Association Défense des Consommateurs de Propane

Accueil » Polémique » Bernie Sanders, le Vert du Vermont, envers et contre tous….

Bernie Sanders, le Vert du Vermont, envers et contre tous….

Sauf si vous vivez au fond d’un bois comme Thoreau,   coupé des commodités qui rendent la vie trop facile (auquel cas il y a peu de chance que vous lisiez ce site), vous avez probablement entendu parler de Bernie Sanders, le candidat surprise des primaires démocrates, qui tente de dérober la place de candidat  démocrate aux prochaines présidentielles à l’autre candidate, Hillary Clinton. Apprenant que Sanders était  un  sénateur du Vermont,  et m’étant fait l’écho sur ce site des déboires à répétition des propaniers avec le Procureur Général de cet état  ( un des plus  septentrionaux  de la côte Est, où 15 % des maisons individuelles sont chauffées au propane), je me suis demandé  quelles avaient pu être  les relations entre Sanders et les propaniers,  avant que celui-ci  ne se porte officiellement candidat à la candidature du parti Démocrate. Un parti sous les couleurs duquel il n’a jamais souhaité participer à une élection, malgré le fait qu’il ait souvent bénéficié de son soutien.  Après tout, pour se faire un jugement sur un homme politique, il est plus révélateur  d’étudier ses œuvres  passées,  plutôt  que ses discours actuels.

Sous son étiquette d’ « indépendant » Sanders est en réalité un écolo  progressiste  qui ne croit pas aux fables du libéralisme économique. Pour Sanders les pouvoirs publics doivent donner au marché l’orientation générale,  car le marché est aveugle sur toutes les questions qui engagent l’humanité au delà du court terme.  Le fait  de se proclamer  « socialiste » ou « socialiste démocrate  »  (un gros mot dans l’inconscient d’une bonne partie de la population américaine) suffit à faire de  Sanders  un candidat qui ne fait pas partie de l’ »establishment »,   aux yeux des journalistes américains.

Ce natif de Booklyn (ses parents juifs polonais ont fui la Shoah) est arrivé dans le Vermont dans ses années hippies. Opposé à la guerre du Vietnam, il devient charpentier puis journaliste.  Elu maire de Burlington (la ville la plus progressiste du Vermont, siège de l’Université de l’Etat) en 1981 à la surprise générale, à la faveur d’une triangulaire qu’il ne devait pas gagner, il ne cessera alors de gravir les échelons de la vie politique sans se départir de son étiquette d’ « indépendant ». « Bernie »  réussira même l’exploit de se faire réélire maire de Burlington contre LE candidat aboubé par les deux partis  démocrates et républicains. En 1990 il est le premier candidat élu sous l’étiquette « Indépendant » au Congrès depuis  1950. Son frère est  membre du parti Vert anglais (il s’est fait naturalisé britannique). Bernie dit de son frère ainé Larry qu’il lui doit beaucoup de ses idées. Son neveu est conseiller municipal vert à Oxford  (Oxford , c’est un peu comme Versailles, mais avec la Sorbonne à la place du Château).

