Jakarta ( Polda Metro Jaya ) a même dû fermer une  entreprise  de fabrication de bouteilles de GPL  de Tangerang  qui avait produit 200 000 bouteilles non conformes.

Le second problème concernait la contrefaçon ou la contrebande de bouteilles de GPL de qualité sub-standard. La police a arrêté plusieurs revendeurs de GPL parce qu’ils revendaient des bouteilles non-conformes. L’Association des fabricants de bouteilles en acier ( ASITAB) a avancé qu’il y avait en Indonésie 20 millions de bouteilles de gaz non conformes pour un parc total estimé à 80 millions, une information qui intéressera les touristes qui ont l’habitude de manger dans les échoppes, dont la presse indonésienne nous apprend par ailleurs  qu’un certain nombre prend feu chaque année. Bien évidement l’ASITAB se plaint que ces produits de contrebande sont fabriqués en Chine (c’est de bonne guerre commerciale) et ne présentent pas toutes les garanties de sécurité.

Le troisième problème concernait  le gouvernement et l’entreprise publique Pertamina, accusés par les ONG locales de ne pas avoir  fait suffisamment d’efforts pour éduquer les gens à utiliser le matériel dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Or un public  novice  a besoin de connaitre les  gestes cruciaux qui préviennent les accidents : comment vérifier l’état d’une bouteille, d’un régulateur, d’un tuyau de raccordement.  Ces derniers  auraient dû être remplacés tous les ans du fait de la  qualité très moyenne  des caoutchoucs utilisés  mais les consommateurs n’étaient pas au courant de cet impératif de sécurité…Or chaque manipulation du tuyau, comme lors d’un changement de bouteille  – d’autant plus fréquents que la bouteille a une capacité très limitée –   rend  le tuyau plus dangereux.

Le quatrième problème concernait spécifiquement les joints d’étanchéïté en caoutchouc. La police a constaté que des joints étaient cassés lors d’opérations de remplissage illégales consistant à acheter des bouteilles subventionnées de 3 kg pour confectionner des bouteilles non subventionnées de 12 kg et empocher l’écart de prix lié aux subventions au passage.  4 bouteilles de 3 kg coûtent 52000 roupies à l’achat  (environ 4 euros) alors qu’une bouteille de 12 kg se vend 75000 roupies (environ 6 euros). La police a mis fin aux activités d’une société  à Bantar Gebang qui arrivait à réaliser 4000 cycles par jour, générant un profit illégal de 4 milliards de roupies par mois (300 k€).

9 millions de bouteilles non conformes

Les explosions au GPL subventionné en Indonésie ont fait beaucoup de victimes et causé beaucoup de dégâts. En 2010, le gouvernement et Pertamina ont décidé de retirer du marché 9 millions de bouteilles non conformes. A partir de 2010 devant le scandale grandissant (une femme est allé déposer son enfant défiguré devant le palais présidentiel en réclamant réparation), Pertamina a commencé à réunir les fonds pour financer un programmes d’aide aux victimes des explosions de bouteilles de 3 kg. Ceux qui souffrent d’invalidité permanente ou la famille des personnes décédées se sont vu attribuer une indemnité pouvant aller  jusqu’à ……..2000 Euros. La vie n’a visiblement pas la même valeur partout.

A noter que l’Indonésie réfléchit à un programme de même ampleur  pour convertir au GPL les véhicules à moteur qui fonctionnent actuellement à l’essence subventionnée. Le gouvernement a bien essayé d’augmenter le coût du carburant automobile de 33 % en 2012 pour inciter les gens à changer de carburant  mais le projet a été enterré devant la levée de boucliers causée par l’annonce de l’augmentation. Le projet se heurte aussi au manque d’infrastructures pour la distribution de GPL carburant.

La conversion des moteurs à essence ne concerne pas seulement les véhicules terrestres: dans plusieurs régions de l’archipel des Célèbes ( Sulawesi) où la pêche est la principale source de revenus et de subsistance, les pirogues de transport ( les Ketinting ) et autres  bateaux de pêche sont eux aussi convertis progressivement au GPL pour permettre aux pécheurs et transporteurs de réaliser de substantielles économies.

Pour finir on notera que d’après la presse, Pertamina est candidate à la reprise d’une raffinerie située sur le territoire français  dont le sort sera probablement scellé en 2013 : la raffinerie de  LyondellBasell sur l’étang de Berre. Cette raffinerie est en cours  de reconstruction et ses unités de raffinage sont mises en veille jusqu’à la fin 2013, le groupe propriétaire n’ayant pas réussi à trouver un repreneur. Si elle devait s’arrêter, la raffinerie de Berre serait la quatrième  à cesser son activité en France ces dernières années après celle de Petit Couronne et de Rechstett  ( appartenant ou ayant appartenu au groupe Petroplus).

