Association Défense des Consommateurs de Propane

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Vers la fin du chauffage au fuel domestique : du triomphe du lobbying au retour des pleureuses

Ce site,  qui traite principalement des conséquences pour le consommateur des entraves à la concurrence sur le propane vrac, n’est pas sensé s’intéresser à la question du fioul domestique, sauf à comparer le prix de revient du kwh des différentes solutions de chauffage offertes aux ménages français.  La distribution du fioul domestique en France ne pose en effet aucun problème de régulation du point de vue des autorités de la concurrence,  à la différence du propane.

L’Association n’est donc pas a priori  compétente pour émettre un avis ou intervenir dans le débat public lancé par la récente sortie du  premier ministre concernant son intention  de programmer d’ici à la fin du prochain quinquennat  la fin du chauffage domestique au fioul. Autant dire de suite que  nous ne nous réjouissons guère  de voir, demain, les millions d’utilisateurs de cette énergie bon marché rejoindre, contraints et forcés, la longue liste des consommateurs de propane ulcérés par des factures astronomiques de chauffage, conséquence de l’incompétence  de nos dirigeants et du je-m’en-foutisme de nos hauts fonctionnaires sur  la question du gaz en citerne.

Dans l’absolu, et sans considération pour les conséquences sociales inéluctables d’une  décision qui semble avoir pris tout le monde a rebours (s’agissait-il de détourner l’attention de sujets plus brûlants ?),  la volonté exprimée par le premier ministre d’éradiquer le fuel comme énergie de chauffage domestique en dix ans  montre que les arguments écologiques sont capables de primer aujourd’hui sur toutes considérations  économiques. Là est la seule bonne nouvelle. Qu’un gouvernement engage un secteur d’activité employant directement 8 000 personnes en France dans une décroissance à marche forcée,  est du jamais vu en France depuis l’arrêt de l’amiante.

 

Bercy

Les grands projets énergétiques vus par Bercy  ( Le Canard Enchaîné du 14/11/2018)

Il importe que le lecteur se représente ce que cela signifie très concrètement  : 12 % des foyers français vont devoir changer de mode de chauffage,  des milliers d’emploi vont disparaître en dix ans,  des centaines de millions d’Euros d’investissement dévalués,  des fonds de commerce, des actifs d’entreprises perdront  toute valeur.  Tout ne disparaîtra pas certes pas   jour au lendemain car les professionnels utilisant le fioul pour les besoins de leur entreprise ne seront apparemment pas impactés avant la fin des années 2020 ( on estime leur nombre à 250 000, dont de  nombreux hôtels restaurants ). Mais le marché aura entre temps perdu  85 ou 90 % de ses volumes de vente, provoquant une concentration de la distribution entre une poignée d’acteurs qui auront su diversifier leur portefeuille d’activités à temps.

Mais revenons un instant aux vidéos qui circulent sur Internet sur le sujet.  On a pu voir dernièrement l’interview d’un des représentants de la profession, un certain Frédéric Plan, ci-devant patron de la Fédération Française des Carburants,  Combustibles et Chauffage (FF3C). Cette fédération représente, ou tente de représenter  les petits  distributeurs de fuel,  tandis que les très gros distributeurs de fuel  indépendants des groupes pétroliers et de la grande distribution (comme le groupe Bolloré Energie), font bande à part au sein de la Fédération Française des Pétroliers Indépendants (FFPI).

Donc Mr Plan est venu se plaindre au micro du très droitier Yves Calvi,  pendant la matinale de RTL,  que la décision du gouvernement aurait été une  surprise totale, une bombe  dont l’effet déflagrant aurait été décuplé par l’absence de toute concertation préalable avec les professionnels concernés. En face de lui un Calvi  toujours aussi « bas de plafond » (de son propre aveu!) , ignorait visiblement tout de la question,  et laissa Plan faire son cinéma avec ses  « chaises à deux pieds ». Bien évidement Calvi a oublié de demander à son invité si, à tout hasard et au bout du compte, l’entrée sur le marché de la distribution de propane vrac ne constituerait pas la  bouée de sauvetage la plus sûre, la plus évidente pour des petits  professionnels du fuel aux abois.

