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Les sites de vente en ligne discriminent les français, traités comme des pigeons. L’UFC en apporte la preuve

Incroyable article déniché sur le site Internet de l’UFC Que Choisir daté du  28/1/2018 et  signé d’Erwan Seznec ( les infos sur Shell sont reprises d’un article du site internet  de BFM Business daté du 16/05/2017)

Quoi de plus pratique que les réservations en ligne ? Préparer ses vacances à la montagne est un jeu d’enfant. En quelques clics, il est possible de choisir un vol aller-retour Brest-Lyon, une voiture de location pour une semaine au départ de l’aéroport Saint-Exupéry et un hôtel à L’Alpe-d’Huez, du samedi 10 au samedi 17 février, par exemple.

Du moins, tant que l’on accepte les cookies, ces petits bouts de programme qui se logent dans nos ordinateurs ou nos tablettes et qui permettent de cerner les habitudes des consommateurs… Avec un navigateur paramétré pour refuser les cookies, il est intéressant de remarquer qu’il est impossible de réserver un vol sur Opodo ou une chambre sur Tripadvisor, de louer une voiture chez Avis, ou même des skis chez Intersport. Une simple consultation de Tripadvisor laisse par exemple 17 cookies sur un ordinateur (1) !

Ce souci permanent de mieux connaître les consommateurs vise-t-il à leur faire profiter de meilleurs prix ? Pour en avoir le cœur net, nous avons réalisé nos réservations avec un seul ordinateur, mais par deux canaux différents. D’un côté, un navigateur classique, Firefox Mozilla, configuré pour accepter les cookies. De l’autre, le logiciel de navigation plus confidentiel Tor Browser, avec autorisation limitée aux cookies des sites visités, et interdite aux sites tiers. Sans être totalement anonyme, Tor brouille les pistes en attribuant à un internaute une adresse IP aléatoire, pas forcément située en France.

Sur le vol Brest-Lyon, de 140 € l’aller-retour avec Firefox, on tombe à 134 € avec Tor, soit 6 € de moins. Impossible d’en conclure quoi que ce soit, les prix variant d’une heure à l’autre dans le transport aérien.

En ce qui concerne la location de voiture, en revanche, l’écart devient significatif. Avec Firefox et des cookies en pagaille, la semaine en Fiat 500 coûte 219 €. Avec Tor, 2 minutes plus tard, sans bouger de son fauteuil, la note est de 128 €, c’est 91 € de moins ! L’écart est presque aussi conséquent pour une Renault Clio (221 € et 153 € la semaine). Le navigateur nous avait attribué une adresse IP en Allemagne. Suite à une enquête de Que Choisir, la Commission européenne avait donné 1 mois aux loueurs pour cesser les tarifs différenciés en fonction de la nationalité. C’était en août 2014…

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91 € d’écart pour la location d’une Fiat 500 et 68 € pour une Renault Clio chez le même loueur, selon qu’on se connecte de façon anonymisée ou non.

 

Du côté des hôtels, les différences sont tout aussi impressionnantes. Nous avons cherché à réserver une semaine au 3 étoiles des Grandes Rousses, à l’Alpe d’Huez. Avec Firefox, le meilleur prix disponible sur Tripadvisor est de 2 920 € la semaine pour 2 personnes. Avec Tor, Tripadvisor nous propose un prix en dollars (407 $ la nuit) qui correspond, au cours actuel (1 € = 1,20 $), à 2 374 € la semaine, soit 546 € d’économie en quelques clics. En y ajoutant la voiture, le gain total est de 637 €, sans trop d’effort.

Si l’on poursuit la navigation, les surprises continuent. Tripadvisor ne propose aucune chambre aux Grandes Rousses du samedi 27 janvier au samedi 3 février, du moins quand on en fait la demande avec les cookies activés et une adresse IP française. Avec Tor (qui nous a attribué cette fois-ci une adresse IP aux Seychelles…), il y en a. Elles sont même très abordables pour un hôtel de ce standing : 1 307 € la semaine.

Le seul prestataire de vacances dont les prix restent immuables, pour le séjour choisi, est l’Intersport L’Alpe-d’Huez, avec un matériel de ski « Pack Rouge » à 121,80 € la semaine.

L’ALGORITHME AU POUVOIR

Que Choisir a déjà attiré l’attention du public sur l’optimisation des prix (pricing) au détriment du consommateur en 2015. Aux États-Unis, plusieurs enseignes ont dû admettre des pratiques contestables. La chaîne de fournitures de bureaux Staples, par exemple, a reconnu en 2012 qu’elle augmentait ses prix en ligne quand la géolocalisation montrait que l’acheteur potentiel n’avait pas de magasin concurrent dans son entourage. 