Fuite de gaz propane désodorisé : 1 mort, 7 blessés, 7,5 M$ de dollars d’indemnités

La famille de l’électricien William Nichols a déposé plainte en 2011 pour négligence aggravée et mort sans intention de la donner contre le propanier EnergyUSA , basé à Taunton ( près de Boston, MA) , qui a installé et rempli un réservoir de propane dans le pavillon où travaillait Nichols, ainsi que contre le chauffagiste Smolinsky Brothers Plumbing and Heating Service, qui a installé la chaudière et la tuyauterie impliquées dans la fuite de gaz.

Nichols travaillait dans une des maisons en construction du lotissement « Le village au bord de la rivière » à Norfolk (MA) quand la maison a littéralement explosé le 30 Juillet 2010 à l’heure du déjeuner faisant 8 blessés dont Nichols. Nichols est resté coincé sous les débris brûlants pendant plus de 90 minutes avant que les sauveteurs ne réussissent à dégager l’ouvrier de l’amoncellement de poutres calcinées. Il est mort des suites de ses brûlures à l’hôpital un peu plus tard dans la soirée.

Les enquêteurs de Norfolk ont avancé  dans leur rapport que l’explosion était très probablement causée par une fuite de propane dans la chaufferie du sous sol. Le premier rapport indiquait que l’ethyl mercaptan, un odorant chimique ajouté au propane pour le rendre détectable à l’odorat, n’a pas été trouvé dans les échantillons de gaz prélevés dans la citerne enterrée du pavillon en duplex. Le rapport posait l’hypothèse  que l’odorant, ou ce qu’il en restait, avait disparu entre la toute première livraison de gaz  dans la citerne en avril et l’explosion fin juillet (voir l’explication du phénomène d’adsorption du mercaptan par l’acier de la citerne neuve  ici)

Le grand méchant loup ? Non le gaz désodorisé ...

Le grand méchant loup ? 
Non, le gaz désodorisé …

En avril, EnergyUSA a mis 750 litres de propane dans une citerne de 3750 litres de capacité, alors que les recommandations de la profession sont de remplir le réservoir au maximum de sa capacité de 80 % lors de la première livraison afin d’imprégner les parois de la citerne avec l’odorant. « EnergyUSA savait ou aurait dû savoir le risque pris en ne mettant que 750 litres de propane dans un réservoir de 3750 litres tout neuf » explique alors l’avocat de la famille de l’électricien.

Selon ce premier rapport  préparé par les pompiers et la police locale, EnergyUSA a expliqué aux enquêteurs qu’ils n’ont livré seulement qu’une petite quantité de gaz car le site était en construction et que les compteurs de gaz n’avaient pas encore été installés.

Mais l’enquête ne s’est pas arrêtée là. L’explosion de Norfolk a déclenché des recherches plus étendues  sur la question du  propane désodorisé, recherches conduites  par le procureur général Martha Coakley et par le maréchal des pompiers de l’ Etat du Massachusetts Stephen Coan. Leurs recherches ont  montré qu’à partir de Mai 2010, du propane désodorisé avait  été distribué à travers plusieurs Etats par un négociant  en propane du nom de  DCP Midstream. Cependant les enquêteurs n’ont trouvé aucune lien direct entre DCP Midstream et l’explosion de Norfolk.

Le second rapport d’enquête écrit pour clore  les investigations  du Fire Marshall Coan  à la recherche du propane désodorisé se trouve sur Internet ( en anglais).

not odorized

Le panneau en bas à gauche indique que le propane n’est pas toujours odorisé lorsqu’il voyage dans les wagons.

J’ai fait un résumé de ce rapport qui serait trop long à traduire dans sa totalité . Où l’on comprend que l’absence de contrôle de la teneur en mercaptan du propane  à tous les maillons de la chaîne logistique  pose un vaste problème de sécurité publique.

– les échantillons de gaz liquides prélevés dans la citerne du pavillon qui a explosé confirment qu’il n’y avait virtuellement pas d’ethyl mercaptan dans le propane

– les pompiers de Norfolk donnent l’ordre de procéder aux vérifications de toutes les citernes de gaz du lotissement pour vérifier le niveau d’odorant

– le 30 Aout les autres citernes du lotissement sont testées et révèlent une sous-odorisation du GPL. Pour des raisons de sécurité, toutes les citernes sont alors  déterrées et des citernes temporaires sont amenées sur place.