Coté idéologie, Sanders est un pourfendeur des empires économiques médiatiques ou énergétiques. Il n’aime ni les grands médias, ni les pétroliers, ni le nucléaire. Il a dit du nucléaire :  « Dans un système de libre entreprise, l’industrie nucléaire devrait être tenue de s’assurer elle-même contre les accidents », ce qui aboutirait à son arrêt de mort ( on notera que cette réflexion est  en contradiction avec son interventionnisme  déclaré ). Les deux frères Sanders seraient en faveur d’une augmentation drastique du prix des énergies fossiles (mais pas pour que les pétroliers bénéficient de cette hausse), une position beaucoup plus proche des Verts que de la gauche classique. Pour Sanders, l’avenir énergétique du Vermont tient en quatre  mots « efficacité énergétique » et « énergies renouvelables ».   Avec ses amis démocrates, le gouverneur Peter Shumlin  (lui-même fervent opposant au nucléaire et  premier gouverneur des USA à présider une cérémonie de mariage gay) et le Procureur Général William Sorrell (diplômé de l’Université Notre Dame, université catholique la plus prestigieuse des Etats Unis, opposant au nucléaire, et adversaire intraitable des propaniers ), les trois compères ont essayé par tous les moyens légaux de faire stopper la plus ancienne centrale nucléaire américaine  : la centrale  « Vermont Yankee » située à Vernon au bord du  fleuve Connecticut ( ce fleuve est frontalier  entre  le Vermont  et le  New Hampshire ).  Cette  centrale nucléaire démarra son activité commerciale en 1972,  six ans avant la plus  célèbre des centrales  françaises encore en activité :  Fessenheim.   La Cour Fédérale des Etats Unis  donna tort à l’Etat du Vermont en première instance et en appel (2012)  au motif que la politique de sécurité des centrales nucléaires n’est pas du ressort des Etats, mais uniquement de celui de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) laquelle s’était prononcée en faveur de la prolongation de l’activité de la centrale. Ironie du destin : à peine deux  semaines après le désaveu  infligé par la Cour Fédérale  à  Sanders et à ses amis, les propriétaires (privés) de Vermont Yankee annoncèrent l’arrêt définitif et le démantèlement futur  de la centrale, devenue trop peu compétitive face à l’électricité produite avec un gaz de schiste  très bon marché.  Le rapport financier sur le démantèlement (Post Shutdown Decommissioning Report) tomba  en Décembre 2014 : le démantèlement de la vieille centrale couterait selon les prévisions des experts,  1,24 milliard de dollars dont seuls 665 millions ont été provisionnés à ce jour par les propriétaires successifs de la centrale et ce malgré 42 ans de service……Et devinez qui va payer la différence…

sorrell sanders

Le Procureur, le Gouverneur et le Sénateur du Vermont en 2012 Sorrell, Shumlin et Sanders

En 2012, on retrouve encore  le Sénateur  et le Procureur Général du Vermont  sur le pied de guerre, cette fois face au lobby des pétroliers.  Ils réclament à la Federal Trade Commission (notre DGCCRF) une enquête sur les prix du carburant dans le Vermont  au motif que les prix sont beaucoup plus élevés au fin fond du Vermont que n’importe où ailleurs en Nouvelle Angleterre. En écho  à cette demande, les députés du Vermont adoptent  une loi  spécifique, criminalisant les collusions anti-concurrentielles. Le Procureur Général Sorrell s’explique  devant la presse «  Cette loi a pour objectif d’inciter les lanceurs d’alerte à dénoncer les pratiques criminelles, et à assister l’Etat du Vermont à poursuivre les violations au droit de la concurrence ». Il faut croire que les lois fédérales américaines ne sont visiblement pas assez incitatives pour ceux qui souhaitent dénoncer les ententes et les collusions locales.

En février 2014, durant un épisode hivernal particulièrement éprouvant au nord et au centre des Etats Unis,  les deux sénateurs démocrates du Vermont Bernie Sanders et Patrick Leahy,  s’adressant au Secrétaire d’Etat au Commerce Penny Pritzker, demandent l’arrêt  ou la réduction immédiate des exportations de propane pour empêcher le prix du propane d’augmenter en flèche du fait de la pénurie de gaz  dans de nombreux Etats. Le propane avait doublé de prix dans le  Middle West et  la Nouvelle Angleterre, alors que le pays regorgeait de propane acheminé par  gazoducs en direction des installations de stockage des ports du Texas, prêt à être exporté. Une pagaille logistique qui dura 4 semaines au plus fort de l’hiver :  descendant par gazoduc du Dakota vers le hub du Kansas,  le propane était illico rechargé dans les semi-remorques pour repartir vers le Nord  et la région des Grands Lacs …..

