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Petroplus : « Pas de place pour un 5ème opérateur de raffinerie à Petit Couronne » selon le PDG de TOTAL

Les interviews (presque)  imaginaires  de l’Adecopro

Adecopro : Bonjour Mr Christophe-Gabriel-Jean-Marie Jacquin de Margerie,  vous êtes PDG du conglomérat   TOTOYOTAL-SPANGHERO  depuis la fusion de Total avec Toyota et Spanghero . Les marchés se demandent quel est  votre axe stratégique depuis l’annonce de ces  opérations étranges de diversification   ?

De Margerie : De quel marché voulez vous parler ? Du marché de Mareuil sur Lay Dissais, charmante bourgade vendéenne  où je naquis  et où  tous les gu….  villageois reçoivent  une citerne TOTALGAZ en cadeau de  mariage ?  De quoi se plaignent-ils ceux là  ?

Adecopro : Non, je parle des marchés financiers. Quand  les marchés financiers déclarent  «  s’interroger », c’est une  manière polie de faire comprendre qu’ils exigent des explications ou des  changements .

De Margerie : Chez Totoyotal, notre comité stratégique divergeait dans son appréciation de la manière dont les véhicules seront mus dans les prochaines décennies

Adecopro : Comment ils seront mus ?

De Margerie : Oui , c’est une idée de mon ami Séguéla :  il s’agit d’établir une relation dans l’esprit des gens entre l’idée  de mobilité, se mouvoir, être mu,  et la notion d’émotion, émouvoir, être ému. Les deux idées  ont une  étymologie commune. Nous voulons transcender le concept de mobilité et le concept d’émotion pour donner naissance à un nouveau concept « hybride », celui de l’  « e-motion ». Nous transmutons ainsi  la voiture en un objet de  désir qui taraude  les consciences en imprimant l’idée que celui qui n’utilise  pas sa  voiture pour se  déplacer est un être ringard et insensible aux émotions. Bref notre comité stratégique s’est penché sur le carburant du futur. En fusionnant TOTAL  avec  TOYOTA et SPANGHERO, nous sommes sûrs d’être gagnants à tous les coups : quand il  y aura moins  d’essence  à  mettre dans les réservoirs, nous vendrons  des véhicules hybrides; et quand il n’y aura plus du tout d’essence ,  nous commercialiserons  des bœufs de labour élevés  dans les haras du groupe Spanghero,  le numéro 1 de la viande et du déguisement animalier. Ainsi nos  limousines hybrides à air conditionné pourront continuer de circuler,   attelées à des bœufs  carrossés en  mustangs.

Adecopro :   Selon vous,  la reprise de  Petroplus  semble vouée à l’échec du fait des capacités de raffinage excédentaires en Europe. Orange,  Bouygues et SFR n’ont- ils pas usé de l’argument de la saturation pour tenter  d’empêcher  Free d’entrer sur le marché de la téléphonie mobile en 2009  ? La saturation de la demande, c’est avant tout  une question de prix de vente.    N’est-ce pas plutôt pour conserver  vos marges  de raffineur  que vous plaidez dans les couloirs de l’Etat  pour la fermeture de Petit Couronne ?

De Margerie : Vous remarquerez que j’ai réussi à convaincre François Hollande. Entre nous ce n’est pas difficile, il semble n’avoir aucune opinion personnelle. Avec lui, c’est le dernier qui parle qui a raison. C’est pourquoi, sur les sujets sensibles comme celui-ci, nous  lui proposons notre  assistance intellectuelle, qui  fonctionne à la manière d’une  assistance respiratoire. Ca lui permet de prendre les  bonnes  décisions,  même lorsque son  cerveau ne dispose pas de l’autonomie suffisante. Ainsi  le président s’est exprimé  lors d’une réunion  à l’Elysée  avec les députés de la majorité. En présence du  ministre du Carapatage Productif,  François Hollande  a  fait part  de son septicisme  sur  l’opportunité économique  de la  reprise de Petroplus par un repreneur  lybien.

