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Il braque pour payer son propanier

Trois braquages pour une cuve à gaz

Paysagiste, il a attaqué deux stations-service et un bureau de tabac en dix jours. Sa compagne tente d’expliquer ce qui l’a poussé à jouer les gangsters.
La machine à laver le linge ne marche plus, comme le reste. Seule la télé tient bon: elle diffuse des clips en boucle dans un coin du salon. Les yeux rougis, le teint « comme si [elle] sortait de prison« , Christelle (*) repasse les tonnes d’habits qu’elle a dû nettoyer à la main. A côté d’elle, son petit garçon d’un an gigote dans son lit-parapluie. Né d’une première union, son aîné de 13 ans joue dehors avec un copain. Elle s’excuse du bazar environnant, des miettes du petit déjeuner restées sur la toile cirée et commence, sonnée: « Je n’ai rien vu venir. Je ne comprends pas.« 
Elle sort une photo de son compagnon tenant leur bébé dans les bras: souriant, les cheveux bien coiffés, avec des petites lunettes. « Pas vraiment l’air d’un voyou, hein? » Pourtant, c’est bien ce père de famille de 34 ans qui a braqué au pistolet à plomb la station-service d’Odars, un petit village de Haute-Garonne, le 21 mars. Le bureau de tabac de Labastide-Beauvoir, le 31. Une autre station-service à Revel le 1er avril, avant de se faire arrêter dans la foulée par une armada de gendarmes en voiture et en hélicoptère. Qu’est-ce qui a bien pu pousser cet homme « gentil« , « posé » et « aimant » à jouer les gangsters ? « On n’avait plus les moyens de remplir la cuve à gaz, tente de comprendre Christelle, qui ne savait rien des braquages avant l’arrestation. Il n’arrêtait pas de dire qu’il avait peur qu’on n’ait plus de chauffage, plus d’eau chaude, et que les enfants attrapent froid.« 

« Même quand tout va bien, on a du mal à joindre les deux bouts« 

Un peu juste financièrement, la famille est cependant loin d’être à la rue: paysagiste embauché en CDI, il gagne 1.200 euros net par mois. Auxiliaire de vie, elle est en congé parental depuis la naissance de leur fils. A eux deux, ils cumulent près de 2.000 euros mensuels – 1.500 une fois payé le loyer de la maison. « On est comme tout le monde: même quand tout va bien, on a du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois.« 
Or courant février-mars, tout va mal: il perd le téléphone portable que Christelle lui a offert, et toutes les vidéos qu’il avait faites de leur fils avec. Il est contraint de payer en une fois une facture de régulation d’EDF de plus de 500 euros. Le four traditionnel, le micro-ondes et la voiture tombent en panne l’un après l’autre. Pris à la gorge, il n’a que 10 euros à offrir à son beau-fils pour son anniversaire. Pour les 41 ans de sa compagne, rien. « Lui qui aime tant faire plaisir, ça l’a rendu malade. Déjà qu’il n’était pas très bien…« 
Depuis une méchante dispute avec sa mère à Noël, il a tendance à boire un peu trop, à se renfermer sur lui-même et à s’énerver pour rien. Au point que, début mars, le médecin lui signe un arrêt de travail pour dépression. « Le divorce de ses parents le fait encore beaucoup souffrir, explique Christelle. Son père absent, sa mère dépassée par les événements… Ce sont ses grands-parents qui l’ont élevé comme ils pouvaient. » La cuve à gaz à remplir est la goutte d’eau qui fait déborder le vase: le 21 mars, il dérobe le pistolet à plomb de son beau-fils, se couvre la tête d’une capuche, la bouche d’un foulard et, sans rien dire à personne, braque la station-service d’Odars, où il est pourtant connu. Dix jours après, rebelote chez le couple de buralistes de Labastide-Beauvoir, chez qui il se rend aussi régulièrement. Butin de la journée: 80 euros.

L’apprenti braqueur n’a pas dû voler plus de 300 euros

Son avocat, Me Christian Etelin, affirme qu’au total l’apprenti braqueur n’a pas dû voler plus de 300 euros… « Pour moi, analyse sa compagne, c’est un appel au secours. Sinon, il ne serait pas allé attaquer des commerçants que l’on apprécie, avec si peu de jours d’intervalle« … Dans ce cas, pourquoi prendre le soin de cacher sa plaque d’immatriculation avec du scotch? « Quand on en arrive à ces extrémités-là, on ne réfléchit plus beaucoup« , estime Me Etelin. Lui décrit son client comme quelqu’un de « fragile » qui a dû « s’affoler« , mais certainement pas comme un délinquant: « Il ne méprise pas l’ordre social, il a même certaines valeurs, mais il pâtit d’un manque de maturité certain: pour lui, c’était naturel de se sortir ainsi de ce mauvais pas. Peut-être que, inconsciemment, il s’est dit que s’il se faisait arrêter, son problème serait pris en considération.« 
Présenté le 6 avril devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour « vols avec violence« , il sera jugé le 5 mai. Son avocat espère que compte tenu de son passé irréprochable et du caractère factice de l’arme utilisée, il pourra bénéficier d’une peine mixte, « une grosse partie » de sursis avec mise à l’épreuve, et de la prison ferme aménagée par une semi-liberté ou un placement sous bracelet électronique.
(*) Le prénom a été modifié
Chloé Aeberhardt, à Toulouse – Le Journal du Dimanche
samedi 17 avril 2010

Christian Etelin

Me Christian Etelin, l’avocat de l’apprenti gangster.
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