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Le premier ministre d’Antigua et Barbuda à Rubis – Vitogaz : « Tirez vous de mon île si vous n’êtes pas content ! »  

 

Voilà le genre d’histoires que j’adore lire sur le Net.

En 2013 Rubis – Vitogaz annonçait par un communiqué céder ses activités GPL en Allemagne, le marché le plus compétitif en Europe. Le groupe français motivait sa décision par le fait que ce marché était caractérisé « par l’absence de perspective d’acquisitions ».  Une remarque pour le moins saugrenue lorsqu’on sait  que l’Allemagne compte à elle seule autant de sociétés de distribution de GPL que  tous les pays d’Europe réunis.  Ce que  Vitogaz voulait dire en réalité, c’est qu’ils n’avaient  trouvé  aucune  vache allemande  digne d’être rachetée et traite à leur manière.  Le communiqué ajoutait que Rubis  voulait  se recentrer sur l’Espagne et le Portugal, deux pays qui, à l’inverse,  comptent le plus faible nombre de distributeurs de GPL en Europe.  Pour ceux qui n’auraient pas compris,  Rubis  terminait son communiqué en ajoutant   : cette décision «  illustre clairement la ligne stratégique de Rubis ». Une ligne stratégique  consistant donc  à délaisser ou à fuir les marchés les plus concurrentiels, afin de  prendre une  position de leader  sur les marchés où l’absence de concurrence permet  de s’enrichir tranquillement sur le dos des populations locales.

En réalité  la curée sur les anciennes colonies insulaires, particulièrement « protégées »  de la concurrence  par la petite taille de leur marché intérieur,  ne date pas d’hier. En avril 2011 la multinationale américaine Chevron, propriétaire de  TEXACO, avait revendu à Vitogaz toutes ses activités de carburant voiture et avion dans les Barbades   ainsi que dans l’arc caribéen oriental ( Antigua et Barbuda, Grenade, Dominique, St Lucie, St Vincent et les Grenadines, Guyana, St Kitts et Trinidad et Tobago) . Les actifs en question comprenaient un réseau de 75 stations-service, des intérêts dans des installations aéroportuaires (pipeline, stockage..), 5 unités de remplissage de GPL, 7 terminaux maritimes  et quelques autres opérations de trading et de shipping.

Cinq ans après son arrivée en fanfare dans les Caraïbes anglophones, les masques tombent.  Vitogaz découvre  qu’il  est plus difficile d’imposer sa loi d’airain dans les colonies anglophones libérées de la tutelle  britannique,  que dans les anciennes colonies françaises devenues  «Départements d’Outre Mer»,  dont le sort économique, comme chacun sait,  continue d’être fixé par des arrangements concoctés depuis la métropole.

Cinq ans, c’est aussi le temps qu’il faut en moyenne aux clients de Vitogaz pour se rendre compte qu’ils ont été roulés dans la farine.  Ainsi  la presse locale  des  Iles Caïmans s’est fait l’écho en 2016 de l’activisme d’un groupe de consommateurs entendant  peser sur les décisions du  gouvernement (et sur le résultat des élections de 2017)  pour modérer les « marges colossales » sur le prix du carburant vendu par Rubis. Des manifestations ont eu lieu sur l’île principale pour dénoncer l’écart entre les prix de marché et les prix pratiqués dans les stations-service du groupe Rubis.

Sur le territoire d’Antigua et Barbuda, c’est l’exécutif en personne qui s’est chargé de rappeler Vitogaz à l’ordre, en montrant la porte de sortie au groupe français.

Apparemment Rubis aurait cherché fin 2016 à rétablir ou préserver son niveau de marge historique sur les ventes de carburant de détail. Une augmentation des prix à la pompe étant impossible vu son niveau déjà passablement élevé, Vitogaz avait prévu de refaire sa marge sur le dos des pompistes.  Manque de bol, à Antigua,  les propriétaires de stations ne sont pas des investisseurs étrangers avec lesquels on arrive  à s’entendre sur le dos des populations locales, mais  des antillais couleur locale.  Lesquels n’ont pas tardé à aller gémir auprès du premier ministre, un certain Gaston Browne, un homme qui ne mâche pas ses mots,  et  visiblement  peu enclin à baisser son froc devant  les multinationales.  A défaut de pouvoir protéger ses administrés contre les aléas climatiques ( Antigua vient d’être très sérieusement touchée par  le passage de l’ouragan Irma), Gaston  Browne aura su prévenir une catastrophe annoncée du nom de Rubis.

C’est à ce moment-là que le directeur général de Vitogaz Caraïbes (200 agents), un  ingénieur  colombien  passé chez Vitogaz après avoir dirigé les opérations  de Chevron en Amérique Latine, a cru malin de faire semblant de vouloir replier ses gaules à Antigua, en exerçant un chantage au non-renouvellement des contrats entre Rubis et les stations-service locales.

Ce genre de chantage n’a pas plu du tout au premier ministre et sa réaction  ne se fit guère attendre. Le gouvernement d’Antigua et Barbuda répondit  qu’il ne voyait aucun problème à la décision du  groupe pétrolier français de quitter l’île, suite aux  démarches entreprises pour l’empêcher de  monopoliser la distribution  de carburant dans le pays. S’exprimant sur la télévision d’état ABS, Browne déclara que son administration ne ferait rien pour s’opposer à une  décision de retrait de Rubis.

Antigua

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Gaston Browne & Francis White, version anglaise des Tontons flingueurs

«  Lorsque vous avez des investisseurs, des investisseurs étrangers, qui poursuivent leur logique de profit au détriment de notre peuple, alors il est temps pour eux de partir » a déclaré le premier ministre.

«  Chaque fois qu’un vide se crée, il y a toujours quelqu’un pour le remplir. Leur politique ne peut pas être uniquement une histoire de profits. C’est pas comme s’ils disaient qu’ils ne font pas du tout de profit. Ils disent qu’ils ne font pas ASSEZ de profit. »

« Nous leur avons littéralement dit nos quatre vérités. Quand il s’agit de défendre les intérêts des habitants de ce pays, nous ne cédons rien »

Browne a ajouté que le groupe français avait déjà tenté d’augmenter  sa marge par le passé.

« La réalité est que nous avons eu un certain nombre d’exploitants de stations-service dans le pays ces dernières décennies,  et cela a permis aux exploitants et à leur famille de vivre correctement.  Nous ne permettrons pas  à une société étrangère de bouleverser la vie de ces familles pour des motifs de profit illégitime »

«  Nous le leur avons très clairement  signifié. Et nous reconnaissons qu’au cœur du débat se trouve le fait qu’ils ont tenté de forcer le gouvernement à augmenter leurs marges et à répercuter cette augmentation dans une  hausse du prix du carburant. »

La semaine précédente, le ministre des Télécommunications Melford Nicholas a dit que le cabinet était préoccupé par cette affaire « la distribution au détail des produits pétroliers a été réservée depuis très longtemps aux entreprises locales » et la réduction des marges prises par les distributeurs pourrait « générer une situation de monopole dans la distribution des produits pétroliers » par asphyxie progressive des opérateurs locaux.

La société Rubis reste cependant droit dans ses bottes. Le directeur général de Rubis Caraïbes a argumenté que les marges ont été gelées à Antigua et Barbuda pendant les 27 dernières années et que cela pénalisait la profitabilité de la société.  Le lecteur notera  en passant que bien que Vitogaz ne soit présent que dans ces deux îles que depuis 5 ans,  Rubis n’est pas gêné de faire référence aux  marges engrangées par son prédécesseur, Chevron, sur les 22 années précédentes.  Ils sont pas mignons ces groupes pétroliers qui ne veulent donner  aucune information aux gouvernements  ou aux citoyens sur leurs coûts réels d’approvisionnement et de stockage, mais qui n’hésitent pas à se refiler  entre eux des informations confidentielles dont ils ne devraient pas avoir connaissance ?  Il est vrai que la consanguinité entre multinationales a toujours été un problème dans ces petites îles……

Et le CEO de pleurnicher auprès du journal Antigua Observer «  Une entreprise  ne peut pas survivre avec des marges gelées indéfiniment,  tandis que les coûts opérationnels augmentent chaque année »  avant d’ajouter,  catégorique, que les marges sur la revente de carburant n’ont pas suivi les taux d’inflation, ni les marges relevées dans les pays voisins des Caraïbes orientales.

« Tout ce que nous demandons au gouvernement et que nous avons demandé pendant des années, c’est que les marges soient alignées avec l’inflation de ces 27 dernières années , et avec la marge brute moyenne dans les Caraïbes orientales». Bin voyons !  Pourquoi  il ne demande pas un alignement des marges depuis le crash boursier de 1929 ?

Je n’ai pas trouvé d’informations relatives à la suite ou la fin de cette histoire. Il paraîtrait qu’un exploitant de station-service a depuis sommé Rubis de renégocier un contrat pour l’année 2017. J’espère pour lui que sa ou ses stations-service sont encore debout  à l’heure actuelle.

Source : Jamaica Observer et Caribbean360.com


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