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Shell arrivera t’il à vendre Butagaz ?

Butagaz France est à vendre depuis des années.   Le groupe SHELL, actuel propriétaire de Butagaz, s’est démis de presque toutes ses filiales de distribution de GPL dans le monde,  et Butagaz France reste parmi les dernières à ne pas avoir été vendue, sinon la dernière. .
Aux dernières nouvelles rendues publiques, c’est-à-dire, à ma connaissance  la presse datée du 13 août 2010,  le groupe anglo-néerlandais Shell devait entrer en négociations exclusives avec le brésilien Ultragaz pour la vente de sa filiale  française Butagaz. Le prix qu’Ultragaz était  disposé à payer devait satisfaire Shell, autour du milliard d’euros ( Shell réclamait beaucoup plus il y a quelques années….). Les autres offres reçues par Shell émanaient du fonds PAI Partners (si ma mémoire est bonne, il s’agit du groupe d’investisseurs qui s’est illustré dans le rachat d’Antargaz par l’américain UGI), Advent et AXA Private Equity. Elle ont fait l’objet d’une fin de non-recevoir.
Qui est Ultragaz ? Féru d’histoire et  ayant séjourné longuement au Brésil, votre serviteur a voulu en savoir plus quand il a appris qu’Ultragaz était une société brésilienne. Le résultat de mon enquête n’est pas triste. Ce qui s’est passé au Brésil  durant les années de la dictature (os anos de chumbo – les années de plomb) est en quelque sorte  le « troisième volume »  de l’histoire en deux volumes  écrite  par l’historien anticolonialiste et pionnier  de la cause  homosexuelle, Daniel Guérin, dans   «Fascisme et Grand Capital»  où ce dernier  dénonçait l’aide financière considérable apportée par  les multinationales allemandes de la chimie, de l’acier, et  de l’armement  au NSDAP allemand pour aider le parti d’Hitler à arriver au pouvoir.   
La société Ultragaz est issue de la fusion de plusieurs sociétés dont une  créée pour ravitailler  naguère en gaz les zeppelins allemands traversant l’Attantique et qui atterrissaient au plus près de l’Europe, c’est-à-dire à Recife,  avant de redécoller de nouveau  vers Rio de Janeiro et Buenos Aires. La fin brutale des Zeppelins suite au tragique incendie de 1937 voit la société  obligée de se reconvertir dans la distribution de gaz avec un énorme stock sur les bras. La fiche Wikipedia d’Ultragaz ne fait aucunement allusion à cette histoire de zeppelins et ne mentionne comme parenté  qu’une société de distribution de bouteilles de gaz,  fondée en 1937 par un immigré autrichien Ernesto Igel (1893-1966). La fiche Wikipedia d’Ultragaz ne mentionne pas non plus le fait que le fils d’Ernesto Igel, Pery Igel, principal actionnaire du groupe au moment de son décès en 1998,  a été un des principaux financiers des opérations para-militaires de la dictature brésilienne. La soeur de Pery Igel, Daisy Igel, est par ailleurs classée par Forbes 1442eme fortune mondiale avec seulement 9 % des parts d’Ultrapar, la holding d’Ultragaz.  
Mais revenons à l’époque de la fin des zeppelins. Arrive un certain Henning Albert Boilesen, un danois de Copenhague né en 1916 qui mourra assassiné à Sao Paulo en 1971. Mis en selle par ses amis brésiliens ayant de fortes attaches avec l’Allemagne nazie,  Boilesen devient rapidement président d’Ultragaz. Boilesen fut une personne très influente dans l’industrie brésilienne à l’époque de la dictature des généraux brésiliens. Outre Ultragaz, il présidait alors le Centre d’Intégration Entreprise Ecole , et la présidence du Rotary. Il fut ainsi un des premiers grands entrepreneurs à financer l’appareil militaire brésilien. Cet appareil militaire a torturé et exécuté à Sao Paulo de très nombreux opposants politiques, à travers l’Opération Bandeirantes (OBAN), qui allait devenir l’embryon de la police politique du régime le DOI-CODI ( Détachement des opérations de renseignements –Coordination de la Defense Interne).
Boilesen
Sans existence formelle ou legale, l’OBAN était en réalité une formation paramilitaire d’action directe en marge de la loi, ce que lui procurait une efficacité redoutable. Elle était financée par des donateurs privés comme  le groupe ULTRAGAZ , la filiale brésilienne du constructeur automobile  Ford et de General Motors et le groupe Camargo Correa, ainsi que par la vente des biens spoliés aux familles de ses victimes. Parmi les donateurs, il y en avait qui soutenaient la répression avec enthousiasme, mais d’autres contribuaient à contre cœur sous la pression d’une « mafia » d’extrème droite.
Président  du groupe Ultra, maison mère d’Ultragaz, Boilesen fut éxécuté par des militants de deux organisations d’ultra-gauche, dans la matinée du 15 Avril 1971 dans les rues de Sao Paulo. Ses assassins ont dit qu’ils l’avaient choisi pour faire un exemple et l’ont  accusé de participer au financement de la répression et d’assister à des sessions de torture de prisonniers  politiques.   

Exécution du patron du leader brésilien du GPL, l’homme qui aimait descendre dans les sous sols de la police pour entendre crier  les victimes

Ses éxécuteurs racontèrent aussi que Boilesen était intime avec des agents de sécurité de l’OBAN, et qu’il existait un instrument de torture connu sous le nom de « pianola Boilesen » en hommage à l’entrepreneur qui avait ramené une machine à electrochocs actionnée par un clavier qui modulait l’intensité de la décharge. Le documentaire « Cidadao Boilesen »  de Chaim Litewski (actuel directeur des services audiovisuels de l’ONU), primé dans plusieurs festivals,  raconte l’histoire de cet entrepreneur en se basant sur des témoignages de première main (on peut visualiser le documentaire sur You Tube en brésilien).  Le documentaire affirme que Boilesen, personalité sadique et brillante,   n’a pas échappé aux ambiguïtés et aux paradoxes inhérents aux grands patrons d’extrème droite. Ce documentaire confirme sur la base de témoignages de  militaires et de militants de l’époque, que Boilesen avait l’habitude de participer aux interrogatoires musclés.

 
 

 

 

 
Ci dessus le jugement du tribunal révolutionnaire condamnant à mort  le patron de l’équivalent brésilien du Comité Français du Butane Propane (ASSOCIGAS),  pour venger l’assassinat de militants révolutionnaires.
 
Il n’est pas inintéressant de noter que la biographie de l »actuelle présidente du Brésil et ancienne militante révolutionnaire, Dilma Roussef, indique qu’elle fût prisonnière de l’OBAN et torturée par leurs soins entre 1970 et 1972, c’est à dire au moment où Boilesen fut éxécuté par ses « camarades »  révolutionnaires.
Comme quoi la roue tourne…….et pour une fois, dans le bon sens. 
Mise à jour du 23/09/2015 :
Où on découvre que Volkswagen n’a pas  fait que fabriquer des voitures au Brésil. Il y avait aussi un  service après vente  très spécial pour les clients mécontents :
 
 
 
 
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