 

Un prix qui change constamment selon les tarifs pratiqués par la concurrence dans une même zone géographique? C’est ce qu’applique Shell pour fixer le prix de l’essence vendue dans des stations-service de Rotterdam aux Pays-Bas, explique le Wall Street Journal.

Le prix du carburant dans ces stations est fixé non par un être humain ni quotidiennement (comme c’est le cas en France) mais par un logiciel et ce plusieurs fois par jour, voire chaque heure. Un algorithme « intelligent » analyse en permanence la demande de carburant sur la zone, selon les prix pratiqués, l’historique de ces tarifs ou l’heure où le client effectue son plein.

Pour déterminer un prix « de marché », ce type de système doit d’abord digérer des montagnes de données historiques pour anticiper comment les clients et les concurrents réagiront à n’importe quel changement de prix et ce, selon différents scénarios. Programmés pour atteindre un objectif -comme augmenter les ventes ou la marge bénéficiaire- ces algorithmes empruntent à l’intelligence artificielle et aux techniques d’apprentissage automatique pour mettre constamment à jour les politiques tarifaires.

Un logiciel développé par une société danoise

En l’occurrence, les stations-service du pétrolier utilisent des logiciels mise au point par a2i Systems A/S. Cette société danoise a développé PriceCast Fuel, un logiciel optimisant le prix du carburant pour permettre au distributeur de dégager le plus de marge possible en fonction du contexte.

Il s’inspire du modèle dit du « yield management » auquel ont recours les compagnies aériennes ou les hôteliers qui augmentent leurs tarifs en fonction du taux de remplissage de leurs avions ou de leurs établissements et des actions promotionnelles de leurs concurrents.

Mais pour fixer les prix au litre de l’essence ou du gazole dans ses stations-service, Shell peut prendre des décisions contre-intuitives pour le consommateur et pourtant optimales pour lui. En l’occurrence dès que le logiciel relève une baisse de prix forte chez un concurrent susceptible de générer une forte affluence, il peut décider, non de s’aligner, mais au contraire de les augmenter un peu dans la station la plus proche. Le groupe pétrolier parie sur le fait que des clients pressés accepteront de payer des prix plus élevés pour éviter de faire la queue.

« Le logiciel apprend à augmenter les prix payés par les clients et, quand ce n’est pas le cas, décide une baisse des prix lorsque les automobilistes sensibles aux prix sont susceptibles d’arriver à la station » explique dans le Wall Street Journal, le patron de la société danoise a2i Systems qui a développé l’algorithme de fixation de prix du carburant. Pas sûr que la machine soit la meilleure alliée du consommateur quand il s’agit de fixer un prix!

Il y a deux ou trois ans seulement, des humains étaient à la manœuvre ( sauf chez les propaniers : pas assez d’humains pour le nombre de clients, ce qui explique que certains clients voyaient leur prix bondir d’une commande à l’autre). Le responsable des fournitures scolaires des Drive Carrefour, par exemple, baissait ses prix quand ses concurrents le faisaient. Désormais, ce sont des robots qui opèrent. « Le recours aux algorithmes provoque des distorsions de concurrence », regrettait en octobre 2017 Margrethe Vestager, commissaire européen à la concurrence, précisant que « cette situation pose définitivement problème. C’est un phénomène nouveau que nous suivons de près » 

Comme le soulignaient des chercheurs de la Northeastern University de Boston dans une étude très détaillée publiée en 2014, les ajustements de prix ne sont pas tous illégaux et ne se font pas forcément au détriment des consommateurs. Des avions mieux remplis reviennent globalement à un prix moins cher par voyageur.

Le problème pointé par Margrethe Vestager est que ces mécanismes échappent largement à la compréhension ( comme l’évolution des tarifs d’Antargaz, Finagaz et Vitogaz,  les trois propaniers qui utilisent  ces algorithmes de manière individualisée). Consulter la carte de Lanzarote sur Google Maps et écrire sur Facebook « Vivement mes vacances en juillet ! » génère immédiatement des publicités ciblées sur les Canaries. Cela peut-il pousser automatiquement à la hausse les tarifs des locations si vous consultez par la suite un site de réservation pour l’île en question ? Techniquement, oui.

Dans le doute, quelques gestes simples sont à la portée de tous. Paramétrer son ordinateur pour qu’il accepte seulement les cookies des sites consultés, et non les cookies des sites tiers. Refuser la géolocalisation quand elle n’est pas indispensable. Vérifier les « autorisations » des applications téléchargées sur son smartphone. Certaines ont accès automatiquement au contenu des SMS, par exemple, sans raison valable.

(1) addthis.com, adnxs.com, adsrvr.org, adsymptotic.com, bing.com, bluekai.com, criteo.com, cwaddthis.com, doubleclick.net, mozilla.org, psmartertravel.com, scorecardresearch.com, tacdn.com, tamgrt.com, tapad.com, tripadvisor.fr, univide.com


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