Adecopro :  Le repreneur lybien  Mabrouck Elie Getty,   PDG de Murzuk Oil,  a révélé  la semaine dernière  à la presse les détails de son plan de reprise de la raffinerie,  incluant une injection massive de 400 Millions d’€ pour remettre en état l’ensemble de la tuyauterie de Petit Couronne, en s’alliant au géant coréen Hyundai. Une partie de la somme est  gagée sur les immenses champs de pétrole détenus par Murzuk Oil au sud de la Lybie.  Que pensez-vous de sa proposition ? Est-elle réellement sérieuse ?

 De Margerie : C’est au tribunal de commerce d’en décider.  Nous n’interférons  pas dans le processus de décision des tribunaux car, comme vous le savez,  cela est contraire au code éthique de  l’industrie pétrolière.  Code auquel nous avons souscrit dans les heures qui ont suivi le naufrage de  l’Erika. Il est bien dommage que les champs de pétrole du Sud Lybie aient  échappé  à notre  convoit…..contrôle  à la faveur de la récente révolution lybienne malgré l’aide considérable et désintéressée  apportée par la France aux révolutionnaires.  Avant la révolution lybienne, nos camarades de BOUYGUES  avaient même prévu de bâtir une réplique exacte de la ville nouvelle de Val de Reuil  avec son centre pénitentiaire, en plein milieu du désert. Kadhafi avait prévu d’y enfermer cet ancien activiste  devenu PDG de Murzuq Oil, histoire de lui apprendre à ne pas voler dans les plumes des puissants.  Le petit frisé n’a visiblement pas retenu la leçon.

Adecopro :  Après avoir  écouté les propos du Président de la République devant les députés de la majorité, et s’étant avisé  que le Président lâchait discrètement  Petit Couronne,  le ministre du Laminage  productif  s’est fendu d’un communiqué à la presse  selon lequel «  L’essence et le diesel  « made in France » ne sont pas forcément les  meilleurs  ».  Cette phrase fait écho à la fameuse phrase  de Sarkozy à propos de la téléphonie mobile  « le prix le plus bas n’est pas forcément le meilleur »  lorsque le président de l’époque  hésitait encore à attribuer une nouvelle fréquence  à un  4ème opérateur de téléphonie mobile.  Ce faisant Mr Montebourg entend –il  préparer les esprits à l’inaction qui va désormais lui tenir lieu de ligne de conduite sur le dossier Petroplus ?

De Margerie :  Arrêtez de me casser les burnes  avec la reprise de  Pétroplus. Il n’y a plus de reprise possible de la raffinerie de Petroplus.  Comme l’a parfaitement dit mon ami Martin Bouygues, on ne peut accepter d’avoir en France « des concurrents qui viennent pisser dans nos châteaux ». Les seuls bons concurrents sont  des concurrents morts. Vive les cartels !

Adecopro : Vous devriez lire « Ishmaël » de Daniel Quinn. Une jolie  fable écologique. On y trouve cette réflexion  :  «n’importe quelle espèce qui arrive à s’exonérer des règles de la compétition finit par détruire sa communauté pour soutenir sa propre expansion».  Le peu d’appétence du grand patronat français pour la concurrence en fait une espèce potentiellement dangereuse pour le reste de la société…. Le nombre invraisemblable de condamnations prononcées dans divers pays contre votre groupe pour entraves à la concurrence   plaide certainement en faveur d’une réforme du droit de la concurrence à l’échelle   européenne : élargissement  de la notion de récidive à l’ensemble des pays de l’Union, condamnations au pénal des  dirigeants de groupes récidivistes …etc, toutes choses que la France tarde à introduire dans son droit commercial.

 De Margerie : Ne mélangez pas  la morale et les affaires. Vous gagnerez beaucoup en  tranquillité d’esprit.

Adecopro :  Merci  pour  vos conseils.  Depuis que le repreneur lybien parait en position de  satisfaire les  exigences  posées au printemps dernier par Montebourg  comme   préalable  à  une reprise de la raffinerie de  Petit Couronne,  on dirait que notre Saint Bernard des Usines  est comme englué  dans un baril de pétrole lourd. On ne l’entend plus sur le sujet, coincé  entre son  devoir de   ministre  du Rétrecissement productif,  consistant à  favoriser coûte que coûte la reprise de Petroplus,  et  le devoir de se taire pour se conformer à la  volonté du Président.  Pensez vous que cette affaire puisse  déboucher sur un scénario « à la LIP », les ouvriers  opposant  leur détermination à reprendre l’activité de raffinage,    à la volonté  du gouvernement de  tourner définitivement la page ?

