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Renouvellement au sommet du manège de l’Etat ( minima philosophia )

 » Ce n’est pas aux patients ni à la Sécurité Sociale de payer pour les bénéfices extravagants des entreprises pharmaceutiques »  (*) Une député belge du Parti des Travailleurs (PTB) (2017)

« Ici le socialisme s’endort, là il s’égare ou se pervertit sous l’appareil administratif . Le besoin est d’autant plus pressant d’un socialisme rénové. C’est cette invention qui est demandée à l’Europe « 

Emmanuel  Mounier (1947) 

La France a voté. Un Enarque chasse l’autre.  Ainsi va la cinquième république, qui  place ses Enarques à la tête du pouvoir  avec la régularité d’un parisien allant chercher sa baguette.   Avant la Révolution,  c’était aux  Bourbons, et à eux seuls,  que revenait le privilège de remplacer un autre Bourbon.  Ce privilège a été capté par les Enarques. La différence principale entre  Bourbons et  Enarques, entre Ancien Régime et République, c’est la manière de se singulariser : les Enarques n’arborent plus de « mouches » sur les joues comme les aristocrates du temps jadis.  Ils jouent désormais  aux femmes savantes.  Ainsi  en est-il du dernier président élu  qui affiche sur son CV  un  DEA de philosophie.  Est-ce à cause de cette coquetterie que  le candidat  estimait, sans rire, ne pas faire partie du  «système » ?  L’obtention d’un DEA de philosophie présuppose  en effet que l’apprenti philosophe  a essayé de réfléchir un tant soit peu par lui-même, et pas seulement à travers les modes de pensée dominants.  Je veux bien admettre que l’exercice  n’est pas  commode.  En examinant l’itinéraire philosophique de notre nouveau président , on  apprend  qu’il  a écrit un mémoire sur Machiavel  pendant ses années à  Nanterre.  Au vu de sa fulgurante carrière politique, on est en droit de juger qu’il en a tiré le plus grand profit personnel.  Outre Machiavel ,  Macron a une prédilection pour « Kant,  Aristote et Descartes », des penseurs au fort relent de naphtaline.  D’un très jeune président de 39 ans, on pourrait attendre  des références philosophiques un peu plus  » rock’n roll ». Ou un peu plus modernes.  Car s’il y a bien des philosophes qui ont conduit la pensée occidentale dans les impasses d’où elle peine à se sortir,  c’est bien la triplette dont  Macron se réclame  :  Aristote en premier lieu, avec sa métaphysique  individualiste et sa logique enfantine (toutes qualités forts appréciées  de nos puérils libéraux) ;  Descartes ensuite, confondant  nos  sensations avec leur interprétation erronée dictée par un entendement défectueux ( peut-on commettre erreur plus grave en voulant  fonder une  philosophie sur la seule raison ?); Kant enfin, incapable de  comprendre que la sensation n’est pas uniquement une propriété de l’objet  mais dépend aussi du sujet observant, ce qui restreint singulièrement la portée de sa morale bourgeoise,  libérale et prétendument universelle.  Avec de telles références philosophiques,  le rationalisme  le plus hermétique à toute pensée  vivante, le jacobinisme le plus fermé à la pensée complexe   risque de faire un retour tonitruant  au sommet de l’Etat.  Pas étonnant que Macron, le philosophe minimaliste, n’ait rien  à dire d’intéressant sur l’écologie, si ce n’est  nommer un gentil naïf à la tête du ministère de l’écologie (en charge de la sécurité des citernes de gaz). Pour parachever l’entreprise de dilution de l’écologie politique dans la pensée unique ? Macron et sa figure de gendre idéal ou d’«androgyne à la mode » ( dixit Sarkozy) sera donc  parfait dans le rôle de bonimenteur que le Capital entend lui confier, après avoir testé son habileté  à se mettre dans la poche les propriétaires d’empires économiques et autres milliardaires avides d’une seconde  jeunesse.  «Emmanuel a du génie pour suborner les vieillards, il a toujours fait ça, que ce soit avec son mentor Henry  Hermand, Pierre Bergé ou le philosophe Paul Ricoeur, et il a superbement joué le coup avec Bébéar ( ndlr : ancien PDG d’AXA). Il s’y entend comme personne pour faire croire à tous ces vieux-là qui ne demandent qu’à exister…qu’ils sont uniques, qu’il a tout à apprendre d’eux, et qu’il vit en leur compagnie des moments extraordinaires » (Le Canard Enchainé,  citant un « haut fonctionnaire de Bercy »  26 Avril 2017).

Au moment où j’écris ces lignes,  Veolia, spécialiste des eaux turbides et des marécages  politiques,  annonce la privatisation de la plage de La Baule  et la mise en concession de ses  échoppes et commerces  du bord de mer.  La grande braderie de la France tourne à plein régime  même en période électorale.  On reconnait les Etats déliquescents au fait que tout y est  à vendre comme dans la Russie post soviétique.  Les habitants ont raison d’être en colère : ils sont tombés sur la tête chez  Véolia. Tenter une  expérience de ce genre en Loire-Atlantique , à 50 km à peine du projet d’aéroport  « Vinci » de Notre Dame des Landes,  c’est tout bonnement une provocation.   A moins que ce ne soit un signal pour indiquer  que leur « créature » Macron  est enfin arrivée à l’Elysée,  et qu’ils n’ont désormais plus besoin  de se cacher pour afficher leurs prétentions en plein jour.

On peut voir dans cette irruption concomitante du moins-disant philosophique au sommet de l’Etat  et du moins- disant environnemental sur le littoral atlantique, comme une  valeur de symbole.  Avec Macron,  les loups  et autres squales de la finance qui rodent  depuis des lustres à proximité de la bergerie  vont enfin pouvoir donner libre cours à leur instinct meurtrier.  Car Macron, à n’en pas douter,  a reçu sa feuille de route du grand patronat. Une feuille de route qu’il s’est empressé d’accepter  si l’on en croit l’écho médiatique considérable dont a bénéficié sa campagne électorale.  Que n’a-t-on pas entendu dans les médias sur la verdeur  et le dynamisme  du nouveau monarque aux dents étincelantes ?  Pour l’originalité de la pensée, en revanche, on attend toujours. ( « Macron n’a pas gagné sur un programme, il l’a emporté parce qu’il a fait de la politique » dixit Valls le 14 mai 2017 )

La feuille de route de Macron consiste à en finir avec les rentes et les « blocages » de la société française. En finir avec TOUTES les rentes ? Non, bien entendu : s’il s’agissait de s’attaquer aux  rentes DEJA  détenues par le Grand Capital,   les médias n’auraient pas oublié de fustiger la « révolution » Macron.  Alors quoi ? La rente des autoroutes ?   la rente des banques ?   de  la téléphonie mobile ?  la rente des groupes pharmaceutiques (*) ?  des semences agricoles ? la rente du GPL ?  des centres commerciaux ?  Non, pas ces rentes-là.  Elles jouent un rôle  considérable dans l’ « écosystème de la corruption »  : elles  servent de passerelle ou de renvoi d’ascenseur au plus haut niveau de l’Etat, entre hommes d’affaires, membres des cabinets ministériels et hommes politiques.  Elles sont  l’instrument de la   « fluidification du dialogue » entre l’Etat et le Grand Capital … Il s’agit en réalité pour Macron  de mettre fin aux mini rentes  locales, celles qui ne sont pas ENCORE  tombées dans l’escarcelle du capital anonymisé et globalisé, ou qui échappent à son  contrôle  :  professions libérales indépendantes (cabinets de notaires, avocats) ,  espaces publics non encore  commercialisés (les trottoirs sont envahis, il reste encore  les caniveaux à décorer ), plage publique,  fonction publique,  cimetières publics,  ponts , viaducs, tunnels ….  Le Capital veut pouvoir tout gérer et tout décider sans demander notre avis.  Une  plage sans échoppes  et sans vendeurs ambulants  est, à ses  yeux,  un espace public trop morne,  pas assez « merchandisé ».  La camelote et la publicité  doivent saturer en permanence notre espace visuel,   pour mieux nous transformer en consommateurs zombies.

Je suis prêt à parier que la moralisation de la vie politique française promise par Macron pour les prochaines  semaines,  tiendra lieu, ou justifiera l’absence de tout effort pour moraliser la vie économique pendant les 5 prochaines années.    Et pourtant …. Moraliser la vie économique c’est réformer la fiscalité des entreprises, réformer la fiscalité patrimoniale des entrepreneurs, réformer les tribunaux de commerce,  s’assurer que les crimes des cols blancs seront punis avec une sévérité exemplaire.  Mais c’est aussi pour la vie de millions de salariés, la promesse  d’une ambiance de travail sereine et apaisée.