Cela fait bien longtemps, en réalité, que la question du sauvetage des petits distributeurs de  fioul se trouve posée sur la table. Si, en Allemagne,  la moitié des distributeurs de fioul sont engagés en parallèle dans la distribution de propane vrac,  on ne trouve sur tout le territoire français  qu’une seule entreprise qui distribue à la fois  du fuel  ET du gaz en citerne ! Et cela quand bien même tous les distributeurs de fuel (ou presque) travaillent  avec les propaniers pour distribuer leurs bouteilles de GPL !  Or les marges sur le propane vrac se chiffrent en centaines d’Euros par tonne,  là où un revendeur de fuel ne gagne que quelques euros par centaines de litre.  On comprend de suite l’intérêt pour la survie des petits distributeurs de fuel,  de se lancer à la conquête du marché du gaz en citerne.

Constatant donc que la FF3C recommandait aux fioulistes de se diversifier dans la distribution d’autres énergies  (bois bûche, pellets.. ), mais ne trouvant aucune indication sur le site internet de la FF3C de la pertinence ou de la possibilité de réaliser cette diversification dans le propane vrac, j’avais joint Frédéric Plan au téléphone en 2014,  lors d’un court entretien téléphonique qu’il avait bien voulu m’accorder. Je lui avais  posé la question de savoir pourquoi il n’incitait pas les distributeurs de fuel à entrer sur le marché du propane vrac. A sa réponse oiseuse, matinée de fausses considérations sur l’éternelle question des citernes de gaz,  je compris immédiatement qu’il n’était pas et ne serait jamais  l’homme de la situation. Ce n’est qu’en appelant par la suite divers petits distributeurs de fuel ayant pris leur distance vis-à-vis de la FF3C, histoire d’en avoir le coeur net, que j’appris que Mr Plan est surnommé «Mr Rantanplan »,  en vertu de sa capacité à s’aplatir devant les grands groupes pétroliers ( les nouveaux Dalton ! ) au lieu de leur sauter à la gorge.  Généralement ce sont les mêmes qui n’hésitent pas à taper  sur  le dos de l’Etat chaque fois que l’occasion s’y prête….

Ceci explique probablement la réponse qu’il m’avait faite à l’époque, même si ma question portait non sur les relations entre la FF3C et ses grands fournisseurs de fioul, mais sur le désintérêt de la FF3C à inciter ses adhérents à engager le bras de fer avec les propaniers sur un marché de niche bien plus profitable que celui du fioul domestique. Un marché susceptible de redonner plus que des couleurs à une profession que Frédéric Plan est  sensé défendre, mais que son manque d’imagination, ou sa complicité passive avec un clientélisme de rigueur dans les milieux patronaux,  entraîne en réalité droit dans la tombe.

Dès lors que  le compte à rebours sur la fin du fioul comme énergie domestique est lancé , la question se pose de savoir si les petits chefs d’entreprise adhérents de la FF3C vont trouver la force de s’accorder une autre « vie »  en osant défier les propaniers sur leur propre terrain.  Ce qui apparaît certain en l’état actuel des choses, c’est qu’ils ne devront compter que sur eux-mêmes. Abraham Lincoln disait très justement  « Vous ne pouvez pas forcer le caractère et le courage en décourageant l’initiative et l’indépendance ». Vous voulez une anecdote qui en dit long sur le découragement des entrepreneurs français ? En huit ans d’existence du Groupement Propane Libre, seul un revendeur de fuel m’a contacté ( oh ! miracle ! ) pour se renseigner sur les conditions de fonctionnement du marché du propane vrac dans le cas où il oserait se lancer sur ce marché (et accessoirement pour savoir si notre groupement serait disposé à l’aider à s’implanter) . Et devinez quoi …. le fiouliste  en question était suisse !

