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Désodorisation accidentelle du gaz : réflexions sur quelques procès américains

( traduit de l’anglais par DP)

Bien que le sujet ait récemment fait l’objet d’une attention soudaine suite à  quelques explosions retentissantes  et à  un nombre grandissant de procès,  la disparition ou l’estompage   de l’odeur  du  gaz  n’est ni un fait récent ni une découverte récente. Ce sont les évènements récents qui ont braqué les projecteurs sur le sujet en créant une inquiétude justifiée du côté des gaziers. Les causes et les solutions techniques à  l’atténuation de l’odeur du gaz ne constituent pas le seul problème important dans cette affaire.  L’industrie du gaz se débat actuellement avec les implications  légales de sa connaissance historique de ce problème, ainsi qu’avec  la question de savoir s’il faut prévenir les consommateurs et les professionnels  du bâtiment de manière à limiter sa responsabilité sur cette question, sans pour autant accroître la responsabilité de ceux qui interviennent après le compteur  de gaz.

Histoire de l’odorant et du phénomène d’estompage

Dans leur état purifié, le gaz naturel et le propane  sont  des gaz inodores et indétectables par le sens de l’odorat. Les dangers de cette absence d’odeur sont clairement apparus  le 18 mars 1937 lorsqu’une explosion  coûta la vie à  300 enfants et enseignants dans la ville de New London au Texas. Le Bureau local des mines fit la démonstration que la tragédie de New London avait été causée par une fuite de gaz naturel qui ne fut pas détectée du fait de l’absence d’odeur du gaz. En réponse à cette tragédie, l’Etat du Texas mit en place  la première loi exigeant que du mercaptan soit ajouté au gaz naturel de manière à ce qu’on  puisse détecter la présence de gaz naturel en cas de fuite.

Aujourd’hui la loi fédérale oblige les gaziers à odoriser le gaz naturel de manière à ce que les consommateurs puissent détecter les fuites de gaz. Le ministère des transports américain exige qu’un gaz combustible soit odorisé de manière à ce que le gaz soit détectable par une personne avec un sens de l’odorat normalement développé dès que la concentration en gaz atteint 1/5eme  de la limite explosive inférieure.

L’addition de l’odorant permet la détection par l’odorat humain. Il est patent que si l’odorant perd d’une manière ou d’une autre ses propriétés aromatiques, alors le danger inhérent aux gaz  inodorants ressurgit. C’est tout le problème de l’estompage de l’odeur qui se produit  lorsque le mercaptan et les odorants rajoutés au gaz,  sont adsorbés par l’acier neuf.  L’odorant le plus courant utilisé dans le gaz naturel est le butyl mercaptan tertiaire ( TBM). Les parois intérieurs des tuyaux et des citernes en acier vont réagir chimiquement avec le TBM pour produire un disulfide dont l’odeur est soit moins forte que l’odorant originel, soit inexistante. Quand une molécule de TBM adhère à la paroi d’un tuyau, le processus est  connu sous le nom d’adsorption. L’adhérence du TBM sur la surface empêche l’odeur de voyager dans le tuyau avec le gaz auquel la molécule odorante était auparavant attachée. Jusqu’à ce que l’équilibre d’adsorption soit atteint, la concentration de mercaptan continuer de décroître et le gaz odorisé continuera de perdre son odeur caractéristique.

L’atténuation de l’odeur du gaz, particulièrement en ce qui concerne le propane liquide, est connue et analysée depuis une vingtaine d’années. Par exemple, la Commission de sécurité des consommateurs des USA a conduit une étude sur l’atténuation de l’odeur du propane en 1985 et à nouveau  dans un mémorandum en 1987. Ce mémorandum notait en détail la propension du mercaptan à réagir avec la rouille présente  à l’intérieur des réservoirs  de stockage de propane, ce qui conduisait à des situations où l’odorant ne pouvait plus être détecté à l’occasion d’une fuite de gaz. Du fait de ce danger, les citernes de propane ainsi que les dépliants commerciaux  des propaniers  comportent habituellement des avertissements à l’attention des clients  concernant le potentiel de disparition de l’odeur du gaz dans les vieilles citernes  ou les citernes intérieurement rouillées.

