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Propane de schiste : enivrés par l’effort, accros à la croissance, les américains jouent désormais aux shadoks

Les producteurs de gaz de schiste américains se livrent actuellement  à un drôle de jeu : incapables de trouver preneurs pour les liquides de gaz naturel (LGN),  dont  le propane, qu’ils extraient au rythme de plusieurs dizaines de  milliers de barils  par jour dans le grand bassin gazier de Marcellus (Nord Est des Etats-Unis),  ils sont à présent  obligés de  réenterrer illico presto butane et  propane dans d’immenses cavernes en sous sol. Ils  pompent  donc le propane   des schistes de l’Ouest de la Pennsylvanie pour le ré-enfouir, une fois séparé du gaz naturel, dans le granit de la côte Est du même Etat.

Voilà un travail digne d’une vaillante armée  de shadoks, ces créatures télévisées nées  en 1968,  qui pompaient à longueur de dessins animés, afin d’éviter de devoir réfléchir à l’utilité de leur travail. De drôles d’oiseaux incapables de voler de leurs propres ailes,  dans lesquels se reconnaissaient alors bon nombre de  salariés français, travailleurs ou ingénieurs aliénés à des tâches ingrates  ou rendues insolubles par la bêtise de leur hiérarchie. L’ORTF  ne comptait alors que deux chaines de télévision. Difficile pour les téléspectateurs  d’échapper aux stupides aphorismes des shadoks. Le plus célèbre de ces aphorismes,  passé à la postérité :  « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »    témoignait en effet  d’une connaissance aïgue d’un certain mal français,  que le nouveau management à l’anglo-saxonne (qui pointait alors  son nez en France),   se promettait de circonvenir  au moins dans les entreprises privées.  Les shadoks n’ayant  ni pétrole ni idées, agaçaient ou ravissaient,  divisant les familles et  la France,  entre amateurs et adversaires de loufoqueries télévisées.

Vu de Sirius,  l’activité consistant à pomper  le propane hors  du sous-sol avant de le repomper dedans  quelques centaines de kilomètres plus loin au motif qu’on ne sait pas quoi en faire,   ressemble fort à un travail d’aliéné mental.  Mais puisque c’est le marché qui veut qu’il en soit ainsi……Le dernier rapport de Platts sur le gaz de schiste américain nous apprend ainsi que les producteurs de propane du bassin gazier de Marcellus ne savent plus à quel saint se vouer, du fait qu’ils sont confrontés à une concurrence sévère des producteurs texans et canadiens cherchant eux aussi des débouchés pour leurs barils spots.

Des conditions économiques particulièrement défavorables font que le propane nord américain produit loin des ports d’exportation ne vaut actuellement plus rien. En effet le propane canadien, comme le propane de Pennsylvanie est coté relativement au prix du propane du Golfe du Mexique (US Gulf price), lequel tourne actuellement entre 30 cents/galon et 40 cents /galon. Or il se trouve que le coût du transport par rail du propane depuis le Nord Est des USA  jusqu’au Golfe du Mexique, d’où il pourra être transformé ou  exporté, est de 30 cents/galon. C’est dire que la valeur résiduelle du propane de Pennsylvanie avant embarquement à bord des convois ferroviaires est proche de quelques cents par gallon. Autant dire une misère.

La production de propane en provenance des usines de gaz naturel du Nord Est a été en moyenne de 104 000 barils /jour durant le premier trimestre 2015, en augmentation de 54 % par rapport à la même période de l’an passé, selon l’EIA. Ces chiffres représentent la production des états de Pennsylvanie, de Virginie Occidentale et de New York, la principale région productrice du bassin de Marcellus. Si l’on ajoute à cela la production du bassin d’Utica, principalement dans l’Ohio, on arrive à un total de 171 000 b/j au premier trimestre et 193 000 b/j au second trimestre de cette année. Ces chiffres sont à comparer avec une consommation hivernale moyenne dans le Nord Est des Etats Unis  160 000 b/j et de 107 000 b/j en été.  D’où la question de savoir comment gérer l’excédent de production actuel.

Les producteurs de propane  du Nord Est ont trois options possibles pour égaliser offre et demande locale : envoyer l’excédent par rail vers le grand hub pétrolier du Texas ; exporter l’excédent depuis la Cote Est vers l’Europe du Nord;  ou enfin  le stocker sur place,  sous terre.

Malheureusement la solution consistant à exporter le gaz  vers l’Europe ne va pas résoudre à court terme  le problème de surproduction, et ce pour des raisons de capacité des gazoducs.  Le terminal export de GPL de SUNOCO Logistics , installé à Marcus Hook, dans la lointaine banlieue sud de Philadelphie,  a bien une capacité de 57 000 b/j. Mais le pipeline qui l’alimente , Mariner East 1, qui trimballe le propane depuis l’Ouest de la Pennsylvanie jusqu’au terminal côtier, n’opère qu’à raison de 20 000 b/j, et son trafic dépend de la disponibilité des bateaux et de la demande des acheteurs en Europe du Nord.

sunoco-logistics-mariner 1 & 2

En ce qui concerne l’option transport par rail vers le Golfe du Mexique, il ne permettrait pas aux producteurs de valoriser correctement le gaz, puisqu’il  réduirait  le produit net de la vente du propane à quelques centimes de dollars par galon.

La préconisation qui circule donc  chez les producteurs  du bassin de Marcellus est  de restocker  le gaz dans la roche (dans d’immenses  cavernes de stockage) en attendant ou en souhaitant que l’hiver fasse remonter les prix. Si cette stratégie a pu fonctionner en 2013 et 2014, il y a peu de chance que cela se reproduise cette année : du fait de la  croissance continue des stocks de GPL , ces derniers pourraient atteindre la capacité maximale de stockage dans tout les Etats Unis  avant le démarrage de la période de chauffe mi Octobre.

Si les stocks continuent de croître au rythme de Juin dernier, les stocks américains de propane pourraient augmenter de 26 millions de barils d’ici à la fin de la période de mise en stock (que les pétroliers  appellent  « injection season »). Cela signifierait que les stocks américains de propane atteindraient en octobre prochain des sommets jamais vu auparavant  à  110 million de barils. Un véritable test de résistance  à très haute pression  pour les capacités américaines  de stockage de GPL !

Source : Platts 10 Juillet 2015    « US propane under pressure »

Prochain article :  suivez  notre reportage de l’été au cœur des cavernes où SUNOCO Logistics stocke  2 millions de barils de propane à destination de l’Europe …  Nous irons voir  si ça sent le gaz à l’aplomb de ces gigantesques cavernes creusées dans  le roc.  Le gaz sous pression parvient-il  à suinter  à travers les centaines de mètres de roche  qui séparent le gaz de l’air libre ? N’écoutant que mon courage,  je me suis rendu sur place à l’invitation d’un étrange  comité de voisinage du terminal gazier de Marcus Hook, lequel  organise chaque année un « Festival des pirates ». Sûr que j’y trouverai facilement ma place…. La petite ville industrielle de Marcus Hook serait-elle un repère de flibustiers du gaz ? Y aurait-il  un trésor caché au fin fond des  cavernes de Sunoco ? Ou simplement  anguille sous roche ?

Mais s’il y a anguille sous roche  et  qu’il y a quantité  de gaz sous la roche,  et si l’anguille ne vit que dans l’eau, cela tendrait à prouver qu’il y a bien de l’eau dans le gaz   ! A moins que ce ne soit l’inverse. Diantre……

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