 

Fast forward.  Qu’en est-il donc des propos de Mr Plan sur la disparition selon lui inopinée  du fuel domestique,  dans l’agenda de la transition énergétique du gouvernement français ? Si je me reporte au communiqué de presse d’avril 2013 du lobby pro fuel européen EUROFUEL , émanation des fabricants de matériel de chauffage au fuel, je lis ceci :

« Suite à une très longue campagne de lobbying en Europe, OFTEC et EUROFUEL ont gagné une victoire significative pour les industriels du fioul.  Six ans auparavant ( donc en 2007 ) le futur du secteur du chauffage au fuel semblait très  sombre lorsque la Commission Européenne a publié son projet de directive sur les produits énergétiques. La directive en question aurait exigé que les émissions de NOx ( ndlr : oxyde d’azote) en provenance des chaudières restent sous le seuil de 105 milligrammes par kwh. Si ces limites avaient été acceptées, elles auraient détruit l’industrie du fuel DU JOUR AU LENDEMAIN ( c’est moi qui souligne) parce qu’il aurait été impossible de réduire les émissions au niveau exigé »

« Cependant » continue le communiqué  « après un lobbying intense des partenaires industriels au sein d’Eurofuel, la directive récemment publiée a établi la limite maximum de Nox a 120 milligrammes par kwh pour les chaudières fuel, un chiffre que les fabricants estiment réalisable et au respect duquel ils souhaitent désormais travailler » . Et le patron d’OFTEC de continuer :  «l’introduction du nouveau standard a été différé jusqu’en 2018 au lieu de 2016 comme proposé précédemment, ce qui donnera le temps aux fabricants de faire les changements prévus dans la composition du nouveau combustible».

Comment Mr Plan peut-il, dans ces conditions, venir raconter  sur les antennes de RTL que la décision du gouvernement prend les fuelistes par surprise ? Des fuelistes qui, au demeurant, n’ont pas perdu tout espoir, y compris en France,  de faire valider par les autorités nationales  un nouveau fuel allégé en carbone. C’est dans cette perspective historique qu’il faut comprendre la décision du  gouvernement français. Une décision qui mettrait définitivement fin aux derniers espoirs des partisans du fuel de chauffage en France,  de reporter indéfiniment un destin funeste promis par la Commission depuis des lustres.

D’ailleurs la France ne fait pas œuvre de pionnière en la matière puisque le gouvernement britannique a pris une décision encore plus radicale l’année dernière. Les britanniques ont annoncé  souhaiter éliminer le fuel comme énergie de chauffage non seulement sur leur marché domestique, mais aussi sur le marché du chauffage professionnel.  Le gouvernement  de sa Majesté a annoncé vouloir agir dans un premier temps sur les constructions neuves,  puis dans un second temps sur le marché de la rénovation. 1,5 millions de foyers sont concernés en Grande Bretagne contre 3,3 millions en France.  Le défi est de taille. En comparaison,  il n’y a que 500 000 foyers en tout et pour tout  chauffés au propane en France.

Suite à la décision du gouvernement britannique, le patron anglais de la Heat Pump Association ( l’association britannique des fabricants de pompe à chaleur ) exultait sans retenue dans un communiqué, allant jusqu’à imaginer pouvoir supprimer le propane comme énergie de chauffage dans un avenir proche :

« Cette annonce  du gouvernement  est vitale pour contribuer  à nettoyer les émissions de carbone  en provenance des appareils de chauffage britanniques.….elle démontre la ferme intention du gouvernement de traiter la question des émissions de carbone émanant des systèmes de chauffage  au fuel, et devrait servir de précurseur aux décisions concernant les autres énergies fossiles produisant des niveaux d’émission relativement élevés ».

Il nous reste à attendre les futures annonces  du gouvernement français sur la manière dont il entend aider les consommateurs de fuel à se débarrasser de leur équipement de chauffage ( chaudière et cuve). Ce sera fin novembre.

 

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Pour suivre le fil de cette histoire sur la durée ( je pressens d’ores et déjà de nombreuses surprises  ) je viens de créer  une nouvelle catégorie dans les articles du site :  « FUXIT »  pour « Fuel – Exit ».  Notez bien que je  n’ai pas inventé ce terme.  Il a été fabriqué  par les opposants au Brexit pour qui Fuxit est la contraction de « Fuck Brexit ». Rien n’empêche les opposants à la fin du fuel domestique de reprendre ce raccourci à leur compte !

En ce qui concerne l’ADECOPRO nous n’avons aucun parti pris sur le sujet. Il est simplement  plus facile de parler du « Fuxit » que de « la-fin-du-fioul-domestique »…..

 

Fuxit

 

 

 

 


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