Dès le début des années 90, certains  distributeurs de gaz naturel  ont prévenu leurs propres employés au sujet de l’estompage de l’odeur du gaz dans leurs canalisations.  Ils ont non seulement traité de la question dans les manuels de formation et de sécurité, mais ils ont aussi commencé à conditionner ou « assaisonner  » leurs canalisations de manière à minimiser ou empêcher la disparition de l’odeur.  Cependant contrairement aux propaniers américains, jusqu’à une période récente, les industriels du gaz naturel n’ont pas prévenu les consommateurs au sujet de la propension du gaz naturel à perdre son odeur. Cette disparité entre les avertissements fournis pour le propane ( ndlr : l’auteur ne parle que du cas américain car en France le silence des propaniers sur la question est assourdissant) et l’absence d’avertissement pour le gaz naturel représente une difficulté juridique importante pour les compagnies de gaz naturel qui doivent se  défendre contre des plaintes pour défaut d’information sur l’estompage de l’odeur.

Les risques associés à l’estompage de l’odorant 

Du fait que le processus chimique qui créé le phénomène d’atténuation d’odeur dépend de la surface disponible pour que l’adsorption puisse avoir lieu, il est logique que plus le tuyau est large, plus grande sera la propension à l’atténuation de l’odeur. La rapidité du flux de gaz dans le tuyau est un autre facteur qui détermine le rythme d’adsorption: plus le rythme est lent et sporadique, plus le risque d’adsorption est élevé. Ainsi la taille du tuyau et la vitesse du gaz font qu’il y a plus de chance que l’estompage de l’odeur se produise dans les grands projets résidentiels ou industriels qui sont équipés de tuyaux d’acier neufs de gros diamètre, et sur des longueurs de canalisations plus grandes,  que dans  la maison individuelle traditionnelle.

Que l’estompage de l’odeur se produise durant la phase du chantier de construction du projet industriel ou commercial, ou après la fin du chantier quand le bâtiment est opérationnel, il peut y avoir un grand nombre de personnes potentiellement exposées au risque d’atténuation. Plusieurs explosions récentes provoquées par le  gaz naturel, citées par le Bureau d’Enquêtes Américain pour le Danger et la Sécurité Chimique, démontrent clairement les risques catastrophiques liés à la perte d’odeur :  l’explosion de l’usine  ConAgra à Garner, Caroline du Nord en Juin 2009; l’explosion du Hilton de San Diego en mai 2008; l’explosion de l’hôtel de Cheyenne dans le Wyoming en Aout 2007;  l’explosion de l’école de Porterville en Novembre 2005; et l’explosion de Triumph Foods à Saint Joseph , Missouri en Octobre 2005. Dans chacun de ces cas, il y avait beaucoup de travailleurs sur le site qui furent exposés au risque de disparition  de l’odeur du gaz.

Le Hilton Bayfront de San Diego explose avant d'ouvrir : 14 travailleurs blessés.

Fuite de gaz non détectée par plusieurs  dizaines d’ouvriers sur le chantier peu avant l’ouverture : le Hilton Bayfront de San Diego explose avant d’ouvrir en 2008  : 14 travailleurs blessés.

Prévenir les consommateurs augmente t’il ou diminue t’il l’étendue de la responsabilité du gazier ? 

Durant les 5 dernières années il y a eu 5 explosions importantes en milieu industriel dans lesquels la question de la désodorisation du gaz naturel a été ouvertement posée . Comme on pouvait s’y attendre, avec le nombre grandissant de catastrophes est venu un nombre plus important de procès. L’industrie du gaz naturel fait face à un nombre croissant de plaintes affirmant que les compagnies  n’ont pas informé correctement les consommateurs du phénomène et du danger de désodorisation. Une des inquiétudes des  gaziers est de savoir si le fait de fournir aux consommateurs une information sur l’estompage de l’odorant qui peut survenir en aval du compteur n’entraîne  pas une extension de la responsabilité de la compagnie au delà de ce qui est prévu par les lois fédérales et de celles de l’Etat.

Une des premières questions soulevées dans ce genre d’affaires est de savoir si le distributeur de gaz naturel qui fournit le gaz odorisé a le devoir d’informer les consommateurs au sujet du risque de désodorisation accidentelle. La jurisprudence suggère fortement que ce devoir existe si le gazier connaissait  ou aurait dû connaitre  les dangers liés à  l’estompage de l’odeur.  Un tribunal a soutenu que le risque de  désodorisation impose un devoir d’avertissement et d’instruction reposant sur les épaules du fabricant de l’odorant.  Dans le procès Natural Gaz Odorizing, Inc versus Downs, la Cour a déclaré que la susceptibilité à la désodorisation rend l’odorant « défectueux et déraisonnablement dangereux » si des avertissements adéquats n’ont pas été fournis par le fabricant.  Le procès Downs n’a pas permis de répondre à la question de savoir si des avertissements sont requis de la part du fournisseur de gaz naturel odorisé.

De plus , la Cour Suprème de l’Iowa a soutenu que du fait qu’un distributeur de gaz naturel savait que la situation de son gaz était potentiellement dangereuse, il avait un devoir de prévenir ses consommateurs de cette situation dangereuse. Dans le procès Immobilière Pearson  versus  Interstate Power & Light Co., la Cour a décidé que le gazier défendeur avait le devoir de prévenir ses clients qu’un danger existait lorsque son gaz odorisé était utilisé avec certains « connecteurs cobra » utilisés dans le raccordement de canalisations. La décision de la Cour fut essentiellement motivée par le fait que le gazier savait depuis longtemps que les composés soufrés dans son gaz , ainsi que l’ethyl mercaptan ajouté à son gaz, avaient un effet corrosif sur ces connecteurs et que cette corrosion avait provoqué des fuites dans le sous-sol.

L’argument central de la Cour était basé sur la connaissance par la société du fait que les composés soufrés dans son gaz, ainsi que l’éthyl mercaptan ajouté au gaz, avaient un effet corrosif sur les connecteurs cobra et que cette corrosion était à l’origine de fuites de gaz. La Cour a aussi mis en lumière le fait que le plaignant n’avait aucune connaissance des effets corrosifs du gaz et du mercaptan…..Or dans le droit américain le fournisseur qui est conscient du danger potentiel du produit livré (ou des faits qui peuvent le conduire à devenir dangereux) doit en informer son client s’il a des raisons de croire que son client n’est pas à même d’en apprécier la dangerosité  (American Restatement of Torts, Second) .C’est pourquoi le niveau de connaissance du consommateur ainsi que celui du fournisseur sont essentiels pour apprécier l’obligation d’informer…. La Cour a donc soutenu que la capacité  corrosive du mercaptan était en fait un risque inhérent, et que le gazier avait un devoir d’avertir de l’existence de ce danger, quand bien même le consommateur avait la responsabilité des tuyaux de gaz derrière le compteur…. Par conséquent les gaziers défendeurs ne devraient pas s’attendre à être absout de leur responsabilité pour ne pas avoir prévenu leurs clients, même s’il est établi que l’atténuation de l’odorant ne s’est manifesté uniquement que sur la partie des canalisations de gaz appartenant à leurs clients et située après compteur…. Le fait de prévenir les consommateurs  et les entrepreneurs sur le danger inhérent à la désodorisation n’est pas de nature à augmenter la responsabilité du gazier après compteur, mais, au contraire, satisferait l’ obligation d’information et d’avertissement sur ce danger spécifique propre aux gaz odorisés……….

Le texte complet de l’article, traduit avec l’accord de son auteur, se trouve sur le site de son employeur, le cabinet d’avocat Offit Kurman :

http://www.offitkurman.com/news-events/article/a-pragmatic-approach-for-addressing-the-issue-of-odorant-fade/

Sur l’auteur de l’article :

Mark E. Gottlieb  est avocat au bureau de Philadelphie du Cabinet Offit Kurman. Me Gottlieb est spécialisé dans les domaines du recouvrement d’assurances, des malfaçons dans la construction, de la criminalité en col blanc, et des grands procès. Il a représenté  de nombreuses personnes dans des affaires criminelles retentissantes et des sociétés privées dans des procès à plusieurs millions de dollars. E-mail : mgottlieb@offitkurman.com.

La disparition de l’odeur du gaz incriminée dans des explosions au propane aux USA

Alors que les médias continuent d’en rajouter sur le cas de l’usine Lubrizol qui a empesté le Val de Seine   avec ses rejets involontaires d’odorant gazeux  dans l’atmosphère qui sont allés taquiner jusqu’aux narines de nos amis anglais,  j’ai envie de vous parler, par pur esprit de contradiction, d’une histoire d’odorant qui  disparaît sans crier gare.  Une brève recherche sur Internet montre qu’aucun média français  ne s’est inquiété jusqu’à présent d’informer les consommateurs sur un danger pourtant bien réel. Gageons que  les gaziers français auront simplement oublié de communiquer sur le sujet.  Un danger tellement réel qu’un propanier américain a été  condamné en 2012 à payer 7,5 Millions de dollars à la famille d’une victime d’une explosion au propane pour avoir méconnu le phénomène de désodorisation du gaz propane ( voir archives du site février 2013).

Figurez vous qu’il arrive que le gaz naturel et le propane perdent leur  fameux odorant de manière subreptice et redeviennent inodores….et donc indétectables en cas de fuite. La nouvelle ressemble à un canular de 1er Avril, mais elle n’a malheureusement rien de fantaisiste.  En parcourant la littérature américaine sur le sujet, on se rend compte que les gaziers savent depuis des décennies   que  le gaz naturel comme le  propane peuvent être  « dépouillés » de leur odorant au contact de certains matériaux. Au point qu’une fuite de gaz puisse passer totalement inaperçue pas simplement de ceux qui, l’âge aidant,  ont perdu un peu de leur odorat ou qui ont temporairement le nez bouché, mais aussi de personnes dont le seuil de perception des odeurs est absolument normal.  Il y a même des scientifiques et des ingénieurs qui font des colloques très sérieux sur  la question (« Natural Gas Odorization International Conference & Exhibition », Houston 25 Mai 2010), à commencer par les membres de l’Association Nationale des Ingénieurs Légistes, la NAFE  ou National Association of Forensic Engineering,   l’expression « forensic engineers »  désignant  les experts en sécurité qui viennent enquêter sur les lieux des drames, à la manière des médecins légistes.

forensic_engineering

Les propaniers sont  à présent rattrapés par la justice américaine qui leur demande des comptes au sujet d’ouvriers malencontreusement décédés sur des chantiers à la suite d’explosions au gaz  non détectable à l’odorat au moment de l’explosion. En effet les  gaziers et les propaniers ont de tout temps  laissé croire qu’une fuite de gaz était nécessairement détectable à l’odorat.

Si la justice détermine que les gaziers ont une obligation de résultat en matière de « détectabilité » de l’odeur des gaz explosifs, on comprend qu’après chaque accident les propaniers s’empressent de vider les citernes de gaz de leur « gaz fautif » , histoire de faire disparaître toute trace d’un gaz dont l’absence d’odeur perceptible pourrait être à l’origine du drame.  Malheureusement  pompiers et  gendarmes sont laissés dans l’ignorance   que, ce faisant,   ils demandent aux propaniers de faire disparaître les traces de leur propre forfaiture. Très nombreux sont en effet les survivants d’une explosion au propane qui n’ont rien senti venir, alors que ces mêmes personnes sont en temps normal parfaitement capables de reconnaître l’odeur du gaz sans coup férir.  Les propaniers cherchent-ils à éviter que leur responsabilité puisse être engagée  dans des  accidents où l’odeur du gaz était indétectable ?

Tout  d’abord quelques explications sur les circonstances dans lesquelles  le gaz naturel et  le gaz propane peuvent perdre leur odeur…..

Chacun est familier avec l’odeur d’oeuf pourri qu’on associe naturellement avec l’odeur du gaz. Si cette odeur n’est pas présente, alors que le gaz  se trouve bien à l’intérieur,  quand un plombier ou un mécanicien ouvre une vanne pour purger une conduite de gaz, les conséquences peuvent être dramatiques.

La disparition de l’odeur du gaz se produit quand le tuyau de gaz ou la citerne de gaz adsorbe ( adsorbtion = fixation superficielle d’un gaz sur un solide) le gaz odorant qui est ajouté au propane (le fameux mercaptan). Cette disparition peut être totale selon la quantité de gaz  circulant,  le pouvoir d’adsorbtion,  et la surface d’échange entre le solide et le gaz.  Ainsi du gaz sortant d’un long tuyau de gaz peut sortir totalement rincé de son odorant  et ne plus être détectable au nez. Ce phénomène de disparition de l’odeur de gaz, bien connu des gaziers,  est largement passé sous les radars des médias  et du grand public  jusqu’à une époque récente.  Durant la décennie écoulée, il y a eu quelques histoires de purge de tuyaux  de gaz qui ont très mal fini : les rapports d’enquête ont révélé que la cause de l’accident provenait de l’absence d’odeur du gaz.

Le gaz naturel et le propane sont naturellement incolores et inodores. Suite à une explosion qui se produisit dans une école au Texas en 1937, tuant 295 enfants et enseignants, il fût décidé par les autorités de cet état, puis par les autorités américaines,  qu’un odorant serait ajouté au gaz.

Aux USA la responsabilité du distributeur de gaz naturel s’arrête au compteur  : le gazier  a obligation de rendre son gaz odorant uniquement jusqu’au compteur et c’est la raison pour laquelle il sature  ses conduites  d’ethyl mercaptan de manière à éviter le phénomène d’adsorption et  permettre au gaz de dégager une  odeur suffisamment offensive jusqu’au compteur individuel. Après le compteur, l’entreprise de plomberie  est, elle,  censée savoir que l’odorant résiduel peut être adsorbé sur la longueur de tuyau nécessaire pour arriver jusqu’à la chaudière du pavillon, de la résidence, ou de l’usine où se déroule son chantier.

Les tuyaux d’acier , les citernes en acier sont de bons adsorbants du mercaptan, ce qui explique que le gaz y laisse tout ou  partie de son odeur. Ce phénomène se produit surtout dans les tuyaux neufs, dans les citernes de propane neuves, dans les tuyaux de large dimension, et dans les tuyaux où le gaz est  resté longtemps sans circuler. Mais le phénomène peut aussi se produire dans les tuyaux existants, dans des petits diamètres de tuyauterie, et quand le flux de gaz est faible ou intermittent. Les études en laboratoire, qui ont démarré dans les années 80, ont démontré que les  taux d’adsorption de l’odorant sont  affectés par une diversité de facteurs comme la composition des tuyaux, leur taille, leur porosité naturelle, les variations de température, les raccords de tuyauterie, le taux d’oxydation des tuyaux ou de la citerne, la présence d’eau de condensation ou de saletés dans le tuyau de gaz. Les surfaces oxydées sont  particulièrement efficace pour dépouiller le gaz de son mercaptan du fait d’une surface d’échange beaucoup plus importante. Attention : une citerne de propane s’oxyde naturellement dès qu’il n’y a plus de gaz à l’intérieur ( l’air atmosphérique s’installant dans la citerne  ) sauf si le robinet de sortie de citerne a été fermé dès que le gaz s’est définitivement épuisé.