Non content de se mettre à dos  l’industrie nucléaire, les gaziers, les pétroliers (et les grands médias),  le Sénateur, le Gouverneur  et le Procureur du Vermont,  ont trouvé en 2014 une nouvelle idée pour se faire rapidement une flopée  de nouveaux ennemis : le Vermont est ainsi devenu le premier Etat à  adopter définitivement  une loi (signée par le Gouverneur Shumlin), obligeant les industriels à étiqueter les aliments contenants des OGM.  Comme le Connecticut et le Maine ont passé une loi similaire à celle du Vermont mais qui  ne deviendra  effective que sous la condition que les  Etats voisins emboîtent  le pas, la décision irrévocable du Vermont peut avoir,  à terme,  un impact considérable sur les modalités d’étiquetage des aliments dans tout le territoire américain. C’est pourquoi, l’encre des rotatives de  l’Assemblée Législative du Vermont   à peine séchée, les industriels américains de l’agro-alimentaire  déposaient une  plainte contre l’Etat du Vermont, dénonçant une  loi « couteuse et malavisée ». Cette fois-ci Bernie Sanders a fait mouche : sa loi lui vaut l’inimitié d’un maximum de grandes entreprises.  C’était exactement ce dont il avait besoin pour  partir en campagne électorale à l’assaut de la primaire démocrate revêtu d’une  cape de « chevalier blanc » gracieusement offerte par ses ennemis. Parmi ces derniers,  des poids lourds de l’économie américaine groupés au sein de la  « Grocery Manufacturers Association », de la « Snack Food Association » , de l’ « International Dairy Foods Association » et pour faire bonne mesure  la « National Association of Manufacturers » tous signataires de la plainte. Désireux de chasser les marchands d’OGM du temple de la consommation, le Procureur Général William Sorrell,  leur a crânement répondu  :  «Je suis prêt à défendre cette loi jusqu’au bout ».  En Avril 2015, un premier jugement par une Cour du Vermont a donné raison à l’Etat du Vermont contre les industriels,  mais la messe est loin d’être dite. Puisque  Sanders est désormais  candidat aux présidentielles, les industriels vont peut être se donner le temps de réfléchir ……

Sanders peut se permettre de tourner la plupart des industriels américains en bourrique : il est le seul candidat à refuser d’être financé par les lobbies. A l’occasion des élections,  ces lobbies  forment  des  « Pacs »  ou « Super Pacs », c’est à dire  des fonds  destinés, en toute transparence comptable,  à recueillir des millions de dollars pour les candidats auprès des grandes entreprises et des « gazillionaires » [ le mot gazillionaire, apparu dans la langue anglaise dans les années 80  à partir du mot  « gazillion », signifiant « énorme quantité » – rien à voir avec le gaz,   désigne les personnes immensément riches, capables d’influencer les discours des hommes politiques].

Sanders lui n’accepte pour financer sa campagne des primaires que les petits chèques de particuliers. Un pari qui  lui réussit pour le moment. Le montant moyen des nombreux dons  collecté par son staff de campagne  s’élève à 31,30 dollars.  Ces millions de petits ruisseaux forment une rivière d’une quinzaine de millions de dollars, soit un trésor de guerre suffisant pour financer une campagne de terrain avec l’aide de milliers de bénévoles.

Longtemps accusé d’ignorer la croisade de Sanders (*), le New York Times a fini par rectifier le tir au mois d’Août dernier, au vu des sondages alarmants pour Hillary Clinton. Le  bureau éditorial du NYT reconnaît que cette pile de dons moyens de 31,30 dollars est l’une des statistiques les plus encourageantes de cette campagne.

“On ne peut pas acheter un homme politique avec 31 dollars… C’est exactement le message lancé par Bernie Sanders, en renonçant aux aides des gros bonnets du capitalisme (…) qui transforment la démocratie américaine en ploutocratie”

Si c’est le New York Times qui l’écrit……..

(*) googlez « Blackout on Bernie Sanders » pour en savoir plus

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :