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10 % des espagnols ne chauffent pas convenablement leur logement

Couper le chauffage, s’éclairer à la chandelle ou se doucher une seule fois par semaine: en Espagne, des millions de victimes de « misère énergétique » sont étranglées financièrement par les factures d’électricité. Cet état de fait, dénoncé par les ONG depuis des années, est brutalement passé au premier plan, quand Rosa, une octogénaire de Reus, en Catalogne (nord-est), est morte dans l’incendie de sa maison le 13 novembre, provoqué par la bougie dont elle se servait faute d’électricité.
« Quelle horreur que des gens meurent de misère énergétique en Espagne », s’est indigné le chef du parti de gauche radicale Podemos, Pablo Iglesias lors d’une séance parlementaire.
« Nous exigeons que vous décrétiez immédiatement une trêve hivernale », a aussi réclamé l’élue socialiste Pilar Lucio en s’adressant au chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy.
La mesure est en principe prévue par une directive européenne qui date de 2009, mais Pedro Martinez, l’attend toujours. Au chômage depuis 2013, ce Barcelonais divorcé de 48 ans n’a plus qu’une aide de 426 euros par mois pour vivre et le peu qu’il lui reste de son indemnité de licenciement. Il doit avec cette somme nourrir ses deux enfants: un fils de 20 ans et une fille de 23 ans souffrant d’un handicap mental.
« En hiver, c’est dur. On n’a qu’un chauffage électrique, qu’on allume très peu par peur de la facture », dit-il.
« Le froid transperce. On se couvre, et le soir, on se prend toutes les couvertures qu’on a et on supporte le froid comme on peut », ajoute-t-il en craignant de ne plus pouvoir payer ses factures dans trois mois.
Entre 2008 et 2013, l’Espagne a traversé une très douloureuse crise ayant entraîné des taux de chômage record, jusqu’à 27% en 2013.  En même temps, les tarifs des services publics de l’eau, du gaz et de l’électricité ont explosé. L’augmentation a atteint 30 à 50% selon les statistiques officielles et les compagnies sont régulièrement pointées du doigt pour l’opacité de leurs tarifs.
« Pour beaucoup de familles, l’eau, l’électricité ou le gaz sont des biens de luxe », explique Tere Bermudez, porte-parole à Barcelone de Caritas. De 2007 à 2015, l’ONG a multiplié par 30 le montant des aides au paiement des factures. Mohamed Chairi, un Marocain sans emploi de 37 ans installé depuis dix ans en Espagne est l’un des bénéficiaires de ces aides.
« On se douche une fois par semaine, le vendredi, pour que les enfants soient propres le week-end », explique-t-il.
Dans un coin du salon, son fils joue avec un radiateur électrique éteint. Depuis que l’appareil est en panne ils s’en passent. La famille a renoncé au gaz de ville au profit des bonbonnes de butane, beaucoup moins chères ( ndlr : les prix du GPL sont fortement reglementés en Espagne).
La facture d’électricité vient d’arriver dans son petit appartement de Badalona, une banlieue ouvrière au nord de Barcelone. Les 24 euros à payer assombrissent son visage, alors que les maigres revenus tirés des ménages de sa femme, 250 euros, ne couvrent même pas les loyers.
« Si moi, je dois avoir faim ou me retrouver sans lumière, ça va, mais les enfants… », dit-il.

En 2015, selon l’Institut national des statistiques (INE), 10,6% des Espagnols n’ont pas pu chauffer convenablement leur logement. En 2008, ils étaient 5,9%. Selon l’Association des Sciences de l’Environnement, spécialiste du sujet, cette situation cause la mort de 7.100 personnes par an.
Les pompiers de la région de Catalogne ont aussi alerté des risques. « Nous avons trouvé des gens qui se chauffaient en faisant du feu avec des journaux ou même des chaussures », assure le porte-parole d’un syndicat de pompiers, Antonio del Rio.
En 2015, le prix du gaz de ville en Espagne était le troisième plus élevé de l’Union européenne, et celui de l’électricité le quatrième, selon la Commission européenne.
Du coup, en dépit du retour de la croissance (+3,2% en 2015) au moins 600.000 foyers incapables de payer la note ont subi une coupure d’électricité en 2015, selon l’association de consommateurs Facua.
« D’en haut, ils nous parlent de reprise, mais quand tu descends dans la rue, tu ne la vois nulle part », affirme Pedro Martinez.

Source : Le Parisien Eco 24 novembre 2016

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