Tous les plombiers qui doivent purger une nouvelle canalisation se fient à leur nez : dès que le gaz a suffisamment chassé l’air du tuyau, le nez est en principe immédiatement averti par l’odeur du gaz qui commence à sortir : le problème est qu’il peut y avoir des cas où le gaz n’a plus d’odeur. Dans un endroit non ventilé,  le gaz non détecté par le plombier peut très très rapidement atteindre une  quantité suffisante pour exploser.

Un problème similaire peut se présenter dans  les chantiers de construction lorsqu’il y a des interruptions ou des délais importants. Si les tuyaux ont été remplis de gaz puis bouchés, et que le chantier s’arrête plusieurs semaines ou plusieurs mois, l’odeur du gaz peut disparaître complètement des tuyaux d’arrivée de gaz. Dans les grands projets immobiliers, une arrivée principale de gaz de gros diamètre est généralement installée et il arrive qu’on y envoie  le gaz pour des besoins limités à quelques essais. Puis le gaz reste dans le tuyau pendant plusieurs mois avant que le travail ne soit terminé. Pendant cette période, le mercaptan a largement le temps d’être adsorbé.

Aux Etats Unis, plusieurs cas d’explosions au  gaz naturel ou au gaz propane dans des espaces clos ont été liés  à une odeur de gaz indécelable.  C’est pourquoi de plus en plus de  voix s’élèvent pour demander que les gaziers  forment les plombiers et informent les consommateurs des dangers de la disparition de l’odeur du gaz, en distribuant du matériel éducatif et en faisant écho à ce problème de sécurité largement méconnu sur leurs sites Internet.

Maison rasée par explosion au propane : 6 enfants décédés et aucune responsabilité clairement établie

On ne saura jamais ce qui est réellement arrivé

On ne saura probablement jamais ce qui est réellement arrivé ce soir là

Avec ce second récit de l’anéantissement d’une famille américaine, je n’ai  nullement l’intention de transformer ce site en un Paris Match pour amateurs d’émotions fortes  : je ne publie cette histoire que pour ce qu’elle nous apprend de la manière dont les responsabilités peuvent être  mises en jeu après un accident survenant du fait d’une cause non déterminée.

Le 3 Septembre 2005, à 11h30 du soir, une explosion a rasé la maison de Lorrie Kuchar dans le bourg de Caledonia sur la commune d’Owosso dans le Michigan. A l’intérieur de la maison : 7 enfants de 2 à 14 ans, et deux jeunes adultes qui étaient dans la cuisine et gardaient les enfants.

Les 6 enfants décédés appartenaient tous à la famille Bryant qui vit en Virginie et  était venue avec leur mère visiter leur tante , Lorrie Kuchar, dans le Michigan.

Tués dans l’explosion :  Rebekah Bryant, 19 ans , Joseph, 10 ans , Nehemiah, 9 ans , Martina, 7 ans , David, 4 ans , and Isaac Jackson, 2 ans.

Deux autres enfants , Jonathan Caleb, 14, and Sarah, 6, ont été blessés dans l’explosion . Un ami de la famille Joseph Moore Kuchar, qui se trouvait sur les lieux au moment de l’explosion, souffre d’une surdité unilatérale complète et d’une blessure au foie.

La maman Joyce Bryant et sa soeur Lorrie Kuchar avaient laissé les enfants dans la maison de Kuchar ce soir là pour aller visiter une autre soeur qui habitait pas loin de là. C’est pendant leur absence que la maison a  explosé.

Une enquête de la police d’Etat du Michigan a révélé qu’une fuite de propane a causé l’explosion. Cependant l’enquête n’a pas pu déterminer où la fuite a eu lieu . En 1989 le propanier américain Ferrellgas a installé le propane dans la maison des Kuchar. Depuis cette date « le propanier avait la propriété exclusive de l’installation » . Ferrellgas était notamment responsable des  tests  et de  la maintenance de l’installation.  L’installation dont le propanier américain est responsable  inclut  le réservoir de propane, le régulateur de pression de premier et second niveau, ainsi que la tuyauterie en cuivre située  entre les régulateurs et la chaudière   (ndlr : aux USA, contrairement à la France,  la loi est telle que le propanier est  responsable de la tuyauterie de gaz jusqu’à la chaudière)

Un article publié 4 mois après l’explosion explique  » la valve du chauffe eau installé quelques jours avant l’explosion n’était pas celle qui avait fait l’objet d’un rappel. La vanne avait retenu l’attention des enquêteurs après que le modèle R-110 de la firme Robert Shaw Controls avait été rappelée en Septembre , quelques semaines après l’explosion survenue pendant la semaine du Labor Day. Après avoir analysé les objets parmi les décombres, les autorités ont indiqué que la valve installée sur le chauffe eau était un modèle différent , une R-220. Ils n’ont cependant écarté aucune piste, ni le chauffe eau ni aucune autre piste. « 

Un article publié un an plus tard, soit mi 2006, indiquait  » les enquêteurs poursuivent leur analyse des débris de l’explosion de Caledonia, après avoir abandonné la piste d’une valve de chauffe eau dont on a cru à un moment qu’elle avait fait l’objet d’un rappel par le fabricant. Il s’est avéré que la valve en question était un modèle différent de celle rappelée. Les experts de la société d’enquête privée EFI Global, spécialisée dans les incendies et qui vient récemment d’ouvrir un bureau dans le village, sont à pied d’oeuvre pour étudier à nouveau les débris après l’enquête officielle »

Un article publié un an plus tard en 2007,  indique que les parents des six enfants de Virginie ont porté plainte contre Ferrellgas Inc, au motif qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas avec la tuyauterie en cuivre qui amenait le gaz dans la maison. Bien que les enquêteurs officiels n’aient pas annoncé la cause officielle de l’explosion, le dossier de  plainte avance l’hypothèse que la tuyauterie en cuivre était trop fine, et que les tests n’ont pas été effectués pour s’assurer que la tuyauterie ne fuyait pas. Il est relevé dans la plainte   que le fournisseur de propane aurait dû tester les fuites éventuelles de gaz lorsque la famille a été en rupture de propane en mars 2005. ( ndlr : aux USA, contrairement à la France, la réglementation rend obligatoire la détection de fuites sur la canalisation de gaz  lorsque celle-ci s’est trouvée hors pression de gaz suite à une rupture d’approvisionnement. Le but de ce « leak test » – impopulaire parmi les consommateurs américains du fait que les propaniers obligent les consommateurs à payer le test –  est d’éprouver l’étancheïté des  joints gaz, dont le coefficient de dilatation varie en fonction de la pression de gaz à l’intérieur du tuyau. Ainsi une dépression totale du gaz suite à une rupture d’approvisionnement est susceptible de déformer les joints et de provoquer un défaut d’étancheïté. Ceci n’est pas prévu dans la réglementation française).

Le dossier déposé par le plaignant prétend qu’un raccord non étanche a permis au gaz « de migrer à travers la conduite extérieure puis à travers cette même conduite de rentrer dans le sous sol de la maison , où il a été allumé et a explosé »

La plainte vise à faire payer Ferrellgas plus de 675 000 USD en dommages.

Dans son dossier en réponse, Ferrellgas a nié avoir  installé les composants souterrains du système de distribution du gaz propane dans cette maison. Elle avance que des négligences ont été commises par Lorrie Kuchar, l’occupante des lieux,  ainsi que par son compagnon. Le défendeur avance en outre qu’un chauffe eau a été installé quelques jours avant l’explosion.

La plainte a été déposée le 29 janvier 2007 devant la Cour du Michigan. Dans une déposition complémentaire du 16 Avril 2007, les plaignants prétendent que Ferrellgas « a refusé ou n’a pas réussi à éliminer les conditions dangereuses  tout en ayant connaissance que des conséquences potentiellement dramatiques de ses actions ou de son inaction ».

La défense a demandé un procès devant un jury.

