Association Défense des Consommateurs de Propane

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Menacé par la concurrence à venir dans le GPL, Total met en vente Totalgaz

La décision en aura surpris plus d’un et probablement fait l’effet d’une petite bombe dans le monde feutré du GPL. Meme si elle s’inscrit dans le vaste mouvement -initié il y a une dizaine d’années –   de désengagement de tous les « majors »  de leur activité de distribution de GPL en vrac et au détail, on ne s’attendait pas à ce que Total suive le mouvement de sitôt. Après tout cette multinationale est attirée par les cartels comme les mouches par le vinaigre. Et en matière de cartel, les distributeurs  de  GPL en connaissent un sacré rayon.  Dans ces conditions la décision du groupe Total,  révélée par la presse économique du 6 mars dernier, de confier la cession de Totalgaz à deux  banques d’affaires pour la somme approximative de 750 millions € peut etre interprétée de deux manières différentes :

1ere hypothèse : Total,  spécialiste des entraves à la concurrence,  souhaite   prendre  prétexte  du désaveu officiel de l’Autorité de la Concurrence concernant les  pratiques commerciales des propaniers français  (cf leur rapport de Janvier 2014 dans les archives du  site) pour tirer un trait définitif sur la distribution de GPL,  estimant ne plus avoir les forces internes pour   soutenir la future concurrence  dans le GPL. Dans ce   scénario,  Total aurait « mal pris » le rapport  de l’Autorité de la Concurrence  annonçant la fin des magouilles commerciales entre propaniers.

 Problème de cette hypothèse : il s’est écoulé à peine  un  mois entre la publication du rapport de l’Autorité de la Concurrence et l’annonce par Total de son intention de céder Totalgaz.  Or on ne prend pas en l’espace de 4 semaines  la décision de se séparer d’une filiale  créée il y a  50 ans, comprenant un staff de  500 salariés,     sur la base d’un rapport sans conséquences juridiques immédiates  pondu par une officine d’Etat. Autant dire que la décision était depuis longtemps  dans le pipeline au moment où l’Autorité de la Concurrence a sorti  son  rapport préconisant une  normalisation de la concurrence dans le  propane vrac, sur la base de ce qui se pratique depuis longtemps dans les pays voisins.

2ème hypothèse : si la décision était déjà dans les tuyaux, un autre scénario devient dès lors plausible : celui où le rapport de l’Autorité de la Concurrence  tombe à point nommé pour permettre à Total de justifier la vente de sa filiale,  vis-à-vis de ses  salaries  comme aux yeux des investisseurs. Dans cette chronologie inversée, la publication du rapport de l’Autorité de la Concurrence constituerait non pas un acte de bravoure à l’encontre  du plus gros contribuable français, mais un petit coup de pouce  aux  dirigeants de Total  afin de les aider à justifier la vente  d’une activité dont l’espérance de profits ne peut que  diminuer  à mesure que la concurrence se renforcera dans le secteur………..et un coup de semonce  de l’Autorité de la Concurrence  vis a vis des  concurrents restants (après le retrait de Total).

Quoiqu’il en soit, il semble bien  que Total fasse  vraisemblablement  peu de cas de la capacité des   dirigeants actuels de Totalgaz de mener à bien les mutations nécessaires pour s’armer  face à la  concurrence qui s’annonce. On ne va pas  donner tort à Total,  si l’on en croit  certaines conversations qui nous ont été rapportées  entre plusieurs consommateurs clients Totalgaz  et certains  préposés aux prises de commande (l’histoire ne dit pas s’ il s’agissait à chaque fois de  la même « chargée de clientele » ).

«  Monsieur ?  Selon notre barème actuel, Totalgaz peut vous livrer au prix de 1950  € la tonne HT . Souhaitez vous confirmer  votre commande ? Non ? On vous propose moins ? Qui ça ? Des allemands qui livrent en France ?   Ah bon ? Savez vous que vous n’avez pas le droit de faire remplir votre citerne par un autre pr ……….. ? Vous n’en avez rien à faire ? Comment vous dites ? Vous vous en battez l’œil et le flanc gauche ?  Attendez une seconde, j’en réfère au responsable ( Quelques secondes plus tard……) Monsieur ? Vous etes toujours là ? A quel prix est ce qu’on vous propose le propane ? 1320 € HT la tonne ? Attendez une seconde………. (Quelques secondes plus tard) …………Monsieur, nous pouvons vous livrer à 1290 €  HT la tonne . Etes vous  preneur à ce prix ? »

Si les dirigeants de Totalgaz entendent  fidéliser une  clientele de plus en plus avertie, il va falloir qu’ils  trouvent d’autres manières de traiter les consommateurs. Même dans  les souks de Marrakech,  un  client peu averti peut  légitimement  s’étonner de voir chuter le prix de l’objet convoité  de 30 % en l’espace d’une  minute.  Lorsqu’on s’appelle Totalgaz, une manœuvre commerciale aussi grossière constitue la   démonstration éclatante que les prix du   propane vrac ne sont  qu’une vulgaire  arnaque montée  de toute pièce pour rançonner les consommateurs tenus dans l’ignorance de leurs droits.  Effet garanti sur le moral du client en question  !   Une arnaque qui pompe le budget  des ménages ruraux depuis des décennies pour remplir les poches  des actionnaires. Une arnaque qui risque de continuer encore quelques années  malgré le rapport récent  de l’Autorité de la Concurrence,   et malgré la récente loi Hamon. En effet  la loi Hamon a  réussit  l’exploit  de créer pour la première fois   des dispositions spécifiques  aux contrats de GPL dans le Code  de la Consommation,   SANS RIEN CHANGER  des pratiques anti-concurrentielles du cartel du propane. Une telle incapacité à rétablir l’équité de la relation entre propaniers et consommateurs rend perplexe……

La mise en vente  de Totalgaz après celle de Butagaz   pourrait bien marquer  le début d’une nouvelle ère dans la distribution du GPL  en France. Jusqu’à aujourd’hui les pétroliers Shell et Total,  propriétaires de Butagaz et Totalgaz, faisaient jeu égal en termes de part de marché en France,  avec les géants mondiaux  du GPL que sont Antargaz (groupe UGI) et Primagaz( groupe SHV). La sortie annoncée des deux derniers groupes pétroliers français actifs dans la distribution du GPL   laissera le champ  libre en France  aux « pure players » du butane-propane. Espérons que cette  redistribution des cartes  permettra aux consommateurs  français de tirer leur épingle du jeu, à travers une diversification de l’offre,  et l’entrée de nouveaux opérateurs.  Butagaz et Totalgaz détiennent à eux deux quasiment  50 % des citernes domestiques en France. Il y a donc des places à prendre. Et peu de candidats pour investir  un secteur  industriel  acculé  à  réinventer  son business model après des décennies de spoliation des consommateurs.

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