J’ai travaillé 30 ans en France et à l’étranger comme cadre salarié.   Appliquer les recettes   de l’économie anglo-saxonne  au  salariat français  pour le faire marcher au même pas cadencé,  me parait être une excellente recette pour une catastrophe sociale ( ne vous trompez pas, je n’ai rien contre les anglo-saxons. Leur médecine générale, reposant sur des idées traditionnelles, est mille plus intelligente que notre médecine générale. Les français ne peuvent pas se rendre compte à quel point les principes naturels sur lesquels repose encore la médecine générale de l’autre côté de la Manche et de l’autre côté du Rhin,  sont une insulte au pasteurisme ou aux campagnes de vaccinations infantilisantes dont les français sont les premières victimes).   Avant d’augmenter l’exigence de flexibilité des salariés français, on pourrait commencer  par exiger des dirigeants d’entreprise qu’ils répondent de leurs infractions  devant les tribunaux.   Nos  soi-disant libéraux rêvent de dépouiller  les salariés français des avantages et protections dont ils bénéficient de manière éhontée,   en comparaison des salariés des pays voisins ?  Parlez-moi plutôt du racisme institutionnel des recruteurs français (privés et publics) (lire ici par exemple la partie émergée de l’iceberg du racisme des employeurs français ) ;  parlez -moi de cette société française sclérosée par l’esprit de caste et les préjugés de classe qui condamne les salariés à s’agglutiner en une masse de résistance passive;   parlez-moi, messieurs les dirigeants,  du burn-out et du harcèlement dans les entreprises;  de l’absence d’ascenseur social  et des conditions de travail qui ne permettent pas de se former; parlez moi de la manière dont on écarte les manants de tous les postes où s’éduque naturellement l’autorité;  de l’immobilisme imposé par les règlements;   de l’incompétence de dirigeants parachutés par la grâce de leur diplôme, ou de leurs relations.  Parlez moi des transformations récentes du capitalisme financier. Parlez moi de l’énorme potentiel d’oppression et du monopole d’initiative qui s’accumule dans un nombre de mains toujours plus réduit,  en comparaison duquel la prépotence du patron sur l’ouvrier isolé des débuts du capitalisme paraît rétrospectivement idyllique. Parlez moi du silence assourdissant des médias aux ordres, à propos des luttes pour la reconnaissance dans les entreprises. Bref vous qui avez hâte de mettre les salariés au pas, parlez moi du mépris des  travailleurs, et de tout ces petits riens  qui trahissent le  syndrome de « conservatisme managérial » dont souffre particulièrement les élites et les cadres dirigeants en France. Un conservatisme qui dépasse les clivages politiques et n’est pas peu responsable du mal être au travail des salariés…. Ah ! j’oubliais !  Pourquoi ne pas parler aussi, puisqu’il s’agit de symptômes d’une même pathologie,  de cet esprit français rempli de préjugés insensés,  plus enclin à sauver les apparences qu’à rechercher la vérité,  à enterrer les problèmes qu’à les résoudre autour d’une table ?  Car l’incidence de cette incurie retentit sur le  travail quotidien  des salariés et se trouve être la cause de nombreux suicides.  La  société française étouffe sous le poids de son conservatisme et de ses pesanteurs (là je sens que mon discours intéresse vos amis macroniens). Que dire alors de ces entreprises où les conditions de travail sont aggravées par des dirigeants sans envergure et sans  empathie ?  On connait le mot de Taylor « on ne vous demande pas de penser, il y a d’autres gens qui sont payés pour cela ». Le système capitaliste repose toujours sur un mépris, conscient ou implicite, de l’exécutant  (là je sens que mon discours n’est plus du tout fait pour vous plaire ).   Cela est malheureusement  plus vrai en France qu’ailleurs,  car  le français moyen ignore le sens de l’expression « travail collectif » qui est une des  formes du respect dû aux subordonnés.  Je ne serais pas surpris d’apprendre un jour, au détour d’une étude sociologique,  que  l’absence de « joie au travail » est le lot commun du  salarié français comparé  à ses voisins européens.  Il ne faudra pas aller chercher très loin la raison de cet état de fait.

Lorsqu’aux demandes toujours plus pressantes de dirigeants coupés de la base, s’ajoutent  le ressentiment social, la perte des repères idéologiques, et l’amertume du déclassement,  la situation sociale peut rapidement tourner au vinaigre.  Si j’étais le jeune Macron,  je me garderais bien de croire que les salariés français vont se laisser dépouiller de leur exigence de justice sociale  par une ploutocratie qui  n’en finit pas de trahir l’esprit et la lettre de la démocratie. Une exigence de justice sociale élevée progressivement au rang  d’idéologie nationale,  à mesure que disparaissaient, au XIXeme siècle,  le vieil impératif chrétien de la charité  et le vieux rêve révolutionnaire d’une  société des égaux.  La schizophrénie  qui guette aujourd’hui notre pays, tiraillé entre une mentalité rétrograde, des habitudes de pensée conservatrices d’une part,  et un libéralisme économique étranger à notre culture d’autre part, devrait inquiéter les apologistes du capitalisme et toute la clique de mystificateurs qui,  pour avoir trop longtemps méconnu les besoins humains fondamentaux, risque de s’en prendre un jour plein les gencives.

Bonbonnes suspendues

 

(*) Cette rente vaut  aussi en Belgique. Un groupe  de 400 consommateurs belges munis de leur ordonnance a affrété récemment un car de tourisme grâce au Parti des Travailleurs pour se rendre aux Pays Bas acheter ses médicaments ( les traitements sont beaucoup moins chers qu’en Belgique). Une initiative qui n’est pas sans rappeler les débuts du Groupement Propane Libre.

 

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