Il n’y a plus trace de cette affaire sur Internet postérieure à 2007.

Le propanier « ne pouvait pas livrer » : 4 enfants brûlés vifs

 Quatre enfants morts dans l’incendie de leur mobile home parce que le propanier a traîné des pieds pour livrer son  propane.

Tous morts le même jour dans l'incendie de leur mobile home

Tous morts le même jour dans l’incendie de leur mobile home

Ces quatre enfants de 6, 8  ,10 et 12 ans ont été brûlés vifs il y a exactement 27 ans, un matin du 15  Janvier 1986. Le corps du plus âgé des quatre, William, été retrouvé recouvrant le corps de ses trois frères et soeurs en essayant de les protéger. Leur mère a rejoint la brigade des pompiers après cette tragédie pour faire des actions de sensibilisation dans les écoles et les entreprises. Le feu a été causé par un réchaud au kérosène avec lequel la famille essayait de chauffer le mobile home, parce que le propanier n’était pas  « capable » de livrer le propane le jour voulu. L’ironie de l’histoire veut que  le camion de pompier appelé au petit matin,  a doublé le camion du propanier qui se rendait sur place pour livrer finalement  son  propane, mais il était trop tard pour ces 4 petits anges.

Selon les archives de l’Associated Press, la mère travaillait de nuit et a découvert le désastre par un appel  au petit matin. Elle était divorcée depuis 6 ans  et éprouvait des difficultés pour percevoir ses allocations pour élever ses enfants. Elle  s’était résolue à ne pas prendre de baby-sitter parce que ça coute cher. Il était convenu entre la maman et  l’ainé  des quatre enfants que ce dernier  devait veiller sur les autres en son absence.

« Il était comme une mère poule avec eux » raconte la maman,  » C’était un homme dans un corps de garçon. On disait souvent de lui en rigolant  « qu’il avait 12 ans allant vers 20 « 

La maman a appelé l’école pour aller chercher des photos de ses enfants. Elle a tout perdu. Tous les souvenirs de ses enfants ont péri avec eux dans l’incendie de son mobile home. Elle avait déjà dû supporter un divorce et un premier incendie qui avait détruit un premier mobile  home.  Cette seconde maison lui avait été fournie par la compagnie d’assurances.

Les pompiers sont arrivés quelques minutes après l’appel, « mais ca n’aurait rien changé si nous avions été là 5 minutes plus tôt » a dit l’ancien pompier en chef qui a participé à l’enquête. « A mon avis, ces types d’habitation sont des pièges à feu. Les mobiles homes se détruisent très rapidement lorsque le feu démarre. Un des plus gros problème qu’on rencontre est que l’Etat n’exige pas que les anciens  mobiles homes soient équipés de détecteurs de fumée »

Le responsable de l’unique  magasin de cette  minuscule bourgade a ajouté qu’il y a beaucoup de femmes comme elles, dans la région, qui doivent élever leurs enfants par leur propre moyen.  » Elle se battait tous les jours pour essayer d’y arriver …et voilà le résultat »

Mise à jour 12/01/2013  1:00 am .  Après quelques recherches qui m’ont tout de même mobilisé quelques nuits,  j’ai retrouvé l’adresse de la mère des enfants, malgré qu’elle se soit remariée. Je la contacterai la semaine prochaine lundi ou mardi pour l’anniversaire de la mort de ses enfants.    Je vous raconterai son histoire plus en détail. 

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Nombreux sont les clients des propaniers français qui se chauffent au réchaud à alcool ou kérosène soit pour pallier aux problèmes de rupture d’approvisionnement, soit pour économiser sur des factures de gaz (avantage :  on ne chauffe que la pièce où se trouve le réchaud et celui-ci peut  accompagner  les déplacements ). Si vous êtes dans ce cas,  ou si vous connaissez des gens qui se chauffent avec un réchaud parce qu’ils ne peuvent plus se payer le propane,  ou parce que leur propanier les a mis en rupture, n’hésitez pas à me faire part de votre témoignage.

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