– les citernes temporaires sont testées et le déficit d’odorant est à nouveau constaté, ainsi que l’absence d’odeur de gaz dans la camion de livraison de la société EnergyUSA qui remplissait  les citernes du lotissement.

– des tests sont alors effectués sur le stockage vrac d’EnergyUSA à Taunton. Ces tests  montrent  un niveau de mercaptan très insuffisant.

-le maréchal des pompiers du Massachusetts Coan ordonne alors une vaste enquête et contacte le bureau du Procureur Général pour recevoir l’assistance d’enquêteurs.

-le Service de Protection Incendie (SPI) du Massachusetts se penche sur l’origine du propane acheté par EnergyUSA après du négociant DCP Midstream à Westfield ( MA)

– le SPI envoie des enquêteurs à Westfield . En arrivant sur place le 31 Aout 2010, ils émettent une ordonnance de « cease and desist » (cessation et désistement de toutes les opérations en cours) .

– sur la base des informations fournies, les Etats du Connecticut et du New Hampshire identifient des problèmes de même nature concernant l’absence d’odorant du propane et décident de fermer plusieurs centres de stockage.

-le 8 Septembre, une correspondance de la société AUX MOINES à East Morris, IL, indique que du propane incorrectement odorisé a pu être expédié depuis leur centre à destination du Massachusetts et de 9 autres Etats.

-devant l’ampleur grandissante de l’enquête les parties décident de contracter un enquêteur indépendant. Il est chargé de faire toute la lumière sur les activité de négoce de DCP Midstream pour les opérations postérieures au 6 Mai 2010: livraisons reçues, ventes réalisées, qui a acheté et dans quelles quantités………..

-les parties prenantes s’entendent avec le bureau du Procureur sur la méthodologie de l’enquête, basé sur les standards nationaux prescrivant une proportion de 1 livre  de mercaptan pour 10 000 gallons de gaz (ndlr : soit en système décimal une posologie de 1 kg de mercaptan pour 45 tonnes de gaz). Dans un prélèvement de gaz  liquide, cette proportion équivaut à trouver 17 ppm d’ethyl mercaptan.

– en quelques mois l’examinateur indépendant met en lumière la possibilité d’un mélange non intentionnel de propane odorisé avec du propane non odorisé.  Il ne parvient cependant pas à établir de lien chronologique avec le négociant DCP Midstream.

– le rapport final de la SPI sort le 4 Janvier 2011. Il a été transmis au niveau fédéral avec un certain nombre de conclusions et de recommandations. Parmi les remarques conclusives :

1)le GPL manque de réglementation fédérale, contrairement au gaz naturel, ultra réglementé.

2)il n’existe aucune exigence réglementaire en ce qui concerne le mercaptan,

3)il n’y a pas de normes  pour apprécier la disparition de l’odorant dans le gaz

Retour au procès de la famille Nichols 

Le 9 Juillet 2012, l’avocat de la famille de William Nichols annonce que suite au dépôt de plainte, il est arrivé à une transaction avec la société Energy USA et Smolinsky Brothers Plumbing pour une somme de 7,5 M$. La plainte stipulait qu’Energy USA avait négligemment sous-rempli le nouveau réservoir de propane du projet de construction du condominium de Norfolk, ce qui avait causé la disparition de l’odorant rajouté au propane. Cela avait rendu la fuite de propane indétectable.  La plainte prétendait aussi que Smolinsky Brothers n’avait pas resserré correctement un des raccords de la chaudière ce qui avait conduit à laisser fuiter un gaz indétectable.

L’avocat de la famille a ajouté  » Cette tragédie aurait pu être évitée facilement. Il était facile de prévoir que l’odorant disparaîtrait, mettant les ouvriers en danger.  Energy USA a clairement violé un avertissement imprimé de manière très visible sur la face intérieure du capot de la citerne de gaz dont ils étaient propriétaires, qu’ils ont installée et qu’ils n’ont malheureusement que partiellement remplie. »

L’avocat a découvert au cours du procès que la société Energy USA a vendu ses actifs à un autre distributeur d’énergie pour 66.8 M$ pour tenter d’échapper aux  sanctions financières. « A la dernière minute, Energy USA a revendu toutes ses opérations de distribution de propane dans 9 Etats pour éviter de devoir payer une pénalité de plusieurs millions de dollars du fait de sa négligence »  a ajouté l’avocat. Du fait de cette manoeuvre  l’avocat de la famille a obtenu de la Cour un gel des liquidités de ce qu’il reste de la société pour s’assurer que le verdict du jury puisse être honoré.

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