De Margerie : Dans le cas de LIP,  le propriétaire de l’entreprise,  un groupe privé suisse qui avait racheté l’horloger français , s’y était pris comme un manche. Il avait cristallisé l’amertume des salariés,  les poussant  à s’engager dans une voie sans issue. Cette expérience d’autogestion  ne pouvait que se terminer en eau de boudin. Rien de tel ne se passera avec Pétroplus :  l’Etat français  mettra ce qu’il faut sur la table pour calmer tout le monde avant que les esprits ne s’échauffent.  C’est pour cela que des consignes strictes ont été données à la presse nationale pour ne plus  donner d’écho positif  à la tentative de reprise de Petit Couronne par  cet effronté : cela pourrait contribuer à faire monter les enchères.

Adecopro : Mr Montebourg  a écrit naguère  dans son livre-programme  publié lors des primaires socialistes, qu’il ne faut rien céder au « capitalisme de la rente ». Vous conviendrez qu’il  n’existe guère en France de   rente  plus mirifique  que la rente pétrolière. Laquelle inclut d’ailleurs, dans le cas de Total, les  rentes  des carburants,  lubrifiants,  GPL, des  bitumes,  etc.  Le refus du ministre du Rempaillage productif de croiser le fer avec le plus grand rentier français  n’est-il pas  une  preuve supplémentaire de la  mollesse congénitale des héritiers  de Guy Mollet ?

De Margerie : Je vous laisse juge de vos propos, mais vous avez raison de dire que le pétrole est une rente.  Nous payons les journalistes  pour répéter  inlassablement que  les  rentiers sont,  au choix,    chômeurs,  fonctionnaires,  élus  ou  chauffeur de taxi. La presse ne parle de rente que dans le contexte  de  personnes « physiques ». Elle passe ainsi sous silence  l’énormité  des rentes perçues  par les personnes morales. Pour mieux donner le change, nous avons construit le mythe de la « concurrence », qui existe certes  à l’échelle internationale pour les grandes entreprises, ou pour les PME et les artisans à l’échelle nationale. Mais chaque fois que nous le pouvons, notamment au niveau national, nous parlons partage des marchés et des profits avec nos concurrents.  Ainsi   les consommateurs  ignorent tout de la manière dont les grandes entreprises cultivent la rente à leurs dépens. Le cas du propane est un exemple particulièrement réussi  d’enfumage de consommateurs pendant plusieurs décennies sans que l’Etat français n’y trouve rien  à redire.

Adecopro :  Je ne vous le fais pas dire. L’ancien activiste lybien des droits de l’homme semble se donner beaucoup de mal pour paraître crédible aux yeux de l’establishment français. N’est- il pas désespérant de voir qu’on ne peut essayer de sauver une raffinerie en France sans passer pour un épouvantail aux yeux du plus gros Rentier de France  ? Comme naguère Xavier Niel – le patron de Free- évoquant les difficultés à obtenir une quatrième licence pour son projet de  téléphonie mobile, Mr Getty n’hésite plus à évoquer une cabale menée en souterrain  contre son projet de reprise.

De Margerie :  Je vois . Vous aussi vous voulez moraliser la vie économique ? Un conseil : ne prenez pas vos vessies pour des lanternes et restez en dehors de ces affaires de pétrole. Vous n’avez pas la moindre idée de là où vous mettez les pieds.

Adecopro :  La transparence, ça évoque quoi pour vous ?

De Margerie :   Une mer tropicale ourlée d’une plage de sable blanc  avant l’arrivée d’une nappe de pétrole .

(*) Les 5 raffineurs opérant en  France étaient jusqu’à il y a peu, Total , ExxonMobil, Ineos, LyondellBasell  